23/02/2016

Drifter - Tome 2 - Veillée

drifter T2.jpgdrifter t2 pl01.PNGScénario : Ivan Brandon
Dessin : Nic Klein
Éditeur : Glénat comics
112 pages
Sortie : janvier 2016
Genre : science-fiction, space opera

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Abram Pollux navigue vers l’inconnu. Il a décidé de revenir sur le lieu du crash de son vaisseau, situé à des centaines de kilomètres de la ville, dans les profondeurs inexplorées de Ouro... Qui sait ce qu’il y trouvera d’autre? Mais Abram est bien déterminé à recoller les morceaux du passé et à trouver un moyen de rentrer chez lui. Arrivé sur la face cachée de la planète, il ignore que, contrairement aux apparences, il n’est pas seul...

 

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Mon avis

J'avais refermé le tome 1 de ce space opéra sur un sentiment de déception et d'incompréhension. Le scénario m'avait paru plus que flou et le personnage principal d'un ennui mortel. Les multiples pistes ouvertes dans le premier tome se perdaient dans l'infini spatio temporel....

On revient avec ce deuxième volume sur une trame plus terre à terre : le pilote Abram Pollux, toujours en quête d'éclaircissements sur son passé, veut retrouver son vaisseau pour y récupérer des pièces et bricoler un truc pour rentrer chez lui. Pour ce faire il va devoir arpenter la face cachée de la planète Ouro. Il y fera des rencontres inattendues et détonantes.

Le scénario, moins flou que dans le premier tome, n'en est pas pour autant plus captivant. J'ai rarement vu un personnage principal aussi ennuyeux ! On a vraiment du mal à saisir ce qui anime tous les protagonistes et il est absolument impossible d'avoir un brin d'empathie pour eux.

Ce "space opera introspectif aux accents de western initiatique" ne me convainc toujours pas malgré les dessins sublimes de Nic Klein.

Ce dernier arrive à susciter des ambiances inquiétantes grâce à une mise en scène inspirée et une maitrise parfaite de la colorisation. Certaines planches sont d'une beauté époustouflante, presque envoutante.

Le scénario est pénible à suivre, mais on a au moins la satisfaction d'avoir de belles planches à admirer.

Malheureusement, le dessin seul, aussi beau soit-il, ne suffit pas à faire une bonne BD.

 

 

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Loubrun

 

 Une vidéo qui permet d'apprécier le travail de Nic Klein. Impressionnant !

 

 

19/02/2016

Nankin, la cité en flammes

Nankin la cité en flamme.jpgNankin la cité en flamme_pl.jpgScénario et dessin :  Ethan Young
Éditeur : Urban China
188 pages

Sortie : janvier 2016
Genre : manhua, guerre, Histoire

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Chine, décembre 1937. Après des mois de conflit à Shanghai, l’armée impériale japonaise entre dans Nankin et massacre la population, faisant des centaines de milliers de victimes. Dans la ville fortifiée, entre les patrouilles et les décombres, deux soldats chinois tentent d’échapper à l’horreur. Ethan Young nous dépeint avec talent l'un des évènements les plus tragiques du XXe siècle, qui reste aujourd'hui encore méconnu. Un récit poignant qui ne laissera pas le lecteur indemne.

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Mon avis

Avec Nankin, la cité en flammes, Urban China enrichit son catalogue d'un nouveau roman graphique historique. Après avoir publié la bataille de Shanghai racontée avec force détails par l'auteur Chinois Bo Lu, voici, non pas l'histoire du massacre de Nankin, mais une histoire se déroulant pendant l'épisode le plus terrible de la seconde guerre Sino-japonaise. Fin 1937, la ville de Nankin, déclarée capitale de la Chine par Tchang Kaï-Chek, est conquise par les troupes Japonaises. Le rapport de force est largement en faveur des japonais et les militaires de haut rang Chinois fuient rapidement la ville, abandonnant sur place population civile et troupes militaires sans donner aucun ordre de retraite.

S'en est suivi durant six semaines le massacre de centaines de milliers de civils et militaires et le viol de dizaine de milliers de femmes, perpétrés par une armée japonaise totalement affranchie des lois de la guerre et des soldats endoctrinés dans la haine.

