02/04/2014

Moi, jardinier citadin T2

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éditeur : Editions Akata

date de sortie : 27 mars 2014

208 pages

manwha (sens de lecture occidental)

genre : autobiographie, société, écologie

 

 

Résumé (éditeur)

Cela fait maintenant plusieurs mois que Min-ho CHOI a déménagé en banlieue de Séoul. Au fil des mois, grâce aux bons conseils de ses voisins, il a appris à s'occuper de ses légumes, à les observer grandir, avec amour... Et puisqu'on parle d'amour ! C'est avec joie et impatience qu'il attend la naissance de son fils. Pour lui, voilà d'ailleurs une raison de plus pour cultiver des légumes sains et de qualité. Peu à peu, son enthousiasme fait des émules, et tandis que notre héros revendique l'importance de préserver les semences locales et la biodiversité, c'est tout son quartier qui commence à bouger... Et si la solution au marasme général se trouvait dans la solidarité locale ?

 

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Deux mois seulement après la sortie du tome 1, voici le second volet de cette mini saga potagère. On y retrouve toute la candeur du premier opus agrémentée de bons conseils pour jardiniers en herbe et de superbes planches de fleurs et plantes diverses.

Grâce aux conseils avisés de ses voisins et à des coup de main providentiels, le jardinier novice a réussi son coup. C'est non sans fierté qu'il offre à son entourage le fruit de sa production. Tous ceux qui cultivent un bout de potager se retrouveront dans ce geste altruiste, mêlé d'une petite pointe d'orgueil à avoir fait pousser soi-même des légumes meilleurs que ceux du supermarché. Et sans produits chimiques en plus !

La culture potagère prend une autre dimension, l'abondance des récoltes invitant naturellement au partage. S'instaure alors une micro économie solidaire basée sur le troc et l'échange de services. Voilà qui renforce la fraicheur du propos en mettant un bon coup de pied à l'individualisme grandissant dans nos sociétés.

 

Préserver les ressources et la terre en cultivant bio, c'est bien joli, mais ça demande beaucoup de travail et d'efforts. Un potager bio ne supporte pas l'abandon et demande une surveillance de tous les instants. Heureusement, mère nature met tout à disposition pour assister le jardinier : des insectes, des plantes, tout peut servir à combattre les ravageurs qu'ils soient à pattes ou à racines. Saviez-vous par exemple que les coccinelles à 28 ou 10 points sont des nuisibles, alors que celles à 7 ou 2 points sont bénéfiques ? Saviez-vous que l'on peut fabriquer des insecticides avec des plantes ? Min Ho Choi nous fait part d'un tas d'autres astuces qui à coup sûr, raviront les jardiniers amateurs.

 

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Toutefois, Moi, jardinier citadin, ne se contente pas de donner des trucs et astuces sur le jardinage de manière candide et amusante. Min Ho Choi se sert de son expérience pour diffuser un message en alertant le public sur la dégradation de la biodiversité. Dans l'histoire, il découvre à un moment qu'aucune des graines qu'il a fait pousser ne viennent de son pays, et qu'il est vain de semer les graines issues de sa production, car elles ne donneront rien.

 

Aujourd'hui, 5 compagnies contrôlent 75% des semences potagères au niveau mondial, et il est impossible de récupérer les graines de sa propre production pour les utiliser l'année suivante. En effet, quasiment toutes les semences sont le fruit d'hybridations, c'est à dire de croisement de variétés depuis des décennies, pour obtenir des variétés plus résistantes. Le revers de la médaille, c'est que les plantes produisent des graines quasiment stériles. Ceci oblige bien évidement les cultivateurs à racheter des semences tous les ans, devenant ainsi dépendant des semenciers.

Les semenciers cherchent donc à faire des variétés hybrides de chaque espèces. Quand ils parviennent à mettre au point une variété hybride, ils abandonnent les recherches visant à améliorer les variétés non hybrides correspondantes, les excluant d'office du catalogue officiel pour cause de non conformité. De fait, les hybrides deviennent alors "naturellement" plus performantes et résistantes ... 

