05/12/2014

ADAM CLARKS.

Adam Clarks, Lapone, Hautière, treize étrange, Glenat,10/2014Adam Clarks, Lapone, Hautière, treize étrange, Glénat, 10/2014Dessin : Antonio Lapone - Scénario : Régis Hautière

Editions Glénat

Collection : Treize étrange

Sortie : 29/10/2014

64 pages – cartonné

Prix conseillé : 19,50 €

ISBN : 9782723485654

Thriller, espionnage, graphisme, style « Atome ».

 

Résumé (de l’éditeur) : Dans un XXIe siècle fantasmé où la guerre froide sévit toujours et où la conquête de Mars est en marche, c’est lors d'une soirée mondaine où les « grands » de ce monde ont l’habitude de se retrouver que l’énigmatique Adam Clarks montre son vrai visage. On pourrait le croire trop occupé à faire des courbettes aux puissants et à séduire des beautés fatales. Mais il ne perd pas de vue son véritable objectif : un rubis de 100 carats d’une valeur inestimable, exposé à la vue de tous : le Long Star. La nuit, Adam fait montre de ses talents de monte-en-l’air pour subtiliser le bijou. Personne n’a rien vu, rien entendu. Personne ? Pas si sûr... Devenu à la fois la cible du KGB et de la CIA, Adam va devoir jouer sur les deux tableaux s’il veut s’en sortir.

« Quand je dis « Grand Monde », c’est bien entendu une façon de parler. Il n’est grand que par sa prétention à le paraître »

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Mon avis : Je vais vous parler assurément d’un des albums les plus atypiques de l’année 2014. Et quel album ! Voilà déjà un bon bout de temps que je m’intéresse à Antonio Lapone via ses sorties en libraire, via sa page « Facebook ». J’attendais la sortie de son nouvel album « Adam Clarks » avec impatience. Il distillait ses images de façon insidieuse mais combien efficace sur internet. C’est un bon communicateur ! En rentrant chez mon libraire, j’ai de suite repéré l’album qui ne passe pas inaperçu. Sa dimension d’abord est grande, hors format (il va falloir prévoir une étagère spéciale) car c’est du 289 X 368mm ! Belle pièce, bel album, bien fini, bien imprimé, la grande classe ! Cela nous change des fichiers PDF, refrain connu. Et puis, il y a le graphisme  qui vous saute aux yeux. Je ne vous cache pas que j’adore le style « Atome » qui me rappelle des gens comme Chaland, Régis Clerc, Ted Benoit et encore quelques autres. Antonio Lapone squatte aussi les cimaises avec un certain succès et je trouve que c’est mérité. Je verrai bien un petit (et pourquoi pas un grand ?) Lapone du plus bel effet au mur de mon bureau. La dimension de l’album magnifie le graphisme élégant du dessinateur d’origine transalpine qui vit en Belgique.

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Les grands codes du style graphique « Atome » sont bien là. Ils sont inspirés de la ligne claire. Une précision dans le trait, des traits simplifiés sans surcharge mais un style un peu carré dans les visages, les silhouettes, les décors. L’usage de grand aplats noirs, l’absence ou presque des hachures pour marquer les ombres. A la place, on a des aplats constitués de points plus ou moins serrés ou des aplats de couleurs aux intensités successives. Même les bulles sont formatées et font dans la revue technique branchée. Non seulement Lapone met en page une histoire mais il dessine aussi de belles cases et de belles planches. Il y a de l’esthétisme et un « coup d’œil » à avoir autant dans la globalité de la planche que dans les détails. Certaines planches sont assez fascinantes sur ce plan. Et puis, il a un certain sens de la théâtralisation, du décor qui en jette plein la figure. La présentation des planches n’est pas conventionnelle non plus. L’extrémité droite de la planche est complétée par un « liseré vertical » d’environ 1,5 cm de large du plus bel effet. Ce liseré graphique fait référence au développement de l’histoire et forme ainsi des sortes de chapitres graphiques. Etonnant et pas conventionnel. Autre facette, la colorisation est un peu déroutante. Au fil des planches, on se rend compte que petit à petit elle change radicalement pour partir de tons plus conventionnels pour finir dans des tonalités plus froides, plus brutes, moins subtiles. J’ai eu l’impression que l’on a voulu ainsi dramatiser le dénouement de l’histoire, de l’action. Nous avons donc ici un travail élaboré et une vraie recherche graphique. Au-delà des codes, il y a une volonté d’innovation, d’étonner le lecteur.

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

D’où l’importance de la complicité et de la complémentarité  entre le dessinateur et le scénariste. Le scénario est de Régis Hautière. Les deux auteurs ont déjà réalisé un album intitulé « accords sensibles ». Cet album, toujours en style « Atome », parle avec nostalgie du jazz. C’est un scénariste qui a du vécu et a déjà collaboré avec des pointures comme Romain Hugault et bien d’autres. Le récit nous parle d’Adam Clarks, chroniqueur de la jet set, mais aussi à mi-chemin entre un gentleman cambrioleur et un cadre d’une multinationale de Wall street. Il a mis sur pied une trame où les parties en présence essayent de tromper, de voler les autres protagonistes, en les faisant en même temps chanter. Et quand la CIA et le KGB s’en mêlent, cela devient chaud, très chaud…Hautière nous a concocté une belle mécanique et tous les éléments s’emboitent bien.