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Ethan Young, New-yorkais né de parents immigrés Chinois, nous raconte ici l'histoire de deux soldats chinois qui tentent de fuir la ville et d'échapper à la barbarie. Il choisit délibérément de ne pas raconter le massacre de Nankin mais plutôt de nous en faire ressentir l'horreur en suivant deux personnages auxquels on pourrait aisément s'identifier. C'est par leurs yeux que le lecteur découvre l'ampleur du massacre, mais sans aucune débauche ni surenchère de scènes violentes ou sordides. On ne voit que quelques bribes d'atrocités, du coin de l’œil, un peu comme si les soldats ne voyaient plus l'abomination tellement ils y sont plongés. Ils gardent pourtant au fond d'eux une part d'humanité, et ont bien conscience des évènements qui se trament. Le lecteur prend aussi conscience qu'il n'est pas juste en train de suivre la cavale de deux soldats lorsque ceux-ci croisent la route de civils tentant de survivre.

Ethan Young réussit dans son récit à nous faire ressentir pleinement l'abomination de ce massacre de masse sans céder à la facilité de trop en montrer. Il réussit de plus à y mettre une petite once d'humanité lors de la rencontre des deux fuyards Chinois avec les civils.

Pour la partie graphique, on est en plein mix du style Chinois et Américain. Un trait à l'encre précis et prononcé, et des plans serrés renforçant le caractère immersif du récit et son évolution à hauteur d'homme. On appréciera en fin d'ouvrage quelques pages présentant des croquis préparatoires permettant d'apprécier le trait de l'auteur, ainsi qu'une brève chronologie de la seconde guerre Sino-japonaise.

Nankin, la cité en flammes raconte un évènement majeur des guerres du XXè siècle en plaçant l'homme au cœur du récit plutôt que le fait historique lui-même.

Un beau document sur une histoire peu connue en Europe, qui devrait bien compléter le Nankin des éditions Fei publié en 2011.

 

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Loubrun

15/02/2016

Golem

Golem.jpgGolem_pl.jpgAuteur : LRNZ
Éditeur : Glénat Comics
288 pages
Sortie : janvier 2016
Genre : anticipation

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Steno ne peut pas s'arrêter de rêver. Pour une raison quelconque, dans un monde où le moindre besoin est déjà satisfait par le «système», Steno sent qu'il devra, tôt ou tard, réaliser son rêve par lui-même. Il n'imagine alors pas que le monde entier a besoin de lui, de cette capacité à rêver...

 

"Aujourd'hui les chiffres sont formels : tout citoyen Italien a les moyens de s'acheter cette voiture, et posséder un Desmophone est désormais un droit inaliénable"

 

Mon avis

L'histoire se passe en Italie en 2030. La société est prospère et en paix, les gens ont tout ce qu'ils veulent grâce à la technologie qui leur est entièrement dévouée. Un peu trop même ! La société est ultra connectée, le port de l'oreillette est permanent et les gens sont sans cesse sollicités pour consommer ou pour se préserver de risques potentiels. Tout ce qui sort du contrôle de la technologie est dangereux. Un groupuscule, les Shoraï, refuse cette société du bien-être apathique, du confort imposé et du risque aboli qui bloque inexorablement l'accès à un bonheur simple.

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LRNZ, de son vrai nom Lorenzo Ceccotti, est un artiste illustrateur et designer Italien et a ce projet en tête depuis environ 20 ans. Golem est son premier roman graphique. Dans un récit d'anticipation ambitieux, surprenant et déroutant, il dépeint une société où la dictature des multinationales se cache derrière une démocratie de façade, prétextant apporter bonheur et bien-être aux populations tout en exerçant insidieusement un contrôle toujours plus prégnant sur elles.

 

Dystopie* par excellence, ce livre a ceci d'effrayant qu'il nous renvoie un reflet pas si déformé que ça de la société actuelle. Surconsommation, matérialisme galopant, société ultra connectée (regardez le nombre d'objets connectés qui fleurissent un peu partout et supposés améliorer notre quotidien) et paradoxalement de plus en plus individualiste, populations consentantes soumises malgré elles à cet autoritarisme grandissant et à une ingérence de leur vie privée. Le monde aseptisé et étouffant dépeint dans ce récit d'anticipation me fait froid dans le dos tant j'ai parfois l'impression d'en voir les prémices dans la vraie vie...

Sur le fond, Golem est assez réussi et LRNZ nous sert une excellente satire sociale dans une étonnante parabole politique sur la fin de l'économie mondiale.

 

golem,lrnz,lorenzo ceccotti,glénat comics,anticipation,dystopie,technologie,510,012016Je suis en revanche beaucoup plus réservé sur la forme. Non pas parce que ce livre est inclassable et à la croisée d'inspirations diverses, mais parce que je trouve que le propos n'est pas assez clairement mis en scène. Il y a beaucoup de scènes d'action, presque trop, où gros plans et surenchère d'effets nuisent à la lisibilité. De nombreuses planches sont difficiles à lire à cause sans doute d'un découpage qui se veut trop dynamique pour servir un scénario à la fois  dense et abscons. Du coup, la lecture devient vite pénible et l'on décroche du sujet parce qu'on ne peut rentrer dans les planches. Pour ne rien arranger, le graphisme est déroutant. Mélange de styles et d'influences manga, comics et Franco Belge, le dessin très coloré ou alors dans des teintes plus pastelles, est, d'une planche à l'autre très détaillé ou très épuré, avec entre chaque chapitre des peintures réalistes assez sombres. On se noie un peu dans cette abondance de styles qui s'entremêlent sans cesse.

