21/09/2012

Lincoln T7, Le fou sur la montagne - Interview de Jérôme et Olivier JOUVRAY

Jérôme jouvray, olivier jouvray, anne-claire jouvray, jouvray, lincoln, paquet, westernJérôme jouvray, olivier jouvray, anne-claire jouvray, jouvray, lincoln, paquet, westernAmérique, fin du 19ème siècle, Lincoln devient orphelin et est élevé par des prostituées. Son destin ne semble pas des plus heureux. Il vagabonde à travers le pays, emportant avec lui sa mauvaise humeur permanente. Dieu en personne va tenter de faire briller Lincoln dans des exploits héroïques, et au passage le rendre immortel, mais c’est sans compter sur les interventions du diable, qui prend beaucoup de plaisir à titiller les plans de Dieu, et le manque de bonne volonté de Lincoln.

 

Nous avions abandonné Lincoln il y a trois ans en pleine déception amoureuse, pour le retrouver aujourd’hui dans ce tome 7, Le fou sur la montagne, coupé du monde (ou presque) cherchant l’isolement (moins il voit Dieu et le diable, mieux il se porte) et la paix.

 

Après une longue absence (trois ans) revoici Lincoln, une des séries phares des éditions Paquet qui, depuis son début en 2002, a déjà dépassé les 150 000 exemplaires. Des résultats enviés par beaucoup car ils s’associent à de bonnes critiques. Et Le fou sur la montagne ne déroge pas à la règle, car nous sommes en présence de l’un des meilleurs albums de la saga. On retrouve l’humour des débuts dans un vent de fraicheur qui est probablement le signe d’une série qui va encore durer.

 

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Lincoln est également une histoire de famille, car en effet Olivier Jouvray (scénariste) est le frère de Jérôme Jouvray (dessinateur) qui lui est marié avec Anne-Claire Jouvray (coloriste). Contacté par courriel, Jérôme et Olivier ont accepté de répondre à quelques questions pour Samba BD, petit retour en arrière sur la série…

 

Quelques questions à Jérôme, dessinateur...

 

Jérôme jouvray, olivier jouvray, anne-claire jouvray, jouvray, lincoln, paquet, westernSamba BD : Votre style est très aisément reconnaissable, qualité rare de nos jours. Quels sont les auteurs qui vous ont inspiré, de quoi se nourrit votre trait?

Jérôme Jouvray : D'abord, merci... Un petit compliment ça fait toujours plaisir, je le prends !!!
Mes premières influences étaient mes lectures de jeunesse : Bilal, Moebius, Tardi... Janry aussi... Qu'est ce que j'ai pu recopier les planches de Spirou à New York ou Virus... Franquin est arrivé plus tard... Et puis quand j'ai publié mes premiers albums c'était DeCrecy, Blutch surtout... Quand Blain est arrivé je me suis dis "mince, c'est ça que je voulais faire en fait"...  
Aujourd'hui j'ai l'impression que je commence à digérer ces influences... Je commence à trouver ma façon de faire...

Si on compare le tome 1 avec le 7, on peut se rendre compte que votre approche a évolué. Les planches et les cases deviennent plus denses, plus détaillées et le découpage est moins fixe. Pouvez-vous nous expliquer cette évolution?

Je me rends bien compte que mon dessin évolue encore et je ne fais rien pour freiner ça... Je me laisse aller en fonction des projets, en fonction des contraintes de scénario... J'ai l'impression d'être moins synthétique qu'avant, d'aller parfois vers plus de réalisme. J'en discutais avec Jean-Philippe Peyraud (Premières chaleurs chez Casterman, d'autres larmes chez treize étrange...) C’est assez troublant, nous sommes attirés par un dessin plutôt stylisé, presque cartoon depuis nos débuts et plus ça va plus on va vers le réalisme... Alors