14/01/2013

Tout Seul

tout seul, chabouté, vents d'ouest, roman graphiquetout seul, chabouté, vents d'ouest, roman graphiqueAuteur : Chabouté

Editeur : Vent d'ouest

collection : Intégra

Date de sortie : août 2008

368 pages

genre : Roman Graphique

 

 

Résumé (éditeur)


50 ans qu'il vit ici, sur ce caillou, dans son vaisseau de granit. Bateau immobile qui ne l'emmène nulle part et qui ne rejoindra jamais aucun port... Et pourquoi quitter ce lieu alors que le monde au-delà de cette satanée ligne d'horizon fait si peur ? Où s'évader lorsqu'on n’a nulle part où aller ? Comment combattre la solitude et empêcher que ce silence perpétuel ne devienne assourdissant ?... Des années passées sur son rocher, avec l'imagination comme seule compagne...

 

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Tout Seul. C'est comme ça qu'on appelle l'habitant du phare. Personne ne l'a jamais vu, et personne ne semble se soucier de son cas. Même le marin pêcheur qui le ravitaille toute les semaines ne se pose pas de questions. Il ravitaille. C'est tout. Il aura fallu qu'il embauche un nouveau matelot pour que les choses changent.


Comment un homme isolé du monde pendant 50 ans ne sombre-t-il pas dans la folie ? Tout simplement grâce à son imagination guidée par la puissance évocatrice des mots. Ces mots prennent vie dans son esprit et lui entre-ouvre une fenêtre sur le monde. Si certains mots invitent au rêve et à l'évasion, d'autres font mal.


Au delà de la solitude et de l’imagination, ce récit évoque aussi la peur. Peur de l’inconnu, peur des autres et de leur regard, peur de rompre des habitudes, peur de la nouveauté, peur d’oser. C’est en allant au-delà de ses peurs et de ses angoisses que l’homme acquiert sa liberté.

 

Au même titre que Pratt, Tardi ou Comès, Chabouté est un Maître absolu du Noir et Blanc. Le noir intense et profond de l’encrage renforce la dureté du propos. La solitude et ses silences sont magnifiquement exprimés. Le moindre regard et la moindre attitude sont très expressifs. Dans ce monde marin de taiseux, les silences sont assourdissants et en disent bien plus que de longs dialogues. L'auteur a par ailleurs un sens du découpage et du cadrage quasi cinématographique. On lit les pages comme on suivrait les travellings d'une camera devant un grand écran, avec cet avantage de la BD sur le cinéma, que l'on peut faire une pause quand on veut.


Si les pages se tournent vite au début, on a vite fait de ralentir la cadence et de prendre un peu plus de temps à chaque page, à chaque image. Comme assis sur un rocher, on contemple les paysages maritimes et les vagabondages imaginaires de Tout Seul. Certaines évocations donnent lieu à des planches d’une intensité extraordinaire.

 

Ce récit est simplement émouvant et beau.

 

Ma note : 9/10

Loubrun

01/01/2013

Thermae Romae - Tome 4

 

Thermae Romae tome 4.jpgthermae romae,yamazaki,casterman,sakka,romain,thermesThermae Romae – Volume 4

 Scénario et dessin : Mari Yamazaki

 Editeur : Casterman

 Collection : Sakka

 184 pages

Date de parution : Octobre 2012

Manga (sens de lecture original)


Tandis que Lucius se sent responsable de la mort d’Aelius, Hadrien est fou de rage et de tristesse. Au cours d’un bain, ce dernier s’entretient avec Lucius à propos des projets de rénovation de la station balnéaire de Baïes qu’il compte léguer à son nouveau successeur. Lors de l’entretient, Lucius disparaît et se retrouve dans une station thermale dans le Japon du XXième siècle, nez à nez avec Satsuki, une sublime jeune femme. Il se trouve que cette jeune femme est une experte et une passionnée de la Rome Antique, qu’elle parle le Latin et qu’elle est à même de comprendre Lucius.

 

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C’est la première fois depuis le début de l’histoire qu’un personnage du monde moderne est capable de communiquer avec l’architecte Romain et qu’il s’interroge vraiment sur l’identité de cet inconnu débarquant de nulle part. Lucius ne parvenant pas à retourner dans son époque finit par être embauché dans l’auberge qui l’a accueillit et se retrouve confronté à la modernité. Lui qui n’a pas la notion du voyage dans le temps (il ne sait jamais qu’il est dans le futur) se retrouve face à des objets dont il ne peut comprendre le fonctionnement ( télévision, téléphone, ordinateur) , dans un lieu destiné au divertissement du plus grand nombre.


