01/09/2014

MONSIEUR BERMUTIER.

Monsieur Bermutier, Casterman, Maarten Vande Wiele, 08/2014Monsieur Bermutier, Casterman, Maarten Vande Wiele, 08/2014Dessin & scénario : Maarten Vande Wiele

D’après Guy de Maupassant

Editions Casterman

Sortie 20/08/2014

96 pages -Broché

Prix conseillé : 18,00 €

ISBN : 9782203078642

Histoires courtes, Guy de Maupassant, polar, société.

 

Résumé (de l’éditeur) : Monsieur Bermutier, figure principale et récurrente de ces courts récits, est un personnage de juge qui évoque ses souvenirs au fil des histoires qui composent le recueil. Des souvenirs criminels pour l’essentiel, qui le conduisent, sur un mode distant et parfois presque badin, à rappeler différentes affaires rencontrées au cours de sa carrière. Racontée à la manière d’enquêtes policières, cette suite de portraits plutôt accablants donne de l’humanité un triste reflet. Mais au fait, qui est Bermutier lui-même, auquel son parcours professionnel a conféré une expertise inégalée en matière de psychoses, vices, déviances et dissimulations en tout genre ?

Monsieur Bermutier, Casterman, Maarten Vande Wiele, 08/2014

 

Monsieur Bermutier, Casterman, Maarten Vande Wiele, 08/2014Mon avis : Samba BD vous a déjà parlé de ce talentueux dessinateur et scénariste flamand, Maarten Vande Wiele, que nous avons découvert grâce à un album  remarquable intitulé : « I fucking love Paris ». Nous avions surtout souligné un dessin très graphique extraordinaire, dans le style « Atome-Atomium ». Le scénario était assez corrosif. C’est une critique du monde de la « jet set » et du milieu de la mode à Paris.

Août 2014.Changement de décor ! Maarten Vande Monsieur Bermutier, Casterman, Maarten Vande Wiele, 08/2014Wiele nous revient avec une adaptation de nouvelles de Guy de Maupassant. Ce n’est pas son œuvre la plus connue mais Maarten Vande Wiele s’en est saisi et l’a adapté à sa sauce et quelle sauce ! On peut d’abord se demander pourquoi un auteur flamand, qui ne pratique pas la langue française régulièrement, s’intéresse à une œuvre littéraire d’Outre-Quiévrain et en plus pas spécialement très connue. Il faudrait lui poser la question. Mais cela fait drôle de lire en début d’album que Maupassant a été traduit du néerlandais et que la publication est publiée avec le concours du « Fonds flamand des Lettres ». Comme quoi, tout n’est pas perdu dans notre chère Belgique !

Monsieur Bermutier, Casterman, Maarten Vande Wiele, 08/2014

 

Monsieur Bermutier est un juge d’instruction à la retraite, bien de sa personne, qui évoque ses souvenirs professionnels et criminels pour l’essentiel. Son ton est détaché, un peu british sur les bords, sérieux, voire distant. On lui donne le bon dieu sans confession. Bref, un type bien, droit, maniant la balance de la Justice avec doigté et de façon irréprochable. Et pourtant, au fil de la narration, le lecteur découvre des détails qui étonnent, font un peu tâche,  un peu de surnaturel aussi… Le lecteur va finir par se poser des questions et découvrir des comportements inattendus, qui laissent perplexe. Je laisse au lecteur la surprise de la fin du récit.

Monsieur Bermutier, Casterman, Maarten Vande Wiele, 08/2014

 

Au niveau du graphisme, c’est vraiment différent par rapport à son premier album paru chez Casterman. On oublie le style  « atome » et on glisse vers un graphisme plus rond, moins anguleux, moins « ligne claire » . Il s’appuie plus sur les couleurs « aquarelles », plus douces mais aussi parfois plus sombres, plus noires en fonction du récit. La note destinée à la presse fait référence à Loustal, une pointure dans le genre.Ca y ressemble en effet même si Loustal est plus caricatural, plus typé et donc plus reconnaissable. Maarten Vande Wiele a ses spécificités même s’il y a des similitudes et des inspirations.

Au final, Casterman nous laisse découvrir une autre facette du talent de l’auteur mais il, est toujours aussi efficace, convainquant et corrosif. Un album qui semble bien gentil au premier abord mais qui garde tout son potentiel détonnant et va encore vous surprendre. A découvrir !

