20/01/2013

INTERVIEW PATRICK PINCHART (SANDAWE)

capitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingSandawé vient de passer le cap symbolique des 500.000 € de fonds investis dans ses projets via le crowdfunding (financement par les lecteurs via le net).

C’est le moment de faire le point avec Patrick Pinchart, fondateur, directeur éditorial et gérant de Sandawé. Rappelons également qu’il a été éditeur aux Editions Dupuis, fondateur du site actuabd.com, et à deux reprises rédacteur en chef du journal « Spirou ». Une pointure donc dans le secteur de l’édition !

SambaBD: Pouvez-vous nous rappeler en quelques dates importantes l’historique de Sandawé ?

 

capitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingcapitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingPatrick Pinchart:Les éditions Sandawe sont nées administrativement en 2009, mais le lancement officiel date du 10 janvier 2010. Pour l’anecdote, le 18 janvier, je faisais une chute de 18 mètres et échappais de justesse à une fin prématurée digne de celles imaginées par Jean Van Hamme, et la maison d’édition a donc été gérée durant près d’une année... d’un lit d’hôpital, grâce au miracle d’internet. Cinq mois après, un premier album était financé par les internautes (que nous appelons “édinautes”, contraction de “éditeur” et “internaute”), c’était “Il Pennello”. Un an après, le premier album édité paraissait en librairie, “Maître Corbaque”. Trois ans ans après, douze albums ont déjà été financés et, pour la plupart, déjà dans le commerce.
 

SambaBD: Depuis le lancement de Sandawé, d’autres initiatives ont vu le jour dont « My Major Company », une émanation d’un grand groupe de presse actif dans la BD, avec des « dérives marketing » dont on a beaucoup parlé sur les forums spécialisés. Votre concept est-il toujours resté le même par rapport à la philosophie de départ ou avez-vous dû l’adapter au marché en constante évolution ?

capitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingcapitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingPatrick Pinchart:Notre concept est resté le même, c’est à dire une maison d’édition qui, avec l’aide des internautes, permet à des auteurs de voir aboutir leurs projets d’albums et, en échange, rétribue ces mêmes internautes en leur offrant divers collectors (édition spéciale, numérotée et signé ou dédicacée, ex-libris, tirages sur toile, dessins inédits, etc.) et une participation aux bénéfices. Une maison d’édition par ailleurs tout à fait traditionnelle puisque les albums sont imprimés par le meilleur imprimeur BD (Lesaffre, à Kain près de Tournai), défendus par des équipes commerciales spécialisées (Dilbel en Belgique, LaDiff en France) et distribués par le plus puissant distributeur européen, Hachette.


Une question d’un lecteur de SambaBD :
Est-il possible de consulter sur Sandawé.com les chiffres des tirages et des ventes des albums publiés ?

capitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingPatrick Pinchart: Les chiffres relatifs aux albums sont communiqués aux édinautes des projets, et à ceux-ci seulement. Un bilan est effectué tous les six mois, dès que nous avons des chiffres fiables de notre distributeur, c’est à dire au moins six mois après la parution de l’album? Auparavant, les risques de retour sont encore trop importants pour qu’on puisse faire un bilan crédible.


SambaBD: Qu’est ce qui vous détermine a accepter un projet et sa mise en ligne ?

capitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingPatrick Pinchart:Comme tout éditeur, nous cherchons avant tout des projets d’albums réellement professionnels, ayant un potentiel commercial. Contrairement aux autres éditeurs, nous n’avons pas des collections dans lesquelles les projets doivent absolument s’insérer. Cela nous laisse donc très libres quant au choix et nos critères sont donc avant tout qualitatifs : ces projets sont-ils de qualité avec un scénario de qualité et un dessin de qualité ?


