05/12/2014

INTERVIEW D'ANTONIO LAPONE.

L’album « Adam Clarks » d’Antonio Lapone (dessin) et de Régis Hautière (scénario) est sorti en librairie. Il détonne dans le flot des nouveautés en cette fin d’année 2014.Un album qui sort résolument des sentiers battus et qui nous vaut son lot de surprises et d’émerveillements. Pour en savoir plus, Samba BD a posé quelques questions à Antonio Lapone, histoire de mieux comprendre la démarche des auteurs et de mieux comprendre leur travail sur cet album hors du commun !

 

 

Copyrights Antonio Lapone

 

 

Samba BD : Pouvez-vous me décrire en quelques lignes votre parcours professionnel ?

Antonio Lapone: Avant d'être un dessinateur BD, je suis graphiste publicitaire. J'ai fait mes études dans les années 80 à Turin, ma ville d'origine en Italie.

 

Samba BD : Vous êtes d’origine italienne, vous vivez en Belgique. S’agit-il d’un choix personnel ou simplement les aléas de la vie, de votre famille ? Votre travail professionnel en a-t-il été profondément influencé ?
 
Antonio Lapone: J'ai préféré venir m'installer en Belgique pour des raisons de cœur, je me suis marié en 2009. Et ensuite  parce que ici en Belgique c'est plus facile d'être près des maisons d'éditions et de la galerie qui expose mes originaux, la Galerie Champaka de Bruxelles.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

 

Samba BD : Vous maîtrisez très bien les codes de la ligne claire et du style « Atome ». Pourquoi avez-vous pris cette option graphique ? Etes-vous capable de faire d’autres styles de dessins comme le dessin réaliste ?

Antonio Lapone: Le style Atome, en Ligne Claire, c'est le style le plus proche de ma profession d'affichiste publicitaire. Je travaille beaucoup à mon storyboard. Je cherche parfois des mises en page différentes, sans rester bloqué par les classiques 6/9 cases carrées. J'adore aussi travailler dans un style encore plus "cartoon" comme on peut le voir à la page 26 de mon album Adam Clarks. Sinon, c'est mon style, Je ne cherche pas à faire des autres styles. Quand j'ai découvert Serge Clerc, je me suis dit : «  alors, moi aussi, je peux faire de la BD ».

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : C’est le deuxième album que vous réalisez avec Régis Hautière après « Accords sensibles ». Comment s’est mise en place votre collaboration ? Qui propose les sujets, les thèmes de vos livres ? Comment travaillez-vous ?

Antonio Lapone: J'avais envie d'une histoire plus classique. J'ai regardé toutes les saisons de la série télévisée « Mad men ». Au départ (en 2012) avec Régis, nous avions pensé de réaliser un scénario à la « Mad men », des publicitaires autour de belles voitures dans la Manhattan des années 60. Après,  notre éditeur a trouvé l'idée un peu difficile à gérer dans une BD et nous avons abandonné l'idée. Tout ce qui reste, c'était le personnage élégant d’Adam Clarks, les cocktails, la haute société, les drinks, les cigarettes (dans ma BD, les cigarettes sont sans tabac comme le signale une publicité à la page 9 de l'album), les belles femmes, les mises des grands soirées… Régis a travaillé le scénario au départ de certaines idées de base. Disons que lui a écrit l'histoire. Moi, j'ai créé l'univers d'Adam Clarks. Nous avons pensé ensemble au caractère de notre personnage. Après, Régis m’a proposé son idée et j'ai cherché à enrichir les planches parfois en dénaturant son idée, mais sans jamais toucher ses dialogues.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : Adam Clarks est-il un album important pour vous ou juste un « one shoot » ? Quels sont vos attentes par rapport aux réactions du public, des lecteurs ? Y aura-t-il une suite à Adam Clarks ?

Antonio Lapone: Pour le moment, Adam Clarks est et reste un « one shoot », pas de suite donc. Il s'agit d'imaginer et de pouvoir créer des autres univers. J'ai besoin de changer, de travailler sur des nouveaux personnages, peut être encore une fois à cause de  mes origines de publicitaire, travailler beaucoup sur quelque chose (je ne suis pas un dessinateur rapide), le développer, le conduire dans les mains des lecteurs…. et passer à autre chose…. Pour le moment, la réaction du public est très, très positive! Je suis très content parce qu’Adam Clarks est un album pour s’évader, pour s'amuser un peu, pour prendre ton verre de Martini avec des olives et savourer un bon cigare. Il n'y a pas de guerre, d'angoisse, des croix gammées… juste une belle aventure pour passer un beau moment!

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

 

Samba BD : Qui a eu l’idée de ce « concept album » ? Vous ? Votre éditeur ? Est-il facile de mettre en place et de mener à bien un tel projet qui sort de l’ordinaire (grandeur des pages, qualité de l’album, recherche graphique, mise en place,…) ?

Antonio Lapone: le format du livre a été décidé dès le début. Frédéric Mangé, mon éditeur, avait envie de mettre en valeur mes planches, l'album est riche de "splash page", de grands cases, de la couleur aussi, très recherchée. Elle avait besoin d'un bon papier pour bien ressortir. Donc J'ai travaillé tout en sachant que le format aurait été "grand"! Je dois dire que le choix de sortir un "grand format" a été très courageux de la part de mon éditeur. J'ai eu vraiment la chance et l'opportunité de m'amuser avec des grandes images, des décors très riches, avec des mises en page différentes de la BD classique, tout ce que je préfère dans mon découpage de la page, jouer avec des cadrages différents. D'ailleurs, c'est pour ça que la phase du découpage est si long pour moi.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : J’ai été interpelé par le travail des couleurs. Celles-ci sont radicalement différentes au fur et à mesure de la progression de l’histoire. En fin d’album, les couleurs sont moins variées et plus sombres voire plus agressives. Quelle est votre démarche à ce sujet ?

