16/12/2012

Les amis de Pancho Villa

Couv_157536.jpgPlancheA_157536.jpgScénario : Chemineau, LéonardDessin : Chemineau, Léonard
Couleurs : Smulkowski, Scarlett,  Dumas, Sophie
Autres :Blake, James Carlos
Dépot légal : 03/2012
Editeur : Casterman
Collection : Rivages/Casterman/Noir
Planches : 118

A sa sortie de prison, sans idéal particulier, celui qui deviendra "le boucher", Rodolfo Fierro rejoint Franscico Villa dit Pancho et ses amis : Thomas Urbino, le copain d'enfance, Calixto l'indien, Felipe Angeles ("qui aurait pu être président")..... Devenu général, il sera de tous les combat de Pancho Villa : de la rentrée triomphale dans Mexico City à l’exil dans les montagnes, des prises de villes aux revers de fortunes, des idéaux flamboyants de la révolution aux trahisons les plus viles. Viva Villa ! Hasta la victoria, siempre !

pancho villa,chemineau,blake,910,casterman western,rivages noirPersonnage mythique, héros de cinéma, de bandes dessinées et de chansons, Pancho Villa est au cœur de nombreux récits légendaires. "Jamais je n'ai combattu pour les pauvres. J'ai combattu contre les riches, ce qui n'est, bien entendu, pas du tout la même chose. En tout cas, c'est combattre qui est essentiel. On ne combat pas pour devenir libre - combattre, c'est être libre. " James Carlos Blake / Leonard Chemineau se mettent dans la peau du plus fidèle et du plus irréductible compagnon de Pancho Villa, Rodolfo Flierro, pour narrer l'épopée de ces révolutionnaires à la fois idéalistes et cruels. A travers le récit de Fierro, c'est l'histoire chaotique du Mexique au début de ce siècle qui défile. Mêlant habilement faits réels et fiction, ils révèlent une vision très noire, d'où émergent des moments d'authentique grandeur, le dévouement et le courage d'hommes sans mesure. Finalement le doute s’immisce « Il n'y a plus d'honneur là-dedans. Juste un tas de salopards avides qui luttent les uns contre les autres pour s'en mettre plein les poches ». Reste le romanesque : les épisodes flamboyants de chevauchées dantesques, de combats acharnés, de résurrections quasi miraculeuses et de trahisons brutales.

 

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Coté dessin, c’est une indéniable réussite. Pour son premier ouvrage, Léonard Chemineau adapte et met en image avec talent l’histoire tortueuse et romantique (dans l’imaginaire tout au moins !) de la révolution mexicaine. L’exagération comique des personnages, les traits nerveux et charbonneux transportent le lecteur dans des scènes de batailles et des chevauchés épiques. Il y a du mouvement, de l’action et des interrogations dans ces dessins. Tirons un coup de sombrero au travail des deux coloristes : Scarlett Smulkowski et Sophie Dumas. Le rendu des couleurs chatoyantes nous enivre.

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La couverture représentant la calavera (la mort personnifiée dans le folklore Mexicain) est à l’image du contenu : désinvolte, froide et belle. Laissez-vous entrainer sur les traces des révolutionnaires Mexicains. Chevauchez avec la division du nord à l’assaut des troupes gouvernementales et tentez de comprendre les méandres de la Révolution. Viva la libertad !

 

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« La cucaracha, la cucaracha,
Ya no puede caminar ;
Porque no tiene, porque le falta
Marijuana que fumar »
Chanson révolutionnaire Villiste.

Un peu plus sur la vie de Pancho Villa : je ne saurai vous conseiller l’excellent « Pancho Villa : roman d’une vie » de l’illustre Paico Ignaco Taibo II

Note : 9/10

Tigrevolant

14/12/2012

Bouncer. To Hell .... Tome 8

Couv_175099[1].jpgBouncer, Titre : To hell
Tome : 8
Scénario :
Jodorowsky, Alexandro
Dessin :
Boucq, François
Couleurs : Boucq, François, Boucq, Alexandre
Editeur :
Glénat
Dépot Légal : 11/2012
Nb Pages : 58

 

Maintenant propriétaire de l’Infierno Saloons de Barrio City, Bouncer, toujours en proie à ses démons, ne peut empêcher l’assassinat de Sakayawea enceinte. Fou de justice, Bouncer endosse l’habit de shérif et court après l’assassin de son amie et cela …. jusqu’en enfer !

