26/11/2012

Fatale

Couv_172649.jpgDessinateur : Sean PHILLIPS

Scénariste : Ed BRUBAKER

Coloriste : Dave STEWART

Éditions : DELCOURT

Collection : Contrebande

Sortie :  Octobre 2012

Genre : Comics,  Fantastique,  Polar

 


Résumé (éditeur)

Dominic Raines, le vieil écrivain vient de mourir. Nicolas Lash est son héritier. Lors de l’enterrement il rencontre une vieille amie de son parrain, une certaine « Jo » qui commence déjà à exercer sur lui une étrange fascination qu’il ne comprend pas vraiment ! Revenu faire une dernière visite dans la maison de Raines, Nick découvre un livre jamais publié. Cette lecture va lui en apprendre un peu plus sur cette mystérieuse Jo, mais surtout sur d’étranges personnages qui, jadis, à la fin des années 60, changèrent la vie de Dominic…

 

numérisation0001b.jpg

 

Après Criminals et incognito, le duo Brubaker / Phillips récidive dans le sombre polar. Cette fois-ci, la noirceur prend un virage fantastique.

Tous les ingrédients du polar noir sont réunis : flics pourris, maffieux, sectes, meurtres des plus affreux, ambiance sordide, créature de rêve rendant dingue le plus honnête homme. Peut-être trop d’ingrédients d’un coup rendant la lecture assez déroutante et presque pénible, du moins pour le premier tiers.

Toutefois, l’auteur réussit à garder le lecteur en haleine en maintenant un équilibre précaire entre polar noir classique et récit fantastique. On sent que ça peut basculer à chaque page, et la curiosité nous pousse à suivre l’énigmatique Jo. Car tout comme les protagonistes, le lecteur finit par succomber au charme envoûtant de cette beauté fatale.


numérisation0009.jpg


le dessin très noir de Sean Phillips colle parfaitement au récit. Le contraire eut été surprenant ! Mais là on sent qu’il s’éclate vraiment à mettre en image cette histoire qui devrait - on l’espère - rapidement virer au cauchemar.

Ce premier volume édité par Delcourt reprend les 5 premiers fascicules édités aux USA. L’édition Française devrait compter 5 albums.

Pour résumer, il faut un peu s’accrocher sur le premier tiers, mais se laisser capturer par le mystère tranquillement mis en place, se laisser envoûter par les ambiances créées par Sean Phillips, et souhaiter que la suite n'ouvre pas trop de nouvelles portes au risque de perdre définitivement le lecteur.

numérisation0011.jpg

numérisation0012.jpg

numérisation0013.jpg

 

ma note : 7/10

Loubrun

numérisation0008.jpg

Sur les bords du monde

Sur les bords du monde : L'odyssée de Sir Ernest Shackleton - tome 1

Couv_165422.jpg  Scénario : Jean-François Henry,  Hervé Richez, JacquesMalaterre
  Dessin et couleurs : Olivier Frasier,
  Editeur : Bamboo
  Collection : Grand angle

 Sortie : juin 2012
 46 planches
  Genre : Aventure historique

 

 


Résumé (Editeur)

Le 5 décembre 1914, Géorgie du Sud, dernière terre habitée avant l’hostile Pôle Sud. Un navire, nommé L’Endurance, quitte le quai avec à son bord vingt-sept hommes sous le commandement de l’explorateur Sir Ernest Shackleton. C’est le cœur chevillé au ventre et l’appel du blanc au fond de leur âme qu’ils partent rejoindre l’Antarctique et traverser pour la première fois le continent glacé ! Mais un froid exceptionnel les rend prisonniers des glaces. Isolés du monde, sans moyen de communication et avec des ressources limitées, ils devront se serrer les coudes pour survivre.

 

numérisation0001.jpg



"Recherche volontaires pour expédition en terre inexplorée. Petits salaire, froid cinglant, longs mois de nuit complète, dangers permanents. Retour sains et saufs non garanti. Honneur et reconnaissance en cas de succès." Voilà comment Shackleton a constitué son équipe. Avis aux amateurs de sensations fortes !


Ernest Shackleton était un de ces grands aventuriers explorateurs qui ont marqué les esprits lors de l'âge d'or de la course aux pôles. Après l'établissement d'un record en arrivant à moins de 180 km du pôle sud en 1909, il se fait coiffer au poteau par le Norvégien Roald Amundsen dans la conquête du pôle en 1912. Il décide alors de monter sa propre expédition en 1914 dont le but est de traverser le continent Antarctique en passant par le pôle. L'expédition tournera vite au cauchemar à cause d'une prise de glace précoce piégeant inexorablement le bateau dans un tombeau de glace. Shackleton n'aura alors plus qu'une idée en tête, mettant honneur et gloire tant convoités de côté, pour ramener à bon port sains et saufs tout les membres de l'équipe.

numérisation0002.jpg

 


Hervé RICHEZ et Olivier FRASIER adaptent ici le scénario d'un film de Jean-François HENRY et Jacques MALATERRE, racontant l'expédition Endurance - dont les tournants tragiques en ont fait un mythe et ont immortalisé Sir Ernest Shackleton dont la devise familliale était "Par l'endurance nous vaincrons".

