26/07/2012

Lorna. Heaven is here

 

lorna_couv.jpglorna-11.jpgScénario : Brüno

Dessin : Brüno

Préface :Dionnet, Jean-Pierre

Dépot légal : 05/2012

Editeur : Glénat

Collection : [Treize étrange]

Planches : 145 

 Lecteur de BD, si tu cherches une œuvre qui apporte son tribut au cinéma de série B ou Z, cet UFO est pour toi. Si tu veux un scénario foutraque mêlant pornographie, militaires recherchant l’arme ultime, monstres marins, extraterrestres, complot militaire, manipulations de l’industrie pharmaceutique, arrête-toi et recueille-toi.

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Le moins que l’on puisse dire c’est que Brüno, dans sa nouvelle publication, fait fort. Si le début est un peu poussif, le scénario s’accélère et décontenance le lecteur. A la lecture de la préface (Brüno s’est adressé à un spécialiste du genre : Jean-Pierre Dionnet, le co-fondateur de Métal Hurlant et des Humanoïdes associés), l’amateur de BD est perdu : qu’est ce que cela veut dire ? Si cela part dans tous les sens, tu ne décroches pas avant la fin. Finalement, cette préface titille, appelle à la relecture et là tout s’éclaire. Brüno mêle ainsi les codes du film d’horreur, du porno et de la Série Z avec un bonheur évident.

lornb-p06.jpgLorna est un livre truffé de clins d'œil qui raviront les amateurs du genre. Cela va du Wess Craven « La colline a des yeux » (censuré car classé X au début de son exploitation) à « King Kong » transformé en immense femme de cinquante mètres se promenant nue à travers la ville, en passant par le «docteur Folamour» de Stanley Kubrick avec ses bombes lancées par des militaires dingos, ou encore « docteur Jekyll/ Mister Hyde » de Robert Louis Stevenson. Quand à la plastique des filles, la référence au réalisateur Russ Meyer est nette. Enfin, le coté médiocre des personnages est renforcé par la présence impromptue de publicités pleines pages de type "revival". Ouf ! Quel cocktail ! Mais il n’est nul besoin de connaître ces références pour apprécier la lecture de ce road-movie halluciné.

L'album tire également son originalité de son graphisme épuré, marque de fabrique de Brüno, et de sa coloration en bichromie, à dominante jaune et orange de toute beauté. Gros plans, gaufrier, pleines pages tout est bon pour insuffler une gifle visuelle. Et en bonus, une surprise vous attend dans la jaquette !

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 C’est drôle. C’est délicieusement subversif. C’est du très bon. Lorna est un concentré d’humour à prendre totalement et surtout au second degré. Comme le dit Jean-Pierre Dionnet ce livre est dangereux. Incontournable pour les amateurs de pulp et de contre-culture.

9.5 / 10

Tigrevolant

23/07/2012

Une nuit à Rome. Tome 1

 

nuit a rome couv.jpgnuit à rome,jim,104 pages,delphine,810,amour,drame,romantiquenuit à rome,jim,104 pages,delphine,810,amour,drame,romantiqueScénario : Jim

Dessin : Jim

Couleurs : Delphine / Jim

Editeur : Bamboo

Dépot Légal : 05/2012

Nb Pages : 94

Deux jours avant l'anniversaire de ses 40 ans, Raphaël, en couple avec la jolie Sophia, reçoit une cassette vidéo. Il s’y découvre à 20 ans, le jour de son anniversaire en compagnie d'une certaine Marie du même âge. Ce jour là, les deux tourtereaux s'étaient filmés en se promettant devant la caméra, quoiqu'il arrive, de passer la nuit de leurs 40 ans ensemble... Un numéro de portable accompagne la missive. Succombera ? Ne succombera pas ?

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Jim (Téhy pour ses scénarios d'aventure ou de SF, Jim pour ses scénarios humoristiques ou ses projets intimistes) n’en est pas à ses premières interrogations sur les relations homme-femme et les états d'âmes d'adultes dans leur vie quotidienne. Apres un très bon « Petites Eclipses » sur les questions existentielles des trentenaires, l’auteur se penche sur les affres de la quarantaine.

