06/08/2013

Jack Joseph Soudeur sous-marin

Couv_190569[1].jpgjack joseph,soudeur sous-marin,jeff lemire,062013,futuropolis,graphic novel,roman graphiqueScenario : Lemire, Jeff
Dessin : Lemire, Jeff
Dépôt légal : 06/2013
Editeur : futuropolis
Planches : 224 

Chez les Joseph, on est soudeur sous-marin de père en fils. Chez les Joseph, on ne révèle pas ses jardins secrets. Chez les Joseph on garde pour soi son « cadavre dans le placard ». Et quand survient un événement intense, la pression (psychiatrique, pas celle des fonds sous marins) fait remonter à la surface tous ce qui est englouti. Jack Joseph va être papa. C’est l’occasion de faire le ménage dans sa psyché et régler ses comptes avec la disparition de son père.

Comme son format de publication et ces dessins ne le montrent pas, c’est bien un comic que vous avez entre les mains. Eh oui, Futuropolis édite maintenant des BD d’outre atlantique. L’auteur Jeff Lemire est un artiste à multiples facettes. Devenu l'un des auteurs phares de DC Comics, il est aussi scénariste et dessinateur d’œuvres disons ….hum ….plus intimistes : « Essex County » (salué par plusieurs prix en Amérique du Nord) édité par les éditions Fururopolis (encore) raconte sur un mode autobiographique l’enfance de J Lemire. Un récit tout en rondeur et complexité.

 

jack joseph,soudeur sous-marin,jeff lemire,062013,futuropolis,graphic novel,roman graphique

 

Il réédite le même type de récit en s’attaquant au mythe du père. Il rejoue à sa manière «j’ai tué mon père pour grandir.» de Freud. Et pour cela le récit est subtil. Les méandres de son travail psychanalytique se traduisent par une suite d’événements étranges, incohérents. En préambule Damon Lindelof évoque un parallèle avec la 4ème dimension. Et c’est bien vu : l’étrangeté bien réelle, les évènements sous tendus et surtout un déplacement du héros dans un monde d’entre deux rappellent fortement le concept d’un « ailleurs parallèle ». Les époques se mélangent et cela permet de faire un lien présent/passé astucieux. La fragilité du personnage interpelle. La future paternité rend Jack à la limite de la folie. Du moins le croit-on ! J Lemire vous promène. La mise en abime (un must pour un plongeur sous-marin !) de son héros n’est qu’un leurre.

Que dire des dessins ? Le trait est brut, parfois haché. Pas de couleurs. Que du noir (et blanc) dans cette introspection. Et l’on peut le regretter. Les personnages père/fils se ressemblent étrangement, cela est sans doute voulu bien sûr, mais cela brouille les pistes. Des codes couleurs auraient pu aider à la compréhension. La force du travail de J Lemire est le découpage. Tantôt des gaufriers impeccables, tantôt des doubles pages très belle, tout en profondeur (dans tous les sens du terme !).

 

jack joseph,soudeur sous-marin,jeff lemire,062013,futuropolis,graphic novel,roman graphique

 

Ce graphic novel (titre original « the underwater welder ») transpire la folie, le malaise, les réminiscences du passé. Cela va crescendo et le tourbillon de l’auteur est efficace. Le thème du père/fils sous mariniers est une bonne idée et renforce le coté oppression avec des scènes sous-marines d’une grande intensité. Une lecture somme toute plaisante. Parfois un tantinet ennuyeuse mais bien maitrisée.

Note : 7/10

Tigrevolant

 

10/06/2013

CASTILLA DRIVE

Couv_165182.jpgPlancheS_33926-540x776.jpgScénario : Pastor, Anthony
Dessin : Pastor, Anthony

Couleurs : Pastor, Anthony
Dépot légal : 05/2012
Editeur : Actes Sud - l'An 2
Planches : 160

Parti chercher des cigarettes depuis trois ans, Robert, détective privé, a laissé seule Sally avec son lot de questions, de dettes, d’amertume, de solitude et deux ados à charge. Pour survivre Sally a repris bon an mal an l’activité de Robert. Elle accepte de répondre aux questions d’Oswaldo, poète en galère, victime d’un mystérieux tir de fusil….

