01/02/2016

Boitelle et Le Café des Colonies

Picture 117.jpgPicture 120.jpgScénario : Didier Quella-Guyot
Dessin : Sébastien Morice
Editeur : Bamboo, Grand Angle
Sortie : 06 janvier 2016
46 pages - cartonné

Genre : Adaption BD d’une œuvre littéraire, d’après Maupassant

 

Présentation de l'éditeur :

Malmené par la vie, le père Antoine Boitelle se remémore sa chère jeunesse : lorsqu’il était soldat au Havre, à rêver devant les navires en partance pour les pays lointains ; son coup de foudre pour la belle Norène, une jeune Africaine serveuse au Café des colonies. Si le jeune Antoine vécut une immense passion, il se heurta également à la laideur du racisme quotidien et à la résistance de ses parents, paysans, face à un mariage beaucoup trop « coloré » à leur goût.

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Mon avis :

L’adaptation de textes littéraires classiques est un exercice difficile mais on peut dire que les auteurs s’en sortent plutôt bien ; d’une nouvelle de Maupassant au sujet encore d’actualité, ils tirent un petit roman graphique plein de nuances et de sensibilité. Cette histoire d’amour impossible entre un soldat et une jeune femme noire, ce refus d’un couple de paysans obtus d’accepter le mariage de leur fils avec une "étrangère", reste un excellent support pédagogique pour traiter la question du racisme et on la retrouve d’ailleurs dans de nombreux manuels scolaires francophones. Le scénario respecte scrupuleusement le texte original, une nouvelle de la plume de Didier Quella-Guyot vient par ailleurs donner un épilogue heureux à cette histoire. L’album est le tout premier réalisé par le dessinateur, publié chez l’éditeur Petit à Petit en 2010 et devenu introuvable. La réédition dans la collection Grand Angle de Bamboo a amené les auteurs à quelques petits remaniements formels.

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Le dessin semi-réaliste de Sébastien Morice convient parfaitement à cette transcription graphique, avec de belles reconstitutions de la ville du Havre à la fin du XIXème siècle.

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La vision triste, lucide et réaliste de Maupassant, sa dénonciation subtile du racisme ordinaire, trouvent ici un nouveau canal didactique particulièrement bien adapté pour toucher de jeunes lecteurs. Le travail respectueux et soigné des auteurs dans leur adaptation fait de cet album une belle réussite.

 

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a07-3e78901.gifDessin 

a08-3e78906.gifScénario


a08-3e78906.gifGlobal



Skippy

30/01/2016

Le club des prédateurs - Tome 1 – The Bogeyman

Picture 101.jpgPicture 102.jpgScénario : Valérie Mangin
Dessin : Steven Dupré
Editeur : Casterman
Sortie : 27 janvier 2016
56 pages
Genre : Thriller

 

 

Présentation de l'éditeur :

Un thriller dans l'Angleterre Victorienne par les auteurs d'Alix Senator et de Kaamelott.

Londres 1865.

Tandis que dans leurs clubs les gentlemen font bonne chère, dans leurs usines les enfants des pauvres se tuent au travail.

Tout autour, le brouillard dissimule mal les monstres et les criminels. Jack, un petit ramoneur insoumis, voudrait combattre tous ces prédateurs, et en particulier l'effrayant Bogeyman, le meurtrier de son père.

Le hasard va le rapprocher d'une très jeune héritière, Liz, qui pourrait changer sa vie.
Mais des rues mal famées jusqu'au Club le plus select, leur innocence va laisser place à la pure terreur.