 

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Certains y verront un roman graphique à l’eau de rose, écrit à la plume d’oie trempée dans un encrier de larmes. Pourtant le lien se fait. Avec un scénario tissé d’instants personnels ou d’expériences de copains, le récit n’en devient que plus intimiste. Ainsi des scènes familières pour certains (les expériences de colocations, les fêtes impromptues) répondent à des situations de personnages secondaires (le copain de toujours servant de confident !). C’est la force de cet album tout en simplicité. Du coup, la lecture est fluide et les tourments de Raphael se partagent plus volontiers. On envie ce pauvre Raphaël, on le blâme, on le plaint, il nous ressemble. Il est lâche, il est fort, il est capable par amour (lequel ?) d’abandonner la stabilité pour préférer la bohème. Mais les histoires d’amour finissent mal, en général et Jim n’en fait pas mystère avec un drame dès les premières pages… Cela n’empêche pas notre terrible envie de botter les fesses  de Raphael et/ou de gifler la vénéneuse Marie.

 

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Si le scénario, en fera méditer plus d’un, le découpage fera l’unanimité. Il est particulièrement soigné avec des fondus-enchainés empruntés au cinéma transportant dans le temps et dans l’espace le lecteur. C’est fluide et surtout c’est tout simplement beau. Une impression d’odeur et d’ambiance Méditerranéenne transpire des dessins de Jim. Comme une douceur soyeuse qui doit beaucoup aux couleurs lumineuses de Delphine. 

Finalement la lecture de cette histoire prévue en deux tomes est agréable mais avec parfois un brin de longueur. Le scénario pourra sembler invraisemblable pour certains et déclencher une saine colère, pour d’autre il sera le moment d’interrogations sur le temps qui passe et les opportunités de la vie…

Note : 8 / 10

Tigrevolant

04/06/2012

FURIOSO

Furioso, Lorenzo Chiavini, 7/10, religion, critique, one-shotFurioso, Lorenzo Chiavini, 7/10, religion, critique, one-shotScénario : Chiavini, Lorenzo

Couleurs : Chiavini, Lorenzo

Dépot légal : 05/2012

Editeur : Futuropolis

Taille : Format normal

136 pages

20 €

 

 

Les croisades ! Ou tout au moins une guerre en préparation entre Chrétiens et Musulmans. Chacun est persuadé du triomphe de sa foi. Chacun a désespérément besoin de héraut pour manipuler le peuple. Sur fond de guerre imminente, les Catholiques se choisissent un paladin : un simple chasseur de rats dont le corps fut blessé par la Sainte Lance. Chez les Musulmans, ce sera le preux chevalier sans heaume, l’homme de toutes les victoires. Ce favori d'Allah est de retour, ramené d'une forêt où il s'était réfugié pour expier ses fautes. Mais la divine providence, quelque soit le dieu, possède ses propres mystères et les évènements ne se passent donc pas toujours comme souhaité !

Cette bande dessinée est pour le moins atypique. Dans ce déluge de productions ayant pour décors les croisades, Lorenzo Chiavini a choisi de prendre le contre pied de l’action. Ici point de batailles homériques, point de décors grandioses, seulement des hommes submergés par les doutes ou dépassés par des destins trop grands pour eux. Les deux histoires sont montées en parallèles. L’auteur renvoie dos à dos les religions. Pas de parti pris.

 

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Lorenzo Chiavini insiste lourdement sur les « décisions divines » du clergé et des nobles, quitte à tordre le coup à la morale et à inventer des faits imaginaires. L'auteur a surtout voulu porter l'attention sur les manipulations des religieux. Pour assouvir leur soif de pouvoir, les hommes sont prêts à toutes les tromperies et les mensonges au nom de leur croyance, pourvu que la religion triomphe. Tout est décidément tristement humain. Les travers de ce bas monde sont repris depuis le début par le menu : la peur, la haine, la lâcheté, la concupiscence, la folie… Le scénario est soigné. Il le faut, car les histoires sont imbriquées avec des passages surprenants de l’une à l’autre, sans temps mort ; comme pour marquer l’analogie des tromperies. Tout cela est intemporel et trouve un écho dans le monde d’aujourd’hui, mais soyons-en sûr, celui de demain …

