27/04/2014

BAD BARTJE - Tome 1: Acta est fabula.

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014Dessin : Marco Paulo - Scénario : Falzar

Editions Kennes

Sortie : 23/04/2014

49 pages

Prix conseillé : 13,50 €

ISBN : 9782875800237

Belgique, politique, humour, De Wever.

 

Résumé (de l’éditeur) : Fin des années 70. Bartje est un petit belge comme les autres.
Enfin presque…Il ne peut pas s’amuser tout à fait comme les autres car il a une mission.
Un Destin. Il le sent, il le sait. C’est lui qui va écrire l’Histoire. Et ce n’est pas une histoire belge. Ni une histoire drôle.

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014


Mon avis : « Bien entendu, toute ressemblance avec des personnes existante ou ayant existé serait pure coïncidence… » C’est la phrase d’entrée que l’on peut lire sur le site des Editions Kennes qui publie cet album. Dimitri Kennes, un ancien de chez Dupuis, a lancé sa propre maison d’édition et maintenant se lance dans la publication de bandes dessinées. Nous avons donc reçu en primeur cet album belgo-belge, un peu un ovni dans le paysage belge de la bande dessinée où les albums à connotation politique sont peu nombreux, à la différence de la France où les albums ont fleuri sur Nicolas Sarkozy ou autre François Hollande.

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014

NDLR:"Momaaaaan, je n'sais pu djazer!":C'est du wallon. Cela veut dire: "Maman, je ne sais plus parler(wallon)".

D’abord parlons du titre. « Bad Bartje ». Une locution anglo-flamande qui veut dire en français « Le méchant petit Bart ». Pour nos amis francophones, ignorant de la politique belge, je dois maintenant passer par un plantage de décor, une explication du phénomène « Bart De Wever » car c’est de lui qu’il s’agit ici, le cauchemar de tous les partis politiques en Belgique en vue des élections qui se pointent pour le 25 mai 2014 (européenne, fédérale et régionale). On annonce un raz-de-marée en Flandres du parti de Bart De Wever, la NVA.

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014Lors de la crise politique de 2010-2011 qui a duré 541 jours, où la Belgique a vécu de façon surréaliste sans gouvernement, un personnage très controversé est apparu comme le personnage central de la pièce qui se jouait au niveau politique. Il s’agit de Bart De Wever (De Wever veut dire « Le tisserand » en français). Avec son parti, la NVA, il réclame l’indépendance de la Flandre qui en a marre de subsidier la Wallonie et sa cohorte de « fainéants ». La NVA est aussi à la droite de la droite. Elle appelle au renvoi des étrangers non désirés, l’arrêt de nombreux programmes sociaux, la réduction du budget de l’Etat de 10% tout de suite, la réduction des prérogatives de l’Etat Fédéral au profit des régions et plus particulièrement la région flamande, demande la fin de la Royauté, etc…La direction de la NVA a des connections avec le FN en France, même s’il haïssent les francophones… Je vous passe les détails. Entre-temps, Bart De Wever est devenu le bourgmestre d’Anvers. Anvers est devenu le laboratoire de De Wever et de la NVA, avec des fortunes très diverses. C’est l’homme le plus populaire en Flandres et est crédité d’après les sondages à plus de 30% des voix en Flandres des intentions de vote de l’électeur flamand. Mais dans ce même sondage, 75% des électeurs de la NVA ne veulent pas entendre parler de la scission de la Belgique…Bonjour le surréalisme à la belge!

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014L’histoire personnelle de Bart De Wever vaut aussi le détour…Issu d’une famille de nationalistes flamands dont le grand-père, avait été secrétaire du Vlaams Nationaal Verbond, un parti flamand d'extrême droite de l'entre-deux-guerres, reconnu parti unique par l'occupant nazi. Son grand-père a été condamné après la guerre de 1940-1945 à la prison et à la déchéance de ses droits politiques pour collaboration avec l’occupant (les anciens parlent des « inciviques »). Cette famille a toujours milité pour l’indépendance de la Flandre et « vomit » la Belgique

Bart de Wever en 2008 et actuellement.