C'est ainsi que son menacées des variétés anciennes, ou des variétés naturelles, qui ne répondent pas aux critères du catalogue des semences.

 

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L'industrialisation de l'agriculture permet de meilleurs rendement, mais tue la biodiversité. Or, au même titre que dans le règne animal, la biodiversité dans le règne végétal est absolument vitale. On s'inquiète à juste titre de la disparition de certaines espèces animales, mais qu'en est-il de la disparition d'espèces végétales et en particulier de graines et semences millénaires ? Qui s'en inquiète ?

 

Le livre se termine par un dossier très intéressant sur le sujet, où Eva Wissenz, membre des "journalistes pour la nature et l'environnement", nous révèle ce qui se trame avec le brevetage du vivant et la main mise d'une poignée de multinationales, parfois plus puissantes que des États, sur ce qui constitue la base de notre alimentation : les graines.

 

Si ce dernier document fout un peu le bourdon, il a le mérite de nous ouvrir les yeux sur les ravages d'un capitalisme ultra libéral sans scrupules, dont les armes de destructions massive que sont des entreprises comme Monsanto n'ont qu'un but : faire toujours plus de profit en asservissant les gens, tout en leur faisant croire que ce sont des bienfaiteurs de l'humanité.

 

Moi, jardinier citadin, une belle BD verte, où l'écologie du bon sens prend le pas sur l'écologie dogmatique.

 

Ma note : 8/10

Loubrun

 

voir la chronique du tome 1

 

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28/03/2014

STERN GANG

stern gang,enoch,stassi,la boite à bulles,histoire,sionisme,terrorrisme,palestine,israelstern gang,enoch,stassi,la boite à bulles,histoire,sionisme,terrorrisme,palestine,israelScénario : Luca Enoch

Dessin : Claudio Stassi

Éditeur : La boîte à bulles

date de sortie : mars 2014

128 pages

Noir et blanc

genre : Documentaire Historique

 

Du sang pour une terre promise ...

 

Stern Gang raconte un pan méconnu de l'Histoire dont les répercussions résonnent encore aujourd’hui sur l'échiquier politique mondial.

 

Dans les années 20 du siècle dernier, après la première guerre mondiale, le territoire de Palestine est administré par l'Empire Britannique avec la bénédiction de la SDN (Société des Nations) l'ancêtre de l'ONU. De plus en plus de Juifs viennent s'installer sur cette terre pour s'y établir de manière permanente.

C'est dans ce contexte que naissent des groupes d'opposition à l'Empire Britannique, considéré comme un occupant et comme l'ennemi du peuple Juif.

 

Chez certains de ces groupes, la violence extrême prend rapidement le pas sur la diplomatie et semble être la seule solution envisageable pour chasser les Anglais de la terre promise. C'est le cas du groupe Stern, du nom de son fondateur, (qui deviendra par la suite le groupe Lehi) qui, à l'aune de la seconde guerre mondiale, refuse de participer à l'union sacrée contre les nazis, et préfère continuer sa lutte contre les anglais qu'il considère toujours comme l'ennemi du Yishouv – c'est à dire de l'implantation juive en terre d’Israël.

 

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Après la guerre, en 1948, l’État d’Israël est officiellement créé par les vainqueurs et par l'ONU. La terre est découpée et partagée entre les populations Arabes et les Juifs. Les groupes Sionistes ne voient pas tous cela d'un bon œil considérant ce partage comme une division de la "mère patrie" et une manœuvre anglaise pour avoir à nouveau la main mise sur la région. Leurs actions se tournent alors contre des cibles politiques puis contre les Arabes.

 

C'est ainsi que le médiateur de l'ONU, le Suédois Bernadotte, chargé de superviser la mise en application du partage territorial entre juifs et arabes est assassiné par le groupe Stern. C'est ainsi, qu'au nom de la cause, tous les habitants d'un village Arabe sont assassinés. Et c'est ainsi que le Sionisme radical et extrême est né avec les conséquences que l'on connait tous, plaçant cette région du monde sur des charbons ardents pour des décennies.

 

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Ce livre hyper documenté est un vrai livre d'Histoire et nous aide à comprendre ou tout au moins à avoir une autre vision du conflit Israélo / Palestinien que nous connaissons aujourd'hui.