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Lorenzo Chiavini joue avec talent sur les clairs obscurs. Le dessin est brut, économe en couleurs. Les traits sont généreux en ombres et contrastes. Les personnages sont croqués de quelques traits vifs. Les arrière-plans et les décors ne sont là uniquement que pour mettre en avant les personnages et leurs sentiments. Cela est surprenant lors de la prise en main. L’expression des visages n’est pas le point fort de l’auteur mais cette simplification n’altère finalement pas la lecture. Cette économie de couleur et de détail est ici pour sublimer le message de méfiance vis-à-vis des mystiques. A noter la trouvaille des batailles : elles sont traitées de manière secondaire, uniquement par le biais d’un théâtre de marionnettes. Bien vu !

C’est un récit épique et étonnant que ce Furioso. Ce one-shot au dessin agréable, doux tranche avec la gravité de l’histoire humaine intimement liée à nos tares et notre peur de l’inconnu. Un moment somme toute agréable.

Dessins : 7/10

Scénario 7.5/10

Tigrevolant

28/05/2012

CHERUB - Mission 1

cherubcouvbd.jpgCherub-page-38.jpgMission 1 - 100 jours en enfer 

Scénario : Edginton, Ian 

Dessin : Aggs, John 

Dépot légal : 04/2012 

Editeur : Casterman 

Format comics 

172 pages 

 

Pas de chance dans sa jeune vie : mère alcoolique, beau-père violent, recel, quartiers défavorisés, associal, James, 12 ans, les accumule. A la mort de sa mère, James est placé dans un orphelinat sordide. Mais le cours du destin peut parfois vous donner un coup de pouce. Recruté par une école très spéciale « Cherub », il doit suivre un entrainement éprouvant de 100 jours et s’acquitter de sa première mission. Sera t’il à la hauteur ? C’est sa seule chance de ne pas retomber …

 

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Cherub est tiré d’une série de romans éponymes. Véritable phénomène outre manche, Cherub retrace à chaque tome une nouvelle mission des « Cherub », ces bambins surentrainés et dont nul ne se méfie. L’auteur, Robert Muchamore, tisse un véritable univers lui permettant de broder à l’infini ses histoires et d’en faire une série à succès. « 100 jours en enfer » est la première mission de James, le prologue. On y retrouve tous les ingrédients pour que le public adolescent se retrouve et s’identifie aux personnages. Muchamore n’oublie pas le coté féminin avec des espionnes percutantes.

Si on accroche avec le coté « chien perdu sans collier » de James et son recrutement par l’école spéciale, le scénario marque un net ralentissement dans la deuxième partie de cet opus : James doit infiltrer un groupuscule de « dangereux » activistes écologistes. C’est très manichéen. Rien sur le fond de la lutte des « doux dingues écolos » : ils sont forcement gênants et doivent être démasqués et neutralisés. Point.

Cette adaptation en bande dessinée est sur un mode très, très comics : cadrages serrés, découpages incisifs, plans rapprochés. Les dessins et les couleurs de John Aggs servent à la perfection ce genre de scénario centré sur l’action. Efficace !

Le plaisir d’un moment espionnage est là. C’est indéniable. On lit cette BD d’une traite. Si vous recherchez une BD à offrir à votre neveu ou votre fille adolescente, vous avez fait le bon choix. Mais il ne faut pas s’attendre à des questions existentielles ! A mon avis, nous n’avons pas fini d’entendre parler de « Cherub ». Je vois bien un film type blockbuster avec son cortège de publicités envahissantes.

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Je mettrais un bémol. Lorsque j’ouvre une BD, je regarde toujours les crédits : dépôt légal, remerciements, le titre original pour les adaptations ; et la surprise, cette BD Casterman a été imprimée en …Chine. Horreur ! Ca y est la délocalisation atteint le monde de la BD. Merci aux éditions Casterman pour le coup exorbitant de l’empreinte carbone de ce livre. Les « vilains » écologistes de ce tome 1 ont peut être raison …

Vous trouverez toutes les informations  ce dont vous avez besoin sur le site en français : www.cherubcampus.fr .

Dessins : 8/10

Scénario : 7/10

Tigrevolant