10/12/2012

Heureux qui comme

Couv_176271.jpgheureux qui comme,presl,atrabile,flegme,fable,socialAuteur : Nicolas Presl

Editeur : Atrabile

Collection : Flegme

240 planches

sortie : novembre 2012

genre : Fable sociale

 

 

Résumé (éditeur)

Dans Heureux qui comme, l’auteur s’intéresse plus particulièrement aux relations tout à la fois pas­sionnées et tumultueuses qui lient l’Afrique noire et l’Occident, à travers le parcours de deux êtres qu’à première vue tout oppose, et qui, contre toute at­tente, finiront pas se croiser. D’un côté, on suit l’en­voyé d’une firme industrielle tentant d’amadouer une population locale pour mieux pouvoir la spolier. Sûr de son bon droit, enfermé dans sa bulle dorée et ses certitudes, il ne verra que trop tard la colère qui gronde…

De l’autre, les premiers pas d’une jeune femme, sans doute trop naïve et fragile, dans un endroit fantasmé, idéalisé, des premiers pas qui vont la laisser décontenancée et chancelante...

Ces deux êtres, tout aussi inadaptés l’un que l’autre aux situations qu’ils traversent, semblent incapables d’un regard objectif, distancié, et de ce manque de recul, mâtiné d’un certain paternalisme, de cette vision tronquée d’un monde qu’ils ne com­prennent pas, ne naîtront alors qu’erreurs, faux pas et occasions manquées.

 

 

heureux qui comme,presl,atrabile,flegme,fable,socialJ’espère que vous avez bien lu le résumé de l’éditeur, parce que franchement sans cette bouée de sauvetage, la compréhension de cet album est vraiment compromise.

Nous avons là une histoire sans texte et sans dialogues. Si cela est peu habituel dans l’univers de la BD et éveille la curiosité, cela ne relève en rien d’une grande innovation ni d'une grande originalité d'ailleurs. D’autres s’y sont essayés bien avant et notamment l’immense Moebius dans les années 70 qui fut le premier à réaliser des bandes dessinées sans texte autour du personnage d’Arzach. Mais n’est pas Moebius qui veut. En effet, quand on est devant un dessin composé de personnages aux faces déstructurées et que les proportions et perspectives sont plus que douteuses, la curiosité s’étiole et fait rapidement place à un rejet au point de se demander si on arrivera au bout. Je suis allé au bout, mais je me suis tout de même un peu forcé.


heureux qui comme,presl,atrabile,flegme,fable,socialC’est visiblement la marque de fabrique de Nicolas Presl, qui assume cette préférence pour des récits muets en privilégiant les mises en scènes picturales aux dialogues et textes. Dans cet album il apporte toutefois une innovation par rapport à ses précédents travaux en utilisant la couleur. Et là je me dis : « mince ! en couleur c’est déjà pas facile, en noir et blanc ça doit être imbuvable... ».


Je ne m’attarde pas sur l’histoire et ses clichés sur les méchants occidentaux qui exploitent les pauvres africains (même si ça existe), et la naïve bobo parisienne (j’ignore si elle est bobo et parisienne, mais il me plait de l’imaginer comme ça, et après tout en l’absence de  texte je peux bien imaginer ce que je veux ! ) qui part gentiment la fleur au sac à dos à la découverte de l’Afrique. Comme il est dit dans le résumé, elle va chanceler. Eh oui ! L'Afrique ça n'est  pas le pays des bisounours !


Bon, je n’ai pas accroché à cette histoire et, à part quelques cases et deux ou trois mises en scènes, je n’aime pas du tout le coup de crayon de Nicolas Presl. Sans doute qu’un amateur de la période surréaliste de Picasso apprécierait davantage.

Néanmoins, il faut en toute objectivité reconnaître qu’il y a là un travail artistique indéniable. L’utilisation des couleurs est intéressante et sert directement la narration et les mises en scènes. Chaque personnage, chaque situation dans le temps et dans l’espace a son « code couleur » procurant ainsi une aide utile à la compréhension. Car si l’on comprend la situation d’une vignette à l’autre au coup par coup, il n’est pas aisé d’avoir une vue d’ensemble cohérente sans un décorticage systématique de chaque vignette.

Pour conclure, on peut trouver un intérêt dans l’exercice de style et la recherche artistique, mais la lecture reste très ennuyeuse et fastidieuse. Pourtant il y en a des choses à dire sur les rapports entre les pays riches et l’Afrique. Mais les dessiner ne suffit sans doute pas.

