28/08/2015

Légendes de Tarsylia. Tome 1

légendes de tarsylia, wu miao, urban china, contes, légendes,   légendes de tarsylia,wu miao,urban china,contes,légendesScénario / dessin : Wu, Miao
Dépôt légal : 06/2015
Éditeur : Urban China
Planches : 248


Recueil de contes fantastiques, "Légendes de Tarsylia" décrit par le menu les mythes fondateurs de l’imaginaire en Chine. Apprenez comment le roi des nains défia les divinités ou comment les hommes ne méritaient plus la protection des dieux. Pactes, retournements de situation, bassesses les plus abjectes, magies, guerres…vous saurez tout sur l’origine de Tarsylia.

Première réaction, en saisissant ce roman BD : l’interrogation ! Comment, il existe un genre Chinois de la BD ? Et elle s’exporte ? Et pourquoi pas ? La civilisation chinoise âgée de plusieurs millénaires a développé un imaginaire sans précèdent. Il est donc bien normal d’exercer l’art de la bande dessinée, de coucher sur le papier des phylactères pour notre plus grande satisfaction.

 

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Cette BD a même un nom : le manhua. De même, on appelle manhuajia les dessinateurs de manhua. Le manhua se lit de gauche à droite, comme les bandes dessinées françaises, et dans le sens de lecture occidental. Les livres sont habituellement édités sous de petits formats. Qui a dit que Sambabd.be n’était pas à la pointe de la culture ? Et international avec cela !

Légendes de Tarsylia est un recueil de contes avec une nette touche fantaisie. Et comme dans tous les contes, la règle universelle de la morale finale est présente. Il vous faudra de la patience et une volonté de fer pour aborder cet ouvrage. La lecture du long préambule (20 pages et des cartes) sur l’univers de Tarsylia est vivement recommandée, au risque de vous perdre définitivement dans les méandres de l’imaginaire de Wu Miao. Ceci est d’ailleurs le nœud du problème. L’univers développé est pour le moins touffu, compliqué. Cette bd s’aborde humblement en plusieurs fois. Comme les contes n’ont pas vraiment de relation entre eux, il est aisé de faire des pauses bienvenues. Cela ne rend que meilleurs les reprises de lecture.

 

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La forme, le choix du dessin sont aussi des surprises. Ce manhua rejoint la culture populaire chinoise dans son format. Les dessins sont représentés en ‘ombres chinoises’ (et oui !), très prisées dans l’empire du milieu pour la diffusion des mythes via des théâtres ambulants de marionnettes. La finesse des ombres à base de noir et blanc charme le lecteur. Elles servent de support efficace aux textes et aux dialogues, par ailleurs très nombreux et très denses.

 

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Les éditions Urban China présentent une œuvre originale et pointue. Les 248 pages vous apparaitront comme un objet venu d’un monde totalement inconnu. En effet, car à part l'expression théâtrale des ombres chinoises, nous ne connaissons peu de chose (voir rien) de l’univers graphique (et imaginaire) de la Chine actuelle ou ancienne. Ce sera donc une belle découverte et une entrée en matière plaisante car la qualité des récits et son traitement graphique des « légendes de Tarsylia » sont au rendez-vous. Pour le moment on ne retrouve que sept albums en traduction française pour cette maison d’éditions. Mais au vu du talent de leurs auteurs et du potentiel imaginaire important (historique et quantitatif), gageons qu’à l’avenir de nombreuses parutions sont attendues avec, sans doute, son lot de plaisirs inattendus.

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 Tigrevolant

17/08/2015

Kamarades Tome 1. La fin des Romanov

kamarades,la fin des romanov,benoit abtey,jean-baptiste dusseaux,mayalen goust,rue de sevres,fiction historiquekamarades,la fin des romanov,benoit abtey,jean-baptiste dusseaux,mayalen goust,rue de sevres,fiction historiqueScénario : Benoit Abtey, Jean-Baptiste Dusséaux
Dessin / couleurs: Mayalen Goust,
Dépot légal : 05/2015
Editeur : Rue de Sèvres
Planches : 58

 

En Février 1917, Petrograd alias Saint-Pétersbourg n’est pas encore Leningrad. Mais l’agitation révolutionnaire secoue la ville. Au milieu de ce maelström historique, Ania et Volodia sont amoureux. Mais tous les sépare. L’amour sera-t-il toujours la plus grande force de l’univers ?

