13/03/2015

Le grand méchant renard

le grand méchant renard, renner, delcourt, shampooing, animalier, humour,animaux de la ferme,poules,9/10,012015le grand méchant renard, renner, delcourt, shampooing, animalier, humour,animaux de la ferme,poules,9/10,012015Scénario et dessin : Benjamin Renner

Editeur : Delcourt (Shampooing)

date de sortie : janvier 2015

192 pages

genre : humour, animalier

 

 

 

"je te préviens, si tu fous encore le bordel, c'est toi qui range !"

 

Les renards ont la vie dure ! Tueurs de poules ou semeurs de rage, ils n'ont jamais vraiment conquis le cœur des hommes, sauf pour leur fourrure et leur queue ...

Ce grand méchant renard n'a pas la vie facile non plus, mais ce sont ici ses congénères bipèdes, quadrupèdes à poils ou a plumes qui le font tourner en bourrique.

Ce pauvre renard, quand il sort de son terrier n'a qu'une idée en tête : manger. Et que mangent les renards ? Des tas de petits mammifères qu'il faut chasser. Mais ce goupil se dit en son fort intérieur "moi j'suis pas bête, j'suis un renard ! J'vais pas m' fatiguer à chasser alors qu'il y a un garde manger plein de bonnes volailles prêtes à consommer juste à côté !". Eh oui, c'est bien connu, les renards sont des malins !

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Le voilà donc qui part avec énergie dans la ferme voisine en quête d'un bon poulet. Sauf que ce brave renard en plus d'être un peu maladroit, n'effraie plus personne, que ce soient les poules ou le chien de garde. Et il est même pris en pitié par le lapin et le cochon qui lui préparent un panier repas végétarien.

 

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Sieur Renard est bien dépité quand il s'en revient dans les bois avec son petit panier rempli de navets et qu'il croise le loup auprès du quel il va réviser ses gammes pour faire peur.

Ce dernier, qui lui aussi est un grand prédateur et en a marre de bouffer du mulot et du moineau, à une idée de génie. Puisqu'il s'avère impossible de voler une poule, il n'y a qu'a voler des œufs, les faire éclore, élever les poussins et enfin les croquer. Vu que le loup - qui fait vraiment peur, lui  - ne peut s'approcher de la ferme sans prendre du plomb dans les fesses, c'est le renard qui se chargera de mettre à exécution ce plan machiavélique !

Mais ce renard qui n'est définitivement pas comme les autres, va se découvrir un instinct maternel qui va chambouler sa vie ...

 

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Issu de l'animation (Benjamin Renner est l'animateur et le réalisateur de Ernest et Célestine) l'auteur de cette fable hilarante a brillamment transposé sur papier les qualités indispensables à un bon film d'animation : sens de la narration, rythme enlevé, expressivité des personnages. Réalisé comme un unique plan séquence de 192 pages, le découpage dénué de cases bordées donne une fluidité et un dynamisme au récit. Difficile de lever le nez du bouquin quand on y a plongé !

L'histoire est hilarante et tendre à la fois. On est vraiment pris d'affection pour tous ces personnages à contre emploi qui se retrouvent dans des situations délirantes et qui poussent le lecteur à rire aux éclats. Imaginez : un renard qui se fait appeler maman par des poussins, qui eux-mêmes sont persuadés d'être des renards et qui prennent le loup pour le grand méchant renard ... ou encore le renard déguisé en poule assistant à une conférence sur l'extermination des renards. Ajoutez à ça des dialogues cinglants, et le rire est garanti à chaque page.

 

 

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La réussite de cet album tient aussi du trait caricatural et hyper expressif de Renner. En deux coups de crayon incisifs il donne une expression vivante et presque humaine à ses personnages, ce qui contribue grandement à la dynamique du récit.

La lecture à plusieurs niveaux animée d'un humour jovial, burlesque et caustique fait mouche à tout les coups et ravira un lectorat très large. Entre deux éclats de rire, cette fable nous invite aussi à réfléchir sur la place et le rôle de chacun dans la société et pourquoi pas, sur certaines idées préconçues.

Si vous êtes en quête d'une bonne bouffée d'oxygène agrémentée d'une bonne tranche de rigolade et d'une petite dose de tendresse, alors ruez-vous sans hésiter sur le grand méchant renard.

Vous n'en ferez qu'une bouchée. (le pôôôvre ! C'est encore lui qui trinque !)

 

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Loubrun

 

Pour vous donner un avant gout de cet album, voici une lecture interactive proposée sur le site de Delcourt. Les scènes que vous y découvrirez sont inédites.

Saurez-vous prendre les bonnes décisions pour notre ami Renard ?

 cliquez sur l'image ...

