31/05/2013

Hoodoo darlin'

9782203047037.jpgPlancheS_37889.jpgRésumé de l'éditeur: Dans le bayou, Adèle est de longue date l’élève de Simeon, le vieux maître vaudou. Et s’impatiente, ne voyant toujours pas se concrétiser sa succession. Mais un événement tragique – une enfant disparue et le cadavre d’une femme retrouvé tout près – va tout faire basculer.
Désobéissant à Simeon, Adèle le suit, à son insu, jusqu’au coeur du monde surnaturel, y introduisant du même coup de graves déséquilibres. Les grands esprits vaudous sont furieux. Pour les apaiser, et espérer pouvoir reprendre un jour à son compte la charge de Siméon, Adèle doit réussir une épreuve : retrouver cinq esprits fugitifs qui se cachent sous forme humaine, quelque part en Louisiane…

 

La Louisiane est un état du sud des Etats-unis qui est souvent mis en avant par le drame social qui s'y joue. Régulièrement illustré de façon très sombre, il affiche un grand écart social et culturel entre la communauté afro-américaine qui y vit et le reste du pays. Hoodoo darlin' entend casser cette image et propose une Louisiane pleine de couleurs, de magies et de légendes sans pour autant effacer le cadre social spécifique de cette région. Léonie Bischoff, l'auteur, présente un bayou qui devient un personnage à part entière de l'histoire. On entend presque un petit air de blues en arrière fond pendant la lecture de cet album.

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Le trait souple et généreux de Hoodoo darlin' s'associe à un scénario prenant qui nous embarque dans un thriller fantastique à la sauce vaudou. Une réussite qui se voit malgré tout alourdie par quelques moments creux... rapidement comblés par l'atmosphère générale de l'ouvrage. 

 

Le +: Une vraie bouffée de fraîcheur, de par l'angle d'attaque de l'auteur, sur un état des Etats-unis qui a, plus que jamais, besoin d'un peu de couleurs. Une approche graphique qui procure aux lieux de l'action une présence palpable.

 

Le -: Le scénario est prenant mais s'efface parfois trop devant les enjeux graphiques de l'album. 

 

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KSTR

 

Léonie Bischoff

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William

10/05/2013

MADIE

Couv_187079.jpgPlancheA_187079.jpgRésumé de l’éditeur : De nos jours, à Lunéville dans l’est de la France, Madie jouit d’une existence apparemment satisfaisante et épanouie, entre son métier de médecin généraliste, le couple qu’elle forme depuis sept ans avec son compagnon Édouard et les amis qui les côtoient depuis de nombreuses années.

Mais lorsqu’elle apprend que son ancien amour de jeunesse, Frédéric, que tout le monde pensait mort, est en fait bien vivant, Madie se laisse submerger par une crise existentielle comme elle n’en avait encore jamais connue… Rattrapée par le sentiment de l’ennui, rongée par l’indécision, hantée par l’idée de n’avoir fait que des mauvais choix, Madie « décroche » et laisse soudain tout en plan, direction Bruxelles où elle espère retrouver la trace de Frédéric…

 

Voici une bande dessinée d’aujourd’hui. Madie est un album qui relate la crise existentielle de son personnage principal mais il propose surtout une vision très actuelle du couple dans notre société.  On assiste au questionnement de cette femme active sans enfant face à l’amour et à son couple.

 

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Le ton et le dessin sont volontairement déprimants, on retrouve beaucoup de non-dits lourds de sens et le choix des couleurs très automnales vous plombe le moral d’emblée. Seul le trait moderne et épuré, très en phase avec le sujet, sauve quelque peu le tout. Car le scénario cabotine, tarde cruellement à se mettre en place et repousse sa conclusion jusqu’à faire retomber le peu de tension qu’il avait réussit à créer. Quelques moments de légèreté pointent mais peinent à réussir la véritable envolée existentielle à laquelle ils prétendent.  116 pages pour si peu… ça laisse un goût amer.

 

Le + : Le point fort de MADIE est son dessin moderne et léger.

 

Le - : Une crise existentielle (qui enfonce des portes ouvertes) très féminine qui ne plaira probablement qu’aux femmes trentenaires actives en couple (moderne) qui se posent des questions…, bref ça réduit très fortement le public.  


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William

30/04/2013

Fétiche

album-cover-large-19449.jpgalbum-page-large-19449.jpgLe fétichisme s’expose.