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014(« Belgie barst ! »: Que la Belgique crève !).Bart De Wever est historien de formation et féru de l’antiquité et de l’époque romaine. Jules César, il adore. Lors de ses interventions, il agrémente celles-ci de citations latines (d’où le titre de l’album : acta est fabula).Au départ, il était obèse, une obésité presque morbide à tel point que ses médecins lui ont dit qu’il devait de toute urgence se reprendre en main. Lors de la crise des 541 jours, les négociateurs pour la formation du nouveau gouvernement

ont révélé que De Wever se goinfrait de nombreuses gaufres de Liège pendant les réunions. D’ou son surnom de l’époque. De Wever était devenu « De Wafel » (la gaufre en flamand) ce qui justifie une série de gags dans l’album. Il a médiatisé le régime draconien qu’il a suivi et il a perdu pas loin de 40 kilos en peu de mois grâce à une méthode de régime mystérieuse, pas très naturelle. On le voit courir en jogging, participer à des courses populaires…Le rondouillard De Wever se transforme radicalement pour devenir un homme mince, sec et cassant.

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014Pendant les négociations politiques, il joue systématiquement la montre, critique tout, refuse les discussions à plus de deux personnes, privilégie les discussions en tête à tête, et enfin de compte enlise la situation politique de la Belgique. Bref, il sabote le fonctionnement de la Belgique, jusqu’à ce que les autres partis flamands prennent enfin leurs responsabilités et forment un gouvernement sans De Wever. La Belgique devenait petit à petit un bateau ivre, il fallait faire preuve de courage politique après 541 jours d’enlisement. Il a une science incroyable de la communication et rejette la faute sur les autres alors qu’il a tout fait pour que la Belgique ne fonctionne plus. A l’heure actuelle, il n’a rien perdu de son potentiel politique et de sa capacité de nuire à la Belgique. L’avenir nous dira la suite de son histoire après les élections du 25 mai 2014.

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Dernière péripétie en date, c’est l’affaire des pandas ! Le très dynamique parc à thème « Pairi Daiza », situé en Wallonie, a négocié avec la Chine l’arrivée d’un couple de Pandas. La Chine accepte. C’est pour la Belgique un signe de confiance immense de la part de Chine qui pratique la politique des pandas comme un outil marketing de première force. Le premier ministre Elio Di Rupo en remet une couche. Il est sur le tarmac de l’aéroport à l’arrivée des deux sympathiques animaux pour les accueillir en grande pompe. Ils sont reçus comme on reçoit des hommes d’état. L’avion qui les transporte est peint spécialement pour la circonstance aux couleurs du transporteur (DHL) et du parc. Bref, grosse publicité pour Pairi Daiza qui voit ainsi récompenser son travail énorme et efficace dans l’ombre. Bart De Wever, bourgmestre d’Anvers, se réveille et apparaît dans une émission de télévision « people » déguisé en panda. Sur le ton de l’humour, il s’attaque à Pairi Daiza qui bénéficie d’un paquet de subsides wallons, de la bienveillance du premier ministre wallon qui favorise la Wallonie. Le « pauvre » mais réputé zoo d’Anvers méritait bien plus que les wallons la présence sur son territoire des deux illustres plantigrades. Bref, la Wallonie a encore une fois grugé la Flandre…De Wever crie au scandale ! La réponse de Pairi Daiza ne va pas tarder… Non, Pairi Daiza n’a reçu aucun subside et c’est le résultat de leur expertise, leurs contacts directs en Chine, de leur travail de longue haleine, leur sérieux. Le Zoo d’Anvers n’a jamais fait la moindre demande à la Chine pour avoir les pandas et en plus il bénéficie de subsides illégaux de la région flamande. Pairi Daiza donc réclame le remboursement de ses subsides par le zoo D’Anvers mais invite Bart De Wever a faire une visite en Wallonie pour rendre visite aux pandas. Il est le bienvenu ainsi que le public flamand. Voilà Bart De Wever pris au piège de sa propre rhétorique et remis à sa place. (Le communiqué de presse humoristique de Pairi Daiza : ICI).Voilà pourquoi vous trouverez des pandas dans l’album…

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014

Les auteurs sont Marco Paulo au dessin et Falzar au scénario. Paulo a déjà pas mal de références et de parutions dans le monde de la bande dessinée. Il a sorti la bande dessinée sur Rachida Dati en 2013 (Au nom du père) qui lui a valu un retentissement médiatique en France suite à une tentative avortée d’interdiction de sa parution. Falzar est un scénariste qui a travaillé chez Dupuis et le journal de Spirou. En 2013, il publie chez Sandawé l’album « zozoland » (chronique sur Samba BD : ICI) et « Plus belge la vie » publié à la renaissance du livre.

