29/02/2016

Pire Ouvrier de France

pire ouvrier de france.jpgpire ouvrier de france_pl.jpgScénario : Besseron

Dessin : Frédéric Felder

Éditeur : Audie - Fluide Glacial

56 pages

date de sortie : janvier 2016

genre : humour

 

 

présentation de l'éditeur
Avec Pire Ouvrier de France, on s'attaque au saint des saints : La tradition Française. Chaque corps de métier est méticuleusement passé à la moulinette. Le souffleur de verre confectionne des pipes à crack, l'horloger prépare des bombes avec des coucous suisses, quant au Boucher sa viande provient uniquement du pare-chocs de sa 4L ! Il en ressort un beau mélange bien homogène de catastrophes, de quiproquos et de gags à n'en plus finir.

 


"c'est marrant parce que des fois, être fleuriste, c'est pas loin de sociologue. Si on prend le temps, si on observe attentivement, si on fait bien attention, bin on peut arriver à mieux comprendre notre société."

 

Mon avis
A l'heure où le made in France devient tendance dans l'hexagone, il est absolument indispensable de mettre en avant les artisans qui œuvrent durement pour mettre en avant ce qu'on appelle la tradition artisanale française. L'amour du travail bien fait, du bon produit et du savoir faire, érigés face à l'industrie et aux grandes surfaces. Le consommateur, de plus en plus exigeant, est en quête de références, de garanties, de labels qualité, de normes. En résultent de nombreux prix, médailles et certificats récompensant les meilleurs produits et/ou les meilleurs artisans. C'est fou, d'ailleurs ce qu'on peut voir comme labels "meilleur produit dans sa catégorie". C'est bien, c'est rassurant et les gens sont contents.

Sauf que...

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Olivier Besseron et Frédéric Felder ne sont pas du genre à se fondre dans un conformisme rébarbatif et se foutent pas mal de rassurer les gens en racontant de gentilles histoires sur le bel artisanat français. A l'opposé de la bienséance, ils s'échinent dans une succession de gags en deux pages à présenter une palette de métiers artisanaux de la manière la plus trash possible. Ainsi, du boucher au souffleur de verre, en passant par le maçon, le sculpteur, le prothésiste dentaire ou le fleuriste, et j'en passe, les auteurs nous font l'éloge de ses métiers à leur façon dans une apothéose de giclées liquides de toutes les couleurs.
Attention ! c'est vraiment trash, gore, scabreux, graveleux, scato. Les gags ne feront sûrement pas rire tout le monde, et ne sont pas à mettre entre n'importe quelles mains. Mais ceux qui ne craignent pas ce registre démesurément irrévérencieux et qui n'ont pas la nausée facile se payeront quelques bonnes tranches de rigolade.
Par ailleurs, ce qui donne un peu de consistance à cet humour spécial et du coup l'affine un tant soit peu, c'est le décalage entre les textes narratifs très consensuels et le visuel trash représenté dans un style clair et aéré. On est à l'opposé du style "dessin dégueu" de Vuillemin. Là, on est dans du "crade propre" avec un trait simple et des couleurs tout en aplats (sauf pour les giclées) qui rendent presque supportable l’insupportable.
Pire Ouvrier de France, c'est un gros pied de nez totalement déjanté et bien graveleux fait au made in France. Mais que les âmes sensibles se rassurent, tout cela n'est que pure fiction. La preuve : les personnages n'ont que 4 doigts ...

Allez ! vous en reprendrez bien une petite tranche !

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Loubrun

 

23/02/2016

Drifter - Tome 2 - Veillée

drifter T2.jpgdrifter t2 pl01.PNGScénario : Ivan Brandon
Dessin : Nic Klein
Éditeur : Glénat comics
112 pages
Sortie : janvier 2016
Genre : science-fiction, space opera

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Abram Pollux navigue vers l’inconnu. Il a décidé de revenir sur le lieu du crash de son vaisseau, situé à des centaines de kilomètres de la ville, dans les profondeurs inexplorées de Ouro... Qui sait ce qu’il y trouvera d’autre? Mais Abram est bien déterminé à recoller les morceaux du passé et à trouver un moyen de rentrer chez lui. Arrivé sur la face cachée de la planète, il ignore que, contrairement aux apparences, il n’est pas seul...

 

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Mon avis

J'avais refermé le tome 1 de ce space opéra sur un sentiment de déception et d'incompréhension. Le scénario m'avait paru plus que flou et le personnage principal d'un ennui mortel. Les multiples pistes ouvertes dans le premier tome se perdaient dans l'infini spatio temporel....

