19/03/2014

Les vestiges de l'aube - tome 1 - morts en série

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Dessin : Frédéric Peynet

Editeur : Dargaud

48 pages

date de sortie : mars 2014

 genre : polar fantastique

 

 

Internet, sauveur des âmes en peine ...

Résumé (éditeur)

Barry Donnovan est un flic dévoré par le désespoir depuis les attentats du 11 Septembre, lors desquels sa femme a péri dans l'effondrement d'une des tours... Hanté par cette mort, il trouve cependant du réconfort sur Internet grâce à des discussions qu'il a, chaque soir, avec un certain Werner Von Lowinsky, aristocrate cultivé et attentif. Peu à peu, sans qu'ils se soient jamais rencontrés, une complicité entre les deux hommes se tisse, Werner semblant étrangement réceptif au drame qu'a vécu Barry. Werner a en fait lui-même connu une histoire dramatique et violente impliquant sa famille, il y a cela longtemps, très longtemps, avant qu'il ne devienne... un vampire !

 

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Serge Le Tendre et Frédéric Peynet (Le Feul, Phoenix) adaptent le roman de David S. Khara et revisitent le mythe du vampire en fusionnant fantastique et polar. Ce diptyque démarre sur les chapeaux de roues par une scène de crime assez violente posant là son lot de mystères.

Petit flashback vers une maison abandonnée dans les entrailles de laquelle nous faisons connaissance avec Werner Von Lowinsky. Pas de cave voutée, pas de galeries souterraine sombres et humide ; ici, l'intérieur du sieur Werner est coquet, moderne et bien équipé. C'est que la vie d'un vampire, c'est pas facile tous les jours ! Être quasi immortel, ça finit par être lassant. D'autant que si tuer est dans sa nature, il ne le fait pas par plaisir, mais par nécessité. Ce vieux vampire cultivé s’ennuie ferme ! Son salut vient d'Internet grâce auquel il rencontrera la parcelle d'humanité qui lui fait défaut en la personne du flic Donovan chargé d'élucider la série de crimes qui sévit dans New York.

Ces deux personnages qu'a priori tout oppose se trouvent des points communs et des affinités, et vont finir par se rencontrer. En tissant cette relation, chacun enfreint ses propres règles et l'on attend avec impatience le jour ou Donovan découvrira la vérité.

 

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Cet album où fantastique et polar se mêlent habilement est vraiment bien mené. Le dynamisme du dessin de Peynet est renforcé par des cadrages osés et percutant, donnant à la lecture un rythme effréné.

Voilà une histoire de vampire qui sort des sentiers battus et une belle surprise en ce début d'année.

 

Ma note : 7/10

Loubrun

 

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13/03/2014

Les idées fixes

les idées fixes,piquet,futuropolis les idées fixes,piquet,futuropolis Scénario et dessin : Gabrielle Piquet

Editeur : Futuropolis

96 pages noir et blanc

 

 chronique sociale,

 

 

A chacun ses fantômes

 

Achille et Adrien sont frères. Achille assure le gîte et le couvert à Adrien, car celui-ci a un "esprit de travers, qui lui fait des misères mais aussi lui fait voir les plus belles histoires". Autrement dit, Il est légèrement cintré. Il entend des voix, il voit les morts notamment ceux perdus en mer. Il parle par énigmes ; c'est parfois poétique mais aussi parfois non dénué de bon sens. Folie pure ou séquelles de deux ans de guerre passés en Algérie ? Nul ne le sait, mais tout le monde l'aime bien car, même s'il adore faire peur aux gosses, il n'est ni méchant ni dangereux. Achille lui, a la tête sur les épaules. Mais cet ancien marin pêcheur ne prend plus la mer depuis 20 ans. Depuis que son bateau, l'Agathe, a disparu avec toute la famille à qui il l'avait prêté. Reviendra ? Reviendra pas ? Adrien le sait lui. Un jour L'Agathe reviendra.

 

les idées fixes,piquet,futuropolisA travers ses thèmes de prédilection que sont la fratrie et les relations humaines, Gabrielle Piquet (Trois fois un , les enfants de l'envie) y aborde le sujet délicat de la folie. Adrien est atteint d'une folie douce qui le fait passer pour l'idiot du village, mais à l'écouter parler, on pourrait tout aussi bien le considérer tantôt comme un poète, tantôt comme un philosophe. Surtout lors de ces longues conversations avec cet enfant qui attend ses parents sur le quai, et qui parle comme un adulte. Qui est le plus fou des deux ? Cet enfant dont l'enfance l'ennui et qui a hâte d'entrer dans le monde des adultes pour accomplir ses rêves de gloire ou bien Adrien qui voyage dans sa tête ? L'attente et l'espérance, les deux thèmes sous-jacent de ce récit, voilà ce qui lie les deux frères.

