21/11/2013

SARA LONE - tome 1: Pinky princess

Couv_199089.jpgPlancheA_199089.jpgDessin : David Morancho - scénario : Erik Arnoux

Editions Sandawé

Sortie : 30/10/2013

48 pages

Prix conseillé : 11,95 €

ISBN : 9782930623191

Polar, Amérique.

 

Résumé (de l’éditeur): Toute fin des années 50, au Texas. Une jeune femme au passé sulfureux se retrouve prise dans un engrenage destructeur après le meurtre brutal de son père, patron d’une modeste pêcherie artisanale de crevettes du golfe du Mexique… Quittant les nuits chaudes de la Nouvelle-Orléans, elle revient au pays après des années d’absence pour reprendre l’affaire à son compte, en dépit de l’hostilité ambiante…

 

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Mon avis : Sandawé nous propose un nouvel album financé par crowdfunding (les lecteurs financent le projet). Le duo des auteurs est inédit. Erik Arnoux, un pilier de chez Glenat, s’est attelé au scénario. Il s’associe à David Morancho, un dessinateur très talentueux mais inconnu au bataillon dans le monde du franco-belge. Le résultat est étonnant. On en vient même à se poser des questions sur la genèse de cette collaboration et le parcours qui a amené ce projet chez Sandawé. Cet album, c’est l’évidence même. Il devait être publié ou je n’ai jamais lu une bande dessinée…Cerise sur le gâteau, le jour même de la sortie de l’album (tome 1) en librairie, le tome 2 boucle déjà son financement, ce qui est exceptionnel! Autant d’éléments positifs, en si peu de temps, ne peuvent être simplement dû au hasard. Il se passe un phénomène « Sara Lone » et c’est Sandawé qui tiré la floche ! Les premières critiques sont plus que positives et les retours en librairie devraient être très bons. Le tirage a déjà été augmenté en vue de la sortie du tome 2 et le buzz devrait travailler à fond. J’en prends les paris…

Le dessin d’abord de David Morancho fait mouche. Ce dessinateur espagnol (c’est fou ce que les dessinateurs espagnols s’exportent depuis l’arrivée de la grave crise immobilière qui secoue ce pays) a édité en Espagne et aux Etats-Unis. Il a fait de l’illustration, des storyboards pour la publicité. Son dessin est complètement maîtrisé tant au niveau des personnages que des décors. Le trait est fin et a du style. Il a également un sens de la mise en scène et du cadrage. Le lecteur ne peut qu’adhérer directement à ce graphisme élégant. L’Amérique de la fin des années ’50 est très bien rendu.

 

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Le scénario d’Erik Arnoux, un nom dans le milieu, tant au niveau du dessin que du scénario, nous offre un polar bien ficelé où vient se mêler une chronique historique des USA, avec en arrière fond la découverte d’un trésor sous-marin, un conflit social, un complot d’Etat. Sara Lone est prise dans cette intrigue qui la dépasse. Mais la jeune femme a une personnalité forte et ne compte pas s’en laisser compter. Dès le départ, j’ai été captivé par l’histoire. Le problème, c’est qu’il faudra maintenant patienter pendant près d’un an avant de connaître la suite.

En conclusion, malgré la sortie dans une période trustée par les gros tirages, je suis persuadé que cet album peut avoir plus qu’un succès critique et faire une percée significative dans le classement des meilleures ventes. Ce sera maintenant le « bouche à oreille » et les libraires qui vont décider du succès commercial de cet ouvrage. Pour moi, il le vaut largement car c’est réellement une des bonnes surprises de cette fin d’année 2013. Bref, faites tourner l’info…

 

Graphisme :      9.0/10

Scénario :        8.0/10

Moyenne :        8.5/10

 

Capitol.

Vous aurez plus de précisions sur cet étonnant album dans l'entretien que nous a accordé Erik Arnoux à paraître en deux parties demain sur SambaBD.

 

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Copyrights "Pincky Princess" (Sara Lone, n°1) par David Morancho et Erik Arnoux © Sandawé, 2013

 

20/11/2013

XIII MYSTERY- Tome 6: Billy Stockton.

Couv_196000.jpgPlancheA_196000.jpgscénario : Bollée Laurent-Frédéric - dessin : Cuzor Steve

Série créée par Jean Van Hamme et William Vance

Editions Dargaud

Sortie : 25/10/2013

56 pages

Prix conseillé : 11,99 €

ISBN : 9782505019541

Aventure, polar, thriller.

 

Résumé (de l’éditeur): Il s'appelait Billy Stockton : vingt ans à peine et, sur les épaules, le poids d'une dizaine de meurtres... Dans ce tome 6 de XIII Mystery, Laurent-Frédéric Bollée et Steve Cuzor reviennent sur l'histoire de celui qui a croisé le chemin de XIII dans une cellule du sordide pénitencier de Plain Rock. Un récit poignant et captivant sur la dérive d'un gosse auquel la vie n'a laissé d'autre refuge que celui de la folie. Histoire d'une enfance volée, d'une vie sacrifiée.