 

Dessin :             7,0/10

Scénario :          8,0/10

Moyenne :          7,5/10

 

Lien vers le site internet de l’éditeur : ICI.

Pour rappel, l'interview de Maarten Vande Wiele à Samba BD: ICI.

 

Capitol.

 

Monsieur Bermutier, Casterman, Maarten Vande Wiele, 08/2014

 

28/08/2014

LES CONTREES SAUVAGES -Tome 1.

Les contrées sauvages, Taniguchi, Sakka, 09/2014.Les contrées sauvages, Taniguchi, Sakka, 09/2014.Dessin & scénario : Jirô Taniguchi

Editions Sakka (Casterman)

Sortie 03/09/2014

232 pages -Broché

Prix conseillé : 13,95 €

ISBN : 9782203084438

Histoires courtes, aventure, western, nature.

 

Résumé (de l’éditeur) : L’auteur de Quartier lointain nous propose un périple à travers les grands espaces au milieu d’une nature cruelle et ses créatures hostiles, l’homme est la proie de tout, et surtout de lui-même. Dans cette anthologie en deux tomes, nous découvrons une facette encore méconnue en France de l’œuvre de Taniguchi : l’époque où, nourri de bande dessinée européenne, il s’essayait à la BD de genre en y insufflant ce qui est aujourd’hui encore sa marque de fabrique : un immense talent de raconteur d’histoires.

 

Mon avis : Casterman via sa filiale Sakka, spécialisée dans le manga, continue à publier les premiers travaux de Jirô Taniguchi, le mangaka préféré des européens. L’éditeur nous propose un nouveau diptyque (deux albums) intitulé « Les contrées sauvages » dont le premier tome sort en ce début du mois de septembre 2014.Il s’agit en réalité de 8 histoires courtes sorties dans la presse japonaise entre 1975 et 1986.

 La préface de l’album, écrite par Wladimir Labaere, donne un éclairage particulier sur l’œuvre et je vais en faire un rapide résumé.

Cette série a pour thèmes ce qui est à l’origine du talent de Taniguchi. Tout d’abord, une ouverture sur le monde qui s’est développée grâce à la lecture de la BD franco-belge, peu disponible à l’époque dans son pays. Il en retient la richesse des décors et la multiplicité d’informations contenues dans chaque case. De la BD japonaise, il gardera la priorité accordée au mouvement. Il a aussi certains sujets de prédilection comme la Nature (avec un grand N) implacable vis-à-vis d’une humanité orgueilleuse et présomptueuse. Cette Nature, c’est les éléments et le règne animal. Non seulement, il s’adresse à la jeunesse mais apprend aussi à dessiner pour un public adulte. Pendant cette période de sa vie, il doit travailler beaucoup pour pouvoir vivre de son art. Avec quelques assistants, il va produire jusqu’à 120 planches par mois, aux dépens parfois de sa santé ! Taniguchi se nourrit de tout ce qu’il lit, découvre, visionne (films, télévision,…), d’anecdotes pour se lancer dans un récit. Il est boulimique, une vraie éponge. Le premier tome s’intéresse surtout aux « légendes de l’Ouest ». Taniguchi est probablement un des rares mangakas capable d’entrer dans ce monde particulier du western.

Au fil des histoires courtes et des années de « production », le lecteur va voir évoluer le graphisme de l’auteur, un dessin qui va petit à petit prendre de l’ampleur, se simplifier et devenir de plus en plus abouti.

Au niveau de la narration et du découpage, Taniguchi excelle et la progression est également remarquable. Son travail d’adaptation  et sa progression sont  remarquables. L’auteur japonais élague ses textes, fait passer mieux ses idées en moins de mots, se fait plus précis et plus concis.

Pour conclure, Taniguchi nous charme encore, même avec des travaux qui datent de ses débuts. On le voit grandir. Le jeune espoir du manga devient progressivement un des maîtres de la discipline mais aussi proche de la BD européenne. Le résultat est séduisant.

 

Dessin :             7,5/10

Scénario :          7,5/10

Moyenne :          7,5/10

 

Lien vers le site internet de l’éditeur : ICI.