 

Les idées fixes est un livre atypique à la sensibilité touchante, dans le fond et dans la forme. Le sujet est traité avec beaucoup de délicatesse, tendresse et poésie. Gabrielle Piquet ose y glisser un vers de Victor Hugo ainsi que quelques dialogues en alexandrins qui donnent un rythme musical et léger à la lecture. Mais le côté le plus atypique réside dans le graphisme. Le dessin de style "fil de fer" où les traits se mêlent, se chevauchent, se croisent, se superposent semble de prime abord délicat à appréhender. On a une impression de dessins transparents, sans fond. En feuilletant l'album avant de le lire, j'ai pensé que la lecture serait compliquée. D'autant que les bulles ne sont pas des bulles, mais de simples traits se confondant parfois avec le dessin.

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L'histoire est en fait parfaitement bien construite et écrite et la lecture coule de source, pour peu que l'on arrive à mettre de côté les conventions et les codes traditionnels de la BD.  Ainsi, la lecture ne se déroule pas toujours de gauche à droite, elle peut être sinusoïdale, tourbillonnante, mais curieusement jamais confuse. Jamais je ne me suis perdu dans une page, et jamais je n'ai eu a chercher le bon sens de lecture. Textes et images se mêlent habilement grâce à une écriture simple, une narration claire, le tout accompagné d'un dessin épuré et élégant.

Un beau livre qu'il ne faut pas se contenter de feuilleter, mais sur le quel il faut s'arrêter pour en apprécier la sensibilité et se laisser toucher par des personnages attachants.

 

Ma note : 7/10

Loubrun

 

12/03/2014

Lune l'envers

lune l'envers,blutch,dargaud,fable,science fiction,société,création,artlune l'envers,blutch,dargaud,fable,science fiction,société,création,artScénario et dessin : Blutch

Editeur : Dargaud

date de sortie : janvier 2014

56 pages

genre : chronique de société, science fiction

 

 

 

Cette histoire commence de manière plutôt étrange et déconcertante. Une mère tient à sa fille – Liebling un discours assez pessimiste sur la place de la femme dans la société. Pour tenir le coup face aux difficultés qui l'attendent, elle lui transmet alors son "truc", qu'elle tient elle-même de sa mère : une capsule de cyanure, a n'utiliser qu'en ultime recours...

 

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La vie s'écoule, Liebling grandit et se retrouve sur le marché du travail. L'agence de placement l'envoi chez Eurifice, une curieuse entreprise de "créativité sensorielle", où les gens travaillent sans savoir sur quoi ni pour quoi, en plaçant leurs mains dans des trous ...

Pendant ce temps là, chez Média Mondia, l'heure est à la crise. Lantz, dessinateur de BD qui a imaginé le "Nouveau Nouveau Testament", best-seller dont dépend l'économie entière, est en panne d'inspiration. Il est donc débarqué de la série, et il faut vite lui trouver un remplaçant. Le lien entre Media Mondia et Eurifice est fait.

Mais Lantz est de ces auteurs qui ne peuvent s'affranchir des méthodes de travail à l'ancienne, et ne peut se résoudre à signer une œuvre pondue par une armée de tâcherons. N'étant plus animé par la flamme de la créativité, il laissera ses souvenirs envahir son esprit pour retrouver la muse de sa jeunesse, la belle Liebling.

 

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Raconté comme ça, l'histoire parait assez simple. En vérité, il n'en est rien. La lecture est ardue et il faut s'accrocher pour ne pas perdre le fil, pour peu qu'on ait réussit à le trouver ! De plus, comme pour nous perdre encore un peu plus, Blutch s'amuse avec l'unité de temps en faisant se croiser les personnages à différentes époques mais sans que tous les personnages n'aient la même évolution.

Mais dès lors qu'on a accepté de sortir d'un mode de pensée cartésien et que l'on s'est extirpé du tourbillon scénaristique, on finit par comprendre le message de Blutch.

 

Il fait ici une critique acerbe de la société du rendement, de la performance, qui pressurise et rend le travail aliénant. Dans cet univers froid, déshumanisé et quasi totalitaire, il renvoie une image très négative de notre société telle qu'elle pourrait évoluer, ou telle qu'elle est en train d'évoluer. L'être humain n'a plus sa place en tant qu'être humain, mais en tant que machine juste bonne à produire. Et aujourd'hui, une machine qui ne fonctionne plus, on la jette. Avec ces métaphores "fantasmatiques" qu'il a placé dans un contexte qu'il connait, celui de la création artistique, Blutch nous démontre finalement que la résignation et le confort tuent l'Homme à petit feu. En acceptant de passer au second plan et de se sacrifier sur l'autel du rendement et de la production de masse, il se perd, il perd une part de liberté et sa création se perverti. L'auteur propose aussi dans cette fable une réflexion sur le temps qui passe et sur la vieillesse.

