25/11/2013

AMOURS FRAGILES - Expo-vente à Bruxelles.

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WUNDERWAFFEN - Tome 4: La main gauche du Führer.

Couv_200891.jpgVerso_200891.jpgDessin : Maza - scénario : Richard D. Nolane

Editions Soleil

Sortie : 20/11/2013

48 pages

Prix conseillé : 14,50 €

ISBN : 9782302036222

Uchronie, Aviation, 2e guerre mondiale,

 

Résumé (de l’éditeur): Début 1947, Murnau, le pilote numéro 1 des Wunderwaffen de la nouvelle génération, désormais sous contrôle de la SS, a compris que, de manière mystérieuse, son destin est lié à celui d’Hitler.
Mais dans le même temps, le voici aussi impliqué de force dans le jeu trouble de Himmler pour prendre en coulisses le contrôle du Reich et en faire l’État de la SS.
Un jeu dont la partie décisive pourrait se dérouler dans la base secrète de Neue Schwabenland en Antarctique.
Là où l’Ahnenerbe et le Sonderbüro 13 s’apprêtent à mettre en oeuvre les projets les plus fous de la SS sous la protection des Wunderwaffen commandées par Murnau…

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Mon avis : Le tome 4 est dans la continuité du tome 3. Le côté psychologique des personnages est toujours mis en avant. On y découvre également les intrigues qui ont lieu dans les hautes sphères près de l’entourage d’Hitler. Himmler et ses SS sont entrain de préparer la succession avec l’Ahnenerbe et le Sonderbüro. Le pouvoir nazi s’intéresse par ces deux organisations à l’archéologie mystérieuse et au paranormal dans le but  de faire des recherches sur les capacités physiques et cognitives de l’être humain et, accessoirement, de prouver la supériorité de la race aryenne. Murnau, le pilote vedette des Wunderwaffen, est lui conscient de ce qui se trame et est tiraillé entre ses convictions profondes d’homme et son devoir militaire. Bien évidemment, l’amateur d’aviation et de combats aériens aura sa rasade habituelle. Les Wunderwaffen sont toujours bien « Wunder » mais on voit que grâce à leur suprématie technologique, ils colmatent les brèches mais le surnombre de l’aviation alliée met la pression sur les allemands. La course à la technologie est donc la seule planche de salut à terme pour les nazis.

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Le titre de l’album, « La main gauche du Führer », explique une partie du scénario. Hitler a perdu son bras gauche dans un attentat et Himmler fait fabriquer une prothèse qui permet à Hitler de réapparaître au mieux de sa forme avec un bras gauche qui fonctionne. Outre l’anecdote, cet élément du scénario permet de mettre en exergue qu’Himmler sait se mettre ainsi en avant et avancer ses pions dans la guerre de succession qui se prépare.

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Le scénario est toujours à la hauteur des ambitions de la série, le dessin est régulier et au même niveau que pour les autres tomes avec ses points forts (les avions et les combats aériens sont très bien dessinés) et ses points faibles (les visages sont un peu figés,…). On en a déjà parlé lors des chroniques des tomes précédents.

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A noter à nouveau en fin d’album un dossier « uchronique » sur l’ahnenerbe.

Au final, un excellent tome 4 que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire.

 

Graphisme :      7,0/10

Scénario :        8,0/10

Moyenne :        7,5/10

 

Lien vers le site internet des éditions Soleil : ICI.

 

Capitol.

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22/11/2013

INTERVIEW ERIK ARNOUX (seconde partie).

2013-11-05 10.33.59.jpgDans cette seconde partie de l'entretien que nous a accordé Erik Arnoux, il nous parle plus précisément de sa façon de travailler,de ses références, de ses projets et plus particulièrement de la suite de la série "Sara Lone".

SambaBD : La série Sara Lone va se faire en 2 tomes ou plus ?