Mari Yamazaki donne un nouveau souffle à la série en nous offrant dans ce volume une histoire complète en lieu et place des histoires courtes qui composaient les précédents volumes. Elle rompt ainsi la routine narrative qu’elle avait mise en place et ose même une narration moins linéaire en usant de quelques flash-back pour expliquer l’histoire de Satsuki. Le fait de prolonger le séjour de Lucius dans le monde moderne lui donne par ailleurs plus d’ampleur. Tiraillé entre le désir de rentrer auprès d’Hadrien et la soif de découvrir de nouvelles choses dans ce monde étrange, il est traversé par tout un tas de sentiments donnant lieu à des situations assez amusantes.


Les chapitres sont toujours entrecoupés de doubles pages didactiques sans prétentions et très plaisantes à lire.


En se focalisant moins sur l’univers des thermes, et en donnant plus d’envergure aux protagonistes, Mari Yamazaki entame là un virage salutaire pour la série. De plus, son style graphique tout en respectant les codes du manga, reste simple et réaliste et ne devrait pas trop effrayer les reffractaires aux mangas. Avec un découpage assez classique, le sens de lecture japonais devrait être rapidement assimilé par les non initiés.


Cette série reste vraiment atypique et prouve, s'il en est besoin, à quel point la création manga est riche et diversifiée.
Si ça n'est pas déjà fait, n'hésitez pas une seconde, jetez-vous à l'eau !

 

 

Ma note : 8/10

Loubrun

 


Voir la chronique de Capitol pour les tomes 1 et 2

26/12/2012

OmS en série - tome 1 - Terr, sauvage

oms en série,morvan,hawthorne,ankama,comix buro,science fiction,anticipation,stefan wuloms en série,morvan,hawthorne,ankama,comix buro,science fiction,anticipation,stefan wulScénario : Jean-David Morvan

Dessin : Mike Hawthorne

Editeur : Ankama

48 planches

date de sortie : octobre 2012

genre : science fiction, anticipation

 

 

Résumé (Editeur)

Les Oms sont des animaux : « le meilleur ami du Draag », comme le dit l’expression consacrée. Ils vivent dans de jolies niches, et lorsqu’une mère met bas, on offre le petit à une autre famille. C’est ce qu’il advient de Terr, un Om tout à fait banal… mais qui se révèle unique en son genre lorsque son collier magnétique le branche sur les ondes du casque pédagogique de sa petite maîtresse, lui ouvrant les portes de ce qu’aucun Om avant lui n’avait encore effleuré : le savoir… Le langage des Draags d’abord, puis leur histoire, qui inclut celle de sa propre espèce... Comprenant que les Oms ont été capturés autrefois sur une lointaine planète et sont les familiers des Draags depuis que leur propre civilisation décadente s’est écroulée, Terr s’échappe et découvre que tous les Oms ne sont pas serviles... Débute alors une guerre d’indépendance qui, à son tour, marquera l’histoire des Draags... et des Hommes.

 

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Terr, le personnage principal n’est pas comme les autres. C’est Grâce à un dysfonctionnement de la technologie Draag, qu’il peut en apprendre leur langue et leur histoire. Il acquiert la connaissance qui lui permettra de s’affranchir de ses maîtres et prendre les commandes de la rébellion en unissant deux clans en conflits et refusant la servitude.


Au-delà de la vision anecdotique de l’humanité réduite à l’état d’animaux de compagnie, ce roman de Stefan Wul aborde le thème de la survie de l’espèce. D’un côté les Oms, descendants d’une civilisation avancée qui s’est étouffée dans son confort technologique, réduits à l'état d'animaux domestiques par les Draags. D'un autre côté, les Draags, une civilisation à la technologie très avancée qui mène une vie trop facile, et qui sombre dans l’ennui tellement elle s’est protégée de tout et ne craint plus rien ni personne. Dans les deux cas, elles sombrent dans une léthargie qui les anéanti. La révolte des Oms sortira tout ce beau monde de son sommeil. Thèse paradoxale de Stefan Wul, alors que toutes civilisations n'aspirent qu'à vivre dans la paix, c'est la lutte et l'adversité qui leur permet de conserver la vigilance nécessaire à la survie. Seule la mère de Terr, trop vieille pour se battre, s'accommode de cette vie sans difficultés et se laisse lentement mourir.


Comme dans Niourk, le rythme est assez lent mais la lecture n’est jamais ennuyeuse et Jean-David Morvan fait là une adaptation rigoureuse du roman. On a plaisir à découvrir la vie tranquille des Draags et on attend patiemment la révolte des Oms. Car l’histoire reste assez simple et l’on se doute de l’évolution de l’intrigue.


oms en série,morvan,hawthorne,ankama,comix buro,science fiction,anticipation,stefan wulLe dessin et les couleurs de l’ américain Mike Hawthorne (Fear Agent, Queen & Country) sont superbes et font penser à certaines BD SF des années 70 et 80. Les jeux de couleurs sont bien utilisés : des couleurs vives, chatoyantes et foisonnantes qui retranscrivent le bien être et le confort de vie des Draags, et des teintes qui s’assombrissent lorsque la révolte gronde du côté des Oms.