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014

L’album a été imprimé chez Lesaffre en Belgique et est très bien réalisé. La couverture est aux couleurs du drapeau national belge : noir, jaune, rouge. Il représente un Bart De Wever jeune avec un sourire sardonique, une boite d’allumette qui sort de sa poche, et la Belgique et Bruxelles en feu dans l’arrière plan. Il s’agit d’un livre d’humour. Nous sommes dans la caricature, une entreprise de dénigrement systématique qui ne va pas plaire à tout le monde. Certains parlent de « De Wever bashing ». Le principe de l’album est de raconter l’enfance du petit Bartje. Tout au long des planches, Bartje cherche une victime, rejette la faute sur l’autre, passe pour un monstre sans cœur qui a une destinée bien tracée. La série est actuellement en prépublication dans les journaux du groupe Sud presse, le plus important groupe de presse belge en francophonie. La presse flamande en a fait écho et reste à ma grande surprise sur la réserve, restant très zen et polie envers l’album. Mais à ce jour, l’éditeur n’a pas trouvé d’éditeur flamand d’accord de publier l’album en néerlandais. Certains disent qu’en Flandres, De Wever fait peur et que certains libraires et commerciaux craignent des vitrines brisées si l’album est exposé.

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014

Le dessin est dans le plus pur style franco-belge. C’est classique. Le personnage est bien croqué. On peut y voir d’autres politiques flamands (Wout, Kris, Flupke,…). J’ai d’abord lu planche par planche l’album via le journal « La Meuse ». Je n’ai pas trouvé l’album très top. Des gags répétitifs, un peu basiques parfois, très « premier degré ». Par la suite, après avoir reçu l’album à la maison, j’ai relu les gags dans leur continuité et je dois reconnaître que cela forme ainsi un album plus compact, plus cohérent. Certains gags m’ont bien plu mais ce n’est pas non plus la 7e merveille du monde. C’est un très bel objet « marketing » qui sort à un moment bien choisi, un mois avant les élections, qui sera en librairies et en grandes surfaces du coté francophone sous les feux de l’actualité. Les Editions Kennes y ont vu un excellent coup, ils savent y faire…

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014

Vous aurez compris que, pour moi, ce n’est pas un album qui « déchire » mais il s’agit d’un produit dans l’air du temps. Je ne vais pas parler d’un album « gentil » mais plutôt « vénéneux ». Le journal flamand «De Standaard » parle d’un petit Nicolas en négatif. C’est flatteur mais avec la poésie en moins et cela fait une grosse différence. Je pense que l’album va fonctionner mais quand je vois la mention « tome 1 », je me pose quand même des questions…J’ai même vu un site en faire un « coup de cœur » mais il s’agit probablement aussi d’un effet marketing…Certains sites spécialisés en bande dessinée trouvent tous les albums qui sortent extraordinaires, ce n’est pas le cas sur Samba BD…A livre atypique, chronique fleuve, voilà le résultat de mes cogitations…Chacun se fera son avis. Je me demande si l’album sort en France…Il faudra poser la question à l’éditeur…

 

Dessin :            7,0/10

Scénario :          6,0/10

Moyenne :          6,5/10

 

Liens vers le site de l’éditeur Kennes : ICI.

Liens vers Wikipédia sur Bart De Wever : ICI.

Liens vers Wikipédia sur la crise politique belge de 541 jours : ICI.

Bart De Wever déguisé en panda : ICI.

Lien vers le site de Pairi Daiza : ICI.

 

Capitol

 

Bad Bartje, Paulo, Falzar, Kennes, 04/2014

 

 

25/04/2014

SUCCUBES - Tome 4: Messaline.

