10/04/2013

PIZZA ROADTRIP

Couv_171371.jpgPlancheA_171371.jpgScénario : El Diablo
Dessin : Cha
Couleurs : Cha
Dépot légal : 09/2012
Editeur : Ankama Édition
Collection : Hostile Holster
Planches : 80 

Quand Rudy appel son « meilleur ami », Romuald au milieu de la nuit, ce n’est pas pour livrer une pizza 4 fromages. Mais c’est bien pour l’aider à se débarrasser du cadavre d’un caïd de la cité. D’ailleurs, Matilde, à l’origine du meurtre, a une maison en jachère loin, très loin de Paris : c’est décidé, ce mort  encombrant aura une sépulture en terre bretonne ….

Des cadavres, il en est question de bout en bout. Non seulement le défunt « méchant » buté par Mathilde mais aussi les cadavres dans le placard de chacun des protagonistes. Entre deux pétards et engueulades bien soignées, ces trois loosers (quatre avec la voiture !) s’embarquent dans un road movie nocturne où les masques tombent. El Diablo distille les indices au fil des pages et va permettre de lever le voile sur les secrets de chacun.

 

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Ces ficelles de scénario sont certes peu originales. Elles ont été maintes fois exploitées dans le monde du divertissement (BD, film, roman). Cependant, trois originalités retiennent notre attention.

La première originalité est la mise en couleurs. Une astucieuse inversion permet une lecture fluide et sans à-coups. Le présent est noir, sombre, gris en dehors de la voiture orange étincelant et a contrario les flashbacks sont en couleurs. Efficace !

La deuxième originalité est le dessin très punk de Cha. Rond, sans aspérité, le regard glisse de case en case. L’absence de nez, des bouches immenses et des yeux écarquillés notent l’influence manga !

Dernière originalité, et non des moindres, le personnage féminin maitrise la situation. Elle est froide, calculatrice et en impose au monde macho dans lequel elle évolue. Mais ça, c’était annoncé dans les crédits de la page 2 : la fiction française manquait de personnages féminins « couillus » !

Au total, Cha et Eldiablo accouchent d’un one shot humoristique très cinématographique. C’est un polar plutôt traditionnel faisant cohabiter les classiques du genre et le milieu hip-hop. Ce mélange original restitue des personnages avec du caractère et utilisant un langage contemporain issu de la banlieue. Les éditions Ankama font encore fort, avec un rythme de parutions soutenu et un choix judicieux d'auteurs talentueux dans la collection HH (Hostile Holster). A suivre de près !

Scénario : 6/10
Dessins : 8/10

Tigrevolant

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03/04/2013

Au vent mauvais

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Scénario : Rascal
Dessin : Murat, Thierry
Couleurs : Murat, Thierry
Editeur : Futuropolis
Dépôt Légal : 03/2013
Nb Pages : 107

Abel sort de taule. Personne ne l’attend « juste plus léger coté illusions ». Comme tout bon truand, Abel a un magot planqué dans une usine désaffectée. Mais les nouvelles règles d’urbanisme ont transformé les lieux en Musée. Adieu veaux, vaches cochons….Mais il suffit d’un téléphone perdu, une voix d’ange au bout du fil pour retrouver un sens à la vie ! au vent mauvais,rascal,murat,futuropolis,roman graphique,quète

 

Autant le dire tout de suite, vous n’êtes pas en possession d’un thriller ! Comme dans le célèbre poème de Verlaine, le « vent mauvais » entraine l’unique personnage de cette histoire dans un road trip mélancolique ! Tout oriente le lecteur vers une « langueur monotone ». La narration est lisse, uniforme comme la vie d’Abel. Il n’y a pas d’aspérité, juste une promesse de rencontre avec un ange au bout dela route. Une simple voix off vous livre le cheminement du héros et l’option de plans rapprochés accentue sa solitude. Et …curieusement, le style est accrocheur. Ainsi, le lecteur est littéralement aspiré par la vacuité de l’instant et l’espoir du futur. La seule promesse d’une rencontre, d’un sourire est ici rangée au rang de Graal. Enfin, les rencontres fortuites et éphémères d’Abel, le défilement des paysages derrière les vitres, la quasi absence de dialogue… achèvent la touche romantique du roman graphique.

 Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.

 Les dessins de Thierry Murat ne sont pas en reste : ils sont magnifiques…. de sentiments. Même si la première impression est le noir, l’ombre, le gris, ils suintent l’espoir au bout du chemin. Les fonds de case contrastent avec la quête d’Abel : jamais blancs, toujours remplis d’une couleur monochrome ! Le choix de tons sépia est judicieux. Ils finissent de souligner la poésie de cette histoire.

 Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure.

Ce très bel album ne retiendra pas votre attention de prime abord. Pourtant il la mérite. Qui n’a pas rêvé de se laisser porter par un coup de fil ? Qui n’a pas réfléchi à la vacuité de l’existence, de repartir de zéro ? Le romantisme vous attend au détour d’un album signé Murat – Rascal.

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

             Chanson d’automne. Paul Verlaine 1844 - 1896

 

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Note : 8.5/10

Tigrevolant

 

14/03/2013

LE SERVICE

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2. Hautes sphères : 1974-1979

Scénario : Legrand Olivier et Djian Jean-Blaise
Dessin : Paillou, Alain
Couleurs : Paillou, Alain
Dépot légal : 09/2011
Editeur : Emmanuel Proust Éditions
Planches : 63

Paul Galland est un tueur professionnel, un homme froid sans état d’âme. Démobilisé après la Guerre d’Algérie, il est recruté par son supérieur, le Lieutenant François Charrière. Celui-ci lui propose de poursuivre une carrière très spéciale au « Service », la police secrète de la Ve République. Pendant plus de 30 ans, de mai 1968 à la fin du XXe siècle, il va participer à toutes les sombres affaires, les opérations clandestines, les manipulations politiques, les assassinats de personnages encombrants pour la Démocratie bien sur et la Liberté….sans aucun doute !!!! le service,legrand,djian,paillou,ep éditions,policier,politique,sac,barbouzes

 

Le narrateur est un journaliste d’investigation et sa préface en dit long sur le contenu de cette série. Des termes forts apparaissent comme « escadron de la mort» ou « un ministre, ca se flingue aussi bien qu’un juge ». Ces  injonctions ne laissent pas insensible. Elles choquent : cette BD concerne forcement une dictature. Pas du tout, il s’agit de la République Française !

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 Les éditions EP ont fixé clairement leur ligne : engagées et prêtes à dénoncer les méthodes fascistes dans l’ombre des démocraties. Deux séries déjà précédemment (AMERIKKKA et Julia Von Kleist) publiées donnent la ligne éditoriale de cette petite maison d’éditions.

Avec « Le Service », les éditions Proust nous proposent une série policière très politique. Même si la mention « fiction » est en bonne place, Jean Blaise Djian et Olivier Legrand parviennent à produire un récit documenté et renvoient à des faits connus : « le Service serait à l’origine de l’assassinat d’un ministre en 1979, de la mort suspecte d’un leader étudiant de Mai 1968, de la mort brutale d’un syndicaliste…. De là, à penser au SAC (Service d’Action Civique – Sic !-) créé sous de Gaulle en 1960 il n’y a qu’un pas. Tout cela fait froid dans le dos. L’idéologie fasciste des protagonistes opérant pour « sauver la démocratie » laisse pantois. La bêtise et l’embrigadement des barbouzes du Service est effrayante. Même les chefs « pensants » en perdent leur latin « alors, c’est ça que nous sommes devenus ? Une vulgaire officine à coups tordus au service d’ambitions individuelles ? ».

Prévue en quatre tomes, couvrant chacun une période comprise entre les années 60 et 90, le tome 1 couvre la période 1960 – 1968 et le tome 2, 1974 – 1979. A noter que chaque tome se suffit à lui-même. 

Les deux auteurs bien inspirés retrouvent le dessinateur Alain Paillou avec qui ils avaient signé chez le même éditeur Parabellum, un polar dans les années 30 sur la Cagoule (déjà une histoire sur les dérives fascistes !). Son graphisme à la fois sobre et classique souffre parfois de raideur. Les dessins sont bons et les bulles ne sont pas trop surchargées de texte. Il manque par contre cruellement de détails d’arrière-plan. Peut-être pour focaliser sur les actions terrifiantes de ces hommes de mains ?!