Anthony Pastor nous avait laissés avec des étoiles dans les yeux sur son très bon « Las Rosas », sorte de western moderne à l’eau de rose où se mêlaient les sentiments et la critique sociale. Il récidive ici dans un one shot aux couleurs pastelles. Comme une marque de fabrique, Anthony Pastor s’amuse à mélanger les genres du polar, de la comédie douce-amère et de la tragédie. A la lecture de ce brillant pamphlet, toi lecteur, tu seras frappé par l’antagonisme entre la banalité de l’histoire et la virtuosité de Pastor à les révéler.

Banal, ce patelin perdu au fin fond du désert Nord-Américain ! Quatre baraques, un bowling, un Drug store : il émane de cette agglomération une atmosphère poisseuse d’ennui et de tristesse. L’auteur s’amuse même à souligner les contraires pour épaissir le décor dérisoire (il neige là où il devrait faire chaud…).

Banals, ces personnages d’un cliché affligeant ! La femme abandonnée luttant pour sa survie, le mari perdu ayant fui ces responsabilités, le flic, ex meilleurs copain du mari, transi d’amour pour la « veuve », et enfin la victime, loin (très) du sex-symbol, est agent d’entretien.

Parmi toute cet ennui, l’auteur nous éblouit par son sens du spectacle pour en faire un récit tout à fait cohérent et attractif. Une autre de ces forces est de parsemer le récit de moment apparemment creux (pauses, vacuité des échanges…). Ils permettent d’asseoir les personnages, de préciser leur caractère, leurs forces et leurs faiblesses. Tous les protagonistes prennent ainsi de l’épaisseur au rythme de la narration. Ils en deviennent presque attachants. Même les personnages secondaires totalement insignifiants se trouvent éclairés par notre scénariste.

 

Anthony Pastor, Polar, ennui, an 2, ed  actes sud, langueur

 

Les dessins sont déclinés sur le thème de la ligne claire. Ils surprennent. Ils donnent une sensation de vide, de non palpable. Et cela jusqu’à la colorisation parcimonieuse ou plutôt la perte de couleurs : le blanc (encore un contraire) souligne les ombres. Etonnant !

Cette bande dessinée est sur un mode cinématographique. Une pincée de Robert Altman, un soupçon de frères Cohen, ce roman graphique sur le mode de la romance est tout à fait plaisant, « surtout dans la dernière partie du livre, quand le mystère – évacué dans de belles séquences de tension – laisse s’épanouir un vrai conte de Noël à l’américaine ». On referme Castilla Drive avec une certaine surprise et un sourire en coin.

 

Note : 7,5/10

Tigrevolant

16/05/2013

Rocher rouge

  

rocher rouge,kstr,2009,thriller,poncifs,borg,sanlaville,tigrevolantrocher rouge,kstr,2009,thriller,poncifs,borg,sanlaville,tigrevolantScénario : Borg, Éric
Dessin : Sanlaville, Michaël
Editeur : Casterman
Collection : KSTR
Dépot légal : 01/2009
Pages : 117

Rocher Rouge est une île paradisiaque quelque part dans des eaux tropicales, l’un de ces lieux où l’on rêverait de passer ses prochaines vacances …. C’est justement là qu’une bande de copains et copines choisissent de passer trois jours façon « opération survie ». Ce qu'ils ignorent, hélas, c’est que l’île est réputée abriter le terrible Maboukou, une créature légendaire connue dans la région pour décapiter ses proies et leur dévorer la tête…

Du sexe, des pulsions connues et/ou inconnues, des corps parfaits… vous êtes dans « l’ile des cocus » euh non « l’ile de la tentation » ! Un ilot paradisiaque, coupé du monde des tensions dans le groupe, pas d’hésitation c’est « Lost » ! Du gore, du sang, de la tension du rythme, une vieille légende, un monstre « Konguien », c’est du « scream » mâtiné de «l’affaire blairwitch » ! Mélanger le tout à la cuillère (pas au shaker), servir frais avec une rondelle de citron et vous voilà plongés dans l’univers de Rocher Rouge. Autant vous le dire immédiatement, Eric Borg assume ces références cinématographiques et télévisuelles. Il ne se prive pas d’utiliser les poncifs des séries princeps : les rebondissements téléphonés (au propre comme au figuré), la plastique de ces personnages, l’insularité, la tension…. Mais Eric Borg n’en oublie pas pour autant ces classiques : la fable utilise l’unité de temps, de lieu et d’action. Tout cela est habilement utilisé dans un rythme crescendo. Pas le temps de souffler. Le récit est vitaminé et haletant. Les dialogues minimalistes font la part belle à l’action. Enfin des touches d’humour et d’absurde couronnent le tout. Ouf !