Succubes, Messaline, Mosdi, Dominici, Soleil, 03/2014Succubes, Messaline, Mosdi, Dominici, Soleil, 03/2014Dessin : Marco Dominici - Scénario : Thomas Mosdi

Editions Soleil

Collection : Secret du Vatican

Sortie : 19/03/2014

48 pages

Prix conseillé : 12,90 €

ISBN : 9782302037496

Histoire, Rome, aventure, ésotérisme.

 

Résumé (de l’éditeur) : Rome, 48 après J.-C. Parfois surnommée la "putain impériale", il est peu de femmes à avoir laissé dans l’Histoire, une empreinte aussi sulfureuse. Mariée dès son plus jeune âge à l’empereur Claude, de loin son aîné, Messaline se démarque par sa fureur de vivre, son appétit sexuel insatiable, son goût pour le pouvoir et le luxe. Esprit libre mais d’un tempérament cruel et manipulateur, elle n’hésite pas à soumettre ou à éliminer tous ceux qui lui portent ombrage. Ses crimes sont si nombreux qu’en établir la liste est impossible. Placée dans le lit de Claude par l’Ordre des Filles de Lilith, en lutte contre la mystérieuse Confrérie des Chasseurs, Messaline ne tarde pas à vouloir se défaire des liens secrets qui l’entravent.
Des bas-fonds de Rome, au palais impérial, en passant par les fabuleux jardins de Lucullus, commence alors un combat sans merci où se mêlent complots, trahisons et volupté. Messaline ne pourra pas échapper à sa destinée

Succubes, Messaline, Mosdi, Dominici, Soleil, 03/2014


Mon avis : Tome 4 de la série Succubes dans la collection « Les Secrets du Vatican » (il faudra qu’on m’explique le rapport avec Messaline). L’avantage de cette collection, c’est qu’on n’est pas obligé de suivre les différents tomes puisqu’ils sont indépendants l’un de l’autre. C’est à chaque fois une autre histoire à une autre époque de l’Histoire.

 

Succubes, Messaline, Mosdi, Dominici, Soleil, 03/2014

 

Ici, on se retrouve à l’époque de Messaline qui a été placée dans le lit de l’empereur Claude par l’ordre des filles de Lilith (tout un programme !) qui combat pour la reconnaissance des femmes au plus haut niveau de la société. Les femmes œuvrent donc à l’accomplissement d’un vaste plan aux objectifs occultes (sic !). Cela nous vaut donc une sombre histoire d’alcôves, de pouvoir, de manipulations au temps des Romains.

 

Succubes, Messaline, Mosdi, Dominici, Soleil, 03/2014

 

Le dessin est plus que correct. Messaline et ses copines sont bien dessinées. Cela tient la route. Je suis moins fan de la colorisation, question de goût. Quant au scénario, il raconte la vie dépravée de Messaline, une femme de pouvoir, et qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu…La narration est classique comme la mise en images et la construction de l’intrigue.

 

Succubes, Messaline, Mosdi, Dominici, Soleil, 03/2014

 

C’est du bon travail, vite lu, apprécié sans plus, et surtout bien vite oublié. Cette série manque franchement d’une unité et d’un ressort qui donnerait un dynamisme à cette production sans grand relief. Lecture de fin de week-end de Pâques et encombrement dans les bacs des libraires. A quand la décroissance des sorties en bande dessinée ?  

 

Dessin :             7,0/10

Scénario :          7,0/10

Moyenne :        7,0/10

 

Liens vers le site de l’éditeur Soleil : ICI.

 

Capitol

 

Succubes, Messaline, Mosdi, Dominici, Soleil, 03/2014

 

24/04/2014

INTERVIEW DE CHANOUGA (Narcisse - tome 1/3: Mémoires d'outre-monde).

