20/05/2013

Blackface Banjo

blackface banjo,Duchazeau,Sarbacane,musique,racisme,minstrel showblackface banjo,Duchazeau,Sarbacane,musique,racisme,minstrel showScénario et dessin : Frantz Duchazeau

Editeur : Sarbacane

date de sortie : avril 2013

140 pages

genre : chronique sociale, musique

 

 

 

Fin XIXe aux Etats-Unis, un jeune vagabond noir et unijambiste tente tant bien que mal de glaner quelques dollars pour manger. Sa jambe de bois le fait souffrir, et le seul moyen d’oublier la douleur est de danser et tournoyer sur sa prothèse. Il le fait si bien, avec une telle souplesse et une telle fluidité qu’il est remarqué par un Irlandais produisant un spectacle itinérant faisant la retape pour un élixir indien aux vertus miraculeuses. Après avoir bu quelques gorgées de ce breuvage, le jeune vagabond se met à jouer du banjo comme un dieu. Blackface Banjo est né. Bien que la veille, un de ces spectacles itinérants ait été incendié par une mystérieuse faction - le Coon Coon Clan - le jeune vagabond intègre la troupe Medicine Show.

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Ces troupes itinérantes appelées « Minstrel's Shows» ou « Medicine Shows » présentaient des spectacles humoristiques d’un goût particulièrement douteux. Joués par des Blancs grimés de façon grotesque en Noirs, le but était de faire rire les Blancs en faisant passer les Noirs pour des imbéciles, des sauvages, des ignorants superstitieux et doués uniquement pour la danse et la musique …


Après le rêve de Météor Slim, Les jumeaux de Conoco Station et Lomax, Frantz Duchazeau continue son exploration de l’Amérique profonde et rude de la fin du XIXe et du début XXe siècle.


Moins centré sur la musique, cet album nous fait découvrir ces pitoyables spectacles, vitrines affligeantes du racisme omniprésent de cette époque.


Grâce à un dessin très fluide et tout en mouvement et expressions, Duchazeau peut se permettre une narration souvent muette, parfois rehaussée de bulles dessinées. Ces bulles dessinées qui tombent comme un cheveu sur la soupe sont un peu déroutantes et donnent l’impression de faire l’économie d’un dialogue. L’approche est néanmoins originale et certaines séquences sont assez bien vues.

 

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Le récit reste cependant très bien construit et c’est non sans émotions que nous suivons les pérégrinations de ce vagabond, depuis ses rêves de gloire jusqu’aux inévitables désillusions.

Blackface Banjo a le mérite de lever un peu plus le voile sur cette société américaine de la fin du XIXème siècle jusqu'à la moitié du XXème. Ces sinistres spectacles ont sévit jusque dans les années 50 !


Ma note : 7/10

Loubrun

 

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14/05/2013

La Frontière

la frontière,foerster,quadrants,western,humourla frontière,foerster,quadrants,western,humourScénario et dessin : Philippe Foerster

Couleurs : Samsa

Editeur : Quadrants

Collection : Azimut

Date de sortie : novembre 2010

72 pages

genre : western fantastique

 

 

Le western décalé, comment ça marche ?


Rendez-vous au nouveau Mexique vers 1890. Embauchez une gamine déterminée, débrouillarde, à la langue bien pendue et qui défouraille plus vite que Lucky Luke. Flanquez-lui une histoire familiale un brin sordide, avec une mère kidnappée et forcée à la prostitution, un père gangster (de préférence un très connu comme Billy the Kid)  et vous créerez une situation propice à une bonne vengeance. Vous avez déjà là les bases d’un bon western.

 

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Pour pimenter l’affaire, ajoutez une pincée de fantastique, mâtinée de quelques références Bibliques (prenez des passages à l’imagerie impressionnante comme les 10 plaies d’Egypte par exemple) et saupoudrez d’un zeste de rituel vaudou. Avec ça, vous pouvez imaginer une ville dont personne n’est jamais revenu, protégée qu’elle est par des phénomènes aussi meurtriers que surnaturels. Le lieu idéal pour retenir quelqu’un contre sa volonté !

 

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Mettez tout ça en mouvement, en plaçant à la tête de cette ville un tyran à l’allure de Père Noël entouré d’une bande de croquemitaine pas avares de ‘cadeaux’ originaux, surtout pour leurs ennemis. N’oubliez pas de les affubler de patronymes cocasses et appropriés comme "Claus Christmas et ses Gifters" !

Songez à rajouter une tombée de trognes secondaires aux mines patibulaires (ou pas), c’est toujours bon pour l’animation. 

Vous n’avez plus qu’à envoyer la fillette chercher sa mère dans le patelin maudit. Elle est tellement débrouillarde qu’elle trouvera une astuce pour atteindre la ville sans encombre. Elle n’a tellement peur de rien qu’elle ne fera (presque) qu’une bouchée du vieux Claus et de ses sbires. Collez-lui quand même quelques acolytes qui lui apporteront une aide précieuse dans sa quête. En tout cas, pensez à lui filer un max de munitions parce que buter du mécréant, ça ne la dérange pas vraiment !

Enfin, remuez le tout avec énergie et à feu vif et vous obtiendrez un western déjanté aux situations rocambolesques, violentes et drôles à la fois.

Tiens ! Cette recette me fait penser à une BD : LA FRONTIÈRE de Foerster. Un western atypique, décalé et délicieusement déjanté, aux dialogues truculents enrobés de réparties cinglantes. Jubilatoire !

A savourer sans modération ! Mais faites gaffe à la gamine quand même !