On revient avec ce deuxième volume sur une trame plus terre à terre : le pilote Abram Pollux, toujours en quête d'éclaircissements sur son passé, veut retrouver son vaisseau pour y récupérer des pièces et bricoler un truc pour rentrer chez lui. Pour ce faire il va devoir arpenter la face cachée de la planète Ouro. Il y fera des rencontres inattendues et détonantes.

Le scénario, moins flou que dans le premier tome, n'en est pas pour autant plus captivant. J'ai rarement vu un personnage principal aussi ennuyeux ! On a vraiment du mal à saisir ce qui anime tous les protagonistes et il est absolument impossible d'avoir un brin d'empathie pour eux.

Ce "space opera introspectif aux accents de western initiatique" ne me convainc toujours pas malgré les dessins sublimes de Nic Klein.

Ce dernier arrive à susciter des ambiances inquiétantes grâce à une mise en scène inspirée et une maitrise parfaite de la colorisation. Certaines planches sont d'une beauté époustouflante, presque envoutante.

Le scénario est pénible à suivre, mais on a au moins la satisfaction d'avoir de belles planches à admirer.

Malheureusement, le dessin seul, aussi beau soit-il, ne suffit pas à faire une bonne BD.

 

 

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Loubrun

 

 Une vidéo qui permet d'apprécier le travail de Nic Klein. Impressionnant !

 

 

19/02/2016

Nankin, la cité en flammes

Nankin la cité en flamme.jpgNankin la cité en flamme_pl.jpgScénario et dessin :  Ethan Young
Éditeur : Urban China
188 pages

Sortie : janvier 2016
Genre : manhua, guerre, Histoire

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Chine, décembre 1937. Après des mois de conflit à Shanghai, l’armée impériale japonaise entre dans Nankin et massacre la population, faisant des centaines de milliers de victimes. Dans la ville fortifiée, entre les patrouilles et les décombres, deux soldats chinois tentent d’échapper à l’horreur. Ethan Young nous dépeint avec talent l'un des évènements les plus tragiques du XXe siècle, qui reste aujourd'hui encore méconnu. Un récit poignant qui ne laissera pas le lecteur indemne.

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Mon avis

Avec Nankin, la cité en flammes, Urban China enrichit son catalogue d'un nouveau roman graphique historique. Après avoir publié la bataille de Shanghai racontée avec force détails par l'auteur Chinois Bo Lu, voici, non pas l'histoire du massacre de Nankin, mais une histoire se déroulant pendant l'épisode le plus terrible de la seconde guerre Sino-japonaise. Fin 1937, la ville de Nankin, déclarée capitale de la Chine par Tchang Kaï-Chek, est conquise par les troupes Japonaises. Le rapport de force est largement en faveur des japonais et les militaires de haut rang Chinois fuient rapidement la ville, abandonnant sur place population civile et troupes militaires sans donner aucun ordre de retraite.

S'en est suivi durant six semaines le massacre de centaines de milliers de civils et militaires et le viol de dizaine de milliers de femmes, perpétrés par une armée japonaise totalement affranchie des lois de la guerre et des soldats endoctrinés dans la haine.

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Ethan Young, New-yorkais né de parents immigrés Chinois, nous raconte ici l'histoire de deux soldats chinois qui tentent de fuir la ville et d'échapper à la barbarie. Il choisit délibérément de ne pas raconter le massacre de Nankin mais plutôt de nous en faire ressentir l'horreur en suivant deux personnages auxquels on pourrait aisément s'identifier. C'est par leurs yeux que le lecteur découvre l'ampleur du massacre, mais sans aucune débauche ni surenchère de scènes violentes ou sordides. On ne voit que quelques bribes d'atrocités, du coin de l’œil, un peu comme si les soldats ne voyaient plus l'abomination tellement ils y sont plongés. Ils gardent pourtant au fond d'eux une part d'humanité, et ont bien conscience des évènements qui se trament. Le lecteur prend aussi conscience qu'il n'est pas juste en train de suivre la cavale de deux soldats lorsque ceux-ci croisent la route de civils tentant de survivre.

Ethan Young réussit dans son récit à nous faire ressentir pleinement l'abomination de ce massacre de masse sans céder à la facilité de trop en montrer. Il réussit de plus à y mettre une petite once d'humanité lors de la rencontre des deux fuyards Chinois avec les civils.

Pour la partie graphique, on est en plein mix du style Chinois et Américain. Un trait à l'encre précis et prononcé, et des plans serrés renforçant le caractère immersif du récit et son évolution à hauteur d'homme. On appréciera en fin d'ouvrage quelques pages présentant des croquis préparatoires permettant d'apprécier le trait de l'auteur, ainsi qu'une brève chronologie de la seconde guerre Sino-japonaise.

