31/01/2018

Gauguin, l'autre monde

gauguin l'autre monde, dori, sarbacane, biographie, peintre, peinture, tahiti, art, 6/10, 04/2016gauguin l'autre monde, dori, sarbacane, biographie, peintre, peinture, tahiti, art, 6/10, 04/2016Scénario : Fabrizio Dori
Dessin : Fabrizio Dori
Éditeur : Sarbacane
144 pages
Date de sortie :  avril 2016
Genre : biographie, roman graphique

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Tahiti, 1893…

Dès le début du livre, nous sommes, comme Gauguin lui-même, pris par la beauté envoûtante de l’île. On plonge avec lui dans le récit d’une légende tahitienne qui intrigue et recouvre la réalité d’une patine de merveilleux. Ce roman graphique s’intéresse à la fin de vie de Gauguin, la période artistiquement parlant la plus prolifique et la plus belle de son œuvre. L’auteur nous propose un scénario original, en juxtaposant les périodes (créant notamment des flash-backs qui renseignent sur la vie de Gauguin) et en mélangeant réalité et légendes. Le changement régulier de personnages et de décors, donne un côté imprévisible à l’ensemble qui donne envie au lecteur, sans jamais le perdre, de poursuivre sa lecture, aidé en cela par un dé- coupage en chapitres dynamique.

 

 

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Mon avis

Fabrizio Dori nous dessine le portrait de Gauguin dans sa période la plus faste d'un point de vue artistique. Gauguin a eu mille et une vies, mais vous ne saurez rien de celles-ci dans cette bande dessinée, sauf à lire le court dossier en fin d'ouvrage. C'est sur sa période Tahitienne, à la fin de sa vie donc, que Fabrizio Dori a décidé de s'attarder. Tandis qu'il nous éblouit de ses planches imitant le style du peintre, il laisse le soin à ce dernier de nous narrer sa vie. Ainsi, sommes-nous transportés dans l'univers onirique et bigarré de l'artiste maudit. Maudit, oui. Parce que sa peinture en avance sur son temps ne plaisait ni à ses pairs, ni au public. En quête de reconnaissance artistique qui ne viendra jamais de son vivant, il se réfugia au coeur du Pacifique pour y trouver paix et sérénité. Il y trouva la vie sauvage et simple dont il rêvait, mais il se perdit dans l'alcool et la morphine. Addiction fatale qui ne l'a pas empêché pour autant de produire ses plus belles oeuvres. Gauguin, considéré aujourd'hui comme un des peintres français majeurs et l'un des précurseur de l'art moderne, est mort comme un misérable.

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La mélancolie et la langueur sont de mise dans les 5 chapitres de cette déchéance annoncée. Le personnage, pas très sympathique au demeurant, n'est pas d'un caractère des plus jovial et ses longues discussions avec une divinité Tahitienne donne au récit une dimension mystique. Le rythme est lent, parfois un tantinet ennuyeux. C'est peut-être voulu pour retranscrire encore mieux la mélancolie du peintre. Le dessin contraste complètement avec cette ambiance un peu triste. C'est coloré, chatoyant, luxuriant, comme le sont les toiles de Gauguin et les colliers de fleurs des Tahitiennes. C'est beau, simple, élégant.

Voilà un curieux album plein de contrastes où se mêlent triste réalité et mysticisme des légendes tahitiennes pour raconter les affres du processus de la création artistique.

 

Loubrun

 

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gauguin l'autre monde, dori, sarbacane, biographie, peintre, peinture, tahiti, art, 6/10, 04/2016

 

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24/01/2018

S.O.S. Bonheur saison2 - Volume 1

sos bonheur, griffo, desberg, van hamme, dupuis, aire libre, anticipation, dictature, dystopie, 4/10, 11/2017sos bonheur, griffo, desberg, van hamme, dupuis, aire libre, anticipation, dictature, dystopie, 4/10, 11/2017Scénario : Stephen Desberg
Dessin : Griffo
Éditeur : Dupuis
108 pages
Date de sortie :  novembre 2017
Genre : anticipation

 

 

 

Présentation de l'éditeur

En 1988 paraissait le premier tome de "S.O.S. bonheur", suite de fables dystopiques qui mettaient à nu les angoisses de la société d'alors. Presque trente ans plus tard, nos craintes ont-elles changé ? C'est la question que pose aujourd'hui Stephen Desberg avec cette nouvelle saison, à la fois hommage et mise à jour de l’œuvre initiale de Jean Van Hamme. Pour y répondre, il dessine les contours d'une société conçue autour de valeurs réactionnaires extrêmes, dans un premier tome glaçant de justesse.