 

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Ma note : 9/10

Loubrun


13/05/2013

Espana la vida

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Dessin : Eddy Vaccaro

Couelurs : Anne-Claire Jouvray

Editeur : Casterman

120 pages

date de sortie : mars 2013

genre : drame, guerre, Histoire

 

 

¡No pasarán!

 

En 1937, l’Europe est au bord du chaos. Comme un prélude sanglant à la seconde guerre mondiale, la guerre civile Espagnole fait rage et les troupes républicaines résistent tant bien que mal aux nationalistes menés par Franco. Leo, jeune Parisien issu du milieu bourgeois est révolté par les évènements tragiques de Guernica. En conflit idéologique total avec sa famille, il décide de tout plaquer et part en Espagne pour rejoindre les rangs des Brigades internationales au sein de la Colonne Durruti. Aux côtés d’idéalistes venus de tous les horizons, Léo devient combattant Républicain pour tenter de faire barrage au fascisme.

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Cet album ne raconte pas la guerre d’Espagne mais en donne tout de même un bon aperçu. Ici le récit se focalise davantage sur le cheminement d’un jeune français humaniste dans sa lutte contre le franquisme et les relations qu’il noue avec ses camarades de combat. Des textes libertaires publiés dans les gazettes communistes parisiennes à l’ultime bataille à Gandesa , nous suivons avec passion le combat d’un ‘jusqu’au boutiste’ animé par l’idéologie de son mentor marxiste Victor Serge. Malgré des  méthodes parfois radicales et expéditives de certains combattants républicains  (notamment la «libération» des habitations en supprimant de manière systématique tous les objets religieux présents dans les maisons des villageois), Il ira au bout de ses convictions et scellera son destin dans les tranchées face aux nationalistes.

Peu soutenus et abandonnés par tous - même par le puissant ogre Soviétique qui avait d’autres chats à fouetter - les brigades internationales et les républicains ne pourront pas lutter bien longtemps et devront combattre jusqu’à  la mort ou fuir. On connaît la suite : Franco prendra le pouvoir pour 36 ans.

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Sans faire preuve de militantisme ou de prosélytisme exacerbé, Maximilien Le Roy nous livre un récit passionnant en nous montrant une aventure humaine au milieu d’une guerre fratricide. Bien qu’exposés trop succinctement et trop rapidement, les faits sont relatés avec vérité et sans œillères. La guerre civile est sans doute la plus sale des guerres, poussant les hommes de chaque camps aux pires exactions contre leurs propres compatriotes.

La narration peu bavarde est bien servie par un dessin épais et charbonneux et suffisament expressif. Vaccaro, aidé par la douce mise en couleur d’Anne-Claire Jouvray, réussit à faire passer les bonnes émotions aux bons moments.

Cet album est une belle entrée en matière pour qui veut s’intéresser à cette période historique.

 

Ma note : 7.5/10

Loubrun

07/05/2013

Cutting Edge - tome 1

cutting edge,francesco dimitri,mario alberti,delcourt,fantastique,machinationcutting edge,francesco dimitri,mario alberti,delcourt,fantastique,machinationScénario : Francesco Dimitri

Dessin et couleur : Mario Alberti

Editeur : Delcourt

Collection : Machination

date de sortie : avril 2013

48 pages

 

 

Résumé (éditeur)

Scientifiques, artistes, chefs d'entreprise... ils sont ce que l'humanité a de meilleur. Ils sont l'Avant-Garde. Ils sont le Cutting Edge. Une compagnie financière leur propose de relever un incroyable défi qui mettra leur vie en jeu et les poussera jusqu'à leurs dernières limites. La récompense en est, littéralement, inconcevable. C'est ici que l'histoire change... at the Cutting Edge !

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Doit faire ses preuves


Auteur de romans fantastiques, Francesco Dimitri signe avec Cutting Edge sa première bande dessinée. Ce qui lui vaudra un peu d’indulgence de ma part.


Ce premier volume sert d’entrée en matière à cette histoire de challenge international pour surdoués, et l’auteur prend vraiment son temps pour mettre en place intrigue et personnages. Les règles du jeu sont bien détaillées, les tempéraments des membres de l’équipe sont bien exposés, tout est très bien posé, mais quand on sait qu'il n' y a que 48 pages à l'album, on aimerait bien que l'action démarre avant la page 45. Ca s'anime un peu avant, rassurez-vous. Sans doute fallait-il autant de pages pour présenter les équipiers et leur talents complémentaires. Cette complémentarité ne doit rien au hasard et laisse donc supposer qu’une grosse machination risque bien de leur péter à la gueule.


Pourtant, le premier défi annoncé n’est franchement pas impressionnant. A tel point  qu’il en éveille la curiosité. Pourquoi réunir autant de talents pour une mission apparemment aussi facile ? Evidemment la simplicité n’est qu’apparente et la machination se met en branle sur la fin de l’album. Un peu tardivement mais ça suffit pour donner envie de lire la suite. Ceci étant, pour maintenir le lecteur en haleine, il va falloir trouver des défis un peu plus costauds et plonger un peu plus profondément dans la mécanique mise en place par la Leviathan Financing &Co.


Au dessin, Mario Alberti semble plus à l’aise sur les décors assez fouillés et réalistes, que sur les personnages dont les traits sont souvent imprécis. C'est dommage car du coup on a du mal à s'attacher à cette équipe de p'tits génies.

En espérant une suite un peu plus dynamique, on pourra donner une chance à cette série à l’intrigue alléchante et pardonner les petites imperfections de ce premier opus.

 

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Ma note : 6.5/10

Loubrun