23/11/2015

Le cas Alan Turing

Couv_257090.jpgPicture 037.jpgHistoire extraordinaire et tragique d'un génie

Scénario : Arnaud Delalande

Dessin et couleur : Eric Liberge

96 pages – cartonné

Editeur : Les Arènes BD

Sortie : octobre 2015

 

 

Présentation de l’éditeur : 

Londres, 1938. Les services secrets britanniques recrutent un jeune et brillant chercheur en mathématiques : Alan Turing. Sa mission : déchiffrer les codes de l’Enigma, la machine qui permet de transmettre les instructions du Führer à ses troupes. Toutes les tentatives de décryptage ont échoué jusque-là. 

C’est le plus grand défi de la vie d’Alan Turing. Un bras de fer scientifique inouï. 
Dans le secret le plus total, il s’attelle à la tâche. Et réussit. En cassant le code Enigma, Turing donne un avantage décisif aux Alliés et jette les bases de la révolution informatique. 
Son succès aurait dû le mener au faîte de la gloire, mais il doit se cacher et rester dans l’ombre. 

Dans l’Angleterre puritaine, son homosexualité est une marque d’infamie. La justice le condamne à la castration chimique. Le 7 juin 1954, c’est un homme seul et désespéré qui met fin à ses jours en croquant une pomme empoisonnée. 


Homme d’exception, Alan Turing a su percer tous les codes secrets, sauf un seul : le sien.

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Mon avis : 

L’éditeur Les Arènes,  politique et polémiste, se lance dans la  bande dessinée et c’est une excellente nouvelle. Sa ligne éditoriale se résume comme ceci : Publier peu en privilégiant les projets forts : quatre à dix titres par an seulement. Accompagner chaque titre médiatiquement et commercialement pendant des mois. Construire un catalogue différent ancré dans le réel et l’Histoire. Inventer de nouveaux formats. Porter « la bulle dans la plaie », comme aurait pu l’écrire Albert Londres.  

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Le destin hors du commun de ce génie des mathématiques évoqué par le film "Imitation game", fait ici l’objet d’un hommage biographique en bande-dessinée. Si le scénario privilégie la période de la seconde guerre mondiale, de nombreuses anecdotes (enfance, jeunesse, amours, monde intérieur,…) émaillent l’album. Alan Turing  s’est, par exemple, suicidé en croquant dans une pomme enrobée de poison, s’inspirant du dessin animé Blanche Neige. Une pomme dont on prétend qu’elle inspira également le logo d’Apple… 

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La volonté de réalisme des auteurs combinée à des acrobaties graphiques de mise en scène logico-mathématique donne un résultat surprenant et, ma foi, agréable à lire. Le dessin d’Eric Liberge privilégie en effet des constructions visuelles tellement complexes qu’elles  ralentissent parfois le rythme de la lecture. 

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En conclusion, ce récit historique intéressant, traité sous le mode du thriller, captivant et dynamique, ravira particulièrement les amateurs de logique mathématique. C’est aussi une  réflexion sur le sens du devoir, la solitude et la difficulté de vivre en se sentant différent et incompris. A la fin de l'album, un passionnant dossier de Bruno Fuligni revient sur les différents aspects de la guerre cryptographique.

 

a07-3e78901.gifDessin 

 

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Scénario 

 

a07-3e78901.gifMoyenne

 

Le site internet de Les Arènes BD : ICI

Le site internet de Eric Liberge : ICI

 

Skippy

18/11/2015

Transperceneige

Picture 025.jpgPicture 026.jpgTerminus

Scénario : Olvier Bocquet

Dessin: Jean-Marc Rochette

Parution : 14 octobre 2015-11-15

232 pages couleurs – cartonné

Science-fiction

 

Présentation de l’éditeur :

 Après des décennies d’un voyage sans but sur notre terre gelée, le Transperceneige est hors d’état de continuer son périple, les passagers -toute l’humanité survivante- sont contraints de quitter le train à la recherche d’un abri. Malgré les risques, c’est pour chacun l’espoir d’une vie meilleure, car rien ne pourrait  être pire que l’existence à bord… Pensent-ils. 

Terminus fait suite aux trois premiers albums de la saga, mais peut se lire indépendamment.

D’après l’univers et les personnages de Jacques Lob, Jean-Marc Rochette et Benjamin Legrand. 

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Mon avis :

« Parcourant la blanche immensité d’un hiver éternel et glacé

d’un bout à l’autre de la planète roule un train qui jamais ne s’arrête.

C’est le Transperceneige aux mille et un wagons.

C’est le dernier bastion de notre civilisation. »

 Cette comptine annonçait, en 1982, le départ d’une série de science-fiction devenue aujourd’hui classique et mythique.