 

Capitol

 

Les contrées sauvages, Taniguchi, Sakka, 09/2014

 

21/08/2014

L’OR SOUS LA NEIGE-Tome 3 : Ici, tu es ce que tu fais.

l'or sous la neige,or sous la neige,stalner,glénat,12 bisl'or sous la neige,or sous la neige,stalner,glénat,12 bisDessin : Eric et Jean-Marc Stalner - Scénario : Eric Stalner

D’après le roman de Nicolas Vanier

Editions Glenat

Collection : 12bis

Sortie 21/08/2014

48 pages 

Prix conseillé : 13,90 €

ISBN : 9782356484413

Aventure, Western.

 

Résumé (de l’éditeur) : 1897. Matt, jeune paysan américain, fuit la ferme familiale pour vivre l'aventure. Il part à la recherche du Klondike, une rivière inconnue d'Alaska qui sera bientôt l'objet de tous les fantasmes. On y a trouvé de l'or, beaucoup d'or. Pour dénicher le précieux métal, Matt va devoir affronter les montagnes hostiles et les rivières déchaînées et rejoindre le Klondike. Peu à peu, le jeune homme va s'enfoncer dans le Grand Nord…

Mon avis : Dans ce déluge de sorties BD, on passe souvent à côté de chouettes albums, agréables à lire, et pourtant ignorés car noyés dans la masse. Et parfois, je me dis que c’est vraiment dommage cette perte d’énergie, de talents non récompensés à leur juste valeur. Le nombre met en péril la survie de la qualité…

En voici encore un exemple. Nous recevons de chez Glenat un mail avec des liens vers une version PDF du présent album ainsi que des deux premiers tomes de ce triptyque. Une invitation à une sorte d’examen de rattrapage en somme…J’avais d’autres priorités de lecture. Cette série, je n’en ai pas entendu parler. En ce mois de juillet, plus calme, je me lance…OK, pour moi !

Je me lance donc dans la lecture des albums sur mon écran d’ordinateur. Ce n’est pas spécialement ce que j’apprécie. Je passe déjà ma journée devant un écran pour le boulot et je fais les prolongations pendant ce qui devrait être une détente. Je l’avoue, je préfère nettement l’album que l’écran. Je sais que les éditeurs préfèrent envoyer des fichiers, cela coûte moins cher. Mais, je me pose quand même des questions sur la démarche quand on est censé vendre un livre, un album, qui est aussi en général un bel objet à manipuler, qui a été soigné par un auteur, un imprimeur, toute une équipe…Enfin, passons sur cette digression…

La série se subdivise en trois tomes. Le premier intitulé « Klondike » raconte l’origine de l’histoire. Un titre dans un journal, « des tonnes d’or en Alaska », va provoquer une ruée vers l’or de plus de 50.000 personnes qui rêvent de faire fortune dans le Grand Nord. Il suffit d’y aller et de le ramasser ! Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et il faudra vite déchanter…Même l’écrivain Jack London sera de ceux-là, mais lui s’en inspirera pour écrire ses romans d’aventures… Le tome 2 nous montre comment Matt, le personnage principal, va faire pour survivre, pour se tirer de ce piège, de ce miroir aux alouettes, de cette désillusion. Il va se fondre dans la nature, allez vers le Nord, chercher là où les autres ne vont pas. Il va découvrir la nature et les indiens…Dans le tome 3, nous suivons cette quête qui ne fait pas plaisir à tout le monde. Matt va devoir faire des choix. L’or ou sa vie près de la nature et la préservation aussi de la vie ancestrale des indiens…

Inspiré du roman de Nicolas Vanier, le scénario est remarquablement construit en trois tomes et trois périodes distinctes dans la progression du récit. Le découpage et la mise en scène sont remarquables. Les personnages sont bien campés. Il s’agit d’un vrai récit d’aventure, d’un western à la sauce « Grand Nord » dans le froid et la neige, dans des contrées perdues et oubliées, aux confins du monde civilisé, près de la dernière frontière…

Le dessin des frère Stalner est bien réalisé. Le graphisme est classique. La mise en case est dynamique. Bref, c’est agréable à lire.

Je vous recommande ce triptyque avec une belle histoire, bien  racontée et bien mise en image. J’ai réellement pris du plaisir à lire ces trois albums. « L'Or sous la neige » pourrait faire l'objet d'une adaptation au cinéma par Nicolas Vanier lui-même.