 

 

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Apres trois ans d’absence (trois trop longues années) Bouncer est de retour. Chaque fois, ce western ultra violent, retourne l’âme humaine et Jodorowsky n’hésite pas une seconde à plonger son héros dans la fange de l’humanité. Un peu comme si « Jodo » se repaissait de cette « merveilleuse et énorme violence ». Et finalement cela a un côté ... fascinant ! Ne nous voilons pas la face. Cette débauche d’action et de violence inhérente au genre humain agit, malheureusement comme un aimant pour l’Homme. Mieux, on en redemande : c’est quand même le tome 8 de la série Bouncer ! Dans cette série, il reste quand même un arrière-gout de nausée car ils y vont fort : la vision angélique cinématographique est très, très loin.

 

Autre coté fascinant, la capacité du scénariste à renouveler l’infâme ordure de service. « Tout de blanc vêtu, Pretty John, fielleux fils à papa bossu, qui ne se déplace jamais sans ses gardes du corps, est l'archétype du salaud détestable. Il fouette des prostituées pour le plaisir, s'acharne sur des indiennes innocentes. Avec son «look» d'aristocrate dégénéré, lavallière, nœud papillon rose, manteau de fourrure en renard blanc, gants immaculés et canne-épée sournoise, il sème la terreur en toute impunité ». Ça, c’est du méchant !

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Cette histoire en diptyque est un aller « to hell…. » et un retour « and back… ». Et comme à chaque fois, l’intrigue apporte son lot de seconds rôles magnifiques. Cela donne du liant à l’ensemble de cette série, oh combien surprenante. 

 

bouncer,to hell,tome 8,boucq,jodorowsky,western,910Le trait de l’excellent Boucq est à la hauteur du défi de l’imaginaire de son scénariste. Il alterne les grands angles magnifiques dignes des photos du National Géographic et les scènes cadrées d’action très cinématographique. Le lecteur est subjugué. Le trait et le coloriage très ronds, les personnages croqués vrais mais caricaturaux sont autant de marque de fabrique du lauréat 1998 d’Angoulême. Petit clin d’œil du dessinateur, en payant un tribut au maître : il emprunte le décor de « l’enfer » (prison iconoclaste du méchant) à Corvado dans « Chihuahua Pearl » ! Sympathique ! En fin, la maitrise de Boucq dans le dessin des mouvements est impressionante : c’est simple, on a l’impression que le Bouncer a deux bras.

 

Les décors grandioses, le scénario haletant et un héros mutilé font de ce western atypique un vrai plaisir de lecture. Le parallèle avec d’autres westerns est impossible ; l’œuvre est unique ! La suite s’imagine bien dans une course poursuite endiablée façon horde sauvage. Ça va saigner !

 

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9/10

Tigrevolant

29/11/2012

We are the Night 1. 20h-01h

Couv_107395.jpg11571-28489.jpgScénario : Ozanam, Antoine
Dessin : Kieran
Couleurs : Kieran
Dépot légal : 03/2010
Editeur : Ankama Éditions
Collection : Hostile Holster
Planches : 74 

20h.Valery se lève et souhaite immédiatement boire un verre. En chemin, il croise une patrouille de policiers tergiversant sur les coïncidences historiques ! Ces derniers  « voient sans le voir » Lorenzo en route vers l’appartement de son amant … 19 personnes vont ainsi mêler leur destin, se croiser, interagir le temps d’une nuit. Pèle mêle, le lecteur rencontre ainsi un mari truand voulant éliminer sa femme infidèle (avec un flic de surcroît), un groupe de jeunes voyous projetant un braquage, une demoiselle désirant une nuit d’amour pour ne pas être mariée de force au pays ou encore, une vendeuse désespérée tâchant de remonter le moral d’ une candidate au suicide.

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Le principe de ce diptyque est basé sur le modèle d’une mosaïque. Tout s’enchaine et s’interconnecte. Comme un puzzle sombre dont les pièces se positionnent toutes seules, sans temps mort. Ozanam emprunte les chemins d’un genre cinématographique de type « destins croisés » comme « ShortCuts » de R. Altam (culte !). les personnage sont d’importance égale et le scénariste vous fait passer d’un personnage à l’autre comme si le lecteur était une caméra. Les codes du polar sont bien présents : les truands, l’exploitation des bas instincts humains, la cupidité, le doute, la violence … Ce roman policier bien sombre est mené tambour battant. Mais cet opus est une mise en bouche avant l’action : la tension est palpable, cela monte en nervosité à chaque retour sur protagoniste et…le vertige du drame n’est pas loin. Si cela reste une gageure de mettre en scène une vingtaine de personnages, A. Ozanam démontre une vraie maitrise dans le découpage et l’enchainement des séquences. Tout est bien huilé.

