11/03/2010

AFRICA DREAMS - T1: L'ombre du Roi

Couv_106094PlancheA_106094200px-Leopold_ii_garter_knightDessin : Frédéric Bihel

Scénario : Maryse et Jean-François Charles

Collection Univers d'auteurs

Editions Casterman

Résumé (de l'éditeur) : Fin du 19e siècle, Congo, province du Kivu. Un jeune séminariste, Paul Delisle, rejoint l'une des missions des « pères blancs », dans la région des Grands Lacs, pour y participer à l'effort d'évangélisation des populations. Mais son arrivée a un autre motif, plus secret : tenter de retrouver son père Augustin, un ancien chirurgien devenu
planteur, colon prospère mais farouche misanthrope, volontairement reclus dans un isolement presque total. Paul rejoint bientôt l'immense domaine d'Augustin Delisle. Son arrivée coïncide avec un drame : le planteur est gravement blessé, une flèche plantée dans le dos.

 

Mon avis : C'est une BD qui va probablement relancer la polémique sur l'action du Roi Léopold II de Belgique au Congo. Ce livre contient beaucoup d'éléments qui constituent l'imaginaire des Belges sur le Congo, l'ancienne colonie. L'ouvrage débute sur le musée colonial de Tervuren en 1960, un lieu magique et magnifique (appelé maintenant « Musée de l'Afrique ») près de Bruxelles que je vous conseille de visiter, si vous ne l'avez jamais fait...Les auteurs nous emmènent également au Palais Royal de Laeken au 19e siècle. On y rencontre Léopold II, le pharaon des Belges comme l'appelait l'historien Jo Gérard. Le second Roi des Belges était très décrié par ses contemporains. Il avait des idées de grandeurs pour la petite Belgique et « coutait » beaucoup d'argent au pays...Il va investir sa fortune pour acheter à titre personnel le Congo à la barbe des autres puissances coloniales. Il va s'entourer d'hommes de premiers plans tels que le légendaire Stanley mais aussi des entrepreneurs et des financiers qui vont amener à l'époque la Belgique au deuxième rang mondial des puissances industrielles. Plus tard, il lèguera le Congo à la Belgique et fera ainsi une part de sa prospérité. Les auteurs mettent en parallèle ces éléments avec l'histoire d'une famille dont le père vit en brousse et gère des plantations. Le fils est séminariste envoyé dans la région des Grands Lacs et désire retrouver son père. De ces retrouvailles vont ressortir des échanges à propos du rôle de l'évangélisation des populations, du rôle des colonisateurs avec leurs exactions. De ce premier tome, on en retient une charge appuyée sur le rôle de Léopold II qui passe pour un financier et spéculateur sans foi ni loi, qui ne cherche qu'à faire de l'argent à court terme en exploitant les indigènes. Il faut savoir que Léopold II n'a jamais mis les pieds au Congo, c'était un voyageur-explorateur par procuration. Il est vrai qu'il avait un besoin énorme d'argent pour financer ses projets pharaoniques. Quand je lis la critique de « Sud Ouest.com » qui dit, je cite : « Cela fait déjà quelques années que la Belgique a balayé devant sa porte et a mis Léopold II au panthéon des salauds, mais une nouvelle couche d'histoire, fusse-t-elle sordide, ne fait pas de mal. », je crois que l'on va un peu trop loin dans l'analyse basique, simpliste et sans recul, juste à l'aune du XXIe siècle. Il faut remettre l'œuvre dans son contexte de l'époque, le 19e siècle, avec ses mentalités tout à fait différentes, avec l'idée qu'en avaient les gens de l'époque du « sauvage ». Heureusement, le temps est passé et les mentalités ont évolué. J'en veux pour preuve que l'éditeur à ajouter à la première édition un supplément de 8 pages réservé à la première édition. Sont rassemblés dans ces 8 pages des croquis mais aussi et surtout un dossier bien étayé de Colette Braekman, grande journaliste du quotidien « Le Soir » et collaboratrice du « Monde Diplomatique », grande spécialiste du Congo, et qui est réputée pour ne pas avoir sa langue dans sa poche. Fut un temps d'ailleurs où elle fut « persona non grata » au Zaire de feu Mobutu. Ce dossier a le mérite de bien remettre l'ouvrage dans son contexte historique et je pense pour ma part que l'éditeur devrait laisser ce dossier très bien fait dans les rééditions suivantes pour la bonne compréhension des lecteurs. Pour en revenir à la polémique, elle n'est pas neuve et est récurrente. Déjà à l'époque, l'écrivain américain Mark Twain avait chargé Léopold II alors que la situation était identique voire pire dans toute l'Afrique ou encore même aux Etats-Unis avec le sort réservé aux indiens. Au niveau du timing en 2010, cela tombe à pic alors qu'on va fêter les cinquante ans de l'indépendance du Congo (RDC) et qu'on a « oublié » en Belgique de fêter les 100 ans de la mort de Léopold II en 2009 ! Comme quoi parfois certains sujets restent délicats...

Parlons maintenant de l'ouvrage en lui-même, le scénario est bien structuré, bien balancé. Il a du demander un gros travail de documentation et de repérage. C'est vraiment un livre qui m'a passionné, qui m'a fait rêver même si par moment le sujet peut-être grave. En tout cas, quoiqu'on en pense sur le fond, le travail de Jean-François et Maryse Charles est remarquable. Le dessin de Frédéric Bihel est excellent également. Le graphisme m'a fait penser à « India Dreams » mais aussi par moment à Schuiten. J'ai bien aimé aussi les couleurs directes qui respectent bien le travail du dessinateur.