SambaBD: Hell West a eu une bonne critique pour le tome 1 et pourtant le tome 2 tarde à être financé (24% de souscriptions). Dans le même ordre d’idée, vous avez un projet que je trouve très intéressant avec Renaud (dessinateur de Jessica Blandy), intitulé « d’encre et de sang » et pourtant la souscription des parts ne semble pas vraiment décoller (14% de parts souscrites). Comment expliquez-vous ce phénomène ?

capitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingcapitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingPatrick Pinchart: C’est effectivement un processus qui prend du temps, avec des accélérations et des périodes de stagnation, et il faut avoir les nerfs solides pour s’engager dans cette voie. Je préviens systématiquement les auteurs de ces particularités : le crowdfunding n’est pas pour tous les auteurs.

SambaBD: Vous avez complètement rénové votre site internet dont la première version était lente et un peu décourageante. Avez-vous vu une hausse des fréquentations et de la souscription depuis la mise en ligne de la nouvelle version du site ?

Patrick Pinchart: Oui, très nette.

SambaBD: Vous avez un nouvel associé, Patrick Dumont. Quel est son rôle dans Sandawé, que va-t-il apporter de plus à la structure ?

capitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingPatrick Pinchart: Il est responsable de tout ce qui est marketing et commercial, et complète donc mon profil éditorial, plus axé sur les aspects créatifs que de gestion.

SambaBD: Après ces premières années d’expériences, parvenez-vous à mieux cerner ce qui fait bouger les édinautes pour soutenir un projet ?

Patrick Pinchart: Oui, bien sûr. On s’est rendus compte que plus l’auteur est impliqué dans l’animation du mini-site du projet, plus il a de chances de le financer. Il est donc indispensable d’être pro-actif.

SambaBD:Vous vous ouvrez à l’érotisme, à des projets d’auteurs confirmés. Est-ce vous qui désirez diversifier Sandawé ou est ce des auteurs qui vous ont proposer leur projet ?

capitol,interview,patrick pinchart,sandawé,crowdfundingPatrick Pinchart: La diversification est inscrite depuis le départ dans notre projet et nous comptions introduire des projets érotiques dès que nous en aurions la possibilité avec, d’abord, un système de filtrage permettant de limiter l’accès aux adulte, et ensuite, bien entendu, un premier projet de qualité. Et “Dryade”, imaginé par une femme, est un projet érotique de très haute qualité, loin des scénarios très “premier degré” que peuvent imaginer des auteurs masculins.

SambaBD: Quels sont vos objectifs pour l’année 2013 ? Combien d’albums comptez-vous sortir en librairie cette année ? Combien de projets espérez-vous boucler en financement ?

Patrick Pinchart: Notre objectif est d’augmenter la communauté d’édinautes, car elle est encore trop réduite pour financer tous les projets que nous envisageons d’éditer : un minimum de 15 projets par an.

SambaBD: En quelques mots, que pouvez-vous encore dire à nos lecteurs pour qu’ils se rendent sur le site Sandawé.com ?

Patrick Pinchart: Qu’ils auront la chance de découvrir les faces cachées de la création de bande dessinée tout en dialoguant avec les auteurs et d’autres passionnés, et d’aider des projets de bande dessinée à naître. En outre, ils auront la chance, s’ils sont de vrais amateurs de bande dessinée, d’accéder à des collectors et éditions spéciales créés spécialement pour eux et qu’on ne trouvera jamais dans le commerce.

 

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SambaBD remercie Patrick Pinchart et Sandawé d'avoir répondu à nos questions.

Interview réalisé par Capitol pour SambaBD.

Lien vers le site internet de Sandawé: ICI. 

18/01/2013

CEZEMBRE - Première partie.