Souvent abordé dans la littérature ou le cinéma, le thème des hommes de l’ombre est ici mis en image en 64 pages. Force est de constater la réussite de cette série. La part sombre de la Vème république n’est pas jolie à voir. Mais n’oublions pas que c’est une fiction !

Note : 7.5/10

Tigrevolant

25/02/2013

DANS LA FORET

soleil prod,lionel richerand,métamorphose,fanstastique,contesoleil prod,lionel richerand,métamorphose,fanstastique,conteScénario : Richerand, Lionel
Dessin : Richerand, Lionel
Couleurs : Richerand, Lionel
Dépot légal : 01/2013
Editeur : Soleil Productions
Collection : Métamorphose
Planches : 104 

Il était une fois, la forêt et ses différentes saisons. La « Boueuse » en était la maîtresse. Elle imposait son pouvoir aux animaux de la forêt. Mais à quelques pas de là, dans un domaine isolé, la nature ne semblait pas touchée. Nous sommes en Angleterre, à la fin du XIXème siècle, Anna, jeune fille de 11 ans découvre par la fenêtre une nature étrange et fascinante, elle vit dans ce domaine avec sa mère protectrice. Après l’arrivée d’un homme étrange à la propriété, la nuit tombe et Anna est appelée par des crapauds…A l’issue de cette nuit, Anna ne sera plus la même…  

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 Attention, « Dans la forêt » est un conte ! Un conte mené tambour battant par L. Richerand. Pour bien cadrer son récit complexe, l'auteur fait appel aux règles du théâtre classique : unité de lieu, de temps, d’action et enfin de ton pour renforcer l’efficacité de son récit. Il nous entraîne dans le monde chimérique de la forêt pour évoquer le passage de l’enfance à l’âge adulte. Ainsi, Anna passe « au travers d’une matrice » pour se révéler. Il évoque également le statut de l’être humain et ses rapports avec la nature. Pour ce faire, il n’hésite pas à inclure et mélanger les mythes et croyances. Les cerfs et le dieu de la forêt évoquent la mythologie Celtique, Adam et Eve, les traditions judéo-chrétiennes. Le lecteur s’amusera à retrouver des références des contes de l’enfance : Alice au pays des merveilles, Blanche neige… Clairement, les femmes sont au cœur de ce récit merveilleux et L. Richerand va jusqu’à récuser le mythe de l’enfant mâle au centre de tout ! Un choc salvateur ! L'érudition de l'auteur n'écrase pas son histoire, elle se glisse en clins d'œil drôles et piquants. L. Richerand a pris le temps d'assimiler les références pour se les approprier et les fusionner avec son univers très personnel. Il évite le manichéisme et fait même des pieds de nez aux mythes de nos civilisations : les masques tombent pour la plus grande surprise du lecteur !

 

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Les majestueuses illustrations de L. Richerand sont à la hauteur de son travail narratif. Le premier choc visuel est la couverture : Anna est au centre d’une porte étrange, merveilleuse. Elle rentre et …. se retrouve en quatrième de couverture. C’est une invitation à la suivre. Chaque case est construite avec minutie dans des teintes ocres et sanguines. Son style graphique est enivrant et méticuleux. Il garde les fioritures pour les bords, encadre son action avec beaucoup de décors proches des enluminures sans jamais brouiller le centre. La lisibilité prime toujours. Il poursuit la narration dans un magnifique guide de cryptozoologie, un bestiaire détaillé et commenté de la forêt.

 

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Il y a du merveilleux et de la magie dans ce one-shot. La délicatesse du trait, l’ambiance feutrée hypnotisent et nous entraînent dans cette histoire cousue de mille fables et brodée de créativité. « Dans la forêt » fait se rencontrer Lewis Carroll et Miyazaki ! Alors, n’ayez pas peur de la nuit, Anna vous attend !

 

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Note : 8/10

Tigrevolant