 

rocher rouge,kstr,2009,thriller,poncifs,borg,sanlaville,tigrevolant

Que serait un scénariste sans un bon dessinateur ? Dans le monde de la bande dessinée, sans nul doute pas grand-chose. Le casting ici fait bien les choses. Salanville exhibe un graphisme épuré (qui pourrait se rapprocher de celui de son ami Bastien Vives), expressif et surtout débordant d’énergie. Il choisi des plans rapprochés et accentue ainsi le rythme de la narration et du gore ! Dernière corde à son arc : les couleurs. Il accorde le récit avec un panel différent, passant du vert et jaune pâle pour les scènes de plage au brun, rouge et orange pétant au plus fort des scènes chocs au cœur de la forêt sinistre. Un petit peu plus de clinquant dans les couleurs n’aurait pas dépareillé avec les clichés dont ce réclame cette BD !

Dans ce huis clos tout est en place pour que le rêve vire au cauchemar. "Du koh lanta poussé à l'extreme" selon Eric Borg. Cela va vite ! Peut être trop vite. Avec ce choix de récit, cela permet, sans nul doute, d’éviter les écueils du déjà vu et de s’échouer au milieu du récit. Ces 117 pages vous laisseront un bon souvenir !

 

rocher rouge,kstr,2009,thriller,poncifs,borg,sanlaville,tigrevolant

 

Note : 7.5 / 10

Tigrevolant

03/05/2013

RETROPOLIS

Retropolis.jpgBL000.jpgScénario : ElDiablo et To, Anne-Laure
Dessin :To, Anne-Laure
Dépôt légal : 11/2012
Editeur : Casterman
Collection : KSTR
Planches :120

 

Après avoir perdu ses deux mains lors des combats de 14-18, Otto se reconvertit en entrepreneur de spectacles nocturnes à Rétropolis, avec la complicité d'Oedipia, une sorte de cyclope féminin. Il n'hésite pas à vendre certaines de ses filles à un politicien inquiétant. A l’occasion d’un « recrutement », Otto fait la connaissance de Polly, une héritière délurée qui vient d'échapper à la surveillance toute militaire de son chaperon. Faisant chavirer son cœur de maquereau Otto accompagné de Polly déjoueront un complot de manipulation des masses par la boisson …

Les éditions KSTR, émanation des éditions Casterman, continuent de nous éblouir. Ils se veulent résolument découvreur de talent et n’hésitent pas à publier des jeunes auteurs : une véritable pépinière ! Et du talent Anne-Laure To (aux pinceaux) et ElDiablo (au scénario) n’en manquent pas.

 

retropolis,anne laure to,eldiablo,kstr,policier,810,fascisme,animalierPour commencer, la couverture est toute particulière : un gros plan sur un inquiétant crochet et une attirante demoiselle à tête de chatte aux courbes parfaites, outrageusement maquillée, attifée comme une danseuse de cabare. Le tout est couronné d’un un titre rouge vif en relief. Efficace ! Cela a le mérite d’attirer l’œil, notre attention. Car ici, c’est le dessin qui a la part belle. Une mise en couleur acidulée, et expressive, un univers animalier avec des travers très humains, pour ne pas dire des tares, Anne Laure nous régale de son coup de pinceau. Certains trouveront brouillon et parfois foutraque la mise en page ou le dessin mais c’est une première incursion de mademoiselle To dans la BD : c’est très prometteur.

Continuons avec le scénario. ElDiablo choisi l’humour pour aborder des sujets graves : le vivre ensemble, accepter les différences, le fascisme. Juger plutôt : il est question d’ondes manipulatrices pour quiconque a consommé du lait aux hormones féminines ! La farce ne s’arrête pas là. Les dialogues sont pleins d’humour comme par exemple l’incursion de proverbes Turcs ( ??) ou autres propos pinces sans rires ! Enfin, l’œuvre est truffée de références cinématographiques, cela vous saute au visage : Métropolis, Cabaret, l’Ange Bleu …. On regrettera les quelques raccourcis. Ils auraient mérité quelques pages d’explications supplémentaires

 

retropolis,anne laure to,eldiablo,kstr,policier,810,fascisme,animalier

Vous avez compris, votre serviteur s’est épris de ce one-shot. Les dessins originaux, les références au cinéma engagé, la mise en avant des faiblesses humaines le tout teinté d’humour sont autant d’atouts de cette BD. Bravo à la collection KSTR de nous enchanter avec des œuvres originales !

Note : 8 / 10
Tigrevolant

Sans titre.JPG