Cette histoire est tellement empreinte de mythe que l'adapter en BD relève de la gageure. Cela à pourtant été fait il y deux ans dans la belle collection Mirages de chez Delcourt avec l'album Endurance de Bertho et Boidin.

Dans cette version on entre dans le vif du sujet dès les premières pages ou l'on voit que le "boss" au caractère bien trempé est pressé d'en découdre avec les glaces et lève l'ancre à la hâte en ignorant les discours officiels. L'accent est mis sur les rapports humains entre les membres de l'équipage (forcément des têtes brûlées) ainsi que les tensions entre les officiers de marine et les membres de l'expédition. Aussi, pour maintenir une cohésion vitale à la survie Shackleton devra-t-il déployer des trésors d'inventivité et d'audace pour éviter l'ennui et l'abandon, synonymes de mort assurée.

numérisation0003.jpg



Tout cela est fort bien retranscrit avec un découpage assez dynamique, mais la narration est un peu trop linéaire à mon gout et le dessin un peu grossier. Les personnages et les décors sont trop vite fait ce qui ne contribue pas à restituer l'effroyable grandeur des paysages traversés et des conditions endurées. C'est dommage, parce qu'une telle aventure aurait mérité un meilleur traitement graphique.

Cet album a toutefois le mérite d'être un bon documentaire qui permet de faire découvrir de manière simple et efficace l'aventure humaine de la conquête des pôles au début de XXe siècle.

Shackleton parviendra-t-il à ramener tous ses hommes vivants ? Nous le découvrirons assurément dans le tome 2.

Pour en savoir un peu plus, lire l'entretien avec Olivier Frasier


Ma note : 6,5/10

Loubrun

numérisation0005.jpg


23/11/2012

Le Nao de Brown

nao de brown, akileos, dillonnao de brown,dillon,akileos,drame,tocAuteur : Glyn Dillon

Editeur : Akileos

sortie : octobre 2012

208 pages

genre : drame


 

Résumé (Editeur)

Nao Brown souffre de TOC, mais pas de ces manies qui consistent à sans cesse se laver les mains ou à toujours tout ordonner. Non, Nao souffre de violentes obsessions morbides et ses compulsions prennent la forme de rituels mentaux invisibles.

Nao travaille à temps partiel dans un magasin d’art toys tout en essayant de faire décoller sa carrière d’illustratrice. Elle est toujours à la recherche de cet amour insaisissable : l’amour parfait. Et quand elle rencontre l’homme de ses rêves, elle s’aperçoit… que les rêves peuvent être un peu étranges.

Quant aux exercices de méditation que pratique Nao, ils sont pour elle une tentative pour apaiser son esprit et ouvrir son cœur. Grâce à eux, elle se rend finalement compte que tout n’est pas noir ou blanc. En réalité, tout est plutôt… marron.

 

nao de brown,dillon,akileos,drame,tocnao de brown,dillon,akileos,drame,toc

 


Je ne suis pas un grand lecteur de récits intimistes ou par trop introspectifs. Aussi, c'est avec une pointe d'appréhension que j'ai entamé la lecture des 208 pages de cet album à la couverture étrange. En effet, sans être véritablement belle, cette couverture attire l'oeil du badaud trainant ses braies entre les étals surchargés de sa librairie préférée. J'ai donc ouvert mon esprit, laissé parler ma passion pour la BD, et un soir après avoir larvé quelques heures devant la télé j'ai ouvert ce livre.

Je ne l'ai plus quitté jusqu’à la dernière page.


Nao qui ressemble à une jeune fille ordinaire, plutôt jolie, est en proie à des démons intérieurs qui la rongent à petit feu en ayant des visions d'elle même en meurtrière compulsive. Ces images l'assaillent et ruinent son équilibre psychique la ballotant sans cesse entre amour et haine d'elle même et des autres. Seul un rituel mental et la pratique de la méditation dans un cercle Bouddhiste lui permettent de tenir le coup et de faire bonne figure en société. Et encore, ce mécanisme d'autodéfense demeure bien fragile face à des pulsions destructrices et auto destructrices. Elle se croit malade mentale, dangereuse et essaye de se convaincre que les autres l'aime et l'apprécient sans vraiment trop y croire. Est elle ange ou démon ? Impossible d'y répondre tant elle veut paraitre ange et tant elle est persuadée d'être démon.

 

« Ils ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale »

 

nao de brown,dillon,akileos,drame,toc

 

Tout cela parait bien compliqué. Et pourtant, c’est juste l’histoire d’une jolie jeune femme, avec des préoccupations de jeune femme (relations, boulot, amour), qui se bat contre ses peurs et ses angoisses. D'ailleurs, dans le premier tiers de l'album, excepté les visions morbides et inquiétantes de Nao , il ne se passe rien. On regarde la vie apparement normale de cette jeune femme se dérouler sous nos yeux.