 

4,5/10heureux qui comme,presl,atrabile,flegme,fable,social

Loubrun

01/12/2012

Blake et Mortimer - T21 - Le serment des cinq Lords

Couv_170145.jpgblake et mortimer,yves sente,andré juillard,jacobs,éditions blake et mortimer,aventure,lawrence d'arabieScénario : Yves Sente

Dessin : André Juillard

Couleur : Madeleine Demille

Editeur : Editions Blake & Mortimer

sortie : novembre 2012

62 planches

 

Résumé (Editeur)

Cette nouvelle aventure de Blake et Mortimer conduit nos deux héros à Oxford. L'Ashmolean Museum et sa célèbre collection archéologique est le théâtre de vols inexpliqués auxquels sont liés une série de meurtres tout aussi mystérieux. Tels les héros d'Agatha Christie, Blake et Mortimer mènent l'enquête. Yves Sente et André Juillard nous offrent une aventure dans la plus pure tradition des romans policiers britanniques.

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A chaque nouveau Blake et Mortimer, je me dis qu’on ne m’y prendra plus, c’est fini, B&M c’était E.P. Jacobs. Point barre ! Et puis quand je passe devant l’album (difficile de rater un blockbuster pareil !) je le feuillette et finis par céder à la tentation mercantile. Je ne regrette jamais vraiment car les auteurs poursuivant l’œuvre du maître ne sont pas des manchots et savent faire de la BD.  Et puis sans doute que j’aime assez ce charme un peu désuet des années 50.


Voici donc de retour le duo Sente / Juillard aux commandes de ce tome 21 des aventures de Blake et Mortimer. Yves Sente s’amuse avec l’Histoire en utilisant des faits réels sur les quels il étaye une pure enquête policière.


blake et mortimer,yves sente,andré juillard,jacobs,éditions blake et mortimer,aventure,lawrence d'arabieLe vol des notes manuscrites en 1919 de Thomas Edward Lawrence - plus connu sous le nom de Lawrence d’Arabie - marque le point de départ de cette enquête se déroulant dans les années 50.  Ici, nos deux héros ne quittent pas l’Angleterre et ne sont confrontés à aucune invention machiavélique ou autre engin volant sorti de l'esprit tordu d'un savant fou.. Ils sont juste rattrapés par leur passé (du moins le capitaine Blake) et sont amenés à résoudre une enquête des plus classiques. Un jeu d’enfants. On les sent d'ailleurs un peu naïfs sur ce coup là, manquant parfois de perspicacité.


Pas besoin de grandes scènes de poursuites ou de courses échevelées à travers le monde pour donner du rythme à cette intrigue bien ficelée, bien que sans grande complexité (on en devine assez rapidement les tenants et aboutissants). Tout se passe en Angleterre mais le rythme est enlevé et les traditionnels pavés de textes ne sont pour une fois pas trop ennuyeux.

Est-il besoin de parler du dessin de Juillard ? Dans l'esprit de celui de Jacobs, il est limpide et c’est un régal pour les yeux.


blake et mortimer,yves sente,andré juillard,jacobs,éditions blake et mortimer,aventure,lawrence d'arabieLa grande nouveauté qu’apporte cet album à la série, c’est ce mélange d’Histoire à l’histoire et l’absence d’Olrik dont la présence quasi obligatoire devenait vraiment insupportable. On ne peut que se réjouir de cette entorse faite au cahier des charges des Blake et Mortimer.


Sans être un chef-d’œuvre, ce tome 21 est un bon cru dont la lecture reste très plaisante. A défaut de ravir les puristes de la série, il devrait satisfaire les amateurs de petit polar bien ficelé.

 

Ma note : 7/10

Loubrun

26/11/2012

Fatale

Couv_172649.jpgDessinateur : Sean PHILLIPS

Scénariste : Ed BRUBAKER

Coloriste : Dave STEWART

Éditions : DELCOURT

Collection : Contrebande

Sortie :  Octobre 2012

Genre : Comics,  Fantastique,  Polar

 


Résumé (éditeur)

Dominic Raines, le vieil écrivain vient de mourir. Nicolas Lash est son héritier. Lors de l’enterrement il rencontre une vieille amie de son parrain, une certaine « Jo » qui commence déjà à exercer sur lui une étrange fascination qu’il ne comprend pas vraiment ! Revenu faire une dernière visite dans la maison de Raines, Nick découvre un livre jamais publié. Cette lecture va lui en apprendre un peu plus sur cette mystérieuse Jo, mais surtout sur d’étranges personnages qui, jadis, à la fin des années 60, changèrent la vie de Dominic…

 

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Après Criminals et incognito, le duo Brubaker / Phillips récidive dans le sombre polar. Cette fois-ci, la noirceur prend un virage fantastique.

Tous les ingrédients du polar noir sont réunis : flics pourris, maffieux, sectes, meurtres des plus affreux, ambiance sordide, créature de rêve rendant dingue le plus honnête homme. Peut-être trop d’ingrédients d’un coup rendant la lecture assez déroutante et presque pénible, du moins pour le premier tiers.

Toutefois, l’auteur réussit à garder le lecteur en haleine en maintenant un équilibre précaire entre polar noir classique et récit fantastique. On sent que ça peut basculer à chaque page, et la curiosité nous pousse à suivre l’énigmatique Jo. Car tout comme les protagonistes, le lecteur finit par succomber au charme envoûtant de cette beauté fatale.


