29/05/2014

Oracle T1. La Pythie

oracle,pythie,peru olivier,martino stefano,digikore studios,editions soleil,heroic-fantaisyoracle,pythie,peru olivier,martino stefano,digikore studios,editions soleil,heroic-fantaisyScénario : Peru, Olivier
Dessin : Martino, Stefano 
Couleurs : Digikore Studios 
Dépôt légal : 03/2014 
Editeur : Soleil Productions
Collection : Oracle
Planches : 46

La Pythie est la prêtresse de l’oracle de Delphes. Dévouée au culte d’Apollon, la jeune femme, dotée du pouvoir de lire l'avenir, doit rester vierge pour conserver son don. Mais elle est trahie par celui à qui elle a voué sa vie. Elle portera sa vengeance par le fer et le feu dans la Grèce entière et jusque dans la demeure des dieux eux mêmes ….

 

oracle,pythie,peru olivier,martino stefano,digikore studios,editions soleil,heroic-fantaisySoleil productions sort, encore me direz-vous, une nouvelle série concept. Cette fois ci, le monde antique est à l’honneur. Prévue en 5 tomes avec à chaque fois un nouveau couple au scénario et au dessin. Le fil directeur est un vieil aède contant les vengeances de 5 mortels contre les dieux de l’Olympe en parcourant la Grèce. Le scénario de ce tome 1 est signé Olivier Peru. Ce prolifique auteur est très à l’aise dans les récits mythologiques (voir le très bon Mjöllnir T1 et suivant). Pour construire son récit, Olivier Peru utilise les vieux démons humains : de la trahison à la passion en passant par la haine et la jalousie. Tous ces ressorts scénaristiques alimentent la trame de l’histoire. Ils sont particulièrement efficaces dans le domaine de la tragédie (grecque, évidemment !). Patiemment, Olivier Peru  monte une histoire de plus en plus étoffée. Les personnages gagnent en épaisseur au fur et à mesure du récit. Et ma foi, nous nous laissons prendre au jeu avec plaisir : nous nous surprenons avec de l’empathie pour notre héroïne et même pour des personnages moins recommandables. Il fait ainsi monter les enchères aboutissant forcément à un drame. Le tout est saupoudré de rebondissements et des surprises et cela jusqu’à la dernière vignette.

 

 

 

Le dessinateur italien, Stefano Martino ouvre le bal de ces cinq albums. Les personnages sont expressifs et les monstres mythologiques sont conformes aux représentations collectives alimentées par l’Odyssée. Les scènes d’actions sont on ne peut plus explicites : le sang gicle, les combats sont furieux. Stefano Martino nous gratifie d’une double page centrale d’action magnifique. La montée sur l’Olympe a un petit côté jeu vidéo : obstacles et autres monstres entravent votre progression jusqu’au Dieu des Dieu ! Par contre, la colorisation numérique par Digikore Studios est un peu déroutante : l’abus de clair-obscur ne facilite pas forcément la lisibilité.

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Cette maitrise de la narration et des dessins est très agréable. Elles raviront les amateurs du genre héroïc-fantaisy, tendance grecque. Cependant, attention, l’album est touffu. La lecture est parfois malaisée par la quantité d’images et de dialogues. Peut-être deux albums auraient-ils été nécessaires ? Mais qui va se plaindre d’avoir une excellente histoire complète et distrayante en un album ?

 

Dessins : 7/10

Scénario : 7/10

Total : 7/10

Tigrevolant

 

 

 

Grâce aux éditions Soleil et à Samba BD

 

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Il vous suffit de laisser un commentaire à la suite de cette chronique.

Un tirage au sort désignera l'heureux gagnant.

Le concours est ouvert jusqu'au 15 Juin 2014 minuit

 

23/05/2014

Ni dieu, ni maître

ni dieu,ni maitre,casterman,maximilein le roy,loic locatelli,auguste blanqui,libertaire,lutte des classesni dieu,ni maitre,casterman,maximilein le roy,loic locatelli,auguste blanqui,libertaire,lutte des classesScénario : Maximilien Le Roy
Dessin : Loïc Locatelli Kournwsky
Dépôt légal : 02/2014
Editeur : Casterman
Collection : Univers d'auteurs
Planches : 198

En 1877, Aurelien Marcadet jeune journaliste de son état souhaite écrire un long article sur une figure de la lutte contre toute forme d’oppression : Auguste Blanqui. Pour cela il amadoue ce libertaire au sein de sa prison. Il lui livrera ainsi la biographie de ses premières révoltes, ses combats, ses idées. 43 ans de prison n’ont pas réussi à faire taire ce chantre de la liberté. « J’avais 17 ans lorsque j’ai appris à haïr cette société… »

 