 En 2013, le réalisateur sud-coréen Bong Joon-Ho s'en est inspiré pour son film spectaculaire "Snowpiercer", ce qui a donné un nouveau souffle à la série BD. Terminus constitue la suite des trois premiers épisodes, mais aussi celle du long-métrage.

33 ans après le début de l’aventure, Terminus! Tout le monde descend! Quatrième et dernier épisode!   

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Si les passagers du Transperceneige apprennent finalement qu'ils ne sont pas seuls sur terre, la cité et la société qu'ils vont découvrir relève du pire des cauchemars. Ses habitants, porteurs d'étranges masques de souris, occupent un ancien parc d'attractions, "Future Land", dont les tickets d'entrée finançaient un centre de recherche destiné à préparer la conquête de Mars. Ce parc et ce centre fonctionnaient grâce à l'énergie nucléaire d'une centrale qui laisse maintenant échapper de l'eau contaminée. 

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Le scénario de ce roman graphique en clair- et surtout- obscur est particulièrement soigné. Il peut être lu à différents niveaux tant les thèmes qui s’y trouvent font écho à nos angoisses contemporaines : pamphlet anti-nucléaire, fable philosophique sur l’accueil de refugiés, réflexion sur les conséquences de l’eugénisme et du transhumanisme, réquisitoire pour éviter l’apocalypse climatique, … Même les rôles de l’art et du sexe dans nos sociétés font partie du tableau.

 De la linéarité horizontale ferroviaire, on plonge dans les entrailles d’une mystérieuse cité souterraine. Du blanc immaculé de la neige, on descend à la verticale dans les entrailles sombres d’un nouvel enfer dantesque. Regardez bien la couverture de l’album, superbe métaphore graphique du récit. On y voit un ‘arpenteur’ qui passe d’une porte, case blanche, à la noirceur la plus totale. 

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Jean-Marc Rochette, qui a consacré neuf mois de sa vie au dessin de ce nouvel opus, accouche ici d’un chef d’œuvre. Parfois dans la douleur : sur les 220 pages, il en a réalisé une vingtaine avec le coude cassé. Tout son savoir faire de peintre se retrouve dans ses dessins crayonnés aux teintes sombres. Son travail tient de l’épure et frôle à plusieurs reprises l’abstraction picturale.

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Il fallait terminer une des plus belles aventures de la SF en BD tout en préservant la continuité avec le film. Pari difficile ? Pari impossible ? Pari réussi, jusque dans la minuscule note d’espoir suggérée dans la dernière case.  La richesse inventive du scénario et la maîtrise graphique font que Terminus arrive à transcender le genre : ce n’est pas un album de BD que le lecteur tient dans ses mains, c’est une œuvre d’art ! A découvrir d’urgence, avant la fin du monde ! 

 

        Dessin 

 

       Scénario 

 

       Moyenne

 

Le site internet des Editions Casterman : ICI

exposition en ligne des tableaux de jean-Marc Rochette : ICI 

 

Skippy

13/11/2015

Le voyage de Phoenix

Picture 031.jpgPicture 033.jpgDessin et scénario : Jung

Editions Soleil

Collection : Quadrants

320 pages – broché

Sortie : 07 octobre 2015

Roman graphique

 

Présentation de l’éditeur :

Après son bouleversant et autobiographique Couleur de peau : miel, Jung revient avec un récit tout aussi touchant. A sa façon personnelle, pudique et humaniste, il évoque la guerre fratricide des Corées et le régime des plus totalitaires qui s’en est suivi pour celle du Nord. Il met en scène deux destins croisés.

Jennifer est la fille d’un soldat américain qui a trahi sa patrie en passant en Corée du Nord, vendant ainsi son âme au communisme, la fille d’un père qu’elle n’a pas connu. A 19 ans, elle part sur ses traces en Corée pour comprendre ce qui a motivé cette décision, l’obligeant par la même occasion à abandonner sa mère enceinte d’elle à cette époque. Elle se marie avec San-tto, un réfugié en Corée du Nord, qui a réalisé ainsi le chemin inverse de celui de son père, et s’implique totalement dans son travail à l’orphelinat américain de Séoul, qui donne un sens à sa vie. C’est dans ce cadre qu’elle a rencontré Aaron et Helen.

Aaron et Helen ont adopté Kim, un jeune Coréen. Il forme une famille unie avec la fille qînée, née d’une précédente union d’Aaron. Kim adopte sa grande sœur, qui ne vient que trop rarement à son goût, les voir. Un jour, alors que Chelsea est allée en voiture chercher Kim à l’école, ils sont victimes d’un grave accident. Chelsea s’en sort, indemne, Kim est hospitalisé dans le coma. Aaron est effondré.

 

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C’est un oiseau légendaire

qui a le pouvoir de renaître de ses cendres

après s’être consumé sous l’effet de

sa propre chaleur. Il incarne l’immortalité…

Lorsqu’il sentait sa mort venir,

il se construisait un nid d’herbes aromatiques

pour s’y consumer.