Erik Arnoux: C’est une série en 4 tomes. J’en ai parlé dès le début mais c’est Patrick Pinchart qui a un peu ralenti mes ardeurs. Il m’a dit que le marché était compliqué et qu’il fallait faire un diptyque. Quand je faisais le tome 1, c’était impossible de raconter ce que je veux raconter en deux tomes. Il s’agit d’une histoire d’une fille qui est prise dans un piège, une toile d’araignée dans laquelle elle ne peut pas vraiment se sortir et qui va trouver son point d’orgue 3 ans et demi plus tard à Dallas. C’est fortuit, c’est le hasard. Au début, Patrick, sur les teasers, voulait la vendre dans le genre : « c’est une fille face à son destin, elle a un fusil et elle tire ». Non, pas du tout. C’est une fille qui est ballottée et qui va se trouver contrainte à réagir mais pour sauver sa peau. C’est une battante par la force des choses. Pour moi, c’est une histoire en 4 tomes. Le premier tome en 1960, le deuxième 1961, le troisième 1962 et le quatrième et dernier du cycle en 1963.Je parle un peu en terme de cycle parce que je voudrais en faire d’autres évidemment mais cela dépend de tellement de paramètres aujourd’hui que cela parait difficile de savoir où on en est. Le 1 est sorti, le 2  est financé le jour même de la sortie du tome 1.Les édinautes ont voulu me faire plaisir, c’est un peu un symbole. Mais dans l’absolu, on a mis 9 mois pour boucler les 100% du tome 1. On a mis 11 mois pile pour financer 100% du tome 2 avec pourtant un budget réduit de 8000€ par rapport au premier tome.Ca s’est quand même beaucoup ralenti.

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SambaBD : Au départ, tu es un dessinateur et puis t’es devenu scénariste. Peux-tu m’expliquer la raison du cheminement ?

Erik Arnoux : J’ai toujours pensé que dessinateur et scénariste étaient deux métiers très différents et que quand tu es dessinateur, tu n’es pas nécessairement scénariste et vice versa. Puis, j’ai commencé chez Glenat avec Daniel Bardet que j’ai été chercher parce que c’était un gars qui à l’époque venait de sortir « les chemins de Malefosse » qui marchaient plutôt pas mal. Il venait de sortir également « les chroniques de la maison Le Quéant » qui par contre ne marchait pas très bien mais qui a révélé Patrick Jusseaume qui fait maintenant « Tramp ». Donc, j’étais un peu dans cette mouvance. J’ai été le voir. Je lui ai dit que j’aimais bien ce qu’il faisait. Il n’était pas très chaud. Mais finalement, deux heures après, j’étais chez lui.

timondesbletome04.jpgOn a sympathisé et il m’a donné « Timon des blés » pour la collection Vécu. Henri Filippini me l’a signé quasiment tout de suite quand je lui ai amené les pages. J’ai fait les deux premiers tomes puis au troisième tome, je me suis rendu compte que l’histoire me plaisait sans me plaire. Je n’étais pas plus fou que ça de ce que m’écrivait Daniel. Peut-être que si j’écrivais moi-même mes propres histoires, je serais plus heureux. J’ai commencé à lui en parler. Il m’a dit qu’il me comprenait. Au départ, il m’avait fait un héros  que j’avais un peu dessiné à mon image à l’époque. Quand tu es dessinateur, tu as toujours tendance à dessiner des personnages qui te ressemblent. Le héros, Timon des blés, c’était un peu moi. Le personnage, c’est un personnage très misogyne finalement, je le découvre au fil des pages. C’est un personnage qui détestait les femmes, ce qui ne l’empêchait pas de les honorer de temps en temps parce qu’il faut bien que cela se passe. Il adorait les chiens. Moi, c’est strictement le contraire (rires).Je déteste les chiens et j’adore les femmes. C’était un peu chiant de me retrouver à dessiner contre nature une histoire qui ne m’intéressait pas plus que cela mais qui ne se vendait pas trop mal puisque la collection Vécu était une collection gentiment représentée.

sophaletta01.jpgPour donner une idée, quand Henri Filippini m’avait accueilli chez Vécu, il m’avait dit : « Bon, alors le premier tome, on ne veut pas moins de 15.000. Si on fait moins de 15.000, on arrête ». Et puis le premier tome est sorti et on a vendu 12.800 albums. Et là, il m’a dit : « c’est moins que ce qu’on espérait, mais on va quand même faire le deux ». T’imagines aujourd’hui quand tu fais des chiffres comme ça, un premier tome qui fait 12.800, c’est un best seller ! Je me suis donc dit que finalement ce ne serait pas plus bête de faire mes scénarios moi-même. Je ne me plaindrai de rien. Je suis en très bonne entente avec Daniel et je lui dis que j’arrête. Je lui ai trouvé un autre dessinateur (Ndlr : Elie Klimos) qui a fait la suite. Il a fait 4 autres albums après moi de « Timon des blés ». Moi, je me suis lancé dans Sophaletta que j’ai écrit et dessiné tout seul après. C’est comme ça que je suis devenu scénariste. De fil en aiguille, je me suis rendu compte que je pourrais faire cela. Puis j’ai proposé une autre histoire, puis une autre histoire…J’ai du en écrire à ce jour 20 ou 25.