Picture 103.jpg

Engoncée dans ses habitudes de petite fille très riche, Liz accepte un système régi par les plus forts. D'autant qu'elle côtoie régulièrement ce beau monde, les dignes représentants d'un pouvoir dur mais juste. Qu'une enfant de 12 ans se fasse pendre en place publique ne l'étonne guère. Elle s'en émeut un peu, mais qui pourrait lui ouvrir les yeux ? Et pourquoi pas ce petit gredin de Jack ? Jack, un joli gars qu'elle a rencontré sur le lieu de l'exécution et qui lui a tapé dans l'oeil. Et sérieusement encore... au point d'accepter de lui parler, de l'écouter... de l'accompagner. Alors qu'avec son attirail de ramoneur, sûr que c'est un malfrat ! Mais elle n'a pas froid aux yeux, la petite. Dans son donjon cossu, elle n'a peur de rien, pas même du Bogeyman, le "croquemitaine". Ça tombe bien, Jack le connaît ! Il sait même où il habite... Ce sera l'occasion de le voir en vrai. Mais quelle surprise pour Liz ! Dans son antre immonde, le Bogeyman engraisse de jeunes enfants destiné à être...mangés. Et pas par n'importe qui. Par des gentlemen de la bonne société, membres d'un club très sélect dont le président ne serait autre que son propre père...

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Mon avis :
Avec cet album, les auteurs ont frappé fort. Le lecteur tient là le meilleur de ce début d’année 2016.

Le scénario de Valérie Mangin tient la route, c’est le moins qu’on puisse dire. Cette variation sur les pires conséquences de la Révolution Industrielle qui, telle un ogre, dévore, au sens propre comme au sens figuré, ses propres enfants, fonctionne à partir de la métaphore de la créature du bogeyman, du croquemitaine. Mais ici la réalité, le réalisme, est à peine dépassée par la fiction. L’histoire commence par la pendaison publique d’une enfant et progresse inexorablement vers un final des plus horrifiques. La construction narrative est impeccable et le rendu des ambiances délétères de la période victorienne rive l’attention du lecteur qui n’a droit à aucun temps mort, aucun répit. Cette vision exacerbée d’un capitalisme immoral qui débouche sur l’horreur pure puise bien sûr son inspiration chez Dickens pour la misère sociale, mais aussi chez Perrault dont les contes pour enfants jouent parfois sur la terreur et l’horrible.

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Steven Dupré met son dessin, au style semi-réaliste, au service de l’abomination de ce récit et on peut voir que cela fonctionne parfaitement. Bien documenté, mais sans volonté d’exactitude historique à tout prix, son travail s’avère très soigné que ce soit dans la recherche des décors ou des costumes d’époque. Le sens du détail, le découpage des cases superposées sur un fond pleine page de certaines planches, les illustrations expressives des visages, font de ce travail un ensemble particulièrement efficace. On attend avec impatience la suite et la fin de ce diptyque.

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     Dessin 

   Scénario  

     Moyenne

 

Le site internet des Editions Casterman : ICI

Le site internet de Valérie Mangin  : ICI

Le site internet de Steven Dupré  : ICI 

 

Cette chronique doit beaucoup à l'agréable entrevue que j'ai pu avoir avec Valérie Mangin et Steven Dupré organisée par les éditions Casterman le jeudi 09 décembre 2015.

Skippy 

28/01/2016

Une aventure de Jeanne Picquigny - Tome 4 - La paresse du panda

La paresse du panda, Bernard, Casterman, roman graphique, 20 janvier 2016La paresse du panda, Bernard, Casterman, roman graphique, 20 janvier 2016Scénario et dessin : Fred Bernard

Editeur : Casterman

Sortie : 20 janvier 2016

384 pages - broché

Genre : Roman graphique

 

 

 

Présentation de l’éditeur :


Avec La Paresse du Panda, la saga Jeanne Picquigny prend un nouveau visage.
Fred Bernard emmène Jeanne Picquigny en Chine, et fait revenir sa petite-fille Lily Love Peacock, en traitant en bande dessinée de ce que la France exporte le mieux : la musique électro, le vin et la mode. Sujets qu'il n'a jamais abordés quand il écrit pour la jeunesse avec son ami François Roca (il a obtenu trois fois le Goncourt jeunesse).

