25/09/2015

NUNGESSER

Nungesser, Bernard et Aseyn, Casterman, roman graphique, 09 septembre 2015Nungesser, Bernard et Aseyn, Casterman, roman graphique, 09 septembre 2015Scénario : Fred Bernard

Dessin : Aseyn

Sortie : 09 septembre 2015

Casterman

150 pages – cartonné mat

Roman graphique

 

 

Présentation de l'éditeur :

 

Tout petit déjà, Charles court. Droit devant.

Toute sa vie Nungesser court, tombe, et se relève,

tombe, se relève, tombe, se relève…

Sans jamais désarmer, il traverse avec fracas l’Histoire et l’existence ;

Amoureux fou de la vie et des femmes, orgueilleux et indocile,

perfectionniste et opiniâtre, il est une légende.

 

Aventurier, héros parmi les hommes ou simple trompe-la-mort ?

 

C’est la Grande Guerre qui le façonne, dans ce corps d’armée tout neuf qu’est l’aviation,où comme un chevalier, on fait peindre son blason sur le fuselage.

Blessé de nombreuses fois, As parmi les As, Nungesser disparaît en tentant la traversée de l’Atlantique le 8 mai 1927, quelques avant celle, victorieuse, de Lindbergh.

Trente-cinq années de vie pleines d’amour et de combats, de victoires et d’échecs.

 Vous pensiez tout savoir de Nungesser, découvrez l’histoire de Charles,à travers la voix du grand amour

 

Nungesser, Bernard et Aseyn, Casterman, roman graphique, 09 septembre 2015

 

Mon avis :

Le nom de Charles Eugène Marie Nungesser est généralement associé à celui de François Coli. Ensemble, ils ont tenté la traversée de l’Atlantique en 1927 à bord d’un avion baptisé L’Oiseau blanc. Ils ont disparu, ne laissant aucune trace. De la vie de Charles Nungesser on connaît  sa jeunesse en Amérique du Sud, sa participation héroïque au conflit mondial de14-18,  ses tentatives commerciales infructueuses d’après-guerre et ses amours tumultueuses. Ce héros de la Première Guerre mondiale n’a pourtant que peu intéressé le monde de la bande dessinée. Il est apparu, entre autres, dans une  Histoire vraie de l’Oncle Paul réalisée en 1954. Ce qui a fait la  spécificité de Casterman depuis la fin des années 1970 (A suivre), ce sont les romans graphiques. Ici, l’occasion était trop belle pour l’éditeur et le résultat est à la hauteur du personnage. 

nungesser,bernard et aseyn,casterman,roman graphique,09 septembre 2015

L’histoire de ce grand aventurier est assez compliquée à aborder vu la difficulté de faire la part entre la réalité, la propagande et la romance hagiographique. Pour affronter ce défi, Fred Bernard a eu une idée de scénario intéressante : faire raconter la vie de Nungesser par sa maîtresse. Emilie, ce personnage de femme pourtant mariée, apparaît au détour de quelques pages dans les pseudo-biographies officielles, mais finalement  on ne sait pas grand-chose d’elle. Partant donc de sa vision subjective. C’est à travers elle que Fred Bernard nous fait découvrir la personnalité complexe de Charles. Que ce soit au travers des lettres ou d’un journal, l’amoureuse éperdue  nous raconte ses faits d’armes, elle lui crie son amour malgré les infidélités, elle se moque de son amant qui restera toujours un éternel adolescent. La fiction mélange avec habileté faits réels et légendaires, trace un portrait tout en nuances d’un Nungesser aussi irrésistible qu’insupportable.

nungesser,bernard et aseyn,casterman,roman graphique,09 septembre 2015

Pour le dessin de l’histoire de ce personnage haut en couleur dont la légende, largement forgée par sa disparition inexpliquée et son avion jamais retrouvé, Aseyn  a fait le choix judicieux d’un noir et blanc âpre imitant les photos d’époque. Il a peaufiné méticuleusement certains détails, allant jusqu’à griffer ou salir ses cases pour leur donner  un aspect  suranné. L’aspect technique de tous ces avions lui a demandé un graphisme très précis et maîtrisé. Le lecteur reste fasciné jusqu’à la dernière case par un récit qui associe à la perfection les faits historiques avec l’émotion d’un amour indéfectible.

nungesser,bernard et aseyn,casterman,roman graphique,09 septembre 2015

 

Pour résumer mon impression, je dirais que le travail du dessinateur et celui du scénariste atteint ici une symbiose idéale et que cette biographie romancée allie action et émotion avec brio et réussite. Un must de la rentrée.