Au final, le travail énorme qu'a fourni l'auteur pour boucler ce livre se voit, mais à la fin de la lecture j'ai ressenti comme une frustration et j'ai eu le sentiment d'un énorme ratage.

Cette histoire, qui prend pourtant 280 pages, aurait mérité un développement plus lent et une narration plus posée, ce qui aurait permis d'exposer plus clairement le propos et de rendre le tout beaucoup plus accessible.

Dommage, parce que le sujet vaut le coup d'être abordé.

 

 

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Loubrun

 

 

* Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. (src- wikipédia)

Beaucoup de séries BD d'anticipation peuvent entrer dans ce style de récit : SOS Bonheur, Ikigami, L'incal, Golden City, Lazarus ....

 

 

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Le site de l'auteur : http://www.lrnz.it/

09/02/2016

L'Épervier - Tome 9 - Coulez la Méduse !

epervier T9.jpgepervier T9_pl.jpgAuteur : Patrice Pellerin

Éditeur : Quadrants

48 pages

date de sortie : décembre 2015

genre : aventure

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Sur ordre de Louis XV, L’Épervier doit rejoindre le Canada pour sauver une périlleuse mission. Les Anglais, ennemis de toujours, alimentent là-bas de sournoises intrigues, y mêlant les populations indigènes. Yann de Kermeur devra succéder à un espion français qu’un certain Masque de fer a massacré. Mais la mer est peuplée de navires Anglais, la promiscuité sur la Méduse est pesante, et la traversée si longue…

 

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Mon avis

Patrice Pellerin est fou ! Il est fou comme tous ces passionnés et amoureux du travail bien fait qui ne rechignent pas à la tâche, qui visent sans cesse la perfection. Fou de détails et de précisions qui font de ses BD des encyclopédies vivantes du costume, de l'architecture, ou de la marine du 18ème siècle. Et tous les trois ans, au rythme de parution de ses livres, je me délecte de cette folie douce qui m'embarque pour une aventure au large et dont le souffle épique me fait briller les mirettes.

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Car l'épervier, c'est de la grande série d'aventures, populaire et feuilletonesque à souhait. Seul à la barre depuis 1994, Patrice Pellerin a su capter son public dès le début en l'entrainant sans relâche des côtes Bretonnes aux îles de Guyane en passant par les ors de Versailles.

Le second cycle des aventures de Yann de Kermeur, débuté au tome 7 lors du passage de la série dans le giron de Soleil production sur le label Quadrants, a donné une nouvelle dimension et un nouvel élan à la série en envoyant le marin sur le chemin de l'espionnage. Ainsi, autour de la mission secrète (dont, comme Yann de Kermeur, on ignore toujours la teneur !) se greffent deux intrigues : l'une concernant les déboires d'Agnès de Kermellec et l'autre où l'on voit se tramer des complots dans les bas fonds de la capitale ou dans les dorures des salons Versaillais.

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Patrice Pellerin mène drôlement bien sa barque avec tous ces allers-retours entre les trois arcs narratifs. Ils donnent le rythme nécessaire à une histoire dont l'intrigue avance très (trop) lentement. C'est le petit point de frustration que j'ai eu sur cet album. Au bout de 6 ans et seulement trois albums parus sur ce deuxième cycle, on n'en sait pas tellement davantage sur ce qui attend le corsaire dans le nouveau monde. Eh oui ! Patrice Pellerin est un perfectionniste, un pointilleux, un amoureux du détail qui ne se voit pas, et vous pouvez être sûrs que le nombre de carreaux aux fenêtres du château de Versailles ainsi que le nombre de poulies sur les bateaux sont les bons. Et qui plus est, il est multitâche : dessinateur, scénariste, coloriste. On peut donc bien lui pardonner ces délais à rallonge d'autant que c'est toujours un régal de se perdre dans  les détails de ses planches. Mais quand même, il me plairait dans le prochain tome de voir l'intrigue franchir un nouveau cap !

L'Épervier reste donc une valeur sûre pour les férus de BD d'aventure historique et navale, pourvu qu'ils soient un peu patients.

 

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Loubrun