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Les dessins sont à l’image du scénario : torturés mais précis, tranchés mais réalistes. L’influence comics, notamment M. Mignola (Hellboy) est palpable. A noter la touche réaliste car l’intrigue se situe à Lyon : les connaisseurs seront ravis de jouer à reconnaitre les différents lieux de l’action. Un petit plus qui a ravi votre serviteur ! Les couleurs délavées d’E Picq (pas cité aux auteurs mais juste remercié en page 2 ? curieux !) font merveilles. Elles donnent un ton suintant et sombre tout en harmonie avec le scénario ténébreux.

Hostile-Holster.jpgOzanam et Kieram ont pris un réel plaisir à brouiller les cartes pour nous attirer au plus sombre de la nuit. Et cela n’est pas pour déplaire aux fans de polar. Notons encore une fois la performance d’Ankama éditions. Via sont label Hostile Holster, cette maison d’édition continue de produire des petites merveilles. Je ne saurai que vous conseiller de vous plonger dans cet univers !

8.5/10

Tigrevolant

20/11/2012

La survie de l'espece

jorion,makles,futuropolis,810,kness,satire socialejorion,makles,futuropolis,810,kness,satire socialeScénario : Jorion, Paul
Dessin : Maklès, Grégory
Couleurs : Kness
Dépot légal : 10/2012
Editeur : Futuropolis
Planches : 117 

Résumé (remanié !) de l’éditeur : En une succession de courts chapitres et d’analyses aussi pointues sur le fond, que délirantes dans la présentation, pimentées d’un brin de souvenirs personnels et d’un zeste d’actualité, Jorion brosse au vitriol un portrait érudit et rigolo de l’idéologie politique et de l’organisation de l’humanité actuelle. Pas de doute, elle s’achemine vers son extinction naturelle.

jorion,makles,futuropolis,810,kness,satire socialeComment pourrait-on qualifier cette bande dessinée ? Un essai ? Un brulot ? Exercice difficile, s’il en est ! Le sociologue-anthropologue belge, Paul Jorion, s’essaye à la BD. Auteur de plusieurs livres sur la chute (inexorable ?) du capitalisme, il explique en 120 pages les rouages d'une machine devenue folle et incontrôlable. Pour atteindre son but, les deux auteurs emploient la caricature souvent grossière pour parler du fonctionnement de la crise.

 « La survie de l’espèce » se propose de vous expliquer les dessous de cette énorme tromperie. Il choisit un scénario chronologique. Tout aurait débuté à l’âge de pierre, où un individu découvre tous les bénéfices à tirer d’en faire travailler un autre (forcement plus faible). Plus rien n’arrêtera alors la cupidité du système (et de l’homme ?) jusqu’au cynisme du trader de chez Gloldman Sax dont la devise est MAF (Mort Aux Faibles) : tout est donc permis pour essorer le petit peuple.

Paul Jorion est bien décidé à ne pas s’encombrer de propos politiquement corrects et met, pas à pas, le capitalisme devant ses contradictions et démontre comment les politiques deviennent des pantins dans les mains de « Mister Monopoly ».

jorion,makles,futuropolis,810,kness,satire socialeGrégory Makles utilise un trait froid dans ce monde dénué de sentiments. Les décors verdâtres renforcent les propos caricaturaux de la voix off du narrateur (Paul Jorion). Le dessinateur force le trait en faisant le choix de personnages stéréotypés puisqu’ils représentent chacun un archétype. Le capitaliste est le petit bonhomme au chapeau haut de forme du Monopoly, le patron prend l’apparence d’un général. Quand au petit peuple, il est représenté sous la forme d’un bonhomme Lego : déshumanisé, froid, limité dans ses mouvements.

L’abondance de texte et la complexité du sujet nuit parfois à la compréhension. Mais le tout est plutôt plaisant à lire et aborde certaines situations qui font sourire « jaune », tellement on a l’impression d’etre le bonhomme Lego dépouillé par le système. Reste un sentiment mi-figue mi raisin en fin de lecture. Ce n’est pas une BD que l’on lira pour s’évader mais que l’on prendra comme une vulgarisation des propos de l’auteur, une explication du système et de ses aberrations. Attention, c’est à charge et les alternatives ne sont pas du tout évoquées ! Jorion laisse peu de place au futur du capitalisme et préconise plutôt une solution finale « tranchée ». Une BD pour comprendre le sens des mots spéculation, capitalisme, productivité, profit, rentabilité….

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Blog de l’auteur : http://www.pauljorion.com/blog

Note : 8/10

Tigrevolant