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Les auteurs jouent aussi sur une idée d’une société future, hautement technologique, bien belle, toute clinquante, avec des élites bien sous tous les rapports (c’est du moins ce qu’on fait croire au lecteur au début de l’album). La société idéale et rêvée sur tout dans les années ’50 et ’60 à l’époque des golden sixties où tout est permis, rêvé et réalisable à moyen terme. Ici, c’est transposé au 21e siècle mais on sent cette influence d’une période dorée qui fait encore fantasmer pas mal de nos contemporains. Je pense ici à des influences culturelles telles que le disque  de Donald Fagen intitulé « The nightfly ». Sur ce disque mythique, on y trouve deux morceaux qui vont squatter le billboard en 1982 intitulés « New Frontier » et « I.G.Y. ». Antonio Lapone y fait une référence explicite dans l’album. « New Frontier », la nouvelle frontière, se rapporte au slogan de John Fitzgerald Kennedy lors de sa campagne électorale pour la présidence des Etats-Unis en 1960.C’est le temps de la NASA et de la course à la conquête de la lune. I.G.Y. (international geophysical year) fait référence à l’Année géophysique internationale qui a été un formidable élan pour une recherche mondiale et coordonnée entre juillet 1957 et décembre 1958 en vue d’une meilleure connaissance de la terre et du système solaire. Une belle réalisation qui n’a pas été renouvelée.

Le vidéo-clip de « new frontier » intègre une partie graphique en dessin animé dans le style « atome », comme quoi rien n’est anodin !

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

A noter également que l’album se termine par un « secret files », un dossier graphique exceptionnel, où Antonio Lapone laisse libre cours à sa créativité sur le thème de l’album : des croquis, des recherches de personnages, des pastiches de couvertures de magazine, de publicités, bref du grand Art.

Ainsi se clôture cette longue chronique. Longue, car j’ai été enthousiasmé par le travail graphique de Lapone. Longue, car il ne s’agit pas seulement d’un exercice graphique de haute voltige (l’éditeur parle d’ « audace du dessin »), mais il y a aussi un vrai scénario, bien mené et qui sert une histoire cohérente. Au final, j’ai vraiment bien aimé cet album et il aura une place particulière dans ma bibliothèque. Encore un formidable cadeau pour Noël qui ne passera pas inaperçu !

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Et pour terminer, voici un extrait de « I.G.Y.» de Donald Fagen :

What a beautiful world this will be... (Quel magnifique monde ce sera...)

What a glorious time to be free! (Quel glorieux moment pour être libre !)

Tout est dit en deux vers…

 

a08-3e78906.gifScénario 

a09-3e78912.gifDessin 

a09-3e78912.gifMoyenne 

 

Lien vers le site de Glénat : ICI.

Le blog d’Antonio Lapone : ICI.

Le clip vidéo de « New Frontier » :


 

 

Capitol.

 

Adam Clarks, Lapone, Hautière, Treize étrange, Glénat, 10/2014

 

Commentaires

Bon ben j'avais hesité à le prendre chez ma libraire, maintenant plus !
Me voila rassuré

Écrit par : tigrevolant | 05/12/2014

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Pareil.
J'avais déjà bien aimé l'ambiance de Souvenirs de l’empire de l’atome, alors il va falloir que je trouve de la place… ;)

Écrit par : jmc95 | 05/12/2014

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Ce ne sont pas les mêmes auteurs mais il y a des ressemblances et aussi des différences...

Écrit par : Capitol | 05/12/2014

En cherchant des images pour la bannière, je trouvais un bel air de famille entre les deux, dans le trait en tout cas.
Pour l'histoire, je vais voir ça très bientôt, car je l'ai pris en rentrant ce soir.

Écrit par : Jmc95 | 05/12/2014

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scénario et dessin sont très bons, mais le dessin est assez difficile à aborder. certaines cases et certaines planches sont difficiles à lire et confuses à cause du style poussé à l’extrême. Heureusement que l'histoire n'est pas trop compliquée à suivre. c'est clairement pas une bd grand public. L'éditeur à raison quand il parle "d'audace du dessin". je parlerais moi d'une audace éditoriale qu'il convient de saluer.

j'ai quand même une préférence pour Souvenirs de l'empire de l'Atome qui reste plus abordable graphiquement malgré une histoire plus complexe.

Écrit par : loubrun | 12/12/2014

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lu hier soir et je suis entièrement d'accord avec Loubrun, pas toujours évident à suivre mais un OVNI qui aura une belle place dans ma collection.

Écrit par : samba | 12/12/2014

Ok, convaincu. Ce sera sûrement un de mes premiers achats de 2015. Tu donnes vraiment envie d'aller découvrir ce bouquin et cet artiste.

Écrit par : Yaneck | 27/12/2014

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