Couv_174839.jpgPlancheA_174839.jpgDessin & scénario: Nicolas Malfin

Editions Dupuis

Collection aire libre

Sortie : 26/10/2012

72 pages

Prix conseillé : 16.50 €

ISBN : 9782800148724

Histoire, 2e guerre mondiale, Saint-Malo

 

Résumé (de l’éditeur): Saint Malo, août 1944 : alors que gronde la rumeur du débarquement américain, dont les troupes avancent inexorablement, combattant une armée allemande de plus en plus proche de la débâcle, le jeune Ewan, 18 ans, ronge son frein. Témoin de la mort de son père et de son oncle, victimes de soldats allemands, il rêve de rejoindre la résistance alors que couve le combat pour la libération de la cité. Seule la volonté de son grand-père, farouchement opposé à le voir risquer sa vie, le retient de franchir le pas. Mais lorsque l'un de ses meilleurs amis se fait tuer après être tombé dans une embuscade allemande, et qu'il apparaît que le responsable direct n'est autre qu'un de leurs amis d'enfance, il décide de se jeter dans la mêlée, à la veille de la bataille qui décidera du sort de Saint-Malo, et de sa libération. Un récit de guerre qui s'intéresse à un épisode intense et décisif de la libération, à travers la destinée de quatre adolescents pris dans le chaos de la guerre.

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Mon avis : Nicolas Malfin, le dessinateur de la série « Golden city », s’engage dans un projet en cavalier seul chez Dupuis, dans la fameuse collection « Aire libre ». Non seulement il fait du dessin mais en plus il se lance dans le scénario et avec brio. Cette histoire devrait se dérouler en deux tomes.

1301131803540001.JPGTout d’abord, l’album est magnifique et la couverture est pour moi une des plus belle de l’année 2012.Imprimé par l’imprimerie Lesaffre en Belgique, c’est un véritable bijou d’imprimeur. Dès l’ouverture de l’album, c’est une explosion de couleurs. On reconnaît de suite la patte de Malfin. C’est propre, c’est net, très net même, trop peut-être…Que la guerre est belle avec de telles couleurs et un dessin aussi lisse… J’ai eu un peu de mal au départ avec cette adéquation entre le sujet et le graphisme. Mais c’est très beau. De plus, Malfin nous décrit Saint-Malo de façon impressionnante avec une grosse documentation en appui.

Au niveau du scénario, Malfin nous raconte en fin de compte une page méconnue de la seconde guerre mondiale. Saint Malo est aux portes des îles anglo-normandes, près du Cotentin, pas loin du Mont Saint-Michel, dans un endroit où la navigation est difficile entre courants et écueils de toutes parts. Cézembre, l’île qui se trouve à quatre kilomètres au large de Saint-Malo, a été une poche de résistance importante vis-à-vis de l’avancée américaine.

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Le sujet est donc bien choisi et le traitement des personnages et du récit est très bien en place. Malfin fait parler des anonymes emportés par les événements. Il y ajoute l’histoire d’adolescents qui vont être déchirés par la guerre et l’amour.

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Je suis persuadé que cet album, plein de lumière et de couleurs, va en déstabiliser certains. Trop beau, trop propre pour parler de la guerre…Il faut savoir passer au delà des clichés qui voudraient un album sombre et noir. Les Malouins lors du Festival « Quai des bulles » ont bien accueilli l’album, un indice significatif. Cela donne au final un excellent album, agréable à lire.

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Graphisme :   8,0/10

Scénario :     8,0/10

Moyenne :     8,0/10

 

Capitol.

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13/01/2013

INTERVIEW DE GIHEF ET VANDERS (LIVERFOOL)

Capitol, Interview, Gihef, Vanders, Liverfool, Emmanuel Proust, 01/2013Capitol, Interview, Gihef, Vanders, Liverfool, Emmanuel Proust, 01/2013A l'occasion de la sortie de "Liverfool" chez Emmanuel Proust éditions, SambaBD a pu interviewer les auteurs de cette magnifique biographie rock consacrée au premier manager des Beatles. Gihef (scénario) et Damien Vanders (dessin) se sont pliés avec application à cet exercice.Au final,une interview détaillée et quelques informations très intéressantes.

Pour rappel: notre chronique est parue  sur le blog le 25 décembre 2012: ICI


SambaBD: Comment s'est mis en place ce projet Liverfool? Une passion commune pour les Beatles?

capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013Gihef : Oui et non. Une passion commune pour la musique et le vintage, plus probablement. Ce qui a été le déclencheur de cette histoire, c’est bien son personnage central, Allan Willliams, bien plus que les Beatles dont j’apprécie la musique mais sans en être fan absolu pour autant.

