16/12/2015

Le courant d'art

Picture 059.jpgPicture 058.jpgScénariste, illustrateur et coloriste :  Bezian Frédéric

Editeur : Soleil

Série : Le courant d’art

Collection : Noctambule

54 pages - cartonné

Date de parution : 23 septembre 2015 

Historique - artistique

 Résumé – présentation de l’éditeur :

Le Courant d’Art de Frédéric Bezian, une union sublime entre l’art et la bande dessinée. 

Aux prémices de ce projet, un livre The Elements of Euclid par Oliver Byrne, mathématicien du XIXe siècle qui entreprit d’illustrer la géométrie d’Euclide avec des formes géométriques : des ronds, des triangles, des carrés... rouges, jaunes, bleus... Une théorie évoque la possibilité que Mondrian aurait pu s’en inspirer.

Ainsi, Le Courant d’Art raconte – au gré de spectaculaires envolées graphiques – De Byrne à Mondrian et De Mondrian à Byrne. Un livre accordéon qui se lit d’un côté puis de l’autre et inversement, un mariage sublime entre l’art et la bande dessinée.

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Prélude de Bezian – De Byrne à Mondrian

Imaginons : vous découvrez dans un grenier un livre dont il ne reste que les illustrations en couleurs et les extraits qui les accompagnent.

Sa lecture parcellaire vous laisse deviner l’histoire presque authentique d’Olivier Byrne, mathématicien irlandais du XIXème siècle, d’un rêve prémonitoire, d’une rivalité amoureuse, du noir, du blanc et des trois couleurs fondamentales …

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Prélude de Bezian – De Mondrian à Byrne

Imaginons : vous découvrez dans un grenier un livre dont il ne reste que les illustrations en couleurs et les extraits qui les accompagnent.

Sa lecture parcellaire vous laisse deviner l’histoire de Piet Mondrian, peintre néerlandais du XXème siècle, d’un rêve prémonitoire, d’une rivalité amoureuse, du noir, du blanc et des trois couleurs fondamentales …

 

Mon avis :

Le scénario est basé sur une démonstration artistique mise en cases et en planches de façon audacieuse, voire originale. La mise en évidence de la vie et la carrière de deux hommes célèbres, chacun dans sa discipline, l’évocation du Bauhaus et l’évocation de ses liens avec l’histoire de la BD, se matérialise sous forme de bande au sens propre puisqu'il s'agit d'un leporello, un livre accordéon. Le lecteur est ainsi invité à déplier Le Courant d’art, d’un côté puis de l’autre, et à parcourir une dizaine de scènes, autant de tableaux, pour chacun d’eux.

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 Au niveau du dessin, les traits appuyés, anguleux  frisent avec l’illustration, la fresque ou même le tableau. Les aplats bleus rouges et jaunes aux accents modernistes apportent suffisamment d’émotion pour que cette histoire d’êtres torturés et amoureux. 

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Objet curieux et inclassable, ni livre d’art ni BD, à la fois livre d’art et BD, authentique performance formelle pour bibliophiles, Le courant d’art est une superbe évocation de l’histoire de la géométrie, de la peinture, de l’architecture et de la BD. Devant autant de maestria, le lecteur est subjugué jusqu’à la fascination et poussé à approfondir ses connaissances des différents sujets évoqués.

 

     Dessin  

     Scénario   

     Moyenne

 

Le site internet des Editions Soleil : ICI

 

J'ai rédigé cette chronique assis sur une sculpture monochrome rouge en feuille d'acier dépliée en forme de Z, hommage personnel à la  chaise dite Z, de l'architecte Gerrit Rietveld, inspirée des toiles de Mondrian et emblème du mouvement De Stijl. Toute mon admiration va à ces maîtres déjà anciens et à Bezian qui les fait ici revivre, nous incite à les (re)découvrir.