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le dessin très noir de Sean Phillips colle parfaitement au récit. Le contraire eut été surprenant ! Mais là on sent qu’il s’éclate vraiment à mettre en image cette histoire qui devrait - on l’espère - rapidement virer au cauchemar.

Ce premier volume édité par Delcourt reprend les 5 premiers fascicules édités aux USA. L’édition Française devrait compter 5 albums.

Pour résumer, il faut un peu s’accrocher sur le premier tiers, mais se laisser capturer par le mystère tranquillement mis en place, se laisser envoûter par les ambiances créées par Sean Phillips, et souhaiter que la suite n'ouvre pas trop de nouvelles portes au risque de perdre définitivement le lecteur.

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ma note : 7/10

Loubrun

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Sur les bords du monde

Sur les bords du monde : L'odyssée de Sir Ernest Shackleton - tome 1

Couv_165422.jpg  Scénario : Jean-François Henry,  Hervé Richez, JacquesMalaterre
  Dessin et couleurs : Olivier Frasier,
  Editeur : Bamboo
  Collection : Grand angle

 Sortie : juin 2012
 46 planches
  Genre : Aventure historique

 

 


Résumé (Editeur)

Le 5 décembre 1914, Géorgie du Sud, dernière terre habitée avant l’hostile Pôle Sud. Un navire, nommé L’Endurance, quitte le quai avec à son bord vingt-sept hommes sous le commandement de l’explorateur Sir Ernest Shackleton. C’est le cœur chevillé au ventre et l’appel du blanc au fond de leur âme qu’ils partent rejoindre l’Antarctique et traverser pour la première fois le continent glacé ! Mais un froid exceptionnel les rend prisonniers des glaces. Isolés du monde, sans moyen de communication et avec des ressources limitées, ils devront se serrer les coudes pour survivre.

 

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"Recherche volontaires pour expédition en terre inexplorée. Petits salaire, froid cinglant, longs mois de nuit complète, dangers permanents. Retour sains et saufs non garanti. Honneur et reconnaissance en cas de succès." Voilà comment Shackleton a constitué son équipe. Avis aux amateurs de sensations fortes !


Ernest Shackleton était un de ces grands aventuriers explorateurs qui ont marqué les esprits lors de l'âge d'or de la course aux pôles. Après l'établissement d'un record en arrivant à moins de 180 km du pôle sud en 1909, il se fait coiffer au poteau par le Norvégien Roald Amundsen dans la conquête du pôle en 1912. Il décide alors de monter sa propre expédition en 1914 dont le but est de traverser le continent Antarctique en passant par le pôle. L'expédition tournera vite au cauchemar à cause d'une prise de glace précoce piégeant inexorablement le bateau dans un tombeau de glace. Shackleton n'aura alors plus qu'une idée en tête, mettant honneur et gloire tant convoités de côté, pour ramener à bon port sains et saufs tout les membres de l'équipe.

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Hervé RICHEZ et Olivier FRASIER adaptent ici le scénario d'un film de Jean-François HENRY et Jacques MALATERRE, racontant l'expédition Endurance - dont les tournants tragiques en ont fait un mythe et ont immortalisé Sir Ernest Shackleton dont la devise familliale était "Par l'endurance nous vaincrons".

Cette histoire est tellement empreinte de mythe que l'adapter en BD relève de la gageure. Cela à pourtant été fait il y deux ans dans la belle collection Mirages de chez Delcourt avec l'album Endurance de Bertho et Boidin.

Dans cette version on entre dans le vif du sujet dès les premières pages ou l'on voit que le "boss" au caractère bien trempé est pressé d'en découdre avec les glaces et lève l'ancre à la hâte en ignorant les discours officiels. L'accent est mis sur les rapports humains entre les membres de l'équipage (forcément des têtes brûlées) ainsi que les tensions entre les officiers de marine et les membres de l'expédition. Aussi, pour maintenir une cohésion vitale à la survie Shackleton devra-t-il déployer des trésors d'inventivité et d'audace pour éviter l'ennui et l'abandon, synonymes de mort assurée.

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Tout cela est fort bien retranscrit avec un découpage assez dynamique, mais la narration est un peu trop linéaire à mon gout et le dessin un peu grossier. Les personnages et les décors sont trop vite fait ce qui ne contribue pas à restituer l'effroyable grandeur des paysages traversés et des conditions endurées. C'est dommage, parce qu'une telle aventure aurait mérité un meilleur traitement graphique.

Cet album a toutefois le mérite d'être un bon documentaire qui permet de faire découvrir de manière simple et efficace l'aventure humaine de la conquête des pôles au début de XXe siècle.

Shackleton parviendra-t-il à ramener tous ses hommes vivants ? Nous le découvrirons assurément dans le tome 2.

Pour en savoir un peu plus, lire l'entretien avec Olivier Frasier


Ma note : 6,5/10

Loubrun

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