15/02/2016

Golem

Golem.jpgGolem_pl.jpgAuteur : LRNZ
Éditeur : Glénat Comics
288 pages
Sortie : janvier 2016
Genre : anticipation

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Steno ne peut pas s'arrêter de rêver. Pour une raison quelconque, dans un monde où le moindre besoin est déjà satisfait par le «système», Steno sent qu'il devra, tôt ou tard, réaliser son rêve par lui-même. Il n'imagine alors pas que le monde entier a besoin de lui, de cette capacité à rêver...

 

"Aujourd'hui les chiffres sont formels : tout citoyen Italien a les moyens de s'acheter cette voiture, et posséder un Desmophone est désormais un droit inaliénable"

 

Mon avis

L'histoire se passe en Italie en 2030. La société est prospère et en paix, les gens ont tout ce qu'ils veulent grâce à la technologie qui leur est entièrement dévouée. Un peu trop même ! La société est ultra connectée, le port de l'oreillette est permanent et les gens sont sans cesse sollicités pour consommer ou pour se préserver de risques potentiels. Tout ce qui sort du contrôle de la technologie est dangereux. Un groupuscule, les Shoraï, refuse cette société du bien-être apathique, du confort imposé et du risque aboli qui bloque inexorablement l'accès à un bonheur simple.

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LRNZ, de son vrai nom Lorenzo Ceccotti, est un artiste illustrateur et designer Italien et a ce projet en tête depuis environ 20 ans. Golem est son premier roman graphique. Dans un récit d'anticipation ambitieux, surprenant et déroutant, il dépeint une société où la dictature des multinationales se cache derrière une démocratie de façade, prétextant apporter bonheur et bien-être aux populations tout en exerçant insidieusement un contrôle toujours plus prégnant sur elles.

 

Dystopie* par excellence, ce livre a ceci d'effrayant qu'il nous renvoie un reflet pas si déformé que ça de la société actuelle. Surconsommation, matérialisme galopant, société ultra connectée (regardez le nombre d'objets connectés qui fleurissent un peu partout et supposés améliorer notre quotidien) et paradoxalement de plus en plus individualiste, populations consentantes soumises malgré elles à cet autoritarisme grandissant et à une ingérence de leur vie privée. Le monde aseptisé et étouffant dépeint dans ce récit d'anticipation me fait froid dans le dos tant j'ai parfois l'impression d'en voir les prémices dans la vraie vie...

Sur le fond, Golem est assez réussi et LRNZ nous sert une excellente satire sociale dans une étonnante parabole politique sur la fin de l'économie mondiale.

 

golem,lrnz,lorenzo ceccotti,glénat comics,anticipation,dystopie,technologie,510,012016Je suis en revanche beaucoup plus réservé sur la forme. Non pas parce que ce livre est inclassable et à la croisée d'inspirations diverses, mais parce que je trouve que le propos n'est pas assez clairement mis en scène. Il y a beaucoup de scènes d'action, presque trop, où gros plans et surenchère d'effets nuisent à la lisibilité. De nombreuses planches sont difficiles à lire à cause sans doute d'un découpage qui se veut trop dynamique pour servir un scénario à la fois  dense et abscons. Du coup, la lecture devient vite pénible et l'on décroche du sujet parce qu'on ne peut rentrer dans les planches. Pour ne rien arranger, le graphisme est déroutant. Mélange de styles et d'influences manga, comics et Franco Belge, le dessin très coloré ou alors dans des teintes plus pastelles, est, d'une planche à l'autre très détaillé ou très épuré, avec entre chaque chapitre des peintures réalistes assez sombres. On se noie un peu dans cette abondance de styles qui s'entremêlent sans cesse.

Au final, le travail énorme qu'a fourni l'auteur pour boucler ce livre se voit, mais à la fin de la lecture j'ai ressenti comme une frustration et j'ai eu le sentiment d'un énorme ratage.

Cette histoire, qui prend pourtant 280 pages, aurait mérité un développement plus lent et une narration plus posée, ce qui aurait permis d'exposer plus clairement le propos et de rendre le tout beaucoup plus accessible.

Dommage, parce que le sujet vaut le coup d'être abordé.

 

 

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Loubrun

 

 

* Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. (src- wikipédia)

Beaucoup de séries BD d'anticipation peuvent entrer dans ce style de récit : SOS Bonheur, Ikigami, L'incal, Golden City, Lazarus ....