Glyn Dillon réussi cependant à capter l'attention du lecteur dès les premières pages. D'abord par son graphisme tout en aquarelles douces et chatoyantes décrivant avec réalisme des scènes simples et banales de la vie quotidienne.


nao de brown,dillon,akileos,drame,toc

nao de brown,dillon,akileos,drame,tocLes changement d'attitudes de Nao sont dessinés avec une telle précision qu'on comprend de suite ses états d'âmes et ses souffrances. Gaîté, inquiétude, terreur, effroi, peur, angoisse, tous les sentiments par les quels elle passe sont vraiment bien retranscrits par des jeux de teintes judicieusement employés rendant les traits des personnages très expressifs.

Et puis la fluidité et la justesse des dialogues et récitatifs nous font plonger littéralement dans cette histoire. On a l'impression de faire partie de la scène et d'entendre parler les personnages.

Après le faux rythme du début, l’histoire prend du poids et de l’ampleur à chaque page pour se finir en drame quasiment Shakespearien.


Cette histoire nous amène à réfléchir sur nos propres obsessions, mais aussi sur l'estime de soi, sur le regard des autres, sur nos rapports aux autres. Combien croisons-nous de personnes apparemment bien, en proie à de grandes souffrances ? Connaissons-nous vraiment les gens qui nous entourent, nos amis, nos collègues, nos voisins, nos proches ?

Sans jamais tomber dans le mélodrame, Dillon arrive à traiter d'un sujet très dur et sensible, touchant à l'intime de chacun.


nao de brown,dillon,akileos,drame,tocLe récit est entrecoupé à plusieurs reprises d'une fable inventée par l'auteur au traitement graphique différent : de splendides grandes images sur fond noir. Dans le feu de la lecture ces coupures sont difficiles à raccorder au récit principal. On sent bien qu'il y a un rapport avec le manga favori de Nao, et la propre histoire de Nao, mais une deuxième lecture de cette douzaine de pages est nécessaire pour faire la connexion avec le récit principal. Il y est question de dualité, de famille déchirée, d'amour, de reconnaissance, de sacrifice, de lutte, de différences, d'équilibre, de pardon… Tous ces thèmes sont plus ou moins présents dans l'histoire de Nao et on peut penser que cette fable est la transposition onirique de ce que vit Nao. Le parallèle n'est pas toujours évident mais le traitement graphique de ces passages est splendide.

 

Un livre magnifique pour une histoire bouleversante qui mérite assurément le détour et dont la lecture ne laisse pas indemne.

Enfin, une fois la lecture achevée, c’est avec un autre regard que l’on redécouvre la couverture - pleine de sens - que l’on trouvait pas terrible au début.

 

 Ma note : 9/10nao de brown,dillon,akileos,drame,toc

 Loubrun



Écrit par Loubrun dans La griffe de Loubrun | Commentaires (8) | Tags : nao de brown, dillon, akileos, drame, toc |  Facebook | |

22/11/2012

Le Loup des Mers

 

Le loup des mers.jpgle loup des mers,riff,reb's,soleil,noctambuleAuteur : Riff Reb’s

Editeur : Soleil

Collection : Noctambule

136 planches

Date de sortie : 10/2012

Genre : Aventure


Résumé

 

Humphrey Van Weyden est un critique littéraire qui fait malencontreusement naufrage dans la baie de San Francisco. Il est recueilli par le terrifiant Loup Larsen, capitaine du « fantôme », goélette en partance pour la pêche au phoque, et est enrôlé de force comme mousse.

Ce citadin érudit, élégant et croyant se retrouve confronté à un capitaine athée brute épaisse au verbe haut, néanmoins cultivé, menant sa barque et son équipage d’une violence aveugle et brutale.


numérisation0002.jpg


Librement adapté du roman éponyme de Jack London, Riff Reb’s nous livre là une pure merveille.

La violence est omniprésente dans les dialogues taillés à la serpe, dans les situations toujours extrêmes et dans les éléments naturels souvent déchaînés. L’histoire se passe dans un espace restreint - sur un bateau pas si grand que ça - dans un environnement rude et hostile où l’instinct de survie est à fleur de peau et où les règles ne sont pas les mêmes qu’à terre.

Les deux hommes aiment à se détester en confrontant leurs idées, en débattant et en se battant pour exposer leur façon d’appréhender la vie et la mort.

Leurs joutes verbales sont jubilatoires, atteignant une dimension philosophique qui donne un deuxième niveau de lecture à cette aventure maritime.

 

numérisation0005.jpg

Comme dans sa précédente adaptation (A bord de l’étoile Matutine) Riff Reb’s utilise la bichromie qui rehausse et renforce son trait précis, profond et dynamique. Certains dessins font quasiment penser à  des gravures du XIXe. Les ambiances de pluie et de tempêtes vous font rentrer la tête dans les épaules tellement elles sont criantes de réalisme.

Les tons rouges et bleus rendent particulièrement bien et sont de toute beauté.


 

numérisation0004.jpg


L’aventure, la violence et l’angoisse sont présentes à chaque page, jusqu’au bout.


Ma note : 9/10numérisation0003.jpg

Loubrun