 

sos bonheur, griffo, desberg, van hamme, dupuis, aire libre, anticipation, dictature, dystopie, 4/10, 11/2017

 

Mon avis

Voilà donc déjà 30 ans que Jean Van Hamme et Griffo ont sorti ce chef d’œuvre de la BD d'anticipation. Ils décrivaient une société future assez angoissante où les libertés étaient sacrifiées sur l'autel du bien-être individuel et surtout collectif par un État omniprésent dans le quotidien des gens. L’État décidait de tout et se préoccupait de tout dans une forme d’ingérence exacerbée de la sphère privée.

Curieusement, 30 ans plus tard, on voit émerger de-ci de-là certaines choses imaginées par Van Hamme dans les années 80. Dans des proportions moindres, certes, mais quand même. Quand j'entends tourner en boucle les mises en gardes et mentions obligatoires à caractère moral dans la publicité ("Pour votre santé évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé", "Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour", "Pour votre santé, pratiquez une activité physique régulière", "Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas", "L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération" , "L’énergie est notre avenir, économisons-la !" ... ), je ne peux m'empêcher de penser au chapitre "A votre santé !" dans le S.O.S. Bonheur de Van Hamme, où la police médicale contrôle tout, où le sport est obligatoire, où les médecins sont tous affiliés à l’État, où il est obligatoire de suivre les bulletins météo, où les gens possèdent des cartes de régime qui conditionnent leur menu au restaurant, où les voitures sont limitées à 50km/h et où les slogans "préventifs" et moralisateurs envahissent le quotidien : "la santé est votre bien le plus précieux, aidez-nous à préserver la vôtre", "avez-vous pensé à prendre votre température ce matin ?", "muscle qui crie chasse la maladie", "un baiser=un millions de germes. Songez-y...".

Bref, quand la réalité rattrape la fiction, il y a parfois de quoi s'inquiéter. Surtout après la lecture de cette saison 2 imaginée par Desberg et dessinée par Griffo, en souhaitant qu'ils ne soient pas aussi visionnaires que le fut Jean Van Hamme.

 

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Plus un remake ou reboot qu'une suite, cette saison 2 est construite sur le même principe narratif que la version de Van Hamme. Une suite d'histoires courtes mettant en scène des gens ordinaires en prise avec les règles absurdes de la société et d'un État totalitaire qui ne veut que notre bien. Soit-disant. Sauf que... Là où Van Hamme voyait un avenir assez pessimiste de la société, Desberg ne fait qu’exacerber des peurs actuelles en pointant du doigt la montée réelle des extrêmes et des communautarismes et en imaginant comme réponse une société ultra réactionnaire mettant en avant des valeurs morales rétrogrades. Là où Van Hamme avait ficelé un récit subtil, Desberg arrive avec ses gros sabots et nous sert un récit beaucoup plus politisé, tout en exagération et donnant l'impression d'enfoncer des portes déjà ouvertes.

6 chapitres qui traitent de la famille et de valeurs moralisatrices d'un autre temps, de l'immigration et de la préférence nationale, du libéralisme à outrance, de la sécurité et des statistiques de délinquance truquées, du révisionnisme avec la tentative de faire tomber dans l'oubli la Shoah, et de l'image des personnalités politiques avec la mise en scène d'un faux attentat sur la personne du Président, ou quand la forme est plus importante que le fond.

6 thématiques intéressantes, mais qui sont mises en avant dans des saynètes cousues de gros fil blanc, jouées par des personnages manquant cruellement de relief et d'épaisseur et finalement assez peu crédibles. En gros, il manque clairement une pointe de subtilité pour qu'on arrive à y croire vraiment, même si, c'est vrai, nos cousins outre-atlantique ont placé dans le bureau ovale un personnage qui ne renierait sans doute pas ces scénarios.