 

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La révolution Russe est un creuset sans fond d’inspiration de fictions. Comme à chaque moment charnière de l’histoire de l’humanité tout est possible, de la vérité historique au fantasme de la destinée des figures emblématiques du moment. B Abtey et JB Dusséaux saisissent ce coup de chiffon (rouge) pour monter une fiction romanesque entre la fille du Tsar (rien de moins) et un simple soldat de l’armée russe. En dehors de cette intrigue éculée (la princesse énamourée d’un gueux), les héros croisent de hautes figures historique, notamment Lénine et Joseph Vissarionovitch Djougachvili, alias Staline. Cette juxtaposition de protagonistes est déroutante. Le lecteur, ne sait plus s’il est en présence d’une fiction romanesque ou d’un roman historique. Faut-il suivre les amoureux ? Notamment la princesse Romanov alimentant l’imaginaire collectif sur la destinée de la famille du Tsar. Ou faut-il suivre les faits historiques forts avec les nombreux soubresauts de cette période troublée ? Je n’ai pas la réponse… et cela laisse perplexe. Sans doute aurons-nous plus de précisions dans la suite de la série, prévue en trois tomes.

 

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L’incertitude est renforcée par un travail du dessin tout à fait particulier. Malayen Goust, dont c’est la première incursion dans le monde de la BD, nous gratifie d’un dessin épuré. Il pourrait même être qualifié de diaphane. Le trait est léger avec des aplats de couleurs presque transparents. Cela contraste grandement avec la période historique choisie …

 

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Entre amour, drames et manigances politiques, ce trio d’auteurs peine difficilement à prendre contact avec le lecteur. C’est toute la difficulté de choisir une époque forte en sensations et riche en enseignement. Camper une histoire d’amour dans ce décor est une gageure. Pas sûr que cela soit du gout de la majorité. Attendons la suite pour se donner une vision d’ensemble et un avis …

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 Tigrevolant

02/07/2015

LA MAIN HEUREUSE

La main heureuse, Frantz Duchazeau, Professeur cyclope, casterman, road trip, mano negraLa main heureuse, Frantz Duchazeau, Professeur cyclope, casterman, road trip, mano negraScénario / dessin : Frantz Duchazeau
Dépot légal : 04/2015
Achev. impr. : 03/2015
Editeur : Casterman
Collection : Professeur Cyclope
Planches : 96

 

Dans un bled de Charente dans les années 90, deux adolescents tirent leur ennui : le dessin pour Franz et la mob’ pour son pote Mike. Mais un miracle se produit, la Mano Negra, LE groupe de référence, se produit à moins de 100 km de chez eux. Qu’importe une journée de cours en moins, qu’importent les moyens de transports hétéroclites, le seul but est d’assister au show de la Main Noire !!

La main heureuse, Frantz Duchazeau, Professeur cyclope, casterman, road trip, mano negra

F. Duchazeau est à priori très marqué par les road trip et la musique. Le lecteur relira avec gourmandise « le rêve de meteor slim » ou encore « Black face banjo ». La ferveur des fans peut faire sourire. Mais leur exaltation est contagieuse. En témoigne les nombreux bons samaritains croisés au cours de cette journée inoubliable. Leur amour inconditionnel pour un groupe de musique réveille quelque chose d’enfoui chez ces adultes. Certains ne comprennent pas mais se laissent porter par leurs fougue, d’autres déclinent leurs idoles musicales mais tous prennent fait et cause pour les ados. Et nous aussi !!!

La main heureuse, Frantz Duchazeau, Professeur cyclope, casterman, road trip, mano negra

Curieusement, la lecture de ce road trip est douce est tranquille. Le scénario et les dessins sont (aussi ?) un envoutement. Ici pas question d’écouter la Mano à haut rendement de décibels en fond sonore. Car F. Duchazeau se livre. C’est une immersion autobiographique. Il dévoile l’adolescent hanté par le divorce de ses parents. Il se dessine mis en pièces par un loup imaginaire et une reconstruction parentale plutôt difficile !  La puissance évocatrice du trait noir et blanc fait encore mouche. Les traits légers, l’épuration des décors permettent d’évoquer avec beaucoup de justesse les sentiments ressentis par les protagonistes. Ce style, lorsqu’il est maitrisé, laisse le lecteur pantois. Rendre une émotion ou une sensation de vitesse avec aussi peu de moyens est un vrai tour de force. On s’émerveillera du rendu du bonheur en apesanteur de Frantz et de son pote en visionnant pour la énième fois le concert de la Mano en équateur ou encore les situations tragi-comiques qui émaillent le road-trip de ces deux ados pétris de naïveté exaltée.

 

Cet album est un vrai hommage aux fans et à la Mano Négra jusqu'à la couverture (que l’on ne ratera pas) représentant une déclinaison de la pochette de l’album « Puta’s fever ».