Interview Chanouga, Narcisse, Mémoires d'outre-monde, Paquet, Cabestan, 04/2014De temps en temps, on fait des découvertes…Chanouga (de son vrai nom Hubert Campigli) est la dernière en date. Il est né à Marseille en 1964 et y vit toujours. Avec lui, la mer n’est jamais très loin ! Après un premier album très remarqué ("De Profundis" sorti chez Paquet), il récidive avec une nouvelle série en trois tomes appelée « Narcisse », peut-être la série de sa vie…Il inaugure par la même occasion une nouvelle collection chez Paquet intitulée « Cabestan » et dédiée à l’univers de la mer. J’ai voulu en savoir plus sur cet auteur et j’ai décidé de vous faire partager mon enthousiasme pour l’univers de Chanouga, un auteur dont on reparlera probablement encore souvent…

 

Samba BD : Quel est votre parcours au niveau de la bande dessinée ? Est-ce votre unique activité professionnelle ?

Chanouga : Comme beaucoup d’auteurs, mon parcours est atypique... Très tôt, comme une évidence, la bande dessinée a fait partie de ma culture au même titre que la littérature, c’est certainement l’une des raisons qui m’ont poussées à entrer aux Beaux-Arts, où hélas, la bande dessinée était bien loin d’être considérée comme le 9ème art. Cinq ans plus tard, j’ai commencé une activité de graphiste, illustrateur dans la com.… j’ai mis de côté mes rêves de BD. Puis, il y a quelques années, j’y suis revenu par le biais du blog BD ; les retours très positifs de mes premiers lecteurs m’ont encouragé… En 2009, j’ai rencontré Tony Sandoval, dont j’adore le travail, puis Pierre Paquet… j’ai signé mon premier album

Samba BD : Vous avez déjà sorti l’album « De profundis » qui a obtenu un beau succès. Maintenant, vous inaugurez la collection « Cabestan » dédiée à l’univers maritime. Quels sont vos sentiments à propos de votre parcours chez l’éditeur Paquet ?

Chanouga : Tout d’abord, je suis très reconnaissant à Pierre Paquet de m’avoir offertInterview Chanouga, Narcisse, Mémoires d'outre-monde, Paquet, Cabestan, 04/2014 l’opportunité de sortir ce premier album, pas forcément très facile, mais auquel je tenais beaucoup. J’avais, déjà à cette époque, l’idée d’adapter la singulière histoire de Narcisse Pelletier en bande dessinée, mais je ne me sentais pas prêt à aborder une histoire aussi complexe. Après la sortie de « De Profundis », j’ai finalement proposé le projet à Pierre Paquet qui l’a immédiatement accepté… Une histoire où la mer occupe une place essentielle, il y a vu, à juste titre, l’occasion de lancer une nouvelle collection autour de ce thème.

Samba BD : « De profundis » et « Narcisse », même s’il ne s’agit pas du même type de récit, tournent tous les deux autour des bateaux. Avez-vous une expérience pratique des bateaux, que ce soit à voile ou à moteur ? Dans l’affirmative, pouvez-vous m’en parler ? Quels sont vos « spots » favoris ? Quel type de navigateur êtes-vous (plaisancier, pêcheur du dimanche, régateur, caboteur, explorateur,…ou marin d’eau douce) ?

Chanouga : L’Univers maritime est mon univers, je suis né au bord de l’eau, dans un grand port méditerranéen, Marseille. Depuis toujours, la mer est au centre de mes passions. Outre la voile, le bateau moteur, j’ai pratiqué pendant très longtemps la plongée sous-marine de manière intensive, avec une prédilection pour l’exploration d’épaves de navires, ultimes traces de drames de mer qui gardent parfois encore tous leurs mystères. Aujourd’hui, j’ai mis un frein à tout ça, la bande dessinée prend énormément de place (et de temps) dans ma vie, mais il me serait impossible de vivre loin de la mer, entre nous, c’est définitivement une relation fusionnelle. J’ai un besoin vital de respirer l’air maritime qu’il soit breton, grec ou marseillais… Aussi, logiquement, je suis addict aux récits maritimes : de Joseph Conrad à Stevenson en passant par Melville, London, Vercel,… Longtemps j’ai regretté de ne pas être né un siècle plus tôt, connaître l’époque des grands voiliers en partance vers des destinations aux noms exotiques pour parfois plusieurs années… tout comme Narcisse !

Interview Chanouga, Narcisse, Mémoires d'outre-monde, Paquet, Cabestan, 04/2014

Samba BD : Vous arrive-t-il souvent de faire des découvertes « coup de foudre » sur les brocantes comme ce fut le cas pour « Narcisse ». Avez-vous d’autres histoires ou personnages en réserve ou qui vous « trottent » dans la tête ?