En fait, c’est suite à une discussion avec un ami et ancien éditeur, Daniel Bultreys, que le projet a vu le jour.  Lors d’un séjour à Liverpool, il a croisé le vrai Allan dans des conditions assez semblables à celles décrites au début du récit. L’anecdote m’intriguait et en me renseignant sur le personnage, j’ai pensé que ce serait sympa de lui faire une petite place sur le podium beatlesien.

On a  très peu parlé de cette période pré-Beatlesmania et je pensais que c’était un point de vue intéressant que de mettre Williams en avant. L’air de rien, c’est lui qui les a envoyés à Hambourg avant qu’ils ne rencontrent le succès planétaire qu’on leur connaît aujourd’hui.

Mais au-delà de ça, ce qui m’intéressait davantage, c’était d’essayer de relater le parcours chaotique d’Allan avant et après sa rencontre avec les garçons.

Comment a-t-il pu laisser filer les Beatles et comment l’a-t-il vécu ?...


capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013SambaBD: Quelles ont été vos sources d'inspirations principales pour réaliser cet album? Est-ce la lecture de The fool on the Hill" sur Allan Williams? Est-ce une visite à Liverpool?...

G : Oui, « The Fool on the Hill » a été un des points de départ, mais plus particulièrement l’autobiographie d’Allan Williams, « The man who gave the Beatles away ». Et puis énormément de documents vidéo, reportages, interviews, etc…

 

SambaBD: Comment avez-vous travaillé avec Vanders au niveau du dessin et du scénario? Que pensez-vous du travail Graphique de Vanders sur Liverfool?

 G : Damien a été le premier et unique choix pour cet album.

Nous sommes amis de longue date et désirions faire quelque chose ensemble depuis quelques temps. Lorsque j’ai commencé à développer le projet, je lui en ai parlé et il a immédiatement été emballé.

Nous avons ensuite travaillé ensemble sur la structure du récit et les anecdotes amusantes à y intégrer, ainsi que l’aspect graphique de certaines séquences.

Son dessin a immédiatement collé à l’ambiance qu’on voulait. Sa technique de lavis permettait de plonger davantage dans le Liverpool de la fin des années 50.

On y entre comme dans un bon vieux film en noir et blanc.

 

SambaBD:Quel est la part du réel, quelle est la part de votre imagination dans le scénario?

capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013G : La plupart des grands événements décrits dans l’album sont authentiques. J’ai parfois pris des raccourcis pour les lier entre eux et me suis permis quelques écarts.

Par exemple, la rencontre avec Pete Best ne s’est pas déroulée du tout comme je l’ai décrite. En fait, il s’agissait d’un autre batteur qui n’intégrera finalement pas le groupe. Mais nous trouvions l’anecdote amusante et voulions l’utiliser. Elle était surtout plus intéressante que l’histoire originelle de la rencontre avec le batteur qui les accompagnera à Hambourg avant d’être remplacé par Ringo Starr.

 

SambaBD: Avez-vous eu un retour sur votre travail venant du monde musical, venant d'Angleterre, venant de Liverpool?

G : Pas vraiment. C’est encore un peu tôt. Mais nous bénéficions de bons retours de la part de la presse spécialisée rock. Ce qui est déjà une petite victoire en soi.

 

SambaBD: Avez-vous dû demander l'accord d'Allan William pour raconter une partie de sa vie? Y a –t-il eu des problèmes de droits d'auteur en réalisant ce biopic que ce soit avec Allan Williams ou les Beatles (ou leur ayant-droits) ?

G : Non. Nous avons beaucoup hésité et nous sommes posés la question dans tous les sens avec l’éditeur. Mais il s’avère que dans la mesure où il s’agit d’un récit romancé, cela ne pose pas vraiment de problème. De plus, il y a déjà eu une belle brochette de bandes-dessinées dédiées aux quatre de Liverpool.