Mais là, les ficelles sont décidément trop grosses et qui plus est, les décors ne facilitent pas la projection. Pourquoi avoir utilisé ce décorum vintage, pour les véhicules notamment !? Griffo dit qu'il voulait "donner l'impression au lecteur que l'action est totalement intemporelle et pourrait se dérouler n'importe où". C'est raté. Voir dans un récit qui se veut futuriste des gens évoluer dans des DS, véhicules de 60 ans d'âge emblématiques de l'industrie automobile française, n'aide pas franchement à se projeter dans l'avenir et à s'imaginer ailleurs qu'en France.

Mis à part ce choix graphique malheureux, le dessin de Griffo est excellent. Radicalement différent de son style d'il y a 30 ans, il gagne en sobriété et fluidité, mais perd un peu en spontanéité. En revanche il bénéficie d'une belle mise en couleur appropriée au récit, dans des tons ternes et tristes, bien mieux réussie que sur les trois premiers volumes des années 80.

Mais le dessin ne sauve pas cet album qui m'a déçu. Considérant la trilogie de Van Hamme comme un chef d’œuvre, j'attendais beaucoup plus de cette saison 2. Sans doute un peu trop, et c'est pourquoi ma déception est à la hauteur de mon attente.

 

Loubrun

 

 

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sos bonheur, griffo, desberg, van hamme, dupuis, aire libre, anticipation, dictature, dystopie, 4/10, 11/2017

 

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S.O.S. Bonheur Saison 2 par Desberg Griffo © Dupuis 2018

 

22/01/2018

Fondu au noir

Fondu au noir.jpgFondu au noir_pl.jpgScénario : Ed Brubaker
Dessin : Sean Phillips
Éditeur : Delcourt
335 pages
Date de sortie :  novembre 2017
Genre : polar, thriller

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Le duo formé par Ed Brubaker et Sean Phillips frappe à nouveau, pour leur plus ambitieux projet ! Fondu au Noir est un ouvrage particulièrement soigné pour un récit complet de près de 400 pages.

Un film noir dont les scènes doivent sans cesse être retournées… Un scénariste de cinéma traumatisé, alcoolique et détenteur d’un terrible secret… La mort suspecte d’une starlette… Un directeur de studio hystérique prêt à tout pour boucler ses films avant l’effondrement de l’âge d’or du cinéma. Fondu au noir est un thriller hollywoodien où il est question de course à la célébrité, de sexe et de mort !

 

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Mon avis

Ed Brubaker fait partie de ces auteurs vers lesquels on peut aller quasiment les yeux fermés. Bien sûr je n'ai pas lu toute sa production notamment celle consacrée aux super héros de chez Marvel ou DC, mais les quelques polars et thriller (Criminal, Velvet, Fatale) que j'ai lus sont des pures merveilles du genre. Fondu au noir ne déroge pas à la règle et est également un chef d’œuvre, sans pour autant le révolutionner. Au contraire, il utilise et manipule les codes du roman et du film noir de la grande époque des années 40 et 50. Ça n'est pas un hasard évidemment. L'histoire se passe dans le milieu interlope du cinéma de Hollywood à la fin des années 40 avec pour décor le tournage d'un film noir et la mort dans des circonstances étrange de l'actrice principale du film. L'époque est également parfaite pour ciseler un scénario aux petits oignons : 1948, juste après la guerre et à l'aube du MacCarthysme et des sinistres chasses aux communistes qui débuta en 1950.

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Le sujet, le lieu, l'époque, forment un socle idéal pour ce genre, mais Ed Brubaker ne les a pas choisit uniquement pour cette raison. Sans doute tout cela était ancré en lui depuis son plus jeune âge. Il révèle dans la préface sa filiation avec le scénariste John Paxton (il en est le neveu), célèbre dans les années 40 et 50 pour ses nombreux scénarios de films noirs. Brubaker a vu son oncle en fin de carrière avec des sentiments très amers envers l'industrie du cinéma de cette époque sombre où coups bas, dénonciations, accusations arbitraires, trahisons, fleurissaient dans chaque coin des studios de cinéma. Par ailleurs, deux de ses meilleurs amis, le producteur Adrian Scott et le réalisateur Edward Dmytryk ont été blacklistés sur la liste des Dix de Hollywood. Forcément, ce genre d'expérience laisse des traces.

C'est dans ce contexte que se situe l'intrigue de Fondu au noir où les machinations vont bon train pour préserver un standing, une carrière, une réputation, des profits ...

