12/05/2014

ALTER EGO. Saison 2. DELIA

alter ego,delia,renders,lapière,elias,efa,cerminaro,ralenti bennk,dupuis,thrillers,complotalter ego,delia,renders,lapière,elias,efa,cerminaro,ralenti bennk,dupuis,thrillers,complotScénario : Renders Pierre-Paul, Lapière Denis
Dessin : Elias,Efa
Couleurs : Cerminaro François, Ralenti Albertine, BenBK

Dépôt légal : 02/2014
Editeur : Dupuis
Planches : 60

Delia Mikulski, ancienne avocate des victimes du WW2A, est désormais sénatrice aux USA. Membre de la commission d’enquête sénatoriale, persuadée de l’aspect fallacieux de la théorie des Alter Ego, elle lutte sans relâche contre les agissements des dirigeants de cette secte. Malgré les intimidations, les morts suspectes de témoins et le rapt de ses filles par une secte pro-Alter Ego, rien ne saura la détourner de sa mission.

Alter Ego avait secoué la planète BD en 2011. Cette série concept écrite et dessinée à plusieurs mains était un pari plutôt périlleux voire franchement casse-gueule. Jugez plutôt : 2 saisons, 4 à 7 albums par saisons, scénario complexe voire labyrinthique, ordre de lecture indiffèrent….. Eh bien non, les scénaristes Renders et Lapière ont réussi leur pari. Ils nous tiennent la dragée haute. Tous les éléments, les personnages s’imbriquent parfaitement et la vision de la même histoire vue par différents protagonistes est une indéniable réussite.

 

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Delia est le second tome (du moins en publication) de la saison 2. Le cahier des charges de cet opus est conforme aux précédents : thrillers palpitants, rebondissements, suspens, indices distillés avec soins. Pas de doute, le monde d’Alter Ego est riche de ses personnages. Il est loin d’avoir terminé son histoire. La force de cet univers est la cohérence de l’ensemble. Ainsi, les auteurs multiplient les liaisons avec la saison 1 sous différentes formes (personnages secondaires, scènes vues sous un autre jour …). Les lecteurs s’amuseront à les repérer au fil de la lecture. Les thèmes abordés sont toujours l’emprise des sectes, le combat quotidien pour la démocratie, la corruption, le combat de quelques uns contre les puissants, les complots. Et cela est aussi un atout de cette série : la fiction rejoignant la réalité. Ainsi ce qui était encore hier un cauchemar à la Philips K. Dicks est peut-être pour bientôt ! Et cela donne des frissons dans le dos ….

Les dessins des personnages et des décors ne sont pas une surprise, une sorte de marque de fabrique Alter Ego (avec un copyright). Efa et Elias maitrisent leur sujet. Par contre, on regrettera un (petit) manque d’expression du visage de l’héroïne : si vous n’avez pas vu les grand yeux verts de Délia, refaites une lecture ! Mais rien de grave et cela ne nuit pas à l’ambiance. Honnêtement tout cela est du beau travail. Le style de l’équipe dessins/couleurs est dans la droite ligne de ceux de la saison 1. Personnellement j’aurais préféré un style plus personnel plutôt qu’une reprise très proche des dessins de Reynes ou Zuga.

 

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Si le concept n’est pas nouveau (Berceuse Assassine par exemple), les scénaristes d’Alter Ego poussent l’histoire vraiment très loin. Tout l’univers d’Alter Ego est homogène. Les dessins sont tout aussi réussis. C’est sans doute l’origine de leur succès. Cette saison 2 avec Teehu et Delia s’annonce donc de bons augures. Et leur lecture est toujours un plaisir. Cela en est presque démoniaque : chaque lecture pousse à la suivante. Mais, pour que cela reste au panthéon des séries réussies, une rallonge de l’univers à cours de saison n’est pas forcement souhaitable.

Dessins : 7/10

Scénario :7.5/10

Total : 7.5/10

Tigrevolant

 

22/04/2014

INOXYDABLE

Sébastien Floc’h, Steve Baker, KSTR, Casterman , ActionSébastien Floc’h, Steve Baker, KSTR, Casterman , ActionScénario : Floc'h, Sébastien
Dessin / Couleurs : Baker, Steve
Dépôt légal : 03/2014
Editeur : Casterman
Collection : KSTR
Pages : 100

De nature plutôt taciturne, Harry Rockwell purge sa peine au centre carcéral 103 en compagnie d’un étrange robot à la langue bien pendue, Zip. Au cours d’une tentative d’évasion ratée, le duo se voit dans l’obligation de retrouver le major Pulsor, chevalier du maintien de l’ordre. Mais qui est ce héros télégénique, enlevé par de mystérieux inconnus ? Les masques tomberont et la vérité ne sera pas forcement très belle…