 

capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013SambaBD: Y aura-t-il une suite à Liverfool? Etes-vous prêt à continuer de travailler sur des projets dans le genre "Biographie rock"?

G : J’aimerais beaucoup continuer à travailler sur ce genre de matériel. Mais le souci principal est qu’il y a très peu d’éditeurs intéressés par ce type de projet.

Ce n’est pas aussi rentable qu’une série avec des dragons, des chevaliers ou des zombies nazis.

 

SambaBD: Emmanuel Proust éditions est une maison d'édition qui monte, qui fait parler d'elle au niveau éditorial. Qu'est ce qui vous a amené à travailler avec eux? Ont-ils une façon spécifique de travailler avec les auteurs?

G : A la base, on aurait dû le faire chez Glénat. Comme Daniel Bultreys, à l’époque éditeur chez eux, était à l’origine du projet, il nous semblait évident de le réaliser avec eux. Mais ça a coincé en haut lieu et on s’est retrouvé à la case départ avec le projet sous le bras.

On l’a donc envoyé un peu partout, comme ça se fait habituellement, et Emmanuel Proust a été le premier (et le seul) à y croire et nous a signé.

Avec le recul, je me dis que c’est une très bonne chose. Nous n’aurions pas bénéficié d’autant d’attention chez un gros éditeur. Emmanuel est un éditeur indépendant, et il travaille comme tel.

Lorsqu’il signe un projet, c’est un coup de cœur. Il le suit du début à la fin et je dois avouer que sa présence et ses encouragements nous ont été fort bénéfiques.

Néanmoins, il nous a laissé le champ libre quant à notre façon d’envisager le récit. C’est un éditeur attentif mais pas intrusif et ça m’a beaucoup plu de travailler dans ces conditions.

Lorsque le dossier a atterri sur son bureau, nous savions déjà exactement ce que nous voulions faire et comment nous voulions le faire.

Il est rare qu’un éditeur ne reformate pas un projet à son goût aujourd’hui, juste pour le rendre plus « commercial » (enfin, dans son esprit et selon ses critères).

Ca n’a jamais été le cas de Proust et je tiens à l’en remercier encore une fois.

 

Des questions plus personnelles maintenant:

 capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013A GIHEF :

 

SambaBD: Vous avez une solide expérience de dessinateur (Enchaînés, Haute sécurité,…), vous êtes maintenant scénariste (Mister Hollywood, Skipper,…), Qu'est ce qui vous pousse à porter l'une ou l'autre casquette?

G : Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit. Des récits de tous genres : thriller, S-F, fantasy, drame ou comédie…

Il est arrivé un point dans ma carrière où je ne m’épanouissais plus vraiment en ne faisant que dessiner.

J’avais des envies, mais qui ne correspondaient pas nécessairement à mes capacités graphiques.

L’avantage de travailler avec d’autres dessinateurs, c’est que je peux partir dans n’importe quel genre sans avoir à me soucier de comment je vais réaliser telle ou telle séquence. C’est le dessinateur qui s’en chargera.

Bien entendu, je ne pars jamais à l’aveuglette. Chaque scénario est écrit pour LE dessinateur avec lequel je travaille.

Comme jusqu’à présent, j’ai eu la chance de ne travailler qu’avec des amis que je connaissais déjà très bien, j’ai toujours fait du sur mesure.

En outre, je refuse catégoriquement de ne me cantonner qu’à un seul genre.

C’est le gros souci des auteurs de BD (et probablement d’autres artistes dans d’autres disciplines) aujourd’hui : on est vite catalogués.

Comme j’ai essentiellement réalisé des thrillers contemporains jusqu’à il y a peu, les gens m’attendent dans ce genre exclusivement.

Ce qui me gêne le plus, c’est que ça ne correspond pas du tout à ma personnalité.

Bien sûr, je suis friand de thrillers et de polars, mais aussi de plein d’autres choses.