On plonge dans le cloaque des studios, bien loin des strass et paillettes et du glamour du cinéma hollywoodien. Entre la vie des stars fabriquée de toutes pièces pour servir un beau roman au public et les agissements ignobles, parfois criminels, des producteurs à la perversité écœurante, Brubaker ne fait pas qu'ouvrir le rideau sur l'envers du décor, il nous révèle le cœur pourri et la tête malade de cette industrie.

Publiée de 2014 à 2016 aux États-Unis en 12 épisodes, cette histoire est ici réunie en intégrale de plus de 300 pages et entre curieusement en résonance avec l'actualité et l'affaire Weinstein, nous montrant à quel point ce milieu est gangréné depuis longtemps.

Sean Phillips, fidèle compagnon de Brubaker sur les polars, exprime comme dans tous ses ouvrages son talent de metteur en scène et de créateur d"ambiance. Le découpage est hyper efficace pour créer cette tension permanente, les plans sont minutieusement mis en scène pour faire ressentir la peur, l'angoisse ou le cynisme des personnages.

Le trait noir et profond de Sean Phillips est agrémenté des superbes couleurs de Elizabeth Breitweiser qui apporte sa contribution à l'ambiance sombre et oppressante de ce polar.

Un polar noir exemplaire à la mécanique bien huilée animé par des personnages complexes qui pourrait faire aussi une excellente série télé.

 

Loubrun

 

 

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13/01/2018

Arelate - tomes 4, 5, 6

arelate, sieurac, Genot, 100bulles, rome, romains, antiquité, Histoire, 8/10, 06/2017arelate, sieurac, Genot, 100bulles, rome, romains, antiquité, Histoire, 8/10, 06/2017Scénario : Laurent Sieurac ; Alain Genot
Dessin : Laurent Sieurac
Éditeur : 100Bulles
48 pages pour chaque album + 12 pages de dossier
Date de sortie :  juin 2017
Genre : Histoire

 

 

 

Présentation de l'éditeur

 tome 4 - Neiko

arelate, sieurac, Genot, 100bulles, rome, romains, antiquité, Histoire, 8/10, 06/2017Neiko est enfin devenu marin. Il vogue nochalamment sur le Rhône à destination de Lugdunum sans se douter que ce fleuve impétueux et ses eaux capricieuses lui réservent bien des épreuves. A Arelate, Vitalis désespère de retrouver celle qui fut un jour son épouse et tente de percer le mystère qui entoure le meurtre de son mentor et ami Atticus...

 

 

 

 

tome 5 - Hortensis

arelate, sieurac, Genot, 100bulles, rome, romains, antiquité, Histoire, 8/10, 06/2017Arelate est une cité portuaire où marchandises et argent circulent en abondance. Pour Hortensis, c'est l'occasion de se livrer, pour le compte de son maitre, à toutes sortes de trafics. Il n'est cependan pas le seul escroc de la cité et dans l'ombre, d'autres forces, bien plus influentes, complotent également... Quant à Vitalis, il ne semble pas vouloir abandonner l'idée de retrouver sa famille.

 

 

 

Tome 6 - Carmilia

arelate, sieurac, Genot, 100bulles, rome, romains, antiquité, Histoire, 8/10, 06/2017Tandis que la cité d'Arelate panse ses plaies suite au terrible incendie qui a ravagé le quartier portuaire, les comanditaires de ces destructions peaufinent leur plan d'action, faisant place nette pour que rien ni personne n'interfère avec leur objectif. Vitalis, grâce au sacrifice de son ami Tilius, est en route pour Lyon où il espère retrouver sa douce Carmilia, quand à Hortensis, il n'a pas d'autre choix que de trouver une solution au conflit qui l'oppose à son ennemei intime Crassus.

 

 

 

 

Mon avis

Au delà de la qualité même de la série, Arelate mérite qu'on s'y attarde vu la pugnacité avec laquelle les auteurs et en particulier Laurent Sieurac, mènent ce projet éditorial. Le premier tome est paru en 2009 en tirage limité, édité par Idée +. En 2012, ce premier volume était réédité chez Cleopas en même temps que la parution du deuxième tome. Suit un troisième tome avant que l'éditeur ne fasse faillite, risquant de mettre un terme à cette belle série historique se déroulant dans la Rome antique. Mais, malgré la place déjà bien occupée par d'autres très bonne séries du même genre (Murena, Les Aigles de Rome, Alix Senator ...), Arelate a su trouver son public assez rapidement. Le projet s'est donc poursuivi sous une nouvelle structure, les éditions 100Bulles créée par Laurent Sieurac. On n'est jamais mieux servis que par soi-même ! Le modèle économique du financement participatif permet de poursuivre l'aventure et de sortir en 2015 le quatrième volume avec au passage la sortie en intégrale des trois premiers tomes, puis les volumes 5 et 6 en 2016 et 2017.