 

Skippy 

 

14/12/2015

La gloire de mon père

Picture 051.jpgPicture 049.jpgD’après l’oeuvre de Marcel Pagnol

Scénario : Serge Scotto et eric Stoffel

Dessin : Morgann Tanco

Editeur : Bamboo

Collection : Grand Angle

Sortie : 04 novembre 2015

Récit de vie autobiographique

Présentation de l’éditeur : 

« L’âge de mon père, c’était vingt-cinq ans de plus que moi et ça n’a jamais changé. L’âge d’Augustine, c’était le mien parce que ma mère, c’était moi… »

Les vacances d’été dans la garrigue sont une révélation pour le jeune Marcel Pagnol et son petit frère, qui tombent amoureux des collines, de sa végétation sauvage, de ses massifs de roche : Garlaban … Scènes truculentes de vie, humour et souvenirs nostalgiques, le sens inné de Pagnol de la mise en situation, son goût de la farce émaillent ce récit chaleureux, dont le charme se partage entre les décors et la saveur ciselée des dialogues.

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"Les mots qui ont un son noble contiennent toujours de belles images"

Première partie des Souvenirs d’enfance, écrits sur le tard (en 1957, Marcel Pagnol a 62 ans), La Gloire de mon père est une de ses rares œuvres qu’il n’a pas portée lui-même à l’écran.

Dans cet ouvrage, il raconte ses origines et celles de sa famille : la nomination de son père Joseph, instituteur à Marseille, la rencontre de tante Rose avec l’oncle Jules, puis le voyage et les vacances d’été dans la maison de campagne louée dans la Garrigue, la Bastide Neuve, près d’Aubagne.

Ces vacances sont une révélation pour le jeune Marcel qui tombe amoureux de la végétation sauvage du Garlaban et découvre le bonheur des escapades dans les collines avec son copain Lili des Bellons.

Viendra ensuite la mythique chasse à la Bartavelle, la perdrix royale, le fin du fin du gibier … qui fera la « gloire » de son père …

Scènes truculentes de vie, d’humour et de souvenirs nostalgiques … Avec La Gloire de mon père, c’est un Pagnol au sommet de son art qui nous replonge dans une enfance heureuse et inondée de soleil … avec une magie toujours intacte.

 

Mon avis : 

Tout d’abord je tiens à saluer l’initiative de l’éditeur qui, à l'occasion du 120ème anniversaire de la naissance de Marcel Pagnol, se lance dans l’adaptation en BD de l’intégralité des écrits de l’enfant d’Aubagne dans une collection fidèle à son auteur. Par les temps qui courent, une telle audace mérite le respect.

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Ensuite, le duo Serge Scotto et Eric Stoffel au scénario signe ici sa deuxième production  en s’attaquant à l’un des chefs d’œuvre de la littérature française hyper connu, hyper lu, grâce au cinéma d’ Yves Robert et grâce aux programmes de lectures scolaires. Le défi est donc de taille. Et on peut dire que le résultat est très respectueux du récit original avec un sens affiné de l’utilisation des décors et un découpage chronologique audacieux. Les deux compères, qui apparaissent d’ailleurs dans la première case de la page 86, ont parfaitement intégré les codes cinématographiques de l’écriture pagnolienne. Champ, contrechamp, plan général, gros plan, plongée, contre-plongée, séquence, montage, la BD utilise le même langage que le cinéma.

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Enfin, le dessin semi-réaliste de Morgann Tanco et les couleurs lumineuses de Sandrine Cordurié s’accordent parfaitement. Regardez la planche qui suit , ce décor qui fait penser à un  western, cadre parfait qui pour le petit Marcel devait lui donner un sentiment d'aventure.

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Adapter une grande œuvre classique n’est jamais simple, mais c’est la possibilité de prolonger le travail d’un écrivain qui n’avait pas peur de l’adaptation puisqu’il a porté lui-même plusieurs de ses textes à l’écran. L’ambition de donner une nouvelle jeunesse en BD aux personnages de Pagnol va, je l’espère, ravir les nostalgiques et entraîner de nouvelles générations de lecteurs vers la découverte d’un univers savoureux.