 

Lucas Enoch et Claudio Stassi nous montrent comment un petit groupe très peu populaire, employant des méthodes terroristes, qui compta parmi ses membres un futur premier ministre Israélien, a changé la face du monde en créant et en installant un climat de haine qui semble irréversible entre arabes et juifs.

 

Leur récit puissant traite sans concessions et sans tabou d'un sujet encore très sensible aujourd'hui. Le récit débutant en 1948, l'essentiel de la narration est faite en flashback et ce, de façon linéaire offrant une approche chronologique des événements.

 

A l'aise sur toutes les scènes, Claudio Stassi nous livre un dessin nerveux en noir et blanc rehaussé de lavis en nuances de gris. Le tout est solide et donne du dynamisme à un récit très didactique.

 

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Stern Gang est passionnant sur le plan Historique parce qu'il nous dévoile un pan méconnu du passé et parce qu'il nous permet d'avoir une autre vision sur les évènements actuels du proche Orient.

 

Malgré la complexité des faits et du contexte politique de l'époque, cette histoire se lit d'une traite comme un bon roman d'action. La narration reste fluide et l'abondance de termes en hébreux, bien documentée. Pour les plus avides de géopolitique, le dossier de 10 pages à la fin du livre apportera un éclairage encore plus pointu sur cette période trouble qui dure depuis presque un siècle ...

 

ma note : 8,5/10

Loubrun

 

 A lire aussi :

- Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle

- Jérusalem - Portrait de famille

 

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19/03/2014

Les vestiges de l'aube - tome 1 - morts en série

les vestiges de l'aube,morts en série,le tendre,peynet,khara,dargaud,vampire,polar,fantastique,adaptationles vestiges de l'aube,morts en série,le tendre,peynet,khara,dargaud,vampire,polar,fantastique,adaptationScénario : Serge Le Tendre

Dessin : Frédéric Peynet

Editeur : Dargaud

48 pages

date de sortie : mars 2014

 genre : polar fantastique

 

 

Internet, sauveur des âmes en peine ...

Résumé (éditeur)

Barry Donnovan est un flic dévoré par le désespoir depuis les attentats du 11 Septembre, lors desquels sa femme a péri dans l'effondrement d'une des tours... Hanté par cette mort, il trouve cependant du réconfort sur Internet grâce à des discussions qu'il a, chaque soir, avec un certain Werner Von Lowinsky, aristocrate cultivé et attentif. Peu à peu, sans qu'ils se soient jamais rencontrés, une complicité entre les deux hommes se tisse, Werner semblant étrangement réceptif au drame qu'a vécu Barry. Werner a en fait lui-même connu une histoire dramatique et violente impliquant sa famille, il y a cela longtemps, très longtemps, avant qu'il ne devienne... un vampire !

 

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Serge Le Tendre et Frédéric Peynet (Le Feul, Phoenix) adaptent le roman de David S. Khara et revisitent le mythe du vampire en fusionnant fantastique et polar. Ce diptyque démarre sur les chapeaux de roues par une scène de crime assez violente posant là son lot de mystères.

Petit flashback vers une maison abandonnée dans les entrailles de laquelle nous faisons connaissance avec Werner Von Lowinsky. Pas de cave voutée, pas de galeries souterraine sombres et humide ; ici, l'intérieur du sieur Werner est coquet, moderne et bien équipé. C'est que la vie d'un vampire, c'est pas facile tous les jours ! Être quasi immortel, ça finit par être lassant. D'autant que si tuer est dans sa nature, il ne le fait pas par plaisir, mais par nécessité. Ce vieux vampire cultivé s’ennuie ferme ! Son salut vient d'Internet grâce auquel il rencontrera la parcelle d'humanité qui lui fait défaut en la personne du flic Donovan chargé d'élucider la série de crimes qui sévit dans New York.

Ces deux personnages qu'a priori tout oppose se trouvent des points communs et des affinités, et vont finir par se rencontrer. En tissant cette relation, chacun enfreint ses propres règles et l'on attend avec impatience le jour ou Donovan découvrira la vérité.