 

 

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Le site de l'auteur : http://www.lrnz.it/

12/02/2016

Walking Dead – Tome 24 - Opportunités

Robert Kirkman, Stefano Gaudiano , Charlie Adlard, Jaxom, Delcourt, Walking DeadRobert Kirkman, Stefano Gaudiano , Charlie Adlard, Jaxom, Delcourt, Walking DeadScénario : Robert Kirkman
Dessin : Stefano Gaudiano , Charlie Adlard
Editeur : Delcourt
Sortie : 18 novembre 2015
132 pages
Genre : Horreur, fantastique




 Contient les épisodes US "The Walking Dead" #139 à144

 

Robert Kirkman, Stefano Gaudiano , Charlie Adlard, Jaxom, Delcourt, Walking DeadRésumé éditeur :
Une autre vie a commencé pour les survivants de la terrible guerre contre Negan. Mais cette nouvelle ère de paix et de prospérité est menacée par un ennemi, qui marche parmi les rôdeurs. Les vieux amis en visite à Alexandria le temps d'une foire ne seront pas de trop pour stopper leur progression. L'affrontement sera sanglant, mais l'union fait la force. La vie devrait l'emporter sur la mort.

 

Robert Kirkman, Stefano Gaudiano , Charlie Adlard, Jaxom, Delcourt, Walking DeadAprès l’amorce initiée dans les tomes précédents, nous rentrons enfin dans le vif du sujet de ce nouvel arc narratif. Au sommaire peu d’action mais présentation des forces en présence, menaces plus ou moins déguisées et bien sûr : nouveaux personnages et personnages plus ou moins anciens qui sautent (raccourcis d’une tête au niveau du cou)...

Attendons de voir avant de critiquer, pour le moment ça se met en place gentiment.

Note globale : 07/10

JaXoM

 

 

20/01/2016

Réinventer la bande dessinée

REINVENTER-LA-BANDE-DESSINEE.jpgreinventer-la-bande-dessinee_3.jpgAuteur : Scott McCloud

Éditeur : Delcourt

Date de sortie : octobre 2015

256 pages

genre : essai, documentaire

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Scott McCloud a changé radicalement l’image de la BD avec L’Art invisible, une BD sur la BD qui décortiquait les mécanismes du 9e Art. Avec Réinventer la bande dessinée, il franchit une nouvelle étape en décrivant les douze révolutions en cours dans la création, la lecture et la perception de la BD. De l’issue de ces révolutions dépend la place qu’occupe la BD dans la culture aujourd’hui.

 

Mon avis

Est-il encore besoin de présenter Scott McCloud ? Le nom est forcément connu des amateurs éclairés de bande dessinée. Auteur de BD américain, Scott McCloud est un amoureux "loyaliste de la BD" qui fait de la BD parce qu'il l'aime et non pour s'ouvrir d'autres portes. C'est aussi un grand  théoricien de la bande dessinée. A travers 3 ouvrages de référence écrits à la fin des années 90 et au début des années 2000, il a décortiqué et décrypté ce médium qu'est la bande dessinée. Réinventer la bande dessinée est le deuxième de ces trois livres, publié en 2000 aux États-Unis et en 2002 chez Vertige Graphic pour la première fois en France. Il s'agit ici d'une réédition proposée par les éditions Delcourt.

Dans le premier – L'art Invisible – Scott McCloud démontre que la BD a un potentiel illimité, qu'elle est un véritable langage avec ses codes, ses mots, sa grammaire, et que son cœur se trouve entre les cases, c'est-à-dire là ou le lecteur donne libre cours à son imagination pour faire vivre les images qu'il lit.

Dans ce deuxième opus, il va au-delà du support BD en lui-même en nous faisant part de ses réflexions et du fruit de ses recherches sur la BD américaine de l'époque (fin des 90'). Se posant en véritable visionnaire, il prédit l'avenir de la BD en 12 révolutions. Partant d'un état des lieux de la BD US et s'appuyant sur son histoire, il dresse une analyse très fine, très pertinente et ultra documentée de cet univers particulier en n’omettant aucune de ses caractéristiques. De la bande dessinée comme littérature à la bande dessinée numérique, en passant par la BD en tant qu'art, son modèle économique, les droits d'auteur, la parité, la diversité des genres, la représentation des minorités, tout est examiné et passé au peigne fin pour démontrer que la BD peut et doit faire sa révolution pour survivre.