 

   a08-3e78906.gif  Dessin 

 

  a08-3e78906.gif  Scénario 

 

  a08-3e78906.gif  Moyenne

 

Le site internet des Editions Bamboo : ICI

 

Skippy

11/12/2015

Alix Senator tome 4

Picture 044.jpgPicture 045.jpgLes démons de Sparte

Scénario : Valérie Mangin

Dessin : Thierry Démarez

Editeur : Casterman

48 pages – cartonné

Sortie : 25 novembre 2015

Aventure historique

Présentation de l’éditeur :

L’empereur Auguste veut rassembler tous les livres sibyllins dans le temple d’Apollon Palatin, à Rome. Mais son envoyé à Delphes, en Grèce, est attaqué et tué lors d’une confrontation avec ceux qui semblent être des hoplites spartiates. Son précieux chargement s’est, quant à lui, volatilisé. Chargé de retrouver le trésor et de punir les coupables, le sénateur Alix Graccus mène l’enquête, accompagné par Titus et Khephren. Dans le même temps, son ancien protégé, Héraklion, qui vit désormais sur la terre de ses ancêtres, tente de le convaincre que la cité de Sparte n’a pas commandité ce crime.


Picture 042.jpgComme pour faire écho à Par-delà le Styx, ce quatrième album de la série dérivée Alix Senator – qui inaugure également un nouveau cycle – évoque lui aussi avec insistance l’un des récits légendaires du célèbre héros gallo-romain : Le Dernier Spartiate. Les rebelles grecs, si tant est qu’ils existent, y ont toutefois perdu de leur superbe, comparés aux bâtisseurs de l’imposante citadelle de la reine Adréa.
Ils ressemblent plus à une bande de brigands qu’aux 300 braves du roi Léonidas qui ont combattu les Perses aux Thermopyles, et auxquels ils entendent pourtant se comparer. Il faut dire que la Grèce n’est plus que l’ombre d’elle-même. Alix traverse des zones dévastées par les guerres civiles successives qui ont fait de cette province romaine un champ de bataille commode pour des généraux en quête de gloire. Une situation dramatique, qui fait même dire à Héraklion que « la vraie Grèce n’existe plus : elle a disparu pour toujours ». Visiblement devenu plus raisonnable avec l’âge, le fils d’Héraklios et d’Adréa est à l’image de sa ville : rangé du côté du plus fort, Rome, même si une haine tenace l’anime encore ; et certainement à jamais. Une région, deux époques. La Grèce sert de décor au premier véritable pont narratif entre les séries Alix et Alix Senator, dont les intrigues se complètent naturellement en enrichissant de brillante manière l’univers de la plus célèbre saga de Jacques Martin.

 

 

 

Notre avis : 

La série Alix Senator continue sur sa lancée. Avec ce quatrième tome, un nouveau cycle commence. L’album est préfacé par Numa Sadoul, écrivain spécialiste de la bande-dessinée, qui a servi de modèle à un des protagonistes de l’histoire, un certain … Numa Sadulus, dont on voit le magnifique crâne chauve ci-après.

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Le scénario de Valérie Mangin, spécialiste des langues et des cultures grecques et latines, s’affirme par sa clarté et sa précision. Le contexte historique, celle d’une Grèce ruinée en pleine crise économique et sociale, est habilement exploité pour construire un récit crédible qui exploite les zones d’ombre du règne d’Auguste.

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Valérie Mangin a découvert la série Alix avec Le dieu sauvage, elle est restée très impressionnée par les scènes de l’armée légionnaires morts, dressés et liés à des pieux. La référence à cet épisode de la saga est bien visible planche 28 : le kouros du musée de Delphes fait le modèle parfait pour cette étrange statue. 

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Soin et précision sont les adjectifs qui viennent immédiatement à l’esprit pour qualifier le dessin de Thierry Démarez. Sous la direction artistique de Denis Bajram, la série évolue dans un style plus réaliste, moins ligne claire, ce qui en renforce la maturité. 