 

a07-3e78901.gifDessin

a09-3e78912.gifScénario 

a08-3e78906.gifMoyenne 

 

 

Capitol

 

l'or sous la neige,or sous la neige,stalner,glénat,12 bis

24/07/2014

L'ARABE DU FUTUR - Tome 1: Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984).

L'Arabe du futur, Sattouf, allary,05/2014L'Arabe du futur, Sattouf, allary,05/2014Dessin & scénario : Riad Sattouf

Editions Allary

Sortie 15/05/2014

160 pages

Prix conseillé : 20,90 €

ISBN : 9782370730145

Roman graphique, Biographie, Moyen-Orient.

 

Résumé (de l’éditeur) : Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile. En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle. Son père, lui, n’a qu’une idée en tête : que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.

L'Arabe du futur, Sattouf, allary,05/2014

 

Mon avis : Les éditions Allary se disent généralistes et ne sortent que 15 livres sur l’année pour bien s’occuper de leurs sorties ! « L’Arabe du futur » semble être le seul livre de bande dessinée du catalogue…Fini la surproduction !

L'Arabe du futur, Sattouf, allary,05/2014

 

Riad Sattouf est le dessinateur de Pascal Brutal ( Fauve d’or en 2010) et de bien d’autres travaux chez différents éditeurs. Il a également réalisé un film intitulé « Jacky au royaume des filles » sorti en début de l’année 2014. « L’Arabe du futur » est une série prévue en trois albums.

L'Arabe du futur, Sattouf, allary,05/2014

Ayant lu quelques avis positifs sur l’album, je me le suis procuré. L’auteur nous livre en réalité une autobiographie et nous fait découvrir la Lybie de Kadhafi et la Syrie d’Hafez Al-Assad via ses yeux de petit garçon et via sa famille dont le père est syrien et la mère bretonne. L’introspection se fait au départ du récit d’un très jeune enfant mais avec l’analyse, le décryptage d’un adulte. Cela nous permet de découvrir une étude, une critique très ciblée, profonde, mais qui passe comme une lettre à la poste. L’auteur met en lumière le point de vue de son père, le « pater familias », qui plaide pour le « panarabisme », mais aussi celui de sa mère, européenne, française et bretonne, qui met son mari devant ses incohérences, parfois se moque de lui. Mais, elle reste aussi dans son rôle d’épouse qui suit son mari dans ses pérégrinations. Le petit Riad nous livre en quelque sorte une synthèse bien ciblée et pleine d’humour de situations pas toujours faciles, parfois compliquées. Il n’est pas facile, lui qui a les cheveux blonds, qui ne parle pas l’arabe, de s’intégrer. On le traite même de « sale juif » car il est différent des autres. Il nous permet de découvrir des mentalités et des coutumes dont nous n’avons même parfois pas conscience.

L'Arabe du futur, Sattouf, allary,05/2014

 

Pour arriver à ce tour de force, Riad Sattouf nous livre un dessin des plus simples mais drôlement efficace. Ce n’est pas un dessin sophistiqué, plutôt basique même,  mais qui permet une approche facile de ce récit. La couleur est différente sur chaque chapitre, elle est bicolore. Chaque chapitre représente une partie de la vie de Riad. En France (dominante bleue), en Libye, en Syrie,…Cet emploi des couleurs permet de directement définir géographiquement et politiquement le récit.

L'Arabe du futur, Sattouf, allary,05/2014

 

J’ai vraiment bien apprécié ce premier album qui reprend la période allant de 1978 à 1984. Le récit démarre en France, passe par la Lybie et la Syrie, et se termine après un retour en France par un nouveau départ vers la Syrie dont il sera question dans le tome 2. Cela se laisse lire très facilement, c’est drôle et instructif. C’est une magnifique étude sociétale et politique du Moyen-Orient via la bande, la vie d’un petit enfant blond. Une réelle découverte pour moi qui n’ai jamais regardé la production graphique et scénaristique de Riad Sattouf que de très loin. En plus, c’est publié chez un éditeur qui n’a rien d’un éditeur de bande dessinée. Un album atypique mais une réussite éditoriale indéniable.

 

Dessin :             8,0/10

Scénario :          9,0/10

Moyenne :          8,5/10

 

Capitol

L'Arabe du futur, Sattouf, allary,05/2014

Écrit par capitolbelgium dans Du haut du CAPITOL. | Commentaires (2) | Tags : l'arabe du futur, sattouf, allary, 052014 |  Facebook | |