SambaBD : Par rapport au travail de Morancho, es-tu dirigiste ou bien tu le laisses faire ?

Erik Arnoux : Morancho est très doué. Probablement beaucoup plus doué que moi. C’est un garçon qui a vraiment beaucoup de talent mais j’ai une vision de la mise en scène qui est beaucoup plus percutante que celle qu’il me propose. Donc du coup, il a accepté que je lui fasse des roughs qui sont d’ailleurs dans l’E-book que tu peux télécharger avec un code quand tu as acheté l’album. Tu as tout le scénario que j’ai écrit et les roughs. Ce sont des petits rectangles qui simulent ta planche et qui montrent en gros les cadrages que tu as envie de voir. David me faisait au début des cadrages que je trouvais un peu « plan-plan », un peu trop « face-face ». Petit à petit, il m’a incité à les faire tous et j’ai fait le découpage de l’ensemble de l’album en roughs et en montages. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’images en longueur parce que c’est un truc que j’aime beaucoup, qui  n’est pas nécessairement quelque chose que David aurait fait spontanément. David m’a dit l’autre jour : « C’est bien parce que tu m’as fait aller dans une voie où je n’aurait jamais pensé aller. J’ai fait des vignettes auxquelles je n’aurais jamais pensé parce que tu me les avais suggérées, voire imposées ». Je ne suis pas dirigiste au point que je suis incapable de voir s’il fait un dessin bien mieux que ce que j’ai prévu. J’essaye toujours d’aller vers le meilleur. Certains dessinateurs détestent cela. J’ai bossé avec des gens avec qui cela ne s’est pas bien passé. Etant dessinateur, je trouvais qu’ils ne mettaient pas assez en valeur mon scénario par rapport à ce qu’ils auraient pu faire. Ils lisaient le scénario puis point barre. Ils en restaient là. Avec David, par contre, c’est beaucoup plus constructif. Il est très à l’écoute. Il a compris que je lui amenais un petit plus qu’il n’avait pas nécessairement et qu’il a maintenant. Il a un regard qui est bien meilleur. Il a commencé le tome 2 et il a fait des roughs pour me montrer. Je lui ai dit que j’allais continuer à les faire mais c’est marrant car je suis assez proche de ce qu’il a dessiné.

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SambaBD : Comment travaillez-vous ? Par mail, par Skype ?

Erik Arnoux : Enormément par Skype. Le scénario est écrit. J’ai un découpage de planche avec mise en situation et dialogue, avec un petit rough accompagnant. Je lui envoie cela. On « parle » par Skype uniquement car on ne parle, ni l’un, ni l’autre, nos langues respectives.  Je lui explique mon rough, la corrélation entre le rough et le scénario. Après, je n’ai plus trop de nouvelles. Il m’envoie en général la page finie. Il peut arriver que sur ces pages finies, il y a des dessins que je n’aime pas du tout  ou simplement qui ne sont pas justes, qui ne servent pas l’histoire. Jamais, je ne ferai refaire un dessin gratuitement juste parce que je n’aime pas. Sur le bouquin, en gros, il y a une vingtaine de dessins qu’il a refaits parce que cela pouvait être amélioré. Comme c’est un garçon très à l’écoute, à chaque fois il les a refaits et à chaque fois, c’était bien meilleur. D’ailleurs, on ne s’est pas disputé!

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SambaBD : Quelles sont tes références au niveau de la bande dessinée. Qu’est ce que tu aimes ?    

Erik Arnoux : C’est vaste. Dans les gens que j’aime énormément, il y a Hermann que je trouve admirable. J’ai grandi un peu avec lui dans le journal Tintin quand j’étais môme. Il y a évidemment Giraud. Des gens qui sont un peu plus moqués aujourd’hui comme Jacques Martin ou Jean Graton, qui m’ont fait découvrir la bande dessinée quand j’avais 12 ans en 1968. Et Franquin, Jijé. C’est des anciens parce que les nouveaux d’aujourd’hui, cela n’a plus le même sens. Après, c’est des goûts personnels, des goûts de lecteur. Mais je te parle plus de ceux qui m’ont influencés. Ces gens ont été des moteurs quelque part pour moi. C’est d’autant plus marrant que quelques temps après, je les ai rencontrés, je les connais. C’est encore plus fort quand tu rencontres les gens que tu lisais quand tu étais môme. Tu rencontres Tibet, tu rencontres Dany, Jacques Martin. Tu parles avec eux. Tu fais tes propres albums, tu es un collègue. Quand j’étais petit, je lisais tintin, Spirou et Pilote. Donc, je suis assez éclectique par rapport à la bande dessinée franco-belge.