La paresse du panda, Bernard, Casterman, roman graphique, 20 janvier 2016

Fred Bernard est né en Bourgogne et voyage beaucoup, comme Jeanne. Il rencontre encore parfois des lecteurs qui pensent qu'il est une femme avec toutes ses histoires de filles... et on finit par se dire qu'il souffre peut-être d'une sorte d'« hermaphrodisme mental ». Il suffit de suivre les aventures de Jeanne Picquigny pour s'en convaincre.

La paresse du panda, Bernard, Casterman, roman graphique, 20 janvier 2016

Tous les opus peuvent se lire indépendamment, les lecteurs raccrochant d'eux-mêmes tous les petits wagons ...

La paresse du panda, Bernard, Casterman, roman graphique, 20 janvier 2016

Jeanne Picquigny et Eugène Love Peacock sont tous deux Vierge, et Rat selon l’astrologie chinoise.
Qualités : imaginatifs, esprits vifs.
Défauts : fantasques, têtus, difficilement maîtrisables.
Le signe du Rat correspond aussi à un nouveau cycle et annonce la prospérité à venir.
Fous amoureux, sont-ils toutefois faits pour vivre ensemble? S’aventurer, ça oui ! Sortir du “puits magique” de “l’île des deux crânes” (La patience du Tigre) et quitter l’Himalaya pour rentrer chez eux en Bourgogne va s’avérer bien plus compliqué que prévu.
Toujours en compagnie de leurs amis, Timothy Python et Pamela Baladine Riverside, Jeanne et Eugène vont devoir fuir la secte acharnée à leur perte, via la Chine.
Presque un siècle plus tard, Lily Love Peacock, curieuse des mystères qui entourent ses grands-parents disparus, se plonge dans les aventures de Jeanne avec langueur et volupté. Sa quête nourrit son âme mélancolique et son oeuvre de chanteuse pop-rock.
Elle creuse les zones d’ombre, gratte les mystères petit à petit révélés, en compagnie de Victoire Goldfrapp. Nous rencontrerons un Allemand tatoué anti-nazi devenu botaniste, un panda à la virilité défaillante et une étrange cargaison destinée à la Couronne britannique.

 

Mon avis :


Avec La Paresse du Panda, Fred Bernard nous propose la suite de sa saga familiale pas comme les autres. Cette fois, la narratrice est Lily, la petite-fille de Jeanne. Cette fresque, teintée de récit d’aventures et pimentée de sensualité, suit les règles d’un jeu imposées par son auteur et navigue entre les époques et les cultures dans ce long (presque 400 pages) et sidérant album. Il peaufine ici l'évolution psychologique de ses personnages, qui y gagnent en profondeur.

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Le trait "volontairement brouillon" des dessins reste au service d’un scénario romanesque abouti et labyrinthique : Fred Bernard cite volontiers les Rougon-Macquart de Zola comme influence littéraire sur son travail. La lecture de ce quatrième opus de la série est une agréable ballade dans un monde foisonnant de détails incongrus, de méditations philosophico-sociologiques, d’invitations au voyage et à la rêverie, d’exotisme et de mélancolie. Les 5 chants qui composent cet album entraînent le lecteur dans un univers proche de l’enchantement, fait de passions tumultueuses, d’expéditions improbables, de divagations pop, de mysticisme excentrique.
Dans cet heureux délire, le lecteur aura l’occasion de se perdre et de croire que, peut-être, il pourrait s’y retrouver sans que cela puisse avoir une réelle importance. Ce qui compte, c’est ce temps de la lecture qui peut s’allonger et qui laisse augurer les moments de bonheur à venir.

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Ce récit, heureusement inachevé, est une réussite incontestable. La voix de Fred Bernard est unique et chaleureuse, elle constitue un remède contre la morosité quotidienne. Cette folie douce et transgénérationnelle, cette ode au souvenir et à la transmission est à lire, à découvrir.

  Dessin

 

   Scénario

 

   Moyenne

 

Cette chronique a été rédigée suite à une fort sympathique rencontre avec Fred Bernard dans les locaux des Editions Casterman le mercredi 20 janvier 2016. Nous avons plus parlé de voyages que de BD. Mais, enfin, bon ...