 

Sébastien Floc’h, Steve Baker, KSTR, Casterman , Action

 

Page 102. Fin de l’album. C’est avec une sensation bizarre, un gout pâteux dans la bouche et des interrogations que le lecteur referme cet album de chez Casterman. Pourtant, tout démarre très bien. Une couverture rouge pétante avec une caricature de « captain america » et un titre écrit en lettre capitale métallique : superbe ! Le genre de BD qui attire l’œil dans les bacs avec un label KSTR : c’est du tout cuit ! Un excellent moment en perspective !
Et là, une mauvaise surprise attend le lecteur. En premier lieu le scénario interpelle. Une des ficelles du scénario est l’association de deux héros antinomiques. Ce n’est pas une nouveauté  mais l’utilisation d’un robot est plutôt originale. Cela donne de l’envergure à l’action. Et de l’action y en a. Elle est présente à chaque page sans reprise de souffle. Les cavalcades succèdent aux explosions à un rythme effréné. Trop même ! Doit on rechercher des messages dans ce monde futuriste ? A peine a-t-on le temps de relever une dénonciation du pouvoir des médias, de la propagande ou de la technologie soit disant au service de tous que déjà s’enchainent les rebondissements. Ou finalement cela est-il juste une BD action ?  Tout cela est un peu fouillis et manque d’éclaircissements.

Sébastien Floc’h, Steve Baker, KSTR, Casterman , ActionLes dessins de Steve Baker sont à l’avenant du scénario : surprenants ! Il met en image un monde futur avec tout un bestiaire de créatures extra-terrestres, de véhicules originaux. Le tout est croqué avec un trait vif donnant une sensation de vitesse bien rendue. Le lecteur perçoit une influence des mangas mais aussi des comics. Les couleurs sont chaudes et rendent du volume aux dessins. Malheureusement, le trait ne rend pas assez les émotions avec notamment des yeux vides d’expressions gênant la lecture. Les visages sont ramassés, fermés rendant la distinction entre les différents protagonistes peu aisés.

Tout va vite dans cet album. Trop vite sans doute. Il en résulte une sensation finale d’inachevé pas vraiment aidée par des dessins amoindris dans leurs cases. Si l’objectif des auteurs était de faire passer un ou des messages, ce n’est pas une franche réussite. Si par contre le seul but est de divertir alors le résultat n’est qu’à moitié atteint. Sébastien Floc’h et Steve Baker sont clairement à l’étroit dans ce format et leurs talents ne peut pas pleinement s’exprimer.

Scénario : 5.5/10
Dessins : 5.5/10
Total 5.5/10
Tigrevolant

04/04/2014

Sherlock Fox - Tome 1 : Le chasseur

Sherlock fox, Morvan JD, DU yu, Glenat, policier, animalSherlock fox, Morvan JD, DU yu, Glenat, policier, animalScénario : Morvan, Jean-David
Dessin / Couleurs : DU, yu
Dépôt légal : 03/2014
Editeur : Glénat
Collection : Tchô ! L'aventure
Planches : 64

Sherlock fox est un renard. Mais un renard policier. Le meilleur ! Dans une société animale, les instincts ont été remplacés par des règles de vie en communauté, afin que personne ne mange son voisin. Mais certains semblent ignorer les règles et laissent parler leurs pulsions primaires. Une enquête du commissaire Quitsou (Sherlock Fox) confronté à un bien curieux trafic de chair « humaine ».

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Ce tome 1 de la nouvelle production de JD Morvan (jamais à court d’idée) est donc un polar animalier. Dans son désir de satire sociale, il met en place tout un microcosme cohérent, une société totalement bestiale sans être dénuée de tares humaines. Ainsi, il pousse très loin l’anthropomorphisme avec des êtres cupides, jaloux, traitres, stupides ou méchants. La liste est longue ! Pour définir ce monde très proche de nous, il utilise un néologisme : les « animaines ». Mais si les défauts « humains » transpirent, des instincts typiquement animaux resurgissent : la zoophagie, évidemment formellement proscrite dans cet univers. JD Morvan se joue des codes et des travers de notre société. La farce de ce pamphlet policier interdit les animaines de s’entredévorer. Cela prête à sourire, comme si cela était la pire des abjections dans une société mimant l’humain. Pourtant, nous ne faisons rien d’autre que de nous entredévorer, laissant la place finalement à un instinct ….animal ! Voilà pour le fond de cette bande dessinée.