Antonio Lapone: Pour moi, la couleur est très, très importante. Elle raconte des états d'âme, pas seulement bien remplir des espaces. La couleur pour moi est et doit être comme au cinéma: sombre la nuit, par exemple, c'est pour ça que, dans la BD, elle change. Les moments dramatiques sont très sombres, le rouge est la couleur de la mort, du drame… le bleu électrique pour les soirées chic...

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : Vos planches ont toutes un « liseré vertical »  d’environ 1,5 cm du côté de la face « ouverte » de l’album. Ce liseré reprend des éléments graphiques de l’action en cours et forme des sortes de chapitres graphiques. Quelle est l’idée recherchée de cette innovation graphique ?

Antonio Lapone: il faut savoir que je travaille dans un format A3, toujours comme la vieille école, papier Canson 1557, 180 g/m, pas des planches virtuelles comme c’est à la mode aujourd'hui. Or, le format de la page de l'album était plus large, donc il fallait imaginer quelque chose pour éviter le blanc à côté. C’est pour ça que J'ai imaginé une frise qui change à chaque chapitre, très design, mais sans envahir graphiquement le sens de la lecture. Elle donne encore une fois une richesse à l'ensemble de l'album. Disons que je cherche toujours l'esthétique dans mon travail.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014Samba BD : Vous faites une référence appuyée dans cette histoire à un album musical mythique de Donald Fagen intitulé « The Nightfly » et de deux de ses titres très connus à savoir « New frontier » et « I.G.Y. ». Donald Fagen y développe une musique très jazzy et fait référence à Dave Brubeck. Que représente cet album pour vous ? Pourquoi en faire référence  et lui donner une place plus que symbolique dans l’album ?

Antonio Lapone: "The Nightfly" de Donald Fagen est pour moi  « l'Album »! En bref: élégance, ambiance, voyage, style, perfection du son… voilà pourquoi ! Déjà la couverture, elle parle toute seule : le noir et blanc, un speaker dans un studio d'une radio, la platine… La fumée de la cigarette, une horloge, la nuit… Voici résumé mon univers!

Samba BD : On vous voit aussi régulièrement dans les galeries, sur les cimaises où vous avez déjà une certaine cote auprès des amateurs du genre. Qu’est-ce qui vous pousse à explorer ce côté de l’ »Art graphique » ? En tirez-vous beaucoup de satisfaction ?

Antonio Lapone: La galerie, pour moi, c'est le moment final d'un processus commencé dans l'atelier, l'œuvre d'art prend vie, elle commence à respirer quand les gens l'observent, mes tableaux prennent leur force seulement quand ils sont exposés. Alors, moi aussi, je les découvre! Ce qui me pousse,  c’est l'envie de travailler sur des univers différents, toujours et encore une fois… L'envie de visiter des endroits différents!

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : Quels sont vos futurs projets ?

Antonio Lapone: Je suis déjà au travail sur un album qui sortira l'année prochaine, il s'agit d'une belle collaboration avec Jean-Philippe Peyraud autour de la biographie de Mondrian. On avait envie de travailler ensemble Jean-Philippe et moi. On a trouvé notre point de départ, la sortie est prévue pour novembre 2015 toujours chez Glénat. Les planches seront des grands formats, plus grands qu’un A3, en couleurs directes et à l'aquarelle et acryliques. Pour le côté « tableaux », je prépare mon Expo à la Galerie Champaka de Bruxelles pour le mois de février 2015. Le titre est: "The New Frontier". Pour la BRAFA de Bruxelles (Brussels Antiques & Fine Arts Fair), je suis en train de réaliser deux grand tableaux et j'ai le grand honneur de participer à la vente Sotheby's organisée avec Champaka/Galerie 9eme Art. C’est prévu pour le mois de mars 2015 mais, pour le moment, je ne peux pas dire de plus, ni montrer des images.

Samba BD : Quels sont les dessinateurs ou les œuvres qui vous ont influencés ou que vous aimez plus particulièrement ?

Antonio Lapone: Jack Kirby, Chaland, Serge Clerc!

Samba BD : Avez-vous eu des coups de cœur récents au niveau des sorties BD, musicales, littéraires ou cinématographiques ?

Antonio Lapone: Dans la Bd… Picasso! Au cinéma… difficile, je ne sais pas vraiment. J'aime pour le moment les séries télés : Board Walk Empire, Mad Men, Gotham, The Newsrooms…

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Copyrights Antonio Lapone.

 

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

Un grand merci à Antonio Lapone pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa rapidité de réaction qui nous a permis de boucler cette interview en un temps réduit.

 

 

 

 

Écrit par capitolbelgium dans Du haut du CAPITOL., Portrait. | Commentaires (2) | Tags : interview, lapone, adam clarks, glénat, 122014 |  Facebook | |

Commentaires

Une interview qui donne envie d'en savoir plus sur cet album qui visiblement a été très bien réalisé.

Écrit par : samba | 05/12/2014

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Je vais le mettre sur ma selection Samb'or dessin

Écrit par : tigrevolant | 08/12/2014

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