Le site internet des Editions Casterman : ICI

 

SKIPPY 

23/01/2016

Watertown

watertown,götting,casterman,polar psychologique,06 janvier 2016watertown,götting,casterman,polar psychologique,06 janvier 2016Scénario et dessin : Jean-Claude Götting
Sortie : 06 janvier 2016
Editeur : Casterman
96 pages - cartonné
Genre : Polar psychologique

 

 

 

Présentation de l’éditeur :


A Watertown, Philip Writing coule une vie ordinaire et tranquille : un boulot dans les assurances, des week-ends de pêche et surtout les extraordinaires muffins de Mr. Clarke que l'on peut déguster chaque matin sur le chemin du bureau, après avoir fait un brin de causette avec la charmante Maggie Laeger. Mais un beau jour, tout bascule. Mr Clark est retrouvé mort dans sa cuisine, écrasé par une étagère et la charmante Maggie Laeger s'est évaporée. Maggie serait-elle une meurtrière ? Si oui, quelles étaient ses motivations ? Quand Philip retrouve Maggie deux ans plus tard, elle est devenue Marie Hotkins et tient un magasin d'antiquités à Stocbridge. Elle feint surtout de ne pas le reconnaître. Philip décide alors de mener sa propre enquête.

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La dernière fois que je vis Maggie Laeger, c'était un lundi matin.
Je passai comme à mon habitude dans la pâtisserie de Monsieur Clarke pour y acheter un muffin que je mangerais sur le chemin du bureau.
Lorsqu'en payant, je lançai « À demain Maggie », elle répondit :
« Non... Demain je ne serai plus là. »

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Mon avis :


Le scénario de Watertown trouve son inspiration dans les classiques romans noirs américains de James Cain ou Fredric Brown, avec la préparation lente et minutieuse d’un suspense qui va vers sa surprise, sa « chute ». C’est du côté de Vertigo de Hitchcock qu’on trouvera la référence cinématographique. Jean-Claude Götting a ici privilégié les textes, il a découpé soigneusement son récit en sept chapitres pour en faire une longue nouvelle. La voix off des pensées de son anti-héros-enquêteur-narrateur accompagne de grandes cases réalisées à la gouache, en un dessin au trait noir épais réalisé au pinceau, mais à la composition soignée. Les teintes grisées sont obtenues en utilisant un petit rouleau, les couches de couleurs Pantone, bleu et jaune, sont le fruit d’un travail numérique, subtile allusion à la technique du Technicolor au cinéma. Des illustrations pleines pages ouvrent les différents chapitres. Le travail est élégant.

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Dès les premières planches, des gaufriers de 4 cases, le lecteur est plongé dans un polar dont l’intrigue, simple et efficace, laisse entrevoir une descente dans la névrose. Le fade agent d’assurance, qui se découvre une vocation d’enquêteur, va aller jusqu’au bout de son obsession. Ce narrateur, qui ressemble étrangement à l’écrivain américain Fredric Brown, va suivre son intuition au point de se créer une réalité personnelle. La quête de l’auteur et celle du narrateur prennent parfois des chemins similaires : un album photos source d’inspiration pour l’un ou élément essentiel de recherche pour l’autre. Cette inscription de la source d’inspiration scénaristique dans la fiction révèle l’origine partiellement autobiographique de cette histoire. Jean-Claude Götting nous entraine ainsi dans les méandres de sa création, avec ce petit côté jubilatoire dans l'art de la citation.

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Une histoire simple, un héros banal, un récit psychologique complexe, un polar envoutant : Watertown !

 

a08-3e78906.gif Dessin

 

a08-3e78906.gif Scénario

 

a08-3e78906.gif Moyenne

 

Cette chronique a été rédigée suite à une sympathique rencontre avec Jean-Claude Götting dans les locaux des Editions Casterman le mardi 12 janvier 2016.

Le site internet des Editions Casterman : ICI

 

SKIPPY