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03/03/2015

Hicksville

hicksville,horrocks,casterman,bande dessinées,comics,biographie,810,02-2015hicksville,horrocks,casterman,bande dessinées,comics,biographie,810,02-2015Scénario et dessin : Dylan Horrocks

Éditeur : Casterman

262 pages

date de sortie : janvier 2015

genre : biographie

 

 

 

 

"La BD te brisera le cœur" - Jack Kirby

 

Hicksville, c'est le nom d'une petite ville imaginaire dans le nord de la Nouvelle Zélande. Ce petit patelin perdu au milieu de nulle part a une particularité bien étrange : c'est la capitale improbable et quasiment secrète de la bande dessinée mondiale. Chaque habitant est passionné et spécialiste de BD en tout genre. Librairies et bibliothèques regorgent de trésors et raretés à faire tomber par terre n'importe quel collectionneur.

Le journaliste américain Léonard Batts a pour projet d'écrire une biographie de la nouvelle star internationale du comics, Dick Burger, natif de Hicksville. Batts réussit tant bien que mal à débarquer dans le village Néo-Zélandais pour réaliser son reportage, mais dès qu'il évoque le nom de Dick Burger, les mines se renfrognent et les portes se ferment.

Il semble qu'un lourd secret se cache dans le passé de la star....

 

"Encore plus que l'argent, un artiste aime qu'on l'aime" - Joe Simon

 

 

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Les éditions Casterman ont eu l'excellente idée d'éditer cette nouvelle version de cet album hors du commun sorti aux États-Unis en 1998 et publié en France en 2001 par L'Association. Si le contenu ne change pas radicalement de la version de 2001, l'auteur nous gratifie d'une nouvelle introduction dessinée dans la quelle il nous fait part de la tentation qu'il a eu de tout redessiner pour cette nouvelle édition. Il n'aura finalement refait que la couverture, ce qui est bien suffisant.

Plus qu'un hommage au métier et aux auteurs de BD, Hicksville est une véritable déclaration d'amour à la bande dessinée. Dylan Horrocks est un auteur Néo-Zélandais né en 1966, qui révèle dans cet ouvrage son amour pour la BD, passion qu'il tient de son père qui possédait plusieurs albums de Tintin en français, et qui entre autres adorait autant les Peanuts de Schulz que Captain Marvel.

 

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Tout en menant une enquête journalistique, il met en scène tout l'univers de la BD, de l'auteur au lecteur, en passant par les critiques, éditeurs, collectionneurs, libraires et  passionnés en tout genres.

Dans une magnifique mise en abyme, Dylan Horrocks parsème les 260 pages de son récit de vrais faux comics, de vraies références (Kirby, Eisner, Stan Lee, Jacobs, Aragonès, Mc Cay, Hergé …) et d'ambiances teintées aussi bien de mystère que de légèreté et de profondeur. Car Hicksville n'est pas qu'une ode à la BD. L'auteur en révèle aussi les coulisses et expose ses interrogations sur la création artistique, le business, la reconnaissance, la gloire, et sur les relations ambivalentes entre l'art et l'argent ….

 

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La narration à plusieurs étages où le vrai et le faux s'imbriquent et se superposent est un peu déroutante au début. Mais le style est finalement vite adopté et l'on se laisse assez facilement prendre au piège de l'intrigue qui se met lentement en place. Malgré l'univers improbable du village entièrement voué à la BD, tous les personnages sont crédibles et réalistes. On sent d'ailleurs bien l'investissement total et sans limites de l'auteur dans son récit ou certaines scènes relèvent certainement de l'autobiographie.

 

Hicksville est un album qui de prime abord peut faire peur par sa densité et son dessin noir et blanc maladroit aux airs un peu simplistes. Les plus courageux qui dépasseront cette appréhension découvrirons un album magistral dans lequel toute la richesse et la puissance créatrice de la BD y sont révélées.

En tout cas, pour tous les amoureux du 9ème art adeptes ou pas de comics, ce voyage initiatique à Hicksville me paraît indispensable.

 

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Loubrun

 

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27/02/2015

Le magicien de whitechapel - tome 1 - Jerrold Piccobello

le magicien de whitechapel,dargaud,benn,spectacle,fantastique,diable,610,022015le magicien de whitechapel,dargaud,benn,spectacle,fantastique,diable,610,022015Scénario et dessin : Benn

Éditeur : Dargaud

62 pages

date de sortie : février 2015

genre : aventure fantastique

 

 

 

Jerrold Piccobello est un des magiciens les plus prestigieux de Grande Bretagne. Malheureusement il ne cesse de se faire recalé des multiples auditions qu'il passe. Désespéré, il erre dans les rues de Londres et revient sur les lieux de son enfance dans un vieux théâtre, ou tout a commencé. Fils d'un tricheur qui a fini au fond de la Tamise, le jeune Jerrold est poursuivi par les assassins de son père. Il trouvera refuge auprès de la concierge du théâtre qui l'élèvera. C'est aux premières loges du music hall qu'il grandi et que sa vocation nait de la rencontre du magicien Virgil Webb dont il devient l'assistant. Ce dernier, joueur et séducteur invétéré, disparait mystérieusement et laisse Jerrold seul. La perte de son mentor le désespère et l'empêche de mener à bien sa carrière. Ses souvenirs le mène jusque dans la vieille salle du théâtre ou il fera une bien étrange rencontre.