Tout comme Niourk, ce premier tome est de très bonne facture et laisse augurer de bons présages pour cette série.


Amateurs de SF et d'anticipation, cette BD est pour vous.


oms en série,morvan,hawthorne,ankama,comix buro,science fiction,anticipation,stefan wulMa note 8/10

Loubrun


 A lire aussi : Niourk

A voir : "la planète sauvage", film d'animation de René Laloux et Topor - sorti en 1973 inspiré du roman de Stefan Wul.

24/12/2012

Niourk - tome 1 - L'enfant Noir

niourk,enfant noir,vatine,ankama,comix buro,stefan wul,science fiction,anticipationniourk,enfant noir,vatine,ankama,comix buro,stefan wul,science fiction,anticipationScénario, dessins et couleurs : Olivier Vatine

Editeur : Ankama

46 planches

date de sortie : octobre 2012

 genre : Science fiction, anticipation

 

 

Résumé (éditeur)

Sur une Terre post-apocalyptique où l'Humanité a régressé au stade primitif après une catastrophe nucléaire ayant asséché les océans et donné naissance à des chimères mutantes, quelques tribus survivent à l'état sauvage. Parmi elles, la horde de Thoz, où vit l'enfant noir, rejeté par les siens. Lorsque le vieux sorcier de la tribu le condamne à mort, l'enfant noir se met en marche pour Niourk, la ville des dieux, où ne subsistent que ruines et étranges mécanismes, vestiges de la civilisation du XXe siècle.
Poulpes mutants, mégalopole fantôme et androïdes vénusiens : redécouvrez le plus grand succès de l auteur culte Stefan Wul, un classique de la science-fiction remis à neuf par un maître du genre : Olivier Vatine.

 

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Olivier Vatine inaugure la collection ‘les univers de Stefan Wul’ lancée chez Ankama en collaboration avec Comix Buro.

Stefan Wul, de son vrai nom Pierre Pairault, était  un auteur français de roman de SF parus dans la seconde moitié les années 50. Onze romans paraîtront dans la fameuse collection Anticipation des éditions Fleuve Noir et font partie maintenant des classiques de la SF française. L’univers de Stefan Wul a par ailleurs inspiré de nombreux auteurs.

Niourk est le second roman de cet univers et le premier à être adapté en BD.

Démarrer cette collection avec Olivier Vatine aux commandes est une riche idée tant il semble à l’aise pour mettre en scène des mondes post-apocalyptiques.

niourk,enfant noir,vatine,ankama,comix buro,stefan wul,science fiction,anticipationL’histoire se met lentement en place. Cet enfant noir qui est rejeté par la tribu est en marche pour prendre en main son destin. L’histoire gagne en intensité à chaque page avec une narration en voix off de l’enfant, qui, au fil du récit prend de l’ampleur et sort de l’ombre. En ayant découvert les vestiges de l'ancienne civilisation et pris la force de l'ancien sage de la tribu, il jouera un rôle déterminant dans la suite du récit.

Dans cet  album, le dessin d’Olivier Vatine atteint des sommets. En optant pour des cases aérées et sobres, agencées dans un découpage dynamique, il arrive à faire passer la tension du récit dans un espèce de faux rythme lent. Les cadrages et découpages y sont pour quelque chose, alternant les scènes d’actions de la tribu et le cheminement solitaire de l’enfant noir. Les dessins pleines pages marquant les têtes de chapitres forcent le lecteur à faire une pause et accentuent l'effet de semi torpeur du récit.

On peut regretter cependant que ce premier album ne soit pas plus dense et ne bénéficie pas d'une pagination plus importante. Logique commerciale certainement. Mais à la fin de la lecture on a l’impression de n’avoir lu qu'une mise en place. Certes bien menée, mais tout de même on reste sur notre fin d’autant que l’album se termine sur un suspense digne des meilleurs feuilletons. Espérons que la suite ne se fasse pas trop attendre !

Pour conclure, voilà une très belle entrée en matière pour cette collection SF et une belle façon de découvrir l’œuvre de Stefan Wul.

Rappelons au passage que les films d’animation de René laloux ‘les maîtres du temps’ et ‘la planète sauvage’ dessinés respectivement par Moebius et Topor sont adaptés de romans de Stefan Wul.

 

Ma note : 8/10

Loubrun