Chanouga : Je crois qu’il n’y a jamais de rencontre fortuite, on trouve toujours ce que l’on cherche… Narcisse c’était l’histoire dont j’avais toujours rêvé, et qui plus est, une histoire vécue… Pour la suite j’aimerai adapter une nouvelle de Stevenson ou  Conrad, mais avant tout, il y a encore 2 tomes en chantier !

Samba BD : Pour votre scénario de « Narcisse » avez-vous rempli beaucoup de blanc ou la trame générale du scénario était-elle déjà bien développée sur base de vos recherches documentaires ? Ces recherches vous ont-elles pris beaucoup de temps ?

Interview Chanouga, Narcisse, Mémoires d'outre-monde, Paquet, Cabestan, 04/2014Chanouga : Depuis 2007, je collecte les quelques documents relatifs à la vie de Narcisse, le résultat étant, qu’au-delà du fait divers, on ne sait que très peu de choses de sa vie. D’origine modeste, fils d’un Bottier de Saint-Gilles sur Vie en Vendée il n’était certainement pas destiné aux métiers de la mer. J’ai imaginé qu’il pouvait s’agir d’un choix personnel, une vocation. À cette époque la vie de mousse était extrêmement dure, faite de corvées, de brimades parfois de sévices physiques… Je l’ai imaginé déterminé, même obstiné, prêt à subir le pire pour réaliser son rêve : devenir marin. Son seul témoignage direct est rapporté dans un rare petit livre intitulé : « Dix-sept ans chez les sauvages, aventures de Narcisse Pelletier » ; une lecture émouvante dont on ressort frustré, où l’on ne trouve que très peu de choses sur « l’avant le naufrage » et dont les dix-sept années de sa vie « sauvage » (Le sujet du deuxième tome !) sont évoquées comme une étude ethnographique avant l’heure dans laquelle il est très avare de détails sur sa vie personnelle, mais où il affirme avoir été délibérément abandonné par son capitaine. Outre les quelques articles de presse, au contenu succinct, publiés après le naufrage et dix-sept ans plus tard, lors de sa découverte, une pièce essentielle dans ce puzzle, est un article de 1861 issu de la revue « Le Tour du Monde » qui rapporte le témoignage  de son capitaine sur les circonstances du drame, dans laquelle il se dédouane de toute faute… Une version bien différente de celle de son mousse. J’ai pris le parti du plus faible ! Ce gamin, dont la disparition n’a certainement ému personne d’autre que ses parents et dont la parole ne pouvait faire le poids face à celle d’un capitaine ; celui que l’on aurait bien aimé, après son retour exhiber dans les zoos humains… comme le blanc qui a vécu parmi les sauvages cannibales d’un terre exotique… La question étant qui était le sauvage de qui ? (dont la résonance est encore très contemporaine !)

Interview Chanouga, Narcisse, Mémoires d'outre-monde, Paquet, Cabestan, 04/2014

Samba BD : Vous êtes à la fois dessinateur, scénariste et coloriste. Avez-vous une préférence pour un de ces postes ou tout vous passionne ?

Chanouga : L’écriture du scénario, l’élaboration du découpage sont des phases qui me demandent beaucoup d’énergie, ce ne sont pas forcément des moments de plénitude mais c’est une phase du travail passionnante. Quand au dessin, et la mise en couleur, c’est l’heure de la récré !

Samba BD : J’ai été agréablement surpris par votre graphisme. J’ai l’impression que vous avez progressé depuis « De profundis ».Comment jugez-vous votre travail ? Comptez-vous le faire évoluer au fil des tomes ?

Chanouga : C’est difficile d’avoir du recul sur son propre travail, donc merci beaucoup ! J’ai abordé cette histoire avec l’idée d’avoir une approche graphique un peu plus réaliste que « De Profundis », mais au-delà de ça, j’espère bien ne pas avoir de style « figé » et me nourrir de ce que j’ai fait avant pour faire évoluer mon dessin… J’imagine peut-être donner aux tomes suivants des harmonies colorées qui leur seront propres.