En conclusion, au-delà de la polémique, ce fut pour moi une agréable surprise et j'attends la suite avec impatience .Je prends le pari qu'on va encore parler de cette série très prometteuse et que ce sera un des albums importants de l'année 2010.

 

9/10

 

Capitol.

 

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08/03/2010

LES CARNETS DE DARWIN - T1:L'oeil des Celtes

Couv_105267PlancheS_23595467px-Charles_Darwin_01Dessin :Eduardo Ocana 

Scénario : Sylvain Runberg

Editions Le Lombard

Résumé (de l'éditeur) : 1860.Charles Darwin est pris dans la tourmente. Admirateurs et critiques se déchaînent autour de l'œuvre du naturaliste. C'est alors qu'il est contacté par le gouvernement anglais pour mener une enquête délicate. Des meurtres particulièrement atroces viennent d'être commis dans le Yorkshire et on soupçonne un prédateur inconnu d'en être à l'origine. Dans cette région où s'affrontent modernité et obscurantisme, Darwin plonge au cœur d'un tourbillon d'intrigues et de violence aveugle. Malgré les embûches, il s'approche peu à peu de la vérité... Une vérité terrifiante qui pourrait bien faire basculer toutes ses certitudes et lui coûter la vie...

Mon avis : Cette nouvelle série du Lombard est un thriller fantastique qui se déroule dans l'Angleterre victorienne. La trame de l'histoire est vite mise en place dès les premières planches. De même nous faisons rapidement connaissance avec Darwin qui vient de publier « l'origine des espèces », un livre qui va révolutionner la biologie (théorie de l'évolution). Darwin est un personnage très contesté à cette époque et même considéré par certains comme hérétique (encore de nos jours !). Le scénariste va mettre en parallèle dans son intrigue le mystère et la mécanique des meurtres d'une part, et d'autre part le comportement de Darwin lui-même, l'homme connu et reconnu mas également trouble avec sa part d'ombre. Le dessin est de type réaliste, très précis et très épuré. De plus la colorisation est très bien faite et est un plus pour le résultat final. Les scènes d'action sont bien rendues. C'est sanguinolent, chirurgical, sang et boyaux à tous les étages...Très expressif par moment...En conclusion, un excellent ouvrage qui m'a bien plu et qui devrait encore nous valoir bien des plaisirs et de nombreux développements dans les prochains tomes...J'ai bien aimé cet ensemble historique et fantastique. Vous pouvez y plonger avec délectation...si vous aimez ce style de littérature !

8/10

 

Capitol.

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07/03/2010

EN ITALIE, IL N'Y A QUE DES VRAIS HOMMES

EnItalie-couv_102179enItalie-Planc_102179Dessin et scénario : Luca de Santis & Sara Colaone

Editions Dargaud

Résumé (de l'éditeur) : Une phrase de Mussolini donne le titre - et le ton - à ce très bel album : « En Italie il n'y a que des vrais hommes ». Ainsi, en 1938, aucune loi nationale ne fut promulguée à l'encontre des homosexuels, puisqu'ils étaient censés ne pas exister. Une solution : les déporter sur de petites îles du sud de l'Italie... Dans cet album, deux journalistes rencontrent Ninella, l'un des seuls survivants de cette époque. La relation qui se noue entre ces trois personnages et le témoignage de Ninella, en flash-back, forment un album dur, émouvant, et étonnamment non dénué d'humour.

Mon avis : Dargaud nous fait découvrir de nouveaux auteurs italiens avec un titre accrocheur. Il s'agit en réalité d'un récit véridique inspiré du récit d'un des derniers survivants de cette époque. C'est très bien raconté, très bien découpé et agréable à lire. Le dessin sans être hyper réaliste est d'un style graphique dépouillé. Cet album est en bichromie. C'est plutôt un récit historique qu'une fiction, même si l'histoire est romancée. Sans être un livre exceptionnel, cela reste malgré tout une belle découverte.

7,5/10

 

Capitol.

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05/03/2010

LE MONTESPAN

Couv_103278103278_plaDessin et adaptation :Philippe Bertrand 

D'après le scénario de Jean Teulé

Collection Mirages

Editions Delcourt

Résumé (de l'éditeur) : Louis Henri de Montespan épouse le 18 janvier 1663 la somptueuse Françoise de Rochechouart. Quatre ans plus tard, elle devient la favorite de Louis XIV. Le Montespan fait alors repeindre son carrosse en noir et l'orne de ramures de cerf. La provocation fait scandale. Jusqu'à la fin de ses jours, le marquis n'aura de cesse de braver l'autorité du roi et d'exiger de lui qu'il lui rende sa femme.

Mon avis : Cette Bd est l'adaptation du livre de Jean Teulé qui s'est vendu à 500.000 exemplaires. Basé sur des faits réels mis en lumière par un roman jubilatoire, Philippe Bertrand a fait un travail extraordinaire pour l'adapter à la BD. Le résultat me fait penser à la série « Miss pas touche » de Kerascoët tant au niveau du dessin qu'au niveau du scénario. C'est enlevé, léger, caustique. L'auteur a su garder tous ces petits caractères qui définissent bien le tempérament, la douce folie de Montespan. Il a bien décidé de faire valoir son bon droit vis-à-vis de Louis XIV, « cette canaille qui a tué mon amour ».La réponse de Louis XIV est dans le même ton : « Eh bien, quoi, je baise sa femme ! Que pourrais-je faire de plus pour lui ? ». Cela nous vaut des situations et des répliques qui valent leur pesant d'or. J'ai dévoré ce livre d'une traite et je le trouve épatant, c'est un chef d'œuvre ! C'est mon coup de cœur de ce début d'année. A lire de toute urgence...

9/10

 

Capitol.

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