SambaBD : Quand va sortir le tome 2 de Sara Lone ?

Erik Arnoux : Dans l’idée, c’est de ne pas laisser traîner trop de temps entre les périodes mais ce qui m’ennuie un peu, c’est que c’est une période de tueur puisque toutes les grandes sorties se font entre septembre et décembre finalement. En trois mois de temps, on a un personnage phare dans chaque collection, un Blake et Mortimer, un Alix,... Enfin, il y a tout. Toutes les séries ont sorti un titre. Ce qui fait que je n’ai pas l’impression de faire partie des anciens. Donc, c’est un peu ennuyeux. J’avouerai que j’ai aussi choisi Sandawé  pour deux raisons. La première, je ne suis pas allé contraint et forcé, comme tu l’as compris. J’y suis allé parce que je voulais vivre cette aventure là. Mais la deuxième raison, c’est que je me suis dit aussi qu’un éditeur qui a très peu d’albums va forcement les défendre dix fois mieux qu’un autre éditeur, comme ceux avec qui j’ai travaillé, qui ont tellement de bouquins à lancer, quelques fois des trucs plus importants que le tien. Toi, tu bosses pendant un an donc tu as envie qu’il soit défendu. Quand dans la période chez ton éditeur, il y a 30 albums qui vont sortir, tu n’as aucune chance d’être défendu mieux qu’un autre. Alors que chez Sandawé, il faut être clair: sur ce semestre-ci, ils sortent deux albums. Il y a « yoyo post-mortem » et le mien, « Sara Lone ». Je m’étais dit qu’avec deux albums, ils allaient pouvoir le travailler sérieusement et c’est d’ailleurs ce qu’ils font. J’ai énormément de presse derrière. J’ai beaucoup de propositions. Je ne sais pas du tout comment cela va se concrétiser au niveau des ventes mais c’est certain que j’ai un retour sur cet album que je n’ai jamais eu sur aucun album depuis que je fais de la bande dessinée, depuis 1977!

 

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SambaBD : As-tu d’autres projets en route pour le moment ?

Erik Arnoux : Oui, j’ai d’autres projets en route mais je ne peux pas trop en parler parce que ce n’est pas signé. J’ai bien évidemment le prochain Sara Lone. Là, il est fait. Je suppose que dans pas longtemps, on va lancer le financement du tome 3 parce que même si on ne le fait pas tout de suite, il faut bien qu’on y pense. Cela met quand même un certain temps. Sandawé est très connu en Belgique, je crois. En France, j’ai dédicacé ce week-end et les gens découvrent. Ca les intéresse mais ils ne connaissent pas vraiment. Donc, il y a un potentiel de connaissance à avoir grâce à Sandawé qui parait très important mais qui, pour l’instant, est un peu aux balbutiements. D’autre part, en tant que dessinateur, j’ai deux albums sur lesquels je vais travailler et qui sont, un, un spin-off et un autre, une reprise. Mais je ne peux pas en parler pour le moment. C’est des choses sur lesquelles je travaille avant que les contrats ne soient signés.

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SambaBD : Dernière question. Quels arguments mettrais-tu en avant pour décider les lecteurs de SambaBD à acheter l’album « Sara Lone ». Quels points forts mets-tu en avant ?