 

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Passionnant à plus d'un titre, cet "essai-conférence-illustrée" est assez pointu de par les très nombreuses références qui y sont faites et pourrait n'intéresser que les professionnels ou gros lecteurs compulsifs ... Mais Scott McCloud rend la chose très abordable en se mettant en scène à la manière d'un conférencier et en illustrant ses propos de manière claire et limpide, tant dans le trait que dans la mise en page. Si certains chapitres sont plus ardus que d'autres, ce qui ressort de l'ensemble de cet essai, c'est l'extraordinaire lucidité de l'auteur. On s'en aperçoit d'autant plus lorsqu'on aborde le chapitre sur le numérique. Écrit il y a 15 ans, à l'heure ou l'informatique commençait à rentrer dans les foyers et où un ordinateur était moins puissant que nos smartphones actuels, Scott McCloud a vu la révolution que cet outil provoquerait dans la bande dessinée aussi bien d'un point de vue créatif qu'économique. Il a pleinement conscience qu'en 2000 la révolution numérique n'en est qu'à ses débuts et décrit avec une acuité digne des plus grands devins, à quelques détails près, l'état des lieux du monde numérique que nous connaissons aujourd'hui.

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Bien plus qu'un simple exposé nombriliste sur le 9ème art, Réinventer la BD est une brillante conférence faite par un expert passionné qui donne une vision globale de la bande dessinée en l'intégrant totalement dans la société artistique, économique, technologique ...

On peut regretter toutefois que les BD européennes et Japonaises ne soient que trop rarement évoquées, et que l'auteur ne se soit pas fendu d'une nouvelle préface, ou postface, apportant une petite valeur ajoutée à cette réédition.

 

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Loubrun

 

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 Bonus

 

Visitez le site de Scott McCloud - http://scottmccloud.com/ - et notamment la partie web comics dans laquelle vous découvrirez le potentiel illimité de la web BD.

13/01/2016

Letter 44 - T2 - Décalage spectral

letter 44,albuquerque,soule,glénat comics,science fiction,thriller,politique,910,012016letter 44,albuquerque,soule,glénat comics,science fiction,thriller,politique,910,012016Scénario : Alberto J. Albuquerque

Dessin : Charles Soule

Éditeur : Glénat Comics

160 pages

date de sortie : novembre 2015

genre : science-fiction, thriller

 

 

Présentation de l'éditeur

Six mois après son investiture, le président Stephen Blades essaie toujours d’épargner son administration de l’incroyable révélation qu’il a reçue des mains de son prédécesseur : une présence alien serait en train de construire quelque chose dans la ceinture d’astéroïdes ! Pour enquêter, le précédent président avait envoyé en secret une mission par le biais du vaisseau spatial Clarke. Blades a un plan pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient tout en préparant son peuple à cette inquiétante vérité, mais il doit faire face à de sérieuses menaces au sein de son gouvernement et à un nouveau et mystérieux danger venu de l’étranger. Pendant ce temps, les braves astronautes du Clarke ont finalement rencontré les aliens… et d’après leurs découvertes, la Terre pourrait bien être condamnée !

 

 

Mon avis

Tout s'accélère et rien ne va plus ! Voilà comment on pourrait résumer ce deuxième tome s'il fallait le faire en une phrase.

Le Président Blades qui voulait rompre complètement avec les méthodes de son prédécesseur semble au fil des pages être totalement dépassé par les événements. L'auteur, non content d'avoir fourgué dans les pattes de Blades la gestion d'une potentielle invasion alien et la résolution d'un conflit qui s'enlise en Afghanistan, lui colle sur le dos des luttes de pouvoir internes et une grosse trahison de derrière les fagots.

Pendant ce temps là dans l'espace, ça ne va guère mieux à bord du Clarke. Humains et Aliens vont entrer en contact pour ... mais ! Que fais-je ! Je ne vais quand même pas tout vous dévoiler maintenant !

 

Ce deuxième tome tient toutes les promesses annoncées dans le premier volume. Charles Soule arrive à nous tenir en haleine avec une double intrigue assez touffue, sur terre et dans l'espace. En développant davantage le thriller politique plutôt que l'aventure spatiale, l'interconnexion entre les deux récits se fait de manière intelligente et rend, curieusement, ce récit de science-fiction parfaitement crédible. Autre point fort, les relations pleines de surprises entre les protagonistes et la psychologie des personnages. Ces derniers prennent du relief et l'on découvre petit à petit la part d'ombre de certains d'entre eux.

Albuquerque assure toujours autant au dessin. Il dynamise véritablement le récit et même les nombreuses planches très bavardes restent agréables à lire, grâce entre autres à un découpage maîtrisé et des bulles savamment positionnées.


Avec Letter 44, on a un vrai récit d'action intelligent dans le quel se mêlent habilement SF et thriller politique. J'adore !

 

 


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Loubrun