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En conclusion, ce quatrième opus vient confirmer l’excellente qualité du projet et se montre à la hauteur des meilleurs albums d’Alix. 

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A noter. Une version "Premium" avec une couverture alternative, un cahier supplémentaire de 8 pages titré "La Grèce - Une province détruite" et un dos toilé, limitée à 6 000 exemplaires éclaire le contexte. L’amateur de précisions historiques sera comblé : un siècle d’Auguste dépoussiéré de ses clichés. Sur ce sujet, la visite du site internet www. alixsenator.com est incontournable.

 

   a08-3e78906.gif  Dessin 

 

  a08-3e78906.gif  Scénario 

 

  a08-3e78906.gif  Moyenne

 

Le site internet des Editions Casterman : ICI

 

Cette chronique a été rédigée suite à une sympathique rencontre avec Valérie Mangin dans les locaux des Editions Casterman le jeudi 09 décembre 2015.

Ave.

 

Capitol et Skippy

 

 

Sex & Violence

Picture 035.jpgPicture 040.jpgDessinateurs : Jimmy Broxton, Juan Santacruz, Romina Moranelli, Rafa Garres

Scénaristes : Jimmy Palmiotti, Justin Gray

Editeur : Glénat Comics

144 pages – cartonné

Date de parution : 12 novembre 2015

Policier - hard boiled

 

Présentation de l’éditeur :

Avec Sex & Violence, plongez dans un torrent de stupre et de fougue à travers cinq histoires indépendantes mais partageant des thèmes communs. Au menu : la quête de vengeance d’un grand-père à travers la communauté du porno à Portland Oregon ; la fascination obsessionnelle d’une femme-flic de la police de New York pour un couple lesbien ; une rivalité malsaine entre une mère et sa fille aussi séduisantes l’une que l’autre ; l’histoire d’une unité spéciale de l’Armée rouge pendant la seconde guerre mondiale ; et le bilan d’un assassin sur les choix violents et meurtriers qu’il a fait dans sa jeunesse et qui ont changé sa vie pour toujours. En bref : cinq visions de ces thèmes, sexe et violence, qui fascinent et dérangent l’humanité depuis toujours, pour un ouvrage sans concessions à réserver à un public averti.

 

Mon avis :

Ce recueil de 5 histoires qui sont autant de variations sur un même thème, orchestrées par Jimmy Palmiotti, a été financé aux USA par une campagne participative. La qualité est inégale, tant au niveau des scénarios que des dessins.

Le scénario qui se détache le plus ouvertement de l’ensemble est celui de Red dog Army : on est sur le front russe en 1941 côté soviétique. Rien à voir avec le style hard boiled des autres récits. Par ailleurs, le nombre limité de pages par histoire handicape parfois le développement narratologique. C’est un peu court se dit le lecteur, certains récits auraient mérité plus d’ampleur.

Pornland Oregon: histoire classique de vengeance, écrite à la première personne : un père traque ceux qui ont violé sa fille pour la faire participer à un film porno gonzo.

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Girlina Storm: Sierra est une policière brutale qui observe et filme un couple de lesbiennes. Impossible de ne pas penser au classique Fenêtres sur cour. Ce récit de voyeurisme est très plaisant tout comme le dessin.

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 Daddy Issues: attirance mortelle pour une mère et sa fille. Pour moi, la meilleure part de cet album.

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 Red Dog Army: ???

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Filter: récit de vie d’un assassin qui depuis son adolescence a fait des choix violents et meurtriers, qui ont bouleversé sa vie…

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Toutes ces histoires se déclinent sur le registre de la cruauté, de la sexualité et de la violence. Leur côté malsain, inquiétant, arrive finalement à atteindre leur but : fasciner le lecteur.

 

a07-3e78901.gifDessin

 

a07-3e78901.gifScénario

 

a07-3e78901.gifMoyenne

 

Le site internet de Glénat comics : ICI

 

 

Skippy