Nungesser, Bernard et Aseyn, Casterman, roman graphique, 09 septembre 2015

 

a08-3e78906.gifDessin

 

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Scénario

 

a08-3e78906.gifMoyenne

 

 Le site internet des Editions Casterman : ICI

 

  SKIPPY 

 

 

 

23/09/2015

TRAQUEMAGE - tome 1 - Le serment des Pécadous

Traquemage, Lupano, Relom, Delcourt, humour, rural fantasy,02 septembre 2015Traquemage, Lupano, Relom, Delcourt, humour, rural fantasy,02 septembre 2015

Scénario : Wilfrid Lupano

Dessins : Relom

Sortie : 02 septembre 2015

Editions Delcourt

56 pages – cartonné

Humour – rural fantasy fromagère

 

Présentation de l'éditeur :

Le pécadou, étonnant fromage de cornebique, fait la fierté de Pistolin. Mais avec la guerre que se livrent les mages, la vie dans la montagne est devenue impossible. Après avoir été le témoin de l’extermination de son troupeau, notre héros fait le serment de traquer les mages et de les tuer tous. Accompagné par Myrtille, l’unique survivante de son troupeau, Pistolin part accomplir sa vengeance…

Plus qu’un récit d’aventure, plus qu’un manifeste écologique, Traquemage pose tout simplement les bases d’un nouveau genre littéraire : la rural fantasy fromagère non pasteurisée, aux gros laids crus.

Traquemage : une histoire, un terroir, des traditions.

En vente chez tous les bons libraires affineurs. 

Traquemage, Lupano, Relom, Delcourt, humour, rural fantasy,02 septembre 2015

 

Le mot de l’auteur :

Traquemage est une série en plusieurs volumes, qui nous emmène de mage en mage, de pays en pays, et qui martyrise un peu les codes de l’héroïc fantasy, genre qui, en vieillissant, survit mal au premier degré.

Le premier tome s’intitule Le serment des pécadous, et rien que le titre, déjà, ça fiche des frissons partout.

Traquemage, Lupano, Relom, Delcourt, humour, rural fantasy,02 septembre 2015

Mon avis :

Après la fiction historique avec Le singe de (Prix des Libraires de BD 2013), le polar avec Ma révérence (Fauve Polar SNCF 2014 au festival d’Angoulême), la comédie sociale avec Les v (Prix Prix des Libraires de BD 2014) ou le conte muet avec Un océan d'amour (Prix de la BD Fnac 2015), le talentueux et multi-primé Wilfrid Lupano s’attaque maintenant à la parodie d’un genre très (trop ?) à la mode. Prendre le contre-pied de l’heroïc fantasy, user et abuser du second degré, enchainer les gags de case en case, voilà la recette de son truculent scénario. Et le lecteur est alors emporté dans une quête bouffonne en suivant la détermination désespérée d’un berger  qui n’a décidément vraiment plus grand chose à perdre. 

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Pistolin, cet anti-héros qui veut à tout prix casser du mage, tuer du dragon et se faire de la bonne fée nous entraîne dans les situations les plus grotesques. En matière de débilité et de lourdeur, aucun des personnages secondaires n’est en reste. Myrtille, la cornebique, arbore des expressions à se tordre de rire. La fée déchue Pâquerette, sorte de fée Clochette dégénérée restée trop longtemps  sous perfusion à un alambic, écume les tavernes sous le nom de Pompette. Le pompeux sire Galadur, grotesque héros local qui aurait maté un dragon, semble plutôt vouloir concourir à atteindre le comble du ridicule. Tout est fait dans le récit  pour rendre le lecteur impatient de rencontrer les fameux mages. Il y en a cinq à éliminer et aucun ne l’a été à ce stade de l’histoire. Ce qui augure d’une série en quatre ou cinq tomes. 