J’avais lu une interview de Quentin Tarantino à une époque où on lui demandait quel genre de film il aimait. Il était incapable de répondre. Il a dit très justement qu’il était fan du Cinéma en général, que ce soit des comédies romantiques, des films de guerre, des westerns, des thrillers…

Et je partage pleinement son avis.

Je suis fan d’histoire(s), point barre. Mes goûts reflètent un éclectisme qui m’est absolument nécessaire.

Par exemple, en cinéma, je peux passer d’un Jim Carrey bien débilos à du David Lynch ou du Woody Allen. Pareil en musique, où mes goûts oscillent entre Dean Martin, Ice Cube, Marilyn Manson et les Beatles.

 

capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013SambaBD: Que devient votre série "Haute sécurité"? Est-il prévu une suite?

G : Non, la série est terminée au sixième tome.

 

SambaBD: Sur le communiqué de presse de Emmanuel Proust éditions, votre curriculum vitae mentionne je cite: "Il remplace Jean Dufaux sur le spin off de la série culte "Jessica Blandy". C'est un scoop! Allez-vous reprendre le scénario de "La route Jessica"? Pouvez-vous nous en dire plus?

G : C’est un peu plus compliqué que ça… Au départ, Jean ne désirait plus continuer la série mais Renaud en éprouvait encore l’envie. Jean lui a donc permis de continuer s’il trouvait un scénariste pour la reprise. Renaud s’est donc tourné vers moi car il avait lu le premier Mr Hollywood et savait que j’avais des envies de plus en plus fortes d’écriture. Mais le projet a pris une tournure légèrement différente dans la mesure où nous nous attardons davantage sur le couple de tueurs (Soldier Sun et Agripa) et avons laissé un peu de côté le fil rouge « Jessica ».

capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013Il s’agit donc presque du spin-off d’un spin-off. Je ne voulais pas reprendre la même dynamique que Jean sur mon histoire, j’aurais été taxé de faire du réchauffé. C’est donc sous un angle un peu différent que nous entrons dans l’univers créé par Renaud et Dufaux. D’ailleurs, même le titre a fini par changer. Nous sommes passés de « La Route Jessica » à « Crotales ».

Les deux tomes sont terminés depuis plusieurs mois et ils devraient sortir courant 2013.

 

SambaBD: Que pensez vous de la problématique des série "spin off"?

G : C’est drôle car j’en ai parlé tout récemment avec un ami auteur. Je ne comprends qu’à moitié ce choix  éditorial généralisé. Il est certain qu’en lançant une série dérivée d’un blockbuster, on diminue le facteur risque de se casser la figure. Néanmoins, il est plutôt rare qu’un spin-off fasse mieux que la série originelle. Du coup, on est aussi certain de ne pas dépasser un certain chiffre.

En bref, on élimine le risque de vautrage, mais on diminue également celui d’un éventuel vrai succès.

De plus, on se retrouve de plus en plus avec un paysage culturel formaté et c’est vraiment dommageable à long terme. Mais j’imagine que du moment que les euros rentrent dans la caisse, ce n’est pas un réel problème pour les éditeurs dans l’immédiat.

 

SambaBD: Que pensez-vous du marché actuel de la BD?

G : Le sujet est vaste et honnêtement, je ne vois pas ce que je pourrais en dire d’intelligent. On nous parle de crise d’un côté, et on nous balance des chiffres tendant à prouver le contraire de l’autre.

On diminue le prix planche des auteurs, on restreint les tirages mais on augmente le nombre de titres.

Il y a quelque chose qui cloche dans tout ça et je ne suis pas certain que cela puisse se résumer en quelques lignes.

On va dire que c’est trop complexe pour moi.

 

capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013SambaBD: Quels sont vos futurs projets?

G : Je travaille actuellement sur une série conceptuelle avec Alcante au co-scénario. Il s’agit de one-shots sur le thème de la théorie du complot.

Il y aura un dessinateur par album et Alcante et moi travaillons chacun sur nos récits en parallèle, en s’octroyant un droit de regard pour la cohérence générale de la série, mais nous ne nous marchons pas sur les pieds. C’est très confortable.