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Pour le coté forme, JD Morvan s’est associé à un nouveau venu dans le l’espace de la bande dessinée : DU Yu. Son dessin est fort tranché. Il fait la part belle aux angles. Par ailleurs, il alterne les plans larges et les plans rapprochés. Cela donne un certain dynamisme à l’histoire. Mais la vision du lecteur est brouillée par des cases très chargées. Trop sans doute ! En fait DU Yu agrémente ses seconds plans avec moult détails. Cela est certes du beau travail mais ceci freine indéniablement la fluidité du récit.

Glénat publie ce livre sous la collection « tchô ! L’aventure ». C’est surprenant car si l’appellation de ce label (laid, entre parenthèse) laisse penser à une lecture enfantine, il faudra quand même laisser la lecture de cet album aux « grands enfants » ! Sherlock Fox donne une sensation finale de brouillon tant au niveau des dessins que du scénario. L’alternance des rythmes déroute quelque peu le lecteur. Cependant l’intrigue policière est suffisamment originale pour vous laisser prendre au jeu des énigmes. L’essai de cette bd est à confirmer dans un second tome.

Scénario : 6.5/10

Dessins : 6/10

Global : 6/10

Tigrevolant

25/03/2014

Pyongyang

Pyongyang, Delisle, l'association, dictature, humour, chroniquesPyongyang, Delisle, l'association, dictature, humour, chroniquesScénario / Dessin : Delisle, Guy
Dépôt légal : 05/2003
Editeur : L'Association
Collection : Ciboulette
Planches : 176

Guy Delisle arrive à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord. Chargé de superviser la production de dessins animés, il mettra à profit ces deux mois dans le pays le plus fermé au monde pour faire un peu de tourisme très très encadré : découverte de l'une des plus féroces dictatures au monde.

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Une BD/un lieu, c’est le concept de Guy Delisle. Apres « Shenzhen » Guy Delisle pose sa valise en Corée du Nord. Pyongyang est une bande dessinée autobiographique de l’auteur publiée par L'Association. Cet auteur atypique ne se présente plus. Le style, l’humour et les manières de Guy Delisle, Fauve d’or 2012 à Angoulême pour « Chroniques de Jérusalem » fait partie du paysage du neuvième art. Il décrit, comme dans ses précèdents opus, une vision détaché mais bourrée d’humour de son environnement. Il révèle le monde qui l’entoure au travers de détails de la vie courante. Ici, il utilise comme schémas humoristiques les « absurdités générées par le régime dictatorial le plus paradoxal qui puisse s'imaginer ». Ainsi, il fait un focus sur le restaurant (bien grand mot pour cet endroit), l’hôtel bunkérisé, sur les images du « cher leader » omniprésentes jusque dans les toilettes ou encore sur la présence d’un guide et d’un traducteur attachés à sa personne 24h sur 24 !

 

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Tout cela permet de décrire la propagande sur un ton dés plus léger. La présence de petits jeux (par exemple, un espion est caché parmi ces personnages, seras tu le reconnaitre ?) accentue encore l’absurdité du système totalement paranoïaque. Il nous gratifie de 176 pages de chroniques drôles, détachées, acerbes, truculentes mais jamais méchantes.

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L’utilisation pour les dessins du noir et blanc au crayon est encore une marque de fabrique de G Delisle. Volontairement simple, l’ensemble du décor est dépouillé, austère (comme la vie en Corée du Nord ?). Le dessin type ligne claire sert de support à la voix off et appuie les propos hallucinés du narrateur pour faire passer le message de cette société entièrement féodalisée.

Pyongyang, Delisle, l'association, dictature, humour, chroniquesCette forme de tendresse désabusée sur son environnement permet une crédibilité faisant mouche. La description de ce pays au travers du regard d’un scénariste/dessinateur de BD est hilarante. « Pyongyang » est révélateur de la chape de plomb régnant sur le quotidien de 24 millions de Coréens totalement coupés du monde. Bien que sortie en 2003, cette BD est incroyablement et tristement d’actualité : 10 ans se sont écoulées et rien n’a changé. Ultime clin d’œil, G. Delisle utilise malicieusement en fil rouge le livre « 1984 » de George Orwell et son célèbre «Big Brother». Bien à propos ! Preuve (ultime, si il en faut ?) du talent de l’auteur, le réalisateur américain Gore Verbinski et le scénariste Steve Conrad, en ayant acquis les droits à l'été 2013, porteront « Pyongyang » au cinéma.

A lire et à relire (même dans 10 ans !!!)

Dessins : 7.5/10

Scénario : 9/10

Note globale 8.5/10

Tigrevolant