 

Résumé de l’éditeur : Fétiche rapporte les tribulations d’une tête de chevreuil dans le monde moderne. Effrayé par un enfant, un chevreuil se fait renverser par une voiture. Accident ? Homicide ? Il se trouve que l'enfant est un jeune prodige taxidermiste. Grâce à la paille extraite de son ours en peluche, il transforme l'animal mort en véritable trophée : une tête naturalisée orne dorénavant le mur de la cuisine familiale. Mais ce n'est que le début de ses aventures. Tour à tour poupée gonflable, masque, ballon de baudruche, la pauvre bête est rarement bien traitée.

 

Fétiche est avant tout un album qui surprend par son visuel. Un simple coup d’œil sur l’objet (graphisme, dimensions,…) avant même de le feuilleter, laisse supposer un aspect peu conventionnel quant à son contenu. A l’intérieur on découvre un dessin aux crayons de couleurs dans un style presque enfantin, voir naïf, qui au fur et à mesure de l’album va prendre toute son importance dans le contraste qu’il propose avec le scénario. Fétiche traite des différents aspects que peut prendre le fétichisme et nous pousse finalement à la réflexion tout en gardant un ton léger. L’œuvre reste très aérée, lumineuse, va à l’essentiel (pas de dialogue) et évite avec beaucoup de justesse les pièges plus sombres que son sujet pouvait amener.

 

On peut diviser la bande dessinée moderne en trois catégories ; les œuvres d’arts, les objets marketings et les œuvres d’arts marketings. Dans cette configuration, Fétiche appartient sans hésitation à la première catégorie.

 

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Donc, une belle réussite artistique pour son auteur, Noémie Marsilly, qui est déjà active dans la bande dessinée via de nombreux projets collectifs. Elle possède également un talent pour l’audiovisuel qu’elle exprime par la réalisation de courts-métrages (elle compte déjà plusieurs prix dans de prestigieux festivals).  Une artiste à découvrir et à suivre pour les amateurs de romans graphiques alternatifs.

 

Le+ : une vraie œuvre d’art qui réussit son pari fou graphique et narratif.

 

Le- : un album qui s’adresse essentiellement aux amateurs de BD alternatives.

 

 

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LES REQUINS MARTEAUX

 

Noémie MARSILY



William

28/03/2013

Basewood

basewood-cv-36010.jpgPages-de-interieur-BASEWOOD_sept24-2-3-8d2ed.jpgRésumé de l’éditeur : La pluie battante réveille un jeune homme blessé à la tête. Il est seul dans la forêt, il fait nuit, il a perdu la mémoire, il lui manque une chaussure. Cherchant refuge dans la plaine verdoyante, il est attaqué par un monstre ailé, et est sauvé de justesse par Argus, un vieil homme borgne et solitaire. Dans la forêt de Basewood, les deux hommes apprendront au fil des saisons à se connaître et s’apprécier. Mais si le vieil Argus semble finalement préférer son destin brisé et sa solitude au monde des hommes, le jeune homme une fois guéri semble bien décidé quant lui, à renouer avec son passé.

 

A l’heure où nous perdons un maitre du noir et blanc en la personne de Didier Comès, il est bon de découvrir des œuvres telles que Basewood qui célèbre le roman graphique N et B avec une époustouflante rigueur. Bon nombre d’amateurs de bande dessinée vont s’étrangler quand ils liront ce lien qui vient d’être fait car il est peu probable que Comès, l’auteur originaire des cantons de l’est belge, ait influencé Alec Longstreth, l’américain auteur de Basewood (traduit et publié par les éditions L’employé du moi pour la version française). Leurs approches sont très différentes mais on ne peut s’empêcher de constater que l’on tient Basewood en main avec la même religieuse délicatesse qu’un  album de Comès.

 

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Alec Longstreth peut déstabiliser bon nombre d’entre nous tant le graphisme de Basewood est particulier et d’apparence simple mais il impressionne rapidement par la rigueur de son trait et la densité de ses cases à l’aspect figé. L’auteur prend le temps de dessiner chaque flocon de neige, chaque brin d’herbe,… Chaque zone d’ombre est traitée en hachures d’un parallélisme qui va en énerver plus d’un.

 

S’ajoute à ça le contraste entre le graphisme et le récit. Basewood se situe dans un contexte de paysage américain, de pionniers, de conquête de l’ouest,… des thèmes pour lesquels nous sommes habitués à des traitements plus vifs, plus colorés. Mais ça fonctionne ! Le dessin donne une dimension inattendue à cette histoire, plus humaine, plus profonde.

 

Le + : Basewood est une vraie réussite. Une bande dessinée comme on en trouve peu. Prenez et lisez-en tous, ceci est de l’art !

 

Le- : Le traitement graphique déstabilise et sera peut-être de trop pour ceux qui n’ont jamais réussi à passer à autre chose que Largo Winch et Lanfeust.


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