A nouveau, je travaille avec un ami qui m’est cher et qui plus est, un grand scénariste en devenir.

La série devrait paraître courant 2014 chez Delcourt. Nous commençons avec deux albums chacun.

 

En dehors de ça, j’ai quelques projets sous le coude avec des dessinateurs talentueux comme Antonio Lapone, Alexis Sentenac & Brice Cossu, Eric Lenaerts ou Mig qui sont en préparation ou déjà en attente de réponse chez les éditeurs.

J’ai aussi plusieurs idées de projets en solo que je suis en train de développer dans un genre où on ne m’attend pas : l’humour sous forme de gags.

Mais toujours rien de concret en ce qui concerne ces derniers.

 

capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013A Damien VANDERS :

 

SambaBD: Vous êtes originaire de la région de Lille (comme François Boucq), Est-ce difficile de travailler avec un belge? Existe-il une proximité qui facilite les choses ou les mentalités sont-elles déjà différentes?

Vanders: Gihef n'est pas un vrai belge.

Je sais qu'en disant ça je dévoile une partie de son identité secrète, mais on ne m'a pas bien laissé le choix.

Cela étant, j'ai eu beaucoup de chance, je ne sais pas comment ça ce serait passé avec un belge pur jus.

Plus sérieusement, Gihef est avant tout un ami, de longue date. On peut appréhender de travailler avec un ami. Au contraire, j'en ai été ravi et fier et la collaboration n'en a été que plus agréable.

 

capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013SambaBD: Vous avez dessiné "Back to perdition" en deux tomes chez Vents d'Ouest qui a eu plus qu'un succès d'estime, a été signalé par la critique. L'ambiance de l'histoire est très noire et très lourde. Est-ce votre style de prédilection ou simplement un travail indépendant et sans suite?

V.: Vu ce que j'avais pu faire avant avec Damien Marie – le scénariste – disons que c'est dans la même lignée, et en effet, le récit sans doute le plus noir et le plus dur de tous ceux que nous avons fait ensemble.

Je dirai que c'est un style, un genre, qui m'intéressent particulièrement et naturellement même. Je suis enclin a préférer les ambiances sombres et désespérées, où une certaine fatalité pèse sur l'ensemble des personnages.

Damien Marie aime explorer les noirceurs de l'âme et je l'y accompagne avec plaisir !

 Je ne sais pas aujourd'hui si je reviendrai à un récit aussi sombre, mais je ne le considère pas comme sans suite.

 

SambaBD: Quelles sont vos références graphiques, si vous en avez?

V.:Elles sont nombreuses, en BD, en photo, cinéma... certaines assez éloignées de ce que je fais, avec ce sentiment de « qu'est-ce que j'aimerais savoir dessiner/composer/raconter comme cet auteur » !

il faudra un jour que j'en dresse la liste pour pouvoir citer les auteurs que j'aime particulièrement... pas encore pour cette fois !

 

capitol,interview,gihef,vanders,liverfool,emmanuel proust,012013SambaBD: Qu'est ce qui détermine le fait de commencer une collaboration avec un scénariste?

V.: Oula... j'en ai eu peu dans ma vie. L'essentiel de ma bibliographie s'est faite conjointement avec Damien Marie – qui est aussi un « vieil » ami aujourd'hui. Nous avons fait connaissance sur notre premier album, Règlement de Contes.

Mais en général, c'est d'abord une envie de travailler ensemble et surtout un projet commun auquel je me sens sincèrement attaché, sans ça, je ne pourrais pas accepter, quand bien même le scénariste serait un ami. Il faut impérativement que le projet m'intéresse fortement.


SambaBD: Quels sont vos projets en cours?

V.: Plusieurs... j'ai des velléités de scénariste, j'ai quelques projets en tête et sur le papier dont j'aimerais mené au moins un en tant que scénariste et dessinateur.

Il se trouve que mes projets personnels sont plutôt dans une veine polar, noir, réaliste.