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Le choix de Relom pour mettre en dessin  cette contre-fable déjantée me semble particulièrement judicieux. Son talent très efficace pour mettre en cases une galerie de tronches patibulaires et son style semi-réaliste et son sens de la caricature font des merveilles. Son travail parfois détaillé renforce l'impression d'un contexte médiéval bien maîtrisé. Par exemple, la ligne claire et les couleurs  très rafraîchissantes  évoquent les enluminures des vieux manuscrits d’un moine copiste qui aurait travaillé pour Fluide glacial. 

traquemage,lupano,relom,delcourt,humour,rural fantasy,02 septembre 2015

En conclusion,  ce détournement des codes d’un genre qui se prend trop souvent au sérieux m’a ravi, mais je reste sur ma faim. J’attends le prochain album avec impatience. 

traquemage,lupano,relom,delcourt,humour,rural fantasy,02 septembre 2015

 

 

a08-3e78906.gifDessin

 

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Scénario

 

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 Le site internet des Editions Delcourt : ICI

 

 

 SKIPPY

 

 

 

 

 

14/07/2015

BIG K, L'INTEGRALE

Big K, Duchêne, Ptoma, Sandawe, polar noir, juin2015big k,duchêne,ptoma,sandawe,polar noir,juin2015BIG K (Intégrale)

Scénario : Fabian Ptoma

Dessins : Nicolas Duchêne

Sortie : juin 2015

Editions : Sandawe

160 pages – cartonné

                                                           Policier - polar

 

Résumé-présentation (de l’éditeur ) :

Fiction librement inspirée de la vie de Richard Kuklinski, tueur en série ayant travaillé pour la Maffia. Ce dernier a profité de l’âge d’or du crime new-yorkais, lié à l’explosion de la consommation de cocaïne, pour affiner son art du crime et assouvir ses pulsions meurtrières.

Un polar Noir, «Hard Boiled», dans la lignée de James Ellroy.

De son enfance torturée jusqu’à son adolescence où il prend conscience qu’être violent, insensible et introverti est synonyme de puissance sur autrui, nous suivrons les déclencheurs qui le mèneront jusqu’à l’atroce condition d’un homme dépourvu d’empathie pour autrui. 

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Mon avis :

Situé dans le New York de la fin des années 70, la saga signée Fabian Ptoma et Nicolas Duchêne frappe fort. Nous avons en mains un superbe album de 160 pages formé de trois chapitres de 44 planches et, pour cette édition, d’un dossier de 16 pages. Les deux premiers chapitres avaient été publiés précédemment chez Casterman et Sandawe les reprend ici en y ajoutant la troisième et dernière partie. Cette magnifique intégrale permet donc au lecteur d’apprécier enfin l’histoire complète.

Et quelle histoire! 

Big k, alias Frank Kielowski, le tueur à gages et serial killer sorti de l’imagination de Ptoma et Duchêne, a été inspiré par la vie du célèbre exécuteur de la mafia Richard "Ice Man" Kuklinski. Pendant près de 30 ans ce psychopathe sanguinaire a mené la  double vie d’un bon père de famille apprécié de ses voisins.

 

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Le dessin réaliste et glacial de Nicolas Duchêne rend parfaitement l’ambiance glauque et sordide développée par le scénario grâce à un crayonné noirci agrémenté de teintes verdâtres ou grisâtres à l’aspect velouté. Son graphisme lui permet de planter un décor seventies typiquement américain, de brosser le portrait d’un personnage particulièrement sombre et distiller abominations et horreurs au fil des pages. La violence du graphisme est encore rehaussée par l’association de traits qui se frottent et s’entrecroisent. Le lecteur a parfois l’impression d’être confronté au « story-board » d’un film qu’il serait, peut-être, ravi de visionner.

 

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Le scénario construit par Ptoma  reste un modèle de classicisme, de méthode et d’application. Son système narratif avec une voix en je, celle de Big K, donne une réelle profondeur psychologique à son personnage. Des flash-back bien amenés, bourrés de sensibilité, font office d’hommages appuyés au film Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. L’évocation du milieu social et criminel des années 70 et la nostalgie qui s’en dégage attire irrésistiblement le lecteur dans l’univers du roman noir. Le making of en fin d’album permet, entre autres, de visualiser de manière saisissante le découpage référentiel d’une planche basé sur l’utilisation de photogrammes tirés du film Scarface. Mais, au final, c’est surtout l’ombre du grand romancier James Ellroy qui plane sur l’ensemble. 

Fidèle à sa politique éditoriale de crowdfunding, Sandawe a associé des édinautes à la recherche documentaire des auteurs, notamment sur le dessin des vêtements d’époque. Un livre bonus de 172 pages qui reprend le scénario, les crayonnés et les montages de photogrammes est téléchargeable. Avec cet imposant volume, le lecteur a l’occasion d’apprécier tout le travail qui a été nécessaire à la création. Encore mieux, ceux qui se laisseront entraîner par ce récit, pourront se laisser dériver vers l’aspect cinématographique de l’œuvre en visionnant les références classique des auteurs ou encore le film The Iceman(2013).