Erik Arnoux : le point fort, dans la bande dessinée, c’est le dessin. Or, le dessin de David Morancho est juste vraiment vachement bien. Cela fait longtemps que je n’ai pas travaillé avec pareil dessinateur. Je pense que c’est vraiment un des plus forts qui a un dessin très intéressant et une marge de progression énorme. Il un trait très élégant, Il fait les couleurs très bien. C’est surtout ses qualités à lui que je mettrai en avant. Mes qualités scénaristiques, j’ai quand même fait quelques bouquins. Donc les gens qui me lisent savent que je sais écrire une histoire et la raconter. Après, s’ils ont envie de nous suivre là dessus, je l’espère mais je n’en sais rien. Je tiens à préciser que Sandawé est une petite maison d’édition mais qui fait attention à ses auteurs. Ils ont fait très attention à moi. Tout ce que j’ai demandé, je l’ai obtenu. Sur le plan qualitatif,  on a un album qui est magistralement imprimé par Lesaffre. On a une qualité de bouquin au niveau technique irréprochable. On a un carton très épais pour la couverture qui fait que l’album a vraiment de la « main » quand tu le tiens. C’est un format classique, un 22X30 comme Largo Winch mais ce n’est pas un 24X32. Je ne voulais pas un 24X32 pour deux raisons. La première, je pense que c’est un peu une mode et dans cette BD, je n’ai pas  de dessins qui vont à la coupe. Donc, du moment qu’il y a un blanc tournant autour qui permet de faire vivre la page, il n’y a pas de soucis. Mais surtout, surtout, je ne voulais pas un prix d’album trop haut. On voit des albums qui dépassent 14, 15, 17, 20 euros. Je trouve cela juste démentiel. Moi, j’ai un prix d’album qui est à 11,95 euros pour un album qui est techniquement « grave au poil ». Il est super beau, il y a un vernis sélectif sur la couverture. La couverture est matte, épaisse. Le papier est très blanc, très beau. Sur ce plan là, Patrick Pinchart a fait un boulot juste irréprochable avec les gens de chez Lesaffre qui sont, mais cela n’est pas une nouveauté, des cadors dans le domaine.

 

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Interview réalisée le 14 novembre 2013 par Capitol pour SambaBD.

Intéressé par l’album ? Intéressé par le Crowdfunding? Voici le lien vers le site internet de Sandawé : ICI.

Le blog d'Erik Arnoux: ICI.

"Pinky princess" (Sara Lone N°1), par David Morancho et Erik Arnoux © Sandawé, 2013.

INTERVIEW ERIK ARNOUX (première partie).

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A l'occasion de la sortie du premier tome de "Sara Lone" paru chez Sandawé, nous avons pu dialoguer avec Erik Arnoux, scénariste de la série. C'est sans langue de bois qu'il a répondu à nos questions. Erik est un grand bavard, il suffit de lui poser la première question pour qu'il nous embarque dans son univers de la bande dessinée. Dans cette première partie, il nous parle de l'origine du projet et de son approche avec le crowdfunding chez Sandawé. 

SambaBD : Comment est né le projet Sara Lone ? Comment as-tu rencontré David Morancho, le dessinateur espagnol ?

Couv_199089.jpgErik Arnoux : On ne se connaissait pas mais, avec internet, j’avais repéré ses dessins dans un forum. C’était, je crois, BD paradisio. Il y avait à un moment donné une « carte blanche » à des auteurs et il avait fait passer des planches à lui. C’était un dessin un peu réaliste, pas mal du tout.  Comme il avait laissé son adresse, je lui ai envoyé un petit mot. Je lui ai dit que je trouvais cela bien et que, si il avait envie, on pourrait faire quelque chose ensemble. Il m’a répondu très gentiment mais c’était plutôt une fin de non recevoir du genre : « écoutez, c’est très bien de s’intéresser à moi mais j’ai du boulot… » C’était en 2005, de mémoire. C’était le moment où je terminais « Ava dream » au Lombard. Je sentais plus ou moins qu’on allait me piquer le dessinateur (Ndlr:Alain Queireix) pour le filer à Desberg dans le but de faire des spin-off de I.R.$.. La série que j’avais lancée chez eux, a été quasiment tuée dans l’œuf puisqu’ils sortaient le dessinateur de l’histoire. Moi, il me restait juste mes yeux pour pleurer. Je m’étais dit que si je leur proposais un dessinateur, cela pourrait aller. Je voulais proposer à David de faire la suite d’ «Ava dream». Comme Le Lombard ne m’a pas vraiment poussé dans cette idée, j’ai laissé tomber.