J'ai deux projets en cours de travail avec un autre ami, Patrick Denieul, un récit orienté polar situé à Brest, et le second plus orienté aventures, second degré, sous forme de série, dans un style « comics »...

Et j'essaie de consacrer aussi plus de temps à des projets personnels en photo.

Voilà !


SambaBD remercie chaleureusement Gihef et Vanders pour leur implication et leur disponibilité pour cette longue interview.

Interview réalisée par Capitol pour SambaBD.



09/01/2013

BAKUMAN - Tome 1.

Couv_112328.jpgPlancheA_112328.jpgDessin : Takeshi Obata  - Scénario: Tsugumi Ohba

Editions Kana

Sortie : 02/07/2010

208 pages

Prix conseillé : 6,85 €

ISBN : 9782505008262

Manga, Shonen, Mangaka, ascension professionnelle, comédie.

 

 

Résumé (de l’éditeur): Moritaka Mashiro, surnommé Saïko par ses amis, est en 3e année de collège et ses dons pour le dessin lui ont permis de remporter plusieurs prix. Il est amoureux en secret de Miho Azuki mais n'ose pas lui révéler cet amour jusqu'à ce que son ami, Akito Takagi, force le destin. Takagi est le meilleur élève de sa classe, il écrit également des scénarios et souhaite que Mashiro les transpose en manga. Celui-ci refuse dans un premier temps, mais il se voit obligé d'accepter une fois qu'il se trouve devant la belle Azuki. Quant à elle, Azuki rêve de devenir doubleuse de films et de dessins animés. Si Azuki et Mashiro réalisent leur rêve, ils se marieront, mais d'ici là ils ne doivent plus se voir et communiquer uniquement par e-mail...

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Mon avis : Retour sur une série commencée en juillet 2010 et qui est actuellement en version francophone au tome 13 (sorti le 4 janvier 2013).Cette série Bakuman est signée par les deux auteurs de la série très connue « Death note », série vendue à des millions d’exemplaires et adaptée en dessin animé et en film ! La série Bakuman est terminée au Japon et comprend 20 tomes. Il est également adapté en dessin animé. La série raconte par le détail la lente ascension pour réaliser le meilleur manga jamais édité.

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Un vrai mystère entoure le scénariste de Death Note, beaucoup de rumeurs circulent mais rien d’officiel ne filtre sur l’identité du concepteur de ce scénario. On ne connaît ni son vrai nom, ni son visage.

Le dessin est dans le plus pur style shonen (pour les jeunes de 12 ans et plus). C’est bien dessiné mais cela n’arrive pas à un niveau extraordinaire comme pour d’autres séries. On retrouve tous les codes graphiques du manga de ce type destiné aux adolescents.

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Par contre, le scénario est très bien bâti et raconte par le détail la vie des mangakas. La vie n’est pas facile pour ceux qui débutent (on les appelle « bakuchiuchi »). Pour beaucoup de jeunes au Japon, devenir un mangaka connu et reconnu, c’est avoir une certaine reconnaissance financière et une place particulière dans la société japonaise. C’est un peu comme les joueurs de foot en Europe. Si tu réussis, tu es adulé. Si tu te loupes, tu es une merde sans situation. J’ai apprécié la remise dans le contexte de la société japonaise. C’est très bien expliqué. Mais encore une fois, on voit que la gloire peut être éphémère et que ce sont tous des gros bosseurs et souvent avec une armée de « petites mains » derrière eux.

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Au vu des réactions sur les forums, la série a été très bien accueillie et a donné à pas mal de gens l’envie de se lancer dans la réalisation de mangas. A noter qu’entre les chapitres, l’éditeur montre comment est construit, réalisé une planche de l’album. C’est très intéressant au niveau de la technique.

En conclusion, j’ai de suite accroché à l’histoire et la lecture m’a bien plu. Une lecture que je vous recommande. Une autre façon de rentrer dans le monde du manga, par la porte de service…

 

Graphisme :    7,0/10

Scénario :      8,0/10

Moyenne :      7,5/10

 

Capitol.

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