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Mon avis : XIII Mystery est la série spin-off de XIII qui nous permet de découvrir dans le détail la vie des personnages secondaires ou annexes que les lecteurs ont croisés dans la série principale. Parfois, cette plongée dans l’intime des personnages de la série, nous donne un éclairage différent et peut ainsi changer notre point de vue de l’intrigue principale. Dans d’autre cas, l’apport est totalement anecdotique, sans plus. Le présent album sur Billy Stockton fait partie d’une troisième catégorie : l’album qui n’amène pas grand-chose à la série principale mais qui est rudement bien foutu, indépendamment du reste. Les auteurs se sont emparés d’un personnage annexe, juste de passage dans le tome 3  de la série XIII appelé : « Toutes les larmes de l’enfer ».

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Un pauvre type dont l’enfance et l’adolescence ont été dévastées par les aléas de la vie. Il échappe comme par miracle d’un terrible accident d’avion privé. Ses parents sont morts dans ce crash. Orphelin et marqué à vie, il est l’unique héritier de la « Cardwell food ». Il est riche, très riche et mis sous tutelle. Il est confié à une tante éloignée Alice Stockton et son mari Jack qui ne voient qu’une chose : la pension que le gosse va leur rapporter chaque mois. L’enfant est régulièrement battu et se rebelle. La bombe a retardement est en route…

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Le dessin de type réaliste  de Cuzor est bien dans le ton de la série XIII. Les découpages  et les angles sont rapides et rythmés. La lecture est fluide et agréable. Le Billy Stockton de Cuzor n’a pas vraiment le look de celui de Vance. Mais Cuzor lui a donné une belle gueule d’ange qui va très bien avec le personnage qu’il désire décrire. Car l’ange devient vite un démon.

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Le scénario de Laurent-François Bollée exploite bien le filon du personnage de Vance et Van Hamme. D’un banal psychopathe en prison, il en fait un monstre, tantôt Docteur Jekyll et tantôt Mister Hyde, qui a un passé, des antécédents, qui peuvent expliquer certains comportements. Cela n’excuse en rien l’homme mais cela fait comprendre comment il en est arrivé là. Pour accentuer le sentiment de thriller mais aussi d’horreur, le scénariste a eu l’idée d’y associer un personnage atypique, un épouvantail, complice et confident de Billy Stockton.

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Au final, un excellent récit, un exercice de style, très bien exécuté par ce duo d’auteurs.  Excellent !

 

Graphisme :      8/10

Scénario :        8/10

Moyenne :        8/10

 

Capitol.

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18/11/2013

GOGGLES

Couv_199393.jpgPlancheS_40312.jpgDessin & scénario : Tetsuya Toyoda

Editions Ki-oon

Collection Latitudes

Seinen -One shot

Sortie : 10/10/2013

230 pages

Prix conseillé : 14,00 €

ISBN : 9782355925825

Manga, Seinen,Histoires courtes, société, Japon.

 

Résumé (de l’éditeur): Élevée par un père absent et une mère violente, la jeune Hiroko a fini, petit à petit, par se renfermer complètement sur elle-même et se mure désormais dans un silence total. Son seul lien avec le monde extérieur : une paire de lunettes de motard ayant appartenu à son grand-père, qu’elle porte jour et nuit et refuse obstinément d’ôter.
Recueillie provisoirement par une connaissance de ses parents, Hiroko cohabite dans son nouveau foyer avec Kôichi, un jeune chômeur nonchalant qui va devoir s’occuper d’elle…

 

 

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Mon avis : Il s’agit d’un recueil unique (pas une série) qui contient six histoires courtes qui se déroulent dans le Japon actuel. Des petites histoires qui dévoilent la vie quotidienne de personnes fragiles et délicates, entre rire et pleurs. Ce sont des petites tranches de vie décrites avec pudeur par Tetsuya Toyoda, auteur d’Undercurrent (sélection officiel à Angoulème en 2009). Même Jirô Taniguchi a aimé puisqu’il déclare « Goggles est une œuvre proche de la perfection dont la lecture m’a bouleversé ». L’album sort chez Ki-oon dans la collection Latitudes. Il s’agit donc d’un manga édité dans un format plus grand que la normale pour une meilleure mise en lumière.

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A la lecture, c’est vrai qu’il s’agit d’un album de très grande qualité et d’une sensibilité extraordinaire. L’auteur nous parle de gens qui ont l’air à première vue soit quelconques, soit mal barrés, ou les deux. On raconte par bribes courtes une partie de leur histoire. Mais c’est suffisant pour nous en dire assez et pour accrocher notre intérêt ou notre sympathie. Le dessin est bien maîtrisé, la narration est un petit bijou.

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J’ai refermé l’album avec un sentiment de plénitude, d’avoir lu un beau livre, des belles histoires, parfois disparates, mais qui au final forme un bel ensemble cohérent. Une petite pépite à découvrir de toute urgence !

 

Graphisme :      8/10

Scénario :        8/10

Moyenne :        8/10

 

Capitol.