Puis, en 2009, il m’a envoyé un mail en me disant qu’à priori il n’était pas contre le fait deavadream01couv_20081127_80405.jpg travailler avec moi. Si j’avais des idées, il avait du temps devant lui. Il avait toujours envie de bosser pour des éditeurs dans la BD de style franco-belge qui attire beaucoup les dessinateurs espagnols, italiens,…Je lui ai envoyé sept départs d’histoire qui sont des pitchs. Quelques lignes avec  un intentionnel de ce que cela pourrait raconter. Il en a trouvé un ou deux de pas mal mais globalement, il n’en a trouvé aucun qui lui plaisait vraiment. Il m’a demandé d’écrire quelque chose spécialement pour lui. Il a suggéré le thème du bateau et de la pêche. Quand j’ai lu son mail, j’ai été un peu dubitatif. Je ne le sentais pas trop. Mais une semaine ou deux avant, j’avais vu un reportage à l’émission « Thalassa » sur France 3 consacré aux pêcheurs de crevettes dans le golfe du Mexique. J’ai trouvé que c’était des décors intéressants et un sujet pas traité. Je ne me voyais pas le lancer sur des pêcheurs bretons ou de la mer du Nord mais je voulais quelque chose de plus exotique. Je lui propose l’idée, il me dit : « c’est pas mal, je serais intéressé par un polar ». Je pars sur le polar noir, les années ’50. Puis, je me dis que si je me lance sur les années ’60, l’administration américaine, c’est l’administration Kennedy. Il y a plein de trucs à raconter autour. Le golfe du Mexique, cela peut se passer au Texas, en Louisiane, l’Alabama et la Floride qui sont des états côtiers, pas loin de Cuba. J’ai écrit une page complète de synopsis. Un intentionnel qui était assez flou, là aussi, mais qui situait le personnage dans les années ’50 et ’60, avec une trame policière autour du syndicat des pêcheurs de crevettes. J’ai fait le pitch, David a dessiné deux pages. On est en fin 2008, début 2009. Je viens de sortir « Ava dream » au Lombard, j’ai fait un collectif chez Soleil, mais je n’ai rien de précis juste derrière. Comme en plus « Ava Dream » s’arrête puisque Desberg m’a « gaulé » Alain Queireix pour faire une spin-off d’I.R.$., je me retrouve « Gros-Jean comme devant ». Je n’ai pas trop d’autres projets. Je fais un peu de pubs en passant. Globalement, en BD, je n’ai pas grand-chose.

On a présenté le projet à tout le monde, je crois. Je le propose à tous les directeurs de collection que je connais personnellement puisque je suis déjà dans le métier depuis un certain temps. C’est des gens que je vois en festival, j’ai des copains qui bossent avec eux. J’envoie chez Dargaud, au Lombard évidemment, Glenat, Vents d’Ouest, Bamboo, etc…J’envoie des mails et vu qu’ils en reçoivent dix par jour, je leur rappelle que j’ai un petit potentiel, cela fait pas mal d’années que je suis dans la bande dessinée, que j’ai vendu quelques dizaines de milliers d’albums et qu’à priori un bouquin de moi cela peut avoir un certain attrait. Je dois dire que quand je le fais, je ne suis pas plus emballé que cela. J’ai reçu les pages de David entre-temps, il en a mis une en couleurs. Autant son dessin m’emballe sur les essais que j’ai vu avant en 2005, autant là quand il fait mon truc, je sais pas…J’ai l’impression que si moi j’avais été directeur de collection, j’aurais fait ce qu’ils ont fait tousa et j’aurais dit : « écoute, c’est sympa mais, bon, vu le marché,… ». Ce n’est que des refus. Cela nous déçoit un peu. D’autant plus que j’avais dit à David : « Ne t’en fais pas, je suis dans le métier depuis longtemps. Je vais trouver un truc sans problème ».  Et je ne trouve pas, donc je passe un peu pour un gland. Lui, il me dit que ce n’est pas grave mais je sens bien qu’il est déçu. Ensuite, on se perd de vue pendant deux ans.

sandawe_logo.jpgEt puis je découvre, je ne sais plus comment, Sandawé. J’aime beaucoup l’idée du crowdfunding. Je me dis que j’enverrai bien un projet à Patrick Pinchart, le directeur de Sandawé. Je ne le connaissais pas mais j’avais des potes qui ont bossé avec lui sur le magazine Spirou. Je lui envoie un mail en lui disant que je suis intéressé par la formule de BD participative, que je suis enthousiasmé par cette nouvelle formule. Je ne le fais pas du tout en me disant : « je suis un gars qui a été refusé sur un projet, je vais le proposer ». La formule de crowdfunding est passionnante, j’ai envie de faire quelque chose pour eux tout en me disant que cela ne m’empêchera pas de faire de la bande dessinée pour les autres qui sont des gens avec qui je travaille de manière régulière. Surtout qu’au même moment, je suis entrain de faire « Poker face » pour jungle-Casterman avec qui cela se passe bien. Je vais continuer à en faire, Glenat me propose un truc. Cela se passe plutôt bien quand je décide de m’approcher du crowdfunding. Patrick Pinchart me répond et me demande si j’ai des projets dans mes cartons. Je lui envoie mes sept pitchs dont j’ai parlé tout à l’heure, plus un ou deux autres, plus un projet que j’avais dessiné. J’avais préparé avec Chrys Millien, avec qui je travaille souvent, avec qui j’avais fait « Witness 4 », un projet de science-fiction que j’aimais beaucoup. Je me disait que Patrick va voir que c’est déjà très avancé et il va me la prendre. Il me répond quelques jours plus tard qu’il a bien aimé et qu’il est très intéressé par mon histoire de bateau qui ne s’appelait pas encore « Sara Lone », mais plutôt un truc du genre « Virna Lone » , c’est après que j’ai trouvé le titre. Je voulais faire un jeu de mot avec « alone » et je cherchais un prénom de fille qui se terminait par « a ». « Lone » – « a-lone ». Je me disais « ah, mince alors ! » Pour moi, dans ma tête, cette affaire avait été bouclée. Elle avait été refusée. Le dessinateur ne m’avait pas plus enthousiasmé que cela au moment des planches d’essai. Je me suis dit : « est-ce que cela vaut vraiment la peine de se replonger là-dedans ? ». La science-fiction n’intéressait pas Patrick car il avait déjà quelque chose, un projet chez Sandawé avec Eric Maltaite appelé « les éclaireurs » et qui a disparu depuis des plannings. Il insiste sur le projet maritime. Me voilà bien emmerdé ! 