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Le pitch de l’histoire est simple : l’interview est un prétexte pour revenir sur la vie de cette figure emblématique de révolte permanente contre les pouvoirs. A coup de flash-backs et de retours à la réalité, Maximilien Le Roy rend hommage à la vie de lutte de cet insoumis. Ce livre est une mine. Le 19eme siècle politique français se déroule devant vous sur 200 pages. Au cours de ce siècle de soubresauts de la révolution de juillet à la commune de 1870, en passant par la révolution de 1848, A. Blanqui est toujours présent ou, tout au moins, ses idées. L’individu fait si peur qu’Adolphe Thiers en 1871, lors de la Commune, refusera même de l’échanger contre 74 otages : « le lâcher, c’est vous envoyer une force égale à un corps d’armée ». Le lecteur est sidéré devant la stature de l’individu. Il ne plia jamais. Infatigable républicain, il sait à qu’elle point la liberté n’est jamais acquise, c’est un combat de tous les jours. La vie d’Auguste Blanqui – et de bien d’autres – est là pour nous le rappeler. Cependant, Maximilien Le Roy n’occulte pas le coté violent de l’homme, ses tentatives de prises de pouvoir par la force. Cela permet aussi de s’interroger sur son mode de révolte.

 

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Au-delà de l’hommage appuyé de Maximilien Le Roy, on constate à quel point Auguste Blanqui est finalement omniprésent dans nos vies et cela jusque dans le quotidien. En témoigne le nombre de rues, d’avenues dans maintes villes et villages français. Par son engagement, par sa force de n’avoir jamais plié devant le pouvoir autocratique, Blanqui force le respect. Ce révolté permanent a vécu dans des périodes particulièrement troublées, certes. Mais chaque époque ne l’est-elle pas ? Notre monde du 21eme siècle en pleine mutation en est une autre. Il est parfois bon de se pencher sur le destin de certaines personnes (même si on ne partage pas forcement ces idées) pour s’en inspirer afin de façonner le monde de demain. Ce « révolutionnaire plus célébré après sa mort que compris de son vivant » stimulera les mouvements libertaires du 20eme siècle. Bon nombre de disciples iront porter la soif de liberté jusque dans la Russie Impériale. On connait la suite !

 

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Le dessinateur est plutôt connu pour ces dessins de fictions (Rocher rouge T2, Seconde chance). Cette incursion de Loic Locatelli Kournwsky, alias Renart, dans le récit historique est une bonne idée. Il est franchement à l’aise. Il ne recherche pas les détails mais plutôt la fluidité. Il préfère nettement les dessins de personnages dans leurs interrogations que les scènes d’action. Pourtant ces dernières sont bien réussies. Il prend ainsi une distance avec la folie meurtrière des hommes. Pour achever son action, il manie les couleurs de façon intelligente pour aider à la chronologie du récit.

« Tout ignorant est un serf ou un instrument de la servitude. L’instrument de la délivrance n’est pas le bras, mais le cerveau ! » Auguste Blanqui. Il faut évidemment avoir un esprit frondeur pour mesurer et apprécier toute la portée de ce genre de citation. Mais « Ni dieu, Ni maitre » (aussi d’Auguste Blanqui) restera au panthéon des citations pour la liberté. Merci à Maximilien Le Roy et Renart de nous avoir insufflé un moment d’histoire.

Dessin : 7.5/10
Scénario : 8/10
Total : 8/10

Tigrevolant

 

20/05/2014

Le serpent d'eau

serpent d'eau,tonny sandoval,epouvante,conte macabreserpent d'eau,tonny sandoval,epouvante,conte macabreScénario / Dessin / Couleurs : Sandoval, Tony
Dépôt légal : 02/2014
Éditeur : Paquet
Collection : Calamar
Pages : 136

Mila, jolie brunette, rencontre au détour d’une baignade une Agnès aussi blonde que mignonne. " Tu peux me voir ? Tu es vraiment spéciale ", lui dit Agnès. Peut-être parce que Mila est la seule capable de voir, de comprendre un spectre. Il n’en faut pas plus à Mila pour s’évader, s’émanciper de son monde et partir dans une lutte contre les forces maléfiques …..

 

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Il est difficile de qualifier voire – oserais-je ? – d’analyser le travail de Tony Sandoval. Vous avez sans doute croisé l’œuvre de cet auteur Mexicain aux détours d’une de vos lectures de bandes dessinées. Il est l’auteur de « Nocturno » ou bien « Le cadavre et le sofa ». Attirés par le dessin particulier, vous avez feuilleté le livre. Une lecture approfondie, vous persuadera de la justesse de votre achat. Il émane de cet auteur atypique une atmosphère, une poésie aussi bien dans les dessins que dans le scénario. « Le serpent d’eau » est l’histoire d’une jeune fille s’affranchissant des règles physique pour se glisser dans les rêves. Autant vous dire, ces rêves sont très étranges, propices à une vraie analyse psychanalytique. Les dents, la bouche - porte ouverte sur l’âme - sont très présentes dans l’accompagnement du changement d’état de Mila. La représentation d’une créature interne ("le poulpe-roi"), les différents passages d’un monde à l’autre (comme un négatif) ou encore l’affrontement sanguinolent de chiens-squelettes emprunte beaucoup à Lovecraft. Tout cela est un peu confus au départ mais il existe une certaine logique dans cette aventure clairement ancrée de l’autre côté du miroir. Le tout se déroule dans un rythme crescendo. L’action, parfois violente, monte en puissance tout au long de la lecture. Le lecteur ne peut être qu’interpellé par les méandres de cette histoire hors du commun, où la poésie (sombre) côtoie le cauchemar.