Il en renaissait un nouvel oiseau ...

 

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Mon avis :

Après « Couleur de peau: miel » et son adaptation en film d’animation, Jung est déjà de retour avec ce superbe roman graphique. Les multiples thèmes abordés restent très largement autobiographiques : l’adoption, la quête des origines, les secrets de famille, l’absence d’un père, la mort d’un enfant, la liberté, le conditionnement, le deuil, la rédemption, la recherche du bonheur, la renaissance et la résilience. Dans le récit principal, rédigé à la première personne, Jennifer, la narratrice, tisse une toile narrative complexe et intègre d’autres histoires dont une sous forme de livre pour enfants. Ce puzzle parfois déroutant, ce scénario aux couleurs littéraires très affirmées, relève du tour de force et plonge le lecteur dans un univers d’émotions et de sensations intenses. On ne peut s’arrêter de lire une fois qu’on a commencé ces 320 pages, véritable condensé de beauté, d’amour et d’espoir.

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Le dessin de Jung, au crayonné sobre et raffiné, joue avec subtilité du noir et du blanc pour bâtir un ensemble réaliste légèrement teinté d’onirisme.

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Cet album est une petite perle d’humanisme philosophique qu’on rêve de pouvoir offrir ou de recevoir comme cadeau pour les fêtes.

 

   Dessin 

 

   Scénario 

 

   Moyenne

 

Le site internet des Editions Soleil : ICI

Le site internet de la collection Quadrants : ICI

 

Skippy

 

09/11/2015

Où sont passés les grands jours?

Picture 019.jpgPicture 020.jpgTome 2

Scénario : Jim

Dessin : Alexandre Tefenkgi

Editions Bamboo

Collection : Grand Angle

Sortie : septembre 2015

88 pages – cartonné

Roman graphique

 Présentation de l’éditeur :

 On savait tous qu’un jour il faudrait devenir des adultes. Personne ne nous avait dit que ça viendrait si vite.

 Que faire quand toutes nos certitudes s’écroulent et que la vie vole en éclats ? Après le suicide d’un ami, une histoire d’amour gâchée par les mensonges et des amitiés qui s’étiolent, peut-il encore y avoir une éclaircie ? Peut-on encore rassembler les pièces du puzzle de sa jeunesse et réapprendre à vivre ? La réponse est peut-être là, cachée dans ces objets insolites laissés en guise de testament… 

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C’est une histoire de trentenaires.

C’est l’histoire d’Hugo, Etienne et Jean-Marc. Mais c’est aussi l’histoire de Fred, que personne n’oublie.

C’est l’histoire d’un testament.

C’est le parcours d’un homme. C’est cet instant où, tout au fond de la piscine, il va falloir donner une impulsion pour remonter à la surface.

C’est l’histoire d’une renaissance. D’un père avec sa fille, d’un inconnu au bout du téléphone…mais aussi d’un lance-pierre, de huit places de concert classique, d’un livre, un monocycle et un bête accordéon…

C’est l’histoire de la vie. La vie, plus forte que tout. 

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Mon avis :

 Après Une nuit à Rome et Une petite tentation, Jim signe ici, avec brio, la deuxième et dernière partie d’un récit intimiste particulièrement attachant. En nous plongeant dans cette complexe intrigue psychologique, toute en nuance et profondeur, il poursuit avec raffinement sa chronique introspective des affres de la trentaine. Son scénario cultive l’art d’aborder les petites situations  perturbatrices du quotidien, ici le deuil d’un ami, qui débouchent sur les bouleversements d’une existence, l’art d’interroger les rapports à la normalité et à la responsabilité. Il n’a pas son pareil pour raconter la progressive décomposition d'une famille idéale, mettre en scène des héros ordinaires dans toutes leurs ambivalences et leurs tourments. La force des dialogues et l’humanisme de la thématique entraînent irrésistiblement le lecteur sur le terrain de l’émotion et de la sensibilité.

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Le dessin, confié à  Alex Tefenkgi,  réussit  parfaitement à rendre les états d’âme des personnages au travers de leurs mimiques et leurs jeux de regards. Son trait fin, épuré, est relevé par une colorisation sobre. Ce qui assure la progression dramatique, souligne le réalisme et l’amertume des situations. 

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 Avec ce récit encadré par des citations de David Thomas et Franz Kafka, le ton est donné. A la lecture, de l’impression générale se dégage un charme romanesque, un sens littéraire aigu, porteur d’espoir et d’optimisme.

 

a08-3e78906.gifDessin 

 

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Scénario 

 

a08-3e78906.gifMoyenne

 

Le site internet des Editions Bamboo : ICI

Le site internet de la collection Grand Angle : ICI

 Le site internet de Jim : ICI

 

 

Skippy