 

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Voilà une drôle d'histoire qui se déroule dans un quartier du Londres de la fin du XIX ème siècle ou l'on a plus l'habitude d'y voir évoluer un certain Jack, éventreur de son état ... D'une construction classique (le flashback racontant l'enfance du personnage) , ce récit réussit à nous surprendre en prenant sur la fin une tournure fantastique des plus réjouissante. La rencontre inattendue que fait Jerrold nous vaut 8 pages de dialogues croustillants et plein d'humour. On regrette presque que cette situation cocasse n'ait pas eu lieu plus tôt dans le récit.

 

Avec un graphisme fin au style crayonné, Benn (Mic Mac Adam) crée des ambiances simples mais élégantes qui donnent au récit une teinte nostalgique.

 

Benn nous laisse un peu sur notre faim mais pique habilement notre curiosité pour nous donner envie de suivre dans les deux prochains volumes les aventures de ce magicien particulier. En espérant que l'effet de surprise ne retombe pas comme un soufflé...

 

 

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Loubrun

13/02/2015

Balles perdues

balles perdues.jpgballes perdues planche.jpgScénario : Matz (d'après Walter Hill)

Dessin : Jef

Éditeur : Rue de Sèvres

128 pages

date de sortie : janvier 2015

genre : polar

 

 

En pleine période de la prohibition dans le début des années 30 en Arizona, Roy Nash sort de prison. Libéré par la pègre, il a une dette à payer au boss de Chicago. Il doit retrouver 3 braqueurs qui ont filé avec le magot sans le partager avec le patron. Roy n'a pas été choisit au hasard pour remplir cette mission. Non seulement il est réputé pour faire du bon boulot et surtout le finir, mais en plus l'un des braqueurs est parti avec Léna, son ex petite amie. Voilà un fait qui ne manquera pas de motiver encore plus le mafieux. Écumant les bas-fonds de Los Angeles, Roy aura finalement du mal à mener de front les deux quêtes et finira par se mettre tout le monde à dos.

 

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A l'heure où le cinéma cherche de plus en plus d'inspiration dans le monde de la BD, voilà que cette dernière va faire les fonds de tiroir de Hollywood !

Matz, qui vient de finir la série Le tueur, rempile dans le polar en adaptant un scénario de Walter Hill. Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain. Si vous ne connaissez pas son nom, vous avez sûrement déjà vu un de ses films. Il a été notamment co-scénariste des 3 premiers Aliens, scénariste de Guet Apens (celui de Peckinpah en 1972 ainsi que le remake en 1994), réalisateur de 48 heures avec Eddy Murphy et plus récemment du film Du plomb dans la tête, adaptation de la BD éponyme de ... mister Matz himself. La boucle est bouclée, et c'est sur le tournage de ce dernier film que les deux hommes se sont rencontrés.

Walter Hill à donc sorti de ses tiroirs ce scénario très cinématographique et l'a tout naturellement proposé à Matz pour une adaptation en BD. Bien que l'histoire ne soit pas d'une très grande originalité, ce polar est franchement une réussite. On sent rapidement que rien ne se passera comme prévu et on a donc forcément envie de savoir comment ça va mal tourner. Les 120 pages s'avalent d'une traite.

Le dessin de Jef (9/11, une balle dans la tête) est magnifique. Il a le sens de la mise en scène et du cadrage, des décors soignés et des gueules de cinoche. D'ailleurs, Roy Nash, le personnage principal, n'est pas sans rappeler parfois Alain Delon dans Borsalino. Il a aussi le sens de l'action et des ambiances qui font mouche à tous les coups. Des bleds paumés d'Arizona où le temps semble à l'arrêt, aux docks embrumés où il ne fait pas bon trainer la nuit, on s'y croirait et on est pas loin de confondre le bouquin qu'on tient dans les mains avec un écran de cinéma.

 

Si l'on sent bien que ce scénario a été écrit à l'origine pour le grand écran il n'en demeure pas moins très réussi au format BD, et la patte de Matz n'y est pas pour rien.

 

Il parait que Walter Hill aurait une trentaine de scénario qui dorment ...

Mister Hill, please, wake them up !

 

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Loubrun