Patrick Pinchart↓

pinchart-patrick.jpgJe rappelle David Morancho en lui disant que cela fait deux ans qu’on ne s’est plus causé, mais on me propose un projet de crowdfunding. Il faut que je lui explique le concept car il ne sait pas ce que c’est. Il s’attend que je lui propose un éditeur, qu’on lui paie ses planches et puis qu’on avance. Là, c’est un peu plus compliqué que cela. Il va falloir mettre le projet en ligne. Si les lecteurs s’y intéressent, ils vont mettre du blé. Si ils mettent du blé, on va en avoir seulement quand le projet sera entièrement financé. Je lui explique tout cela. David ne parle pas un mot de français et moi, pas un mot d’espagnol. Par contre, il lit très bien le français ! C’est un gros avantage parce que mon scénario est écrit totalement en français et il a parfaitement compris tout ce que je lui ai écrit. David me dit : « qu’est ce que tu en penses, toi ? ». Je lui dis que l’aventure m’intéresse mais je comprends bien que pour un dessinateur qui a envie de bouffer et d’être payé de ses  pages, c’est un peu plus compliqué. Pour moi, scénariste, c’est moins difficile parce que je fais d’autres choses, cela prend moins de temps que de faire le dessin, que de passer son temps sur un album qui va te prendre un an. Il me dit qu’il me fait confiance.

Cela m’aide aussi. Je me dis que si je l’emmène dans une merde….Je dis à Patrick que c’est OK. David s’y met. Je propose quelque chose d’un peu plus établi. Je reprends bien mon histoire, je la cadre vachement plus. Et puis David m’envoie les premiers croquis qui n’ont pas grand chose à voir avec les premiers croquis qu’il m’avait proposé quelques années plus tôt. Je me dis que c’est pas mal mais je suis toujours sur la réserve pour ce projet. Et puis les pages d’essai arrivent et c’est à tomber! C’est les deux premières pages où le garçon et la fille sont sur la plage, la voiture... Les pages sont juste géniales et je me dis « waow ! » Je renvoie même un mail à David en lui demandant : « tu vas continuer tout l’album comme ça ? » « Oui, c’est mon style actuel… »  C’est comme cela qu’a commencé l’histoire…

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Première planche d'essai de David Morancho pour Sara Lone↑

SambaBD : Un projet sur Sandawé demande-t-il beaucoup plus d’investissement des auteurs ? J’ai vu que tu es (ou étais) très présent sur le site et le blog de Sandawé pour essayer de motiver les lecteurs.

Erik Arnoux : Cela va de soi car si tu n’y es pas…Les édinautes, les lecteurs qui financent le projet, viennent aussi chercher un contact avec un auteur. Les édinautes qui sont sur le site sont des passionnés de bande dessinée. C’est des gens qui ont, en général, entre 30 et 70 ans. Une grosse tranche a mon âge à moi, de la génération des années ‘50-‘60, passionnés de BD qui ont grandi avec Tintin, Pilote, Spirou et qui viennent d’ailleurs chercher plutôt de la BD réaliste et des histoires plutôt que de la BD humoristique. Et, c’est plutôt le problème de Sandawé parce que Patrick Pinchart est venu avec dans ses cartons pas mal d’aventures humoristiques. Il vient de Spirou. Mais cela ne passe pas du tout chez les édinautes. Les édinautes ne misent pas dessus ou très difficilement. Ils misent sur ce qu’ils veulent acheter en magasin mais pas sur des produits parce que c’est de l’humour, cela se vend bien en magasin, on peut faire des produits dérivés,…Ils n’ont pas de réaction pragmatique de gens qui veulent faire du fric avec du crowdfunding, ils ont des réactions de cœur et de coups de cœur sur des planches et mises donc de l’argent sur des projets  qui me semblent parfois pour moi totalement invendables à l’arrivée. Il y a des projets remarquables mais aussi d’autres pour lesquels j’ai du mal à appréhender l’avenir connaissant le marché qui est extrêmement compliqué pour le moment.