La main heureuse, Frantz Duchazeau, Professeur cyclope, casterman, road trip, mano negra

Un critique de l’époque disait « la Main Noire du King Kong sillonne la France en dévastant théâtres, MJC, clubs, salles de concert, prisons… Une main noire vaudou qui opère son rituel chamanique sur des kids chauffés à blanc. Ils repartiront les yeux hagards, se demandant ce qui leur est arrivé. » Et c’est exactement ce que ressent le lecteur de « la main heureuse » de Frantz Duchazeau. Il est temps de se repasser la Mala Vida à fond les décibels !

La main heureuse, Frantz Duchazeau, Professeur cyclope, casterman, road trip, mano negra

Pour les fans de la Mano (et de Frantz Duchazeau) une version collector est prévue avec en bonus un vinyle d’une version inédite du concert de la Mano Negra (limité à 650 exemplaires dont 150 hors-commerce).

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Tigrevolant

13/06/2015

Chaque soir à onze heures

Chaque soir à onze heures, eddy Simmon, Camille Benyamina, thriller romantique, GlenatChaque soir à onze heures, eddy Simmon, Camille Benyamina, thriller romantique, GlenatScénario : Eddy Simon
Dessin / couleurs: Camille Benyamina
Adapté de : Malika Ferdjoukh
Dépôt légal : 04/2015
Editeur : Casterman
Planches : 94

Un soir dans Paris des années 2010, Willa, la narratrice de l'histoire, est invitée pour une soirée cocktail dans un hôtel particulier. Elle y rencontre un grand jeune homme mystérieux, Edern. L’alchimie de l’amour et ses contradictions fait son œuvre ….. Invitée par ce dernier à jouer du saxophone avec sa sœur aveugle, la vie de Willa va prendre une drôle de tournure. Chaque soir, dans le manoir d'Edern, des choses étranges se passent à 23 heures....

Chaque soir à onze heures, eddy Simmon, Camille Benyamina, thriller romantique, Glenat

Le scénario est une adaptation libre (mais très fidèle) du livre éponyme de Malika Ferdjoukh. Pour cela, le duo Simon Eddy / Camille Benyamina a été sollicité. Ces auteurs ne sont pas inconnus dans le monde de la BD. En 2014, ils avaient publié chez le même éditeur « Violette Nozière, Vilaine Chérie » revisitant, en bande dessinée, le plus célèbre des faits divers des années. Malika Ferdjoukh est une auteur prolifique. Elle a écrit ce roman sur un projet des éditions Flammarion : choisir un sentiment exacerbé autour duquel il faudra construire un récit (joie, folie, haine, dégoût, honte, passion…). Et c’est ainsi qu’est né «Chaque soir à onze heures ». Ainsi, le roman de Malika Ferdjoukh se décline autour de l’amour. Diable ! Que voilà un ambitieux programme ! Comment extraire de ce thème un scénario lisible et original (tout en évitant les écueils incontournables) ? Et c’est la tout le talent de Malika Ferdjouk. Tout en parlant de sentiments et de passion, l’auteur introduit des éléments policiers et de mystère. Il en ressort un thriller romantique, un conte sophistiqué de la (haute) bourgeoisie bohème. Le choix du milieu social permet de « ouater » l’ambiance. Même si la mort plane, le cadre chaud permet de se projeter au mieux sur les éléments sociaux et les sentiments (ou tares, c’est selon) terriblement humains. Cette comédie humaine joue sur les différences entre les protagonistes : le garçon taciturne versus le garçon le plus populaire du lycée, la fille invisible mais au talent et à l’aura en devenir versus la demoiselle aveugle mais terriblement attachante et perspicace, les différences sociales. Le tout compose une palette de personnages intrigants ou juste de passage alimentant le scénario. Cela sonne juste. Le coté romantique est un peu « too much » mais plaira à un public dédié.

Chaque soir à onze heures, eddy Simmon, Camille Benyamina, thriller romantique, Glenat

La langueur et le coté cocooning est sans nul doute dû au dessin de Camille Benyamina. Le niveau social élevé des protagonistes répond superbement à la rondeur des dessins, à la palette de couleurs chaude et lumineuse. Laissons Malika Ferdjoukh décrire cette transposition en dessin : « velouté des teintes, à la douceur des bleus, l'extraordinaire poésie des rues parisiennes, la grâce des obscur ». Tout est dit.

« Chaque soir à onze heure » en bande dessinée répond bien au roman et occupe l’espace d’un bon moment de lecture. Si on a peur, au début, de se plonger dans un roman à l’eau de rose, ce sentiment est vite balayé par la vitesse de l’histoire. Les personnages attachants et une intrigue passionnante donnent un récit suranné. Atypique ! 

Chaque soir à onze heures, eddy Simmon, Camille Benyamina, thriller romantique, Glenat

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Tigrevolant