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15/11/2013

BANDONEON

104670_c.jpg104670_pla.jpgDessin : & scénario : Jorge Gonzalez

Editions Dupuis

Collection Air libre

Sortie : 18/10/2013

200 pages

Prix conseillé : 24,00 €

ISBN : 9782800159874

Roman graphique, Argentine, tango, société.

 

Résumé (de l’éditeur): "Bandonéon", c'est, entre autres, le récit de la destinée d'Horacio, enfant prodige au piano, fasciné par les musiciens de tango, devenu ce jeune homme doué, prêt à tout pour devenir l'égal des notables viveurs dont il envie l'aisance. Il ne reculera devant aucune compromission pour arriver, enfin, même si pour cela il lui faudra se renier soi-même et s'en mordre les doigts quand l'illusion se sera dissipée, et que la vie aura filé.

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Mon avis : Voilà ce qu’on appelle vraiment un album atypique dans tous les sens du terme. Une expérience graphique sur fond d’un scénario qui traite de l’immigration. Il faut être capable de laisser tomber ses préjugés graphiques et scénaristiques tout en se disant qu’on rentre dans une aventure artistique et intérieure. La collection Aire libre de chez Dupuis ne pouvait pas mieux cadrer cette démarche singulière.

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L’album se subdivise en trois parties différentes.

Une première partie, appelée « Bandonéon », nous livre une aventure, une fiction qui raconte la vie d’Horacio, un enfant qui vient d’Italie en 1916. Il traverse l’atlantique pour s’installer en Argentine avec son père. Horacio est doué pour la musique et a tout en main pour réussir une grande carrière internationale mais il ne va pas suivre la voie royale qui est tracée devant lui. On va le voir grandir, devenir un homme. Il va préférer rester en Argentine, se contenter d’être le premier dans son village plutôt que le premier aux Etats-Unis. Il va préférer jouer le Tango près de chez lui plutôt que de devenir un jazzman célèbre aux States. C’est en réalité la chronique d’un échec annoncé. Il ne réussira jamais à décoller de chez lui, même s’il se rend compte qu’il passe à côté d’opportunités bien plus intéressantes.

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La deuxième partie intitulée « Juste comme ça ». Il s’agit d’un journal intime dessiné de l’auteur. Il a quitté l’Argentine pour pratiquer son travail de dessinateur en Espagne. Il revient pour une courte période dans son pays pour revoir ses amis et sa famille. La nostalgie, le déracinement, l’amour du tango sont les mêmes qu’avec Horacio. Si ce n’est que Jorge Gonzalez a fait le chemin inverse vers l’Europe pour réussir son rêve. Il explique ses états d’âme mais il y lâche aussi des idées, des essais pour le récit qu’il raconte dans sa première partie. Je cite une phrase extraite de ce journal qui caractérise bien l’état d’esprit : « Sans sortir de ma table à dessin, je connais le monde. La fuite est permanente. La distance qui me sépare de ma table à dessin est la même qu’avec mon Buenos Aires ».

Une troisième partie intitulée « Annexes » donnent des informations.Elles donnent certains détails sur quelques planches particulières écrites en espagnol. Il s’agit d’une traduction pour remettre le lecteur, qui ne connaît pas la langue, sur le bon chemin.

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Au niveau du dessin,  du graphisme, il faut s’accrocher. Le style est tout à fait particulier. Nous sommes loin, très loin de la ligne claire. Beaucoup de traits superflus. L’auteur esquisse plus qu’il ne dessine réellement. A force de superposer des traits, on voit apparaître les personnages, le décor. Les bulles sont translucides et dépassent parfois sur les cases annexes. Nous sommes loin d’une construction de planche rigide et bien balisée. Les tons sont dans les gris, bruns, les couleurs foncées tendant vers le noir. Ca, c’est pour la première partie.Il en sort beaucoup de nostalgie.

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La deuxième partie me fait penser plutôt à un journal intime, quotidien. Le graphisme ressemble plus à des brouillons, à un paquet d’idées lancés sur des pages blanches, reste à faire un tri. Parfois, les dessins sont tellement basiques qu’ils ressemblent à des dessins de petits enfants. Un vrai chantier graphique et pourtant il en ressort une histoire, une unité de récit, une explication sur sa démarche graphique, artistique, à mettre en parallèle avec la première partie.

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Le tout donne un ensemble cohérent mais chaque lecteur va devoir se créer un chemin, son chemin, dans cette jungle graphique. Une vraie expérience, un peu déconcertante. Pour résumer le livre, je peux reprendre la description de l’éditeur qui synthétise bien l’album : « L'occasion d'une plongée introspective dans ce que créer, être argentin, aimer le tango, partir et revenir veulent dire ».

Ce livre a obtenu le premier prix international du roman graphique FNAC-SINS ENTIDO. L’auteur propose également une musique du bandonéoniste Marcel Mercadante, une bande originale pour son album, téléchargeable via le web. Il suffit d’aller sur la page consacrée à l’album sur le site de l’éditeur Dupuis (suivre le lien ci-dessous).

 

Graphisme :      7,5/10

Scénario :        7,5/10

Moyenne :        7,5/10

 

Lien vers le site internet des éditions Dupuis : ICI.

 

Capitol.

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