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SambaBD : Sandawé est une jeune maison d’édition, les tirages et la mise en place ne sont pas énormes. Est-ce que cela te pose problème à toi et surtout à ton dessinateur qui doit en vivre ?

Erik Arnoux : Quelque part, on a négocié une avance sur droit qui est un forfait de 15.000€ qui fait partie du financement. Le travail consiste dans le dessin, la couleur et le scénario. Par rapport à un auteur qui, comme moi, a 30 ans de métier, c’est léger. Pour un mec qui débute, c’est vachement bien parce que les conditions actuelles sont devenues un peu « tout et n’importe quoi ». On trouve encore des gens qui se font très bien payer en acquis, d’autres qui sont payés intégralement en avances sur droits, d’autres qui ont des forfaits absolument misérables parce qu’ils débutent. J’ai même rencontré des jeunes gens qui sont prêts à travailler pour rien du moment qu’ils sont publiés en se disant : « je ferai de l’argent en tant qu’auteur plus tard ! ». Ils sont entrain de carrément tuer le métier. Tout les acquits que nos grands anciens, Tibet, Graton, Paape, tous les grands auteurs de ces années ’60 et ’70, ont obtenu, et ils ont ramé pour réussir à les obtenir, ont maintenant totalement disparus parce que le marché n’est absolument plus le même. Les petits jeunes ont envie d’être publiés et sont prêts à casser les prix. Quand, toi, tu arrives derrière avec ton métier et ton expérience, la page, c’est autant. On te répond que non. « Ca, on ne paie pas ». C’est maintenant comme cela en négociation sauf si tu as déjà fait des blockbusters qui marchent bien. C’est devenu très compliqué de se vendre.

Concernant les petits tirages, je t’informe, mais Patrick Pinchart a déjà communiqué surCouv_132359.jpg cela, que Sandawé croit beaucoup en Sara Lone. Patrick m’a fait beaucoup confiance, je dois le reconnaître. J’ai signé le projet chez lui.  Il m’a laissé gérer mon projet. Il a fait confiance à mon professionnalisme et aux bouquins que j’ai déjà faits. Il m’a vraiment laissé la main. Il a finalement découvert l’album que quand il a lu les pages totalement finies de David au mois d’août. Tout était bouclé. Il a eu la plénitude du bouquin, des 46 pages, seulement fin août. Il l’a lu et il m’a envoyé un mail enthousiaste qui me disait que c’était très bien, que cela lui plaisait beaucoup. C’est mieux que ce qu’il pensait et on va en tirer plus que ce qui était prévu. Donc, ils ont fait un tirage qui dans l’absolu est le tirage le plus important de l’histoire de Sandawé pour l’instant. Je pense qu’ils espèrent avoir des retombées qui soient suffisantes, fortes en terme de vente, ou du moins d’impact, pour que cela devienne une bonne série de la maison. Ils sont très très jeunes, ils ont 3 ans et demi. Jusqu’à présent il n’y a pas vraiment de succès majeur. Il y a des regards mais il nous manque terriblement un blockbuster, des auteurs un peu capés qui seraient des locomotives et cela il faut que Patrick y travaille beaucoup. Est-ce que Sara Lone sera une locomotive? Je n’en sais rien. L’album vient de sortir, c’est difficile à juger. Pour le tirage, moi globalement, chez Casterman-jungle, il m’ont tiré 11.000 « Poker Face » quand ils ont tirés le tome 1, il y a deux ans, trois ans. Je crois qu’ils en ont mis 7000 au pilon. Je préfère une boite qui en sort peu mais qui est très réactive que d’avoir une boite qui va sortir plein de bouquins puis qui va presque m’engueuler, moi, parce qu’ils les mettent au pilon vu qu’ils se sont gourés ou qu’ils n’ont pas fait leur boulot.

Fin de la première partie de l'interview.