Nankin, la cité en flammes raconte un évènement majeur des guerres du XXè siècle en plaçant l'homme au cœur du récit plutôt que le fait historique lui-même.

Un beau document sur une histoire peu connue en Europe, qui devrait bien compléter le Nankin des éditions Fei publié en 2011.

 

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Loubrun

15/02/2016

Golem

Golem.jpgGolem_pl.jpgAuteur : LRNZ
Éditeur : Glénat Comics
288 pages
Sortie : janvier 2016
Genre : anticipation

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Steno ne peut pas s'arrêter de rêver. Pour une raison quelconque, dans un monde où le moindre besoin est déjà satisfait par le «système», Steno sent qu'il devra, tôt ou tard, réaliser son rêve par lui-même. Il n'imagine alors pas que le monde entier a besoin de lui, de cette capacité à rêver...

 

"Aujourd'hui les chiffres sont formels : tout citoyen Italien a les moyens de s'acheter cette voiture, et posséder un Desmophone est désormais un droit inaliénable"

 

Mon avis

L'histoire se passe en Italie en 2030. La société est prospère et en paix, les gens ont tout ce qu'ils veulent grâce à la technologie qui leur est entièrement dévouée. Un peu trop même ! La société est ultra connectée, le port de l'oreillette est permanent et les gens sont sans cesse sollicités pour consommer ou pour se préserver de risques potentiels. Tout ce qui sort du contrôle de la technologie est dangereux. Un groupuscule, les Shoraï, refuse cette société du bien-être apathique, du confort imposé et du risque aboli qui bloque inexorablement l'accès à un bonheur simple.

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LRNZ, de son vrai nom Lorenzo Ceccotti, est un artiste illustrateur et designer Italien et a ce projet en tête depuis environ 20 ans. Golem est son premier roman graphique. Dans un récit d'anticipation ambitieux, surprenant et déroutant, il dépeint une société où la dictature des multinationales se cache derrière une démocratie de façade, prétextant apporter bonheur et bien-être aux populations tout en exerçant insidieusement un contrôle toujours plus prégnant sur elles.

 

Dystopie* par excellence, ce livre a ceci d'effrayant qu'il nous renvoie un reflet pas si déformé que ça de la société actuelle. Surconsommation, matérialisme galopant, société ultra connectée (regardez le nombre d'objets connectés qui fleurissent un peu partout et supposés améliorer notre quotidien) et paradoxalement de plus en plus individualiste, populations consentantes soumises malgré elles à cet autoritarisme grandissant et à une ingérence de leur vie privée. Le monde aseptisé et étouffant dépeint dans ce récit d'anticipation me fait froid dans le dos tant j'ai parfois l'impression d'en voir les prémices dans la vraie vie...

Sur le fond, Golem est assez réussi et LRNZ nous sert une excellente satire sociale dans une étonnante parabole politique sur la fin de l'économie mondiale.

 

golem,lrnz,lorenzo ceccotti,glénat comics,anticipation,dystopie,technologie,510,012016Je suis en revanche beaucoup plus réservé sur la forme. Non pas parce que ce livre est inclassable et à la croisée d'inspirations diverses, mais parce que je trouve que le propos n'est pas assez clairement mis en scène. Il y a beaucoup de scènes d'action, presque trop, où gros plans et surenchère d'effets nuisent à la lisibilité. De nombreuses planches sont difficiles à lire à cause sans doute d'un découpage qui se veut trop dynamique pour servir un scénario à la fois  dense et abscons. Du coup, la lecture devient vite pénible et l'on décroche du sujet parce qu'on ne peut rentrer dans les planches. Pour ne rien arranger, le graphisme est déroutant. Mélange de styles et d'influences manga, comics et Franco Belge, le dessin très coloré ou alors dans des teintes plus pastelles, est, d'une planche à l'autre très détaillé ou très épuré, avec entre chaque chapitre des peintures réalistes assez sombres. On se noie un peu dans cette abondance de styles qui s'entremêlent sans cesse.

Au final, le travail énorme qu'a fourni l'auteur pour boucler ce livre se voit, mais à la fin de la lecture j'ai ressenti comme une frustration et j'ai eu le sentiment d'un énorme ratage.

Cette histoire, qui prend pourtant 280 pages, aurait mérité un développement plus lent et une narration plus posée, ce qui aurait permis d'exposer plus clairement le propos et de rendre le tout beaucoup plus accessible.

Dommage, parce que le sujet vaut le coup d'être abordé.

 

 

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Loubrun

 

 

* Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. (src- wikipédia)

Beaucoup de séries BD d'anticipation peuvent entrer dans ce style de récit : SOS Bonheur, Ikigami, L'incal, Golden City, Lazarus ....

 

 

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Le site de l'auteur : http://www.lrnz.it/