 

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Les dessins, toujours de Tony Sandoval, impressionnent. Ils contribuent grandement à rendre ténue la frontière entre le réel et le songe, entre le rêve et le cauchemar. Les personnages sont bien campés. Leurs différences physiques permettent une lecture nette. Si le premier coup d’œil vous oriente vers un conte pour enfant, l’auteur vous remet bien vite sur le bon chemin de l’épouvante. L’absence de case participe à votre voyage imaginaire avec Mila et Agnes : une ligne floue entoure les dessins. Parfois des « cases » prennent l’ensemble de la page, révélant ainsi toute la beauté du travail de l’artiste. Enfin, les couleurs à l’aquarelle donnent une sensation supplémentaire d’impalpable à l’ensemble.

Vous l’aurez compris ce récit macabre n’est pas pour les enfants en dépit d’un dessin faussement naïf. Comme lors d’une lecture d’un roman d’Edgard Poe ou d’une poésie de Charles Baudelaire, le « serpent d’eau » vous bousculera, vous interpellera. Mila et Agnes ne vous quitteront pas si facilement. Une œuvre troublante à ne pas lire le soir !

Scénario : 6.5/10
Dessins : 8.0/10

Moyenne : 7.5/10

Tigrevolant

14/05/2014

Douce, Tiède & Parfumée. T2. Seuls

douce,tiéde,parfumée,ignacio noé,aventures,sensuelledouce,tiéde,parfumée,ignacio noé,aventures,sensuelleScénario / Dessin / Couleurs : Noé, Ignacio
Dépôt légal : 04/2014
Éditeur : Glénat
Collection : Grafica
Planches : 48

Ally sait maintenant que toute sa vie n’était qu’un mensonge. Etre le cobaye d’une expérience de son propre « père » est un choc pour cette jeune oie blanche de la haute société Londonienne. Bien décidée à retrouver sa sœur jumelle, pourchassée par la police, Ally embarque en compagnie de Juan pour la Patagonie. Mais dans ce monde extrême sans foi ni loi, la violence et la cupidité dessineront un tout autre destin à nos héros.

Ignacio Noé n’est pas un nouveau venu dans le monde la bande dessinée. Plutôt connu pour ces écrits sulfureux, cet argentin talentueux s’est reconverti depuis 2006, au dessin dans la bande dessinée classique sur des thèmes allant du football (« Football, dans l'ombre des étoiles ») au massacre des mayas (« Helldorado »). Dans « Douce tiède et parfumée » Ignacio Noé prend son envol, il est seul aux commandes : couleurs, dessins et scénario.

 

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Ce qui frappe en premier lieu, ce sont les dessins. Ils sont magnifiques. L’auteur déroule l’histoire dans un univers réaliste de la fin du 19eme siècle avec une touche baroque. Cela donne une fresque steampunk propice aux rêves. Il agrémente ses propos avec ce qu’il sait faire de mieux : la sensualité. Les éléments féminins sont divins. Les décors sont chauds. Les visages expressifs. Son dessin rend les émotions palpables. Les couleurs délavés tantôts sombres, tantôts flamboyantes s’accorde avec la chaleur du dessin. Finalement, le dessin est en accord avec le titre de la série ! Puisqu’il faut une fausse note, on déplorera le nez rouge et appuyé de chaque personnage. Cela donne une sensation de rhume des foins généralisé.

 

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L’histoire, sans être originale, emprunte beaucoup à Lewis Carroll. L’héroïne a beaucoup d’Alice dans sa quête identitaire. Ses rêves sont très énigmatiques et sa recherche de réponses auprès de son unique vrai parent tournera au voyage initiatique. Le passage à l’âge adulte des deux adolescents ne se fera pas sans heurts avec une brusque accélération de leur destinée et un choc frontal avec toute la brutalité humaine. Le scénario est fouillé tout en étant très lisible. Il fait référence à des faits historiques comme par exemple l’épopée du célèbre « Great Eastern » ou, dans un tout autre registre, le massacre des indiens patagoniens en toute impunité par les colons stupides et cupides. Et cela c’est aussi un des thèmes de notre Argentin : la violence magnifiée dans ses précédentes productions.

Ignacio Noé nous transporte dans son imaginaire fertile. Les magnifiques dessins sont un régal pour les yeux. Ne vous laissez pas influencer par la couverture pas très inspirée, c’est à l’intérieur que se trouve le meilleur. Laissez-vous transporter de Londres au sud de l’Amérique du sud pour des péripéties pas toujours « douces », brulantes de sensualité, mais surtout pas « tièdes » et « parfumées » d’aventures hautes en couleurs.

Dessins/couleurs : 8,5/10

Scénario : 8.5/10

Total : 8,5/10

Tigrevolant