Le message est cinglant, mais il se noie un peu dans des circonvolutions scénaristiques alambiquées.

 

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Le dessin épais et charbonneux crée une ambiance froide qui colle bien au propos, mais qui n'aide pas franchement le lecteur à rentrer dans le récit. Par ailleurs, la colorisation partielle des décors et des personnages est déroutante. D'une case sur l'autre, des éléments du dessin se retrouvent en noir et blanc ou changent de couleur. Pourquoi avoir fait ce choix ? Est-ce censé apporter quelque chose à la narration ? Je n'ai pas trouvé la réponse à cette option graphique curieuse et perturbante.

 

Lune l'envers est un album pointu, dont l'approche est vraiment complexe. Il est difficile d'y entrer et d'en décoder les messages, mais curieusement, la lecture reste envoutante. C'est sans doute l'effet "Blutch touch".

 

Ma note : 6/10

Loubrun

 

05/03/2014

Buck Danny "classic" - Sabre sur la Corée

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Dessin : Jean-Michel Arroyo

Éditeur : Zéphyr Editions en collaboration avec Dupuis

48 pages

date de sortie : février 2014

genre : aventures aéronautiques

 

Le retour de la guerre froide ...

 

Résumé (éditeur)

Buck et ses amis Sonny et Tumb terminent de tester la toute dernière version du Sabre, le type E, sur la base d’Edwards lorsqu’ils sont envoyés en Corée afin de parachever les essais de l’appareil en conditions réelles de combat contre les redoutables Mig 15 communistes. Mais Staline, qui a eu vent par ses espions des améliorations du Sabre, décide, pour garder la maitrise du ciel, d’envoyer secrètement une escadrille de ses meilleurs pilotes combattre les américains. Leur chef, l’ambitieux colonel Korsakoff, un as de la chasse qui rêve de se faire un nom dans le ciel de Corée afin de se lancer dans une carrière politique, saute sur l’aubaine : il deviendra célèbre en abattant Buck Danny, le plus grand pilote US ! Grâce à son réseau d’espions et de saboteurs, il échafaude un plan machiavélique afin de faire tomber Buck dans un terrible piège…

 

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Ce début d'année 2014 est marqué par le grand retour du plus célèbre aviateur de la BD : Buck Danny. Après la parution du tome 53 de la série principale, voilà que les éditions Zéphir, en collaboration avec Dupuis, lancent cette nouvelle collection baptisée Buck Danny "classic". Ils y font revivre le trio d'aviateurs dans des aventures au contexte historique marquant comme la seconde guerre mondiale, le développement de l'aviation à réaction, ou encore la guerre froide.

L'intrigue de Sabre sur la Corée se situe donc en pleine guerre froide et, si on veut faire une chronologie par rapport à la série principale, après "ciel de Corée" publié en 1954.

 

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Frédéric Zumbiehl est aux commandes et nous emmène dans une aventure digne des plus belles réalisations de Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon. Les recettes qui ont fait le succès de cette série sont là, sans que l'on ait l'impression d'un copier coller ou d'une pâle imitation. Le récit est animé, dynamique, historique, épique, et technique comme il se doit. Comme savait le faire Charlier, Zumbiehl distille deci delà des détails techniques et historiques permettant d'ancrer solidement sa fiction dans la réalité de la guerre froide des années 50.

Au delà de l'intrigue et du style narratif parfaitement maitrisé, les traits de caractères du trio de pilotes sont bien assimilés et bien restitués, sans exagération. Ainsi, les traditionnelles pitreries de Tuckson ne sont ni envahissantes ni lourdingues, et apportent juste ce qu'il faut d'humour potache rendant plus humain ce trio aux qualités trop parfaites.

 

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Jean-Michel Arroyo au dessin (Air blues, l'escadrille des têtes brûlées) se balade allègrement dans cet univers classique. Non seulement il sait dessiner les avions et les scènes de combat, mais il fait revivre superbement l'ambiance de la série référence en y apportant la touche de modernité qui s'impose. Une vraie réussite.

Hommage parfait à deux grands auteurs et à une série mythique, cet album me semble indispensable aux aficionados de la série Buck Danny.

A noter que vous pourrez choisir votre couverture : sur fond de ciel bleu ou sur fond de ciel orangé, clin d’œil au visuel de la couverture de ciel de Corée.

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Ma note : 8/10

Loubrun