Samba BD : Quelle est votre technique de colorisation ?

Chanouga : C'est du numérique, mais j'essaie d'en éviter les écueils… qui donnent souvent des résultats très froids et stéréotypés…

Interview Chanouga, Narcisse, Mémoires d'outre-monde, Paquet, Cabestan, 04/2014

Samba BD : Quels sont votre rythme de travail et votre façon de travailler ? Quand peut-on attendre la sortie du tome 2 ? Avez-vous d’autres projets en cours au niveau de la bande dessinée ?

Chanouga : La bande dessinée n’est pas ma seule activité, je la partage avec mon métier de graphiste illustrateur, je dois donc composer… difficile dans ces conditions de courir plusieurs lièvres à la fois. La sortie du tome 2 n’est pas encore programmée mais J’ai déjà pas mal avancé sur son découpage, je vais m’efforcer de ne pas faire trop attendre mes lecteurs !

Samba BD : Quel est votre environnement de travail ? Votre table de travail est-elle bien rangée ou est-elle un « heureux foutoir » ? Votre ambiance de travail, est-ce musique (lesquels ?) ou silence ? Ou bien les deux en fonction du travail ou de l’humeur ?

Chanouga : J’ai la chance d’avoir un atelier chez moi dans lequel je peux généreusement « m’étaler » avec vue sur les arbres, mais je range mon foutoir dès que je ne retrouve plus mes crayons ! Je travaille en écoutant de la musique en boucle, souvent de manière répétitive, en ce moment, c’est Nick Cave, Arctic Monkeys, Dead Can Dance et toujours Johnny Cash, Patti Smith, David Bowie, Portishead et… Joe strummer.

Interview Chanouga, Narcisse, Mémoires d'outre-monde, Paquet, Cabestan, 04/2014

 

 

Samba BD : Quels sont vos maîtres, vos sources d’inspiration dans votre travail ?

Chanouga : Mes sources d’inspiration sont multiples et éclectiques, mais au-delà des influences j’adore lorsqu’un artiste, une œuvre me donne le désir de prendre mon crayon… de David Lynch à Wong Kar-Wai, Hokusai, en passant par Le Titien, Kiki Smith… tout en regardant la mer bien sûr ! J’aime tisser des liens entre des domaines, des choses qui ne sont pas naturellement associables. Ceci dit, je suis un admirateur inconditionnel de Lorenzo Mattotti, Gipi et Jorge Gonzalez…

Interview Chanouga, Narcisse, Mémoires d'outre-monde, Paquet, Cabestan, 04/2014

Samba BD : Quels sont vos derniers coups de cœur au niveau de vos lectures (littérature, bande dessinée), musiques, films,… ?

Interview Chanouga, Narcisse, Mémoires d'outre-monde, Paquet, Cabestan, 04/2014Chanouga : Ces dernier mois, J’ai vraiment adoré « Unastoria » le dernier album de Gipi… jubilé en regardant la mini série de Jane Campion (Top of the lake)…  découvert la discrète et élégante Agnès Obel… frissonné en lisant « le diable, tout le temps » de Donald Ray Pollock, et suis impatient que David Lynch revienne au cinéma !

 

 

 

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

Merci à Chanouga pour sa disponibilité et sa collaboration efficace.

 

Nos liens pour approfondir l’univers artistique de Chanouga :

Lien vers la chronique de Narcisse tome 1/3 : ICI.

Lien vers le site des éditions Paquet : ICI.

Lien vers le blog de Chanouga : ICI.

Lien vers la page Facebook de Chanouga : ICI.

 

NARCISSE - Tome 1/3: Mémoires d'outre-monde.

capitol,narcisse,chanouga,paquet,cabestan,910,nautisme,aventure,voyage,voiliers,042014capitol,narcisse,chanouga,paquet,cabestan,910,nautisme,aventure,voyage,voiliers,042014Dessin & scénario : Chanouga

Editions Paquet

Collection Cabestan

Sortie : 23/04/2014

64 pages

Prix conseillé : 14,50 €

ISBN : 9782888906360

Nautisme, aventure, voyage, voiliers.

