25/10/2016

Les aventures de Spirou et Fantasio T10 La lumière de Bornéo

Spirou Zidrou Pé.jpgspirou t10.jpgDessin : Franck Pé
Scénario : Zidrou
Editeur : DUPUIS
Sortie : 7 octobre 2016
84 planches

 

 

 

Résumé :


Tandis qu’un mystérieux peintre anonyme alimente une galerie d’art bruxelloise en toiles animalières d’une qualité exceptionnelle, Spirou, qui s’est fait virer de chez Moustique, tombe sur un vieil ami, Noé, l’homme qui parlait à l’oreille des animaux. Celui-ci est en pleines retrouvailles avec sa fille, une ado mal dans sa peau. Afin d’apaiser la situation et aider Noé, c’est Spirou qui va récupérer « l’animal » chez lui…

Couv_289494.jpg

 

Mon avis :


Toute la difficulté que je viens d’avoir à résumer cette BD vous montre à elle seule ce que j’en pense… 
Malgré un dessin très au point (non exempt de tout reproche, mais de très grande qualité tout de même), ce nouveau tome de la série Le Spirou de m’a quelque peu déçu. Un peu comme une boisson aux édulcorants. En le lisant, je me disais que c’était plutôt bon (notamment grâce au dessin), mais, une fois le livre refermé et la potion avalée, il me reste un goût amer dans la bouche de mon cerveau.

Je m’explique. Comme je l’ai déjà dit deux fois en quelques lignes, le dessin est superbe. Le livre, l’objet lui-même est très beau. Le papier (recyclé, of course) est d’un blanc assez chaud et d’un grammage pas dégueu. En plus, il sent bon la BD neuve. En outre, on se rend compte rapidement que si l’on a payé un poil plus cher qu’une BD grand format classique, on a du rabe de pages : 82 en tout. Bref, ça part bien. Le dessin est superbe (vous l'ai-je déjà dit ?). Les couleurs sont à tomber, le découpage, les mouvements, tout est très dynamique mais sans tomber dans la caricature. Non, vraiment, graphiquement, c’est au top. Le seul petit bémol (et encore, je ne l’ai remarqué qu’en deuxième lecture) ce serait l’utilisation presque systématique de dégradés qui trahissent un traitement numérique du dessin. Sur du papier glacé et dans d’autres circonstances, je trouve que ça pique les yeux. Mais là, avec le joli grain et les autres éléments du dessin, ça passe plutôt bien… Il fallait tout de même que je le mentionne.


Enivré par une telle qualité graphique, on se laisse facilement prendre par le récit. Mais c’est malgré tout au niveau du scénario que le bât semble blesser. J’ai comme l’impression que l’auteur a voulu trop en mettre dans un seul et même tome. Voyez vous-mêmes. D’abord, Spirou se fait virer de son journal pour des raisons déontologiques alors que Fantasio décide d’y rester, avec les embrouilles qui vont forcément en découler. Ensuite, Noé fait son retour dans l'univers de Spirou avec tous ses animaux et le monde du cirque. Puis, la fille de Noé réintègre la vie de ce dernier avec tous les chamboulements que l’on peut imaginer et les conflits entre un père maladroit avec les humains (imaginez avec une ADO !) et une fille renfermée sur elle-même et manifestement en manque d’affection parentale. Il y a également Spirou qui prend des cours de peinture auprès d’une jolie jeune fille avec une romance potentielle à la clé. Enfin, vous avez une trame à base de tableaux animaliers, de spéculation dans le monde de l’Art, le tout, en parallèle avec une invasion mondiale de champignons noirs dont personne à part Champignac et sa bande ne semble se soucier.


A croire que pour faire un bon Spirou il faille absolument s’accrocher à des références du passé de la série. Je ne suis pas certain que Franquin se prenait la tête à relire les précédentes histoires où apparaissait Spirou pour y gaver de références ses albums… Fournier non plus d’ailleurs… Comme si on ne pouvait pas faire un album de Spirou sans y mettre un peu de Champignac, un peu de Palombie, et beaucoup de Franquin. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : Gros respect pour Franquin, Champignac et même la Palombie où je pars souvent en vacances… Mais c’est juste que des fois, à trop vouloir en faire on gâche tout. Pour La lumière de Bornéo, en l’occurrence, l’histoire des champignons noirs n’a l’air de servir à rien d’autre qu’un prétexte à quelques cases avec ce bon Pacôme... Peut-être eut-il mieux valu se concentrer sur l’histoire principale.


Quoi qu’il en soit, à la fin, je ne sais toujours pas quoi en penser… Un drôle d’ orang-outan est malheureusement mort, une ado anorexique semble s’être libérée et a retrouvé son père, deux magnats ridicules offrent une superbe expo à la ville de Bruxelles (et au monde !!!), Spirou semble avoir trouvé un modèle pour ses cours de nu et il semble que le journal Moustique soit devenu un catalogue pour couches culottes…


Bref, un arrière-goût amer quoi…

une aventure de Spirou t10.jpg

 


les aventures de spirou et fantasio,la lumière de bornéeo,pé,zidrou,dupuis,aventure,animaux,102016,610Dessin


a04-3e788e4.gifScénario

 

a06-3e788fc.gifGlobal

 

Odradek.