 

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Cet album où fantastique et polar se mêlent habilement est vraiment bien mené. Le dynamisme du dessin de Peynet est renforcé par des cadrages osés et percutant, donnant à la lecture un rythme effréné.

Voilà une histoire de vampire qui sort des sentiers battus et une belle surprise en ce début d'année.

 

Ma note : 7/10

Loubrun

 

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13/03/2014

Les idées fixes

les idées fixes,piquet,futuropolis les idées fixes,piquet,futuropolis Scénario et dessin : Gabrielle Piquet

Editeur : Futuropolis

96 pages noir et blanc

 

 chronique sociale,

 

 

A chacun ses fantômes

 

Achille et Adrien sont frères. Achille assure le gîte et le couvert à Adrien, car celui-ci a un "esprit de travers, qui lui fait des misères mais aussi lui fait voir les plus belles histoires". Autrement dit, Il est légèrement cintré. Il entend des voix, il voit les morts notamment ceux perdus en mer. Il parle par énigmes ; c'est parfois poétique mais aussi parfois non dénué de bon sens. Folie pure ou séquelles de deux ans de guerre passés en Algérie ? Nul ne le sait, mais tout le monde l'aime bien car, même s'il adore faire peur aux gosses, il n'est ni méchant ni dangereux. Achille lui, a la tête sur les épaules. Mais cet ancien marin pêcheur ne prend plus la mer depuis 20 ans. Depuis que son bateau, l'Agathe, a disparu avec toute la famille à qui il l'avait prêté. Reviendra ? Reviendra pas ? Adrien le sait lui. Un jour L'Agathe reviendra.

 

les idées fixes,piquet,futuropolisA travers ses thèmes de prédilection que sont la fratrie et les relations humaines, Gabrielle Piquet (Trois fois un , les enfants de l'envie) y aborde le sujet délicat de la folie. Adrien est atteint d'une folie douce qui le fait passer pour l'idiot du village, mais à l'écouter parler, on pourrait tout aussi bien le considérer tantôt comme un poète, tantôt comme un philosophe. Surtout lors de ces longues conversations avec cet enfant qui attend ses parents sur le quai, et qui parle comme un adulte. Qui est le plus fou des deux ? Cet enfant dont l'enfance l'ennui et qui a hâte d'entrer dans le monde des adultes pour accomplir ses rêves de gloire ou bien Adrien qui voyage dans sa tête ? L'attente et l'espérance, les deux thèmes sous-jacent de ce récit, voilà ce qui lie les deux frères.

 

Les idées fixes est un livre atypique à la sensibilité touchante, dans le fond et dans la forme. Le sujet est traité avec beaucoup de délicatesse, tendresse et poésie. Gabrielle Piquet ose y glisser un vers de Victor Hugo ainsi que quelques dialogues en alexandrins qui donnent un rythme musical et léger à la lecture. Mais le côté le plus atypique réside dans le graphisme. Le dessin de style "fil de fer" où les traits se mêlent, se chevauchent, se croisent, se superposent semble de prime abord délicat à appréhender. On a une impression de dessins transparents, sans fond. En feuilletant l'album avant de le lire, j'ai pensé que la lecture serait compliquée. D'autant que les bulles ne sont pas des bulles, mais de simples traits se confondant parfois avec le dessin.

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L'histoire est en fait parfaitement bien construite et écrite et la lecture coule de source, pour peu que l'on arrive à mettre de côté les conventions et les codes traditionnels de la BD.  Ainsi, la lecture ne se déroule pas toujours de gauche à droite, elle peut être sinusoïdale, tourbillonnante, mais curieusement jamais confuse. Jamais je ne me suis perdu dans une page, et jamais je n'ai eu a chercher le bon sens de lecture. Textes et images se mêlent habilement grâce à une écriture simple, une narration claire, le tout accompagné d'un dessin épuré et élégant.

Un beau livre qu'il ne faut pas se contenter de feuilleter, mais sur le quel il faut s'arrêter pour en apprécier la sensibilité et se laisser toucher par des personnages attachants.

 

Ma note : 7/10

Loubrun