 

Résumé (de l’éditeur) : Inspiré de l'histoire vraie de Narcisse Pelletier, jeune mousse vendéen qui, à la suite du naufrage de son navire, vivra une longue parenthèse de 17 années chez les «sauvages» du Cap Flattery (Extrême Nord Australien).
Ce premier tome est celui de l’apprentissage. Celui d'un enfant dont le désir de devenir marin va le conduire à s'embarquer pour un périple de deux ans, brusquement interrompu par un naufrage sur des rivages océaniens peuplés de cannibales. Il ignore que cette tragédie marque le début d’une nouvelle vie…

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014


Mon avis : Cela bouge beaucoup chez l’éditeur Paquet ! Voici une nouvelle collection quiNarcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014 commence, la collection « Cabestan » ! Je vous rappelle que le cabestan est un treuil à axe vertical, employé  sur les bateaux pour toutes les manœuvres exigeant de gros efforts. Nous sommes donc de plain pied dans le domaine de la navigation à voile, de la marine. Dans cet album plus particulièrement, ce sont les grands voiliers qui ont sillonnés les mers au 19e siècle qui sont au centre de l’attention.

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

 

Pour ce premier tome dans une nouvelle collection, Paquet a fait appel à Chanouga qui a déjà fait paraître chez le même éditeur « De profundis » en 2011 qui a obtenu un beau succès. Un album qui aurait pu déjà faire partie de cette nouvelle collection. 

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

 

Dès l’ouverture de l’album, on retrouve cette « patte » propre à Chanouga, un dessin qui peut paraître par moment un peu inachevé mais cela fait partie du style graphique de l’auteur. En comparaison avec son album précédent « De profundis », on remarque une progression remarquable du dessin qui devient plus précis, plus affirmé, plus détaillé mais aussi plus sensible. Dès que l’on rentre de plein pied dans l’univers marin, les cases s’agrandissent, les casent s’assemblent, se juxtaposent. Le résultat est remarquable et vaut qu’on s’y intéresse de près. Une force de conviction et d’évocation incroyable se retrouve dans les images. C’est une ode au départ, au voyage. Les atmosphères sont très bien rendues. Par exemple, la scène du bateau dans le brouillard, dans la purée de pois, est d’une criante vérité. J’ai vécu ce type d’expérience en voilier lors de la traversée de la manche où vous ne voyez rien mais vous entendez tous les bruits qui sont amplifiés. Pincement de cœur… La colorisation de l’auteur est toute en nuance et de bon aloi.

 

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

 

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014Chanouga est également son propre scénariste. Cette série en trois tomes s’inspire de faits véridiques, de l’histoire de Narcisse Pelletier, jeune marin vendéen au milieu du XIXe siècle. L’auteur a découvert Narcisse par hasard en chinant sur une brocante où il a acheté un vieux numéro de la revue « Histoire de mer ». Il y découvre une photographie d’un personnage atypique, blanc au torse nu scarifié, aux oreilles et au nez percés. Chagouna s’entiche du personnage et commence des recherches, rassembles des documents rares relatifs à ce mystérieux personnage. De ce puzzle incomplet, il va tenter de reconstituer son histoire, en remplissant les blancs, les « vides ». Chagouna est un grand amateur de la littérature de voyage, de Conrad, Stevenson, Melville, London,…Nous voilà donc embarqué avec un curieux personnage...Ce premier tome raconte le cheminement de Narcisse vers son rêve, partir au large sur toutes les mers du globe. Mais la vie n’est pas pavée que de bonnes intentions et comporte beaucoup de péripéties, pas toujours amusantes.

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

A noter qu’un dossier avec cartes maritimes et photos d’archives complète l’album et replace le récit dans son contexte, dans la réalité du XIXe siècle.

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

 

Amateur de voile et de l’univers maritime, cet album m’a captivé. J’ai été enthousiasmé par le côté graphique du travail mais aussi par l’originalité du sujet et le traitement du scénario. C’est un album que je recommande pour tous ceux qui veulent faire un formidable voyage maritime, graphique et littéraire…

 

Dessin :            9,0/10

Scénario :          9,0/10

Moyenne :          9,0/10

 

Liens vers le site de l’éditeur Paquet : ICI.

 

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Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014