Commentaires

La première chronique d'Odradek qu'on salue, bienvenue chez SamBDBD .

Écrit par : samba | 25/10/2016

Répondre à ce commentaire

Welcome Odradek
Question : et le tome 2 du spirou 7 : la femme léopard ??? Oublié ?
Bon je vais quand meme lire ce tome 10 pour me faire ma propre opinion

Écrit par : tigrevolant | 25/10/2016

Répondre à ce commentaire

une belle première chronique. Bienvenue au club Odradek.
Comme Tigrevolant, j'ai bien envie de jeter un oeil à cet album.

Écrit par : Loubrun | 25/10/2016

Répondre à ce commentaire

Un peu tard j'avoue, je viens mettre mon grain de sel ici... Voilà une chronique positive et bien attentive, à laquelle j'apporterais mon modeste éclairage. La profusion de couches narratives (histoire de Noé, du barrage en Chine, des champignons, ...) apporte selon moi quelque chose: elle met en évidence le désir de Spirou de se laisser porter, de ne pas courir après son ombre. Spirou est étrangement serein (dans une villa retranchée derrière des barbelés, cynisme savoureux), il tourne le dos délibérément au brouhaha des médias, ici fortement décriés. Que Moustique (fleuron de Dupuis) soit ici comparé à un vulgaire tabloïd sans vision à long terme est un geste culotté, non? La presse, le secteur bancaire, les galeristes mercantiles, les nababs du pétrole en prennent pour leur grade, mais... sans le concours de Spirou. Cette gangrène ultra-libéralisme est ici symbolisée par le plus grand mycélium jamais imaginé. Car les champignons noirs, qui couvrent le monde entier, et disparaissent aussitôt que chacun retrouve son âme d'enfant devant les toiles "zooïstes", ces champignons noirs (véritable couche narrative en tant que telle) sont un symbole de ce qui ronge la société. S'émouvoir devant la nature et l'art devient donc une porte d'espoir. Elle est ici ouverte, sans discours moralisateur, grâce au symbole du champignon noir. Ces champignons sont donc tout sauf gratuits. Je salue encore les nombreux clins d'œil qui parsèment les planches (il y a donc encore bien plus de choses à découvrir en seconde lecture... zut je n'ai pas trouvé l'élan!), sans compter la filiation avec "Comme un animal en cage", premier album de Frank il y a bien longtemps. Vraiment, un scénario nettement plus intéressant que celui de Bonifay pour Zoo, sorte de trame distendue, cousue de fil blanc, constituée de longues scènes d'exposition dédiées à la virtuosité du dessin. mais bref, ce n'est pas de Zoo qu'il s'agit ici. Oh, bon sang, il y aurait encore tellement de bonnes choses à dire sur ce Spirou!

Écrit par : Benoi Lacroix | 03/11/2016

Répondre à ce commentaire

Merci Benoi pour ce commentaire éclairant et constructif .

Écrit par : samba | 03/11/2016

Merci Benoi pour ce commentaire très éclairant.

Effectivement, ta grille de lecture semble parfaitement s'appliquer à ce Spirou et je n'avais pas du tout envisagé les champignons comme une allégorie du capitalisme dévorant/débordant.

Ceci dit, je reste dans l'idée que les auteurs ont mis trop de couches narratives à ce récit. Et, concernant la grille de lecture sur le capitalisme et ses excès, est-il vraiment besoin d'aller si loin (de remonter plusieurs niveaux) quand on a déjà un journal/catalogue de pubs qui oriente sa ligne éditoriale en fonction de ses annonceurs, un galeriste d'art qui spécule et met en concurrence 2 magnats qui n'ont rien de philanthropes (l'un est l'archétype du trafiquant mexicain, l'autre un pétrolier du Golfe), Un barrage qui va tout emporter sur son passage, construit en Chine (alors même que le pays est sensé être communiste), etc. ? En tout cas, je n'en suis pas certain... Au mieux, on ne voit pas tous les niveaux, au pire, on les voit mais ça finit par embrouiller le message... Ou le contraire... ;-)

Enfin, c'est juste mon humble avis.

Écrit par : odradek | 03/11/2016

Bonjour et merci à vous pour ces gentilles paroles.
Dans le futur, j'espère m'améliorer au niveau de la rédaction de mes chroniques (notamment en les raccourcissant un peu) ;-). En attendant, je m'en vais continuer de dévorer les vôtres.

Écrit par : odradek | 03/11/2016

Répondre à ce commentaire

Et bien ce Spirou de Frank Pé et Zidrou m'a énormément plu ♥♥♥
Je l'ai lu d'un bout à l'autre avec le sourire aux lèvres; Il est beau et poétique. Et puis j'adore quand Spirou est plus humain que héros.
Très chouette album !!! ☺

Écrit par : laure-line | 06/12/2016

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.