Il me parait important de faire ce résumé du parcours éditorial de cette série, pour montrer à quel point la BD est aussi et encore très artisanale et que certaines œuvres de ce type tentent de tirer leur épingle du jeu au milieu des productions mainstream qui bénéficient de la puissance de feu marketing des gros éditeurs.

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Arelate est donc une série historique dont l'intrigue se déroule à Arles au temps des Romains. On y suit le quotidien de deux héros : Vitalis, tailleur de pierre que ses vices vont rattraper et Neiko, adolescent qui ne rêve que de prendre la mer. C'est là l'originalité de cette série que de choisir pour héros des gens ordinaires. L'autre point original, c'est la volonté des auteurs de placer leurs Histoires dans un contexte historique le plus proche de ce que fut la réalité, en fonction des connaissances actuelles de cette période de l'histoire et de l'avancée des recherches. C'est là qu'intervient Alain Genot, archéologue spécialiste de l'antiquité, et qui apporte une caution scientifique en plus d'être co-scénariste avec Laurent Sieurac. Son objectif est simple : ouvrir et rendre accessible au grand public le travail de fourmis réalisé par les chercheurs et archéologues. Ainsi, cette bande dessinée devient un véritable document historique bourré de détails et faits de vie véridiques retranscrit dans une fiction accessible à tous. Un peu comme ses passionnés d'Histoire qui font des reconstitutions grandeur nature des batailles Napoléoniennes, Laurent Sieurac et Alain Genot font vraiment revivre l'Antiquité Romaine. En lisant Arelate, on lit une fiction avec des personnages, une intrigue, une histoire, des rebondissements, dont le décorum jusqu'au plus petit détail vestimentaire ou architectural est solidement ancrée sur une base scientifique. C'est à ce titre passionnant et, plus que toute autre série qui se voudrait didactique, Arelate permet véritablement de s'instruire en se divertissant.

Chaque album se termine par un dossier conséquent faisant le lien entre des éléments de l'histoire et l'archéologie, comme les techniques de décoration des maisons, l'histoire d'objets de la vie courante, la navigation fluviale, la voirie romaine, les fontaines ....On se plait alors à comparer les photos des découvertes archéologiques avec les dessins minutieux de Laurent Sieurac.

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Pour répondre à cet objectif de réalisme historique, le dessin se doit d'être à la hauteur. C'est le cas ici, et ce depuis le premier album, où Laurent Sieurac apporte un soin particulier aux détails des scènes de la vie courante, des costumes, des décors, des bâtiments. La réalisation des planches au lavis dans les tons ocres ou gris bleus, donne sa marque de fabrique à la série et la place définitivement sur un autre registre que ses concurrentes. A ce propos, lors de ma rencontre avec Laurent Sieurac à Saint-Malo, je lui avais demandé les raisons de ce choix graphique. La raison entre en parfaite adéquation avec l'esprit de véracité souhaitée par les auteurs. C'est en effet parce que Alain Genot, très pris par son activité au musée Arles Antique, n'avait pas le temps d'effectuer des recherches approfondies sur la couleur des costumes de l'époque que nous avons droit à ces magnifiques planches au lavis.

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Si vous ne connaissez pas encore cette série, vous pouvez l'entamer avec le premier cycle des trois premiers tomes réunis en intégrale. Si vous êtes amateurs d'Histoire vous serez certainement conquis et continuerez l'aventure avec les trois tomes suivants qui bouclent le second cycle. Enfin, réjouissez-vous car Laurent Sieurac m'a avoué avoir déjà écrit un synopsis pour 12 tomes.

L'aventure n'est donc pas près de s'arrêter et c'est tant mieux.

 

Loubrun

 

 

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Un grand merci à Laurent Sieurac pour sa gentillesse et sa disponibilité lors de notre rencontre au festival Quai des Bulles à Saint-Malo.

 

L'intégrale

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