Vous l’aurez sans doute compris, les amateurs de polars très sombres trouveront ici l’occasion de découvrir une œuvre majeure qui dépasse même le cadre de la bande-dessinée et que j’estime être particulièrement digne d’intérêt.

 

 

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Scénario

 

a08-3e78906.gifMoyenne

 

 



Le site internet des Editions Sandawe : ICI

 

 

 SKIPPY

29/06/2015

PRETTY DEADLY

 

pretty deadly,deconnick,rios,glénat comics,western fantastique,09 juin 2015pretty deadly,deconnick,rios,glénat comics,western fantastique,09 juin 2015Scénario : Kelly Sue DeConnick

Dessin : Emma Rios

Sortie : 9 juin 2015 

Glénat Comics

160 pages - carton

Western fantastique

 

 

sumé-présentation (de l’éditeur ) :

Un récit sauvage qui combine habilement le western et l’horreur

Oyez le chant de Ginny Face de Mort : “Toi qui exiges réparation, invoque son nom, entonne sa chanson, Sonne le glas qu’elle entendra depuis les enfers. Ginny chevauche le vent pour toi, mon enfant... Le vent souffle pour la Mort !”

Ginny est la fille de la Mort, au visage marqué des stigmates de son père. Elle chevauche son destrier de fumée à travers un Ouest sauvage et sans concessions où magie et poudre ne font pas forcément bon ménage.  Dans la cruauté d’une Amérique qui se cherche et se construit dans le sang et la violence, Ginny traque les pêcheurs, les coupables. Mais au terme de sa quête de vengeance, saura-t-elle aller jusqu’au bout pour affronter son propre destin .

pretty deadly,deconnick,rios,glénat comics,western fantastique,09 juin 2015

Mon avis :

Conte de fée lyrique et fantastique planté dans l’ouest américain et sauvage du 19ème siècle, fortement enraciné dans l’univers du folklore et des fables, Pretty deadly affiche sans complexe son ambition artistique. Le lecteur est, dès les premières pages, déstabilisé par un récit hypnotique et confus au premier abord. La narration progresse lentement et tous ses éléments qui paraissent disparates finissent par converger vers une histoire d’amour, de perte et de mort. Ce qui parait trivial et incompréhensible au début prend une signification au fil de la progression du récit. Le lecteur est pris dans un jeu continuel de résolutions d’énigmes. Il va sans dire qu’une seule lecture est loin d’être suffisante pour apprécier ce travail atypique et d’une grande originalité. Voici donc un excellent exemple de  roman graphique où les illustrations collent parfaitement aux textes pour créer cet ouvrage unique en son genre que nous offrent un trio de créatrices.

pretty deadly,deconnick,rios,glénat comics,western fantastique,09 juin 2015

Le lecteur tient en mains un livre d’art construit autour d’un scénario solide et accrocheur.  Kelly Sue DeConnick a travaillé sur les thèmes et les codes du western et du fantastique. On sent qu’elle y a beaucoup réfléchi pour arriver à mettre en scène des personnages féminins aux caractères forts dans une ambiance morbide et violente, mais teintée de poésie grandiloquente. Mères, filles, épouses et amantes font face avec détermination à leurs destins tragiques. Elle a établi une structure narrative complexe, jouant sur la mise en abyme de récits entrelacés, pour nous livrer des histoires d’esprits vengeurs.

pretty deadly,deconnick,rios,glénat comics,western fantastique,09 juin 2015

Le dessin joue ici un rôle essentiel. Le trait fin et artistique d’Emma Rios  et les couleurs judicieuses de Jordie Bellaire , très agréables à l’œil, donnent un style idéal à l’histoire racontée. Poursuites impitoyables, paysages désolés, duels aux pistolets ou à l’arme blanche, incendies ravageurs, aubes rougeâtres, couchers de soleil aux couleurs de giclées de sang, orages de poussière, tout est là pour entrainer le lecteur dans une sarabande mouvementée dont il ne peut sortir indifférent. Cette intéressante alchimie créative défie les conventions des genres abordés, parie sur une structure narrative alambiquée et, à mon avis, parvient à captiver les lecteurs exigeants. 

pretty deadly,deconnick,rios,glénat comics,western fantastique,09 juin 2015

 

 

Bravo les filles !

 

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a07-3e78901.gifScénario

 

a08-3e78906.gifMoyenne

 

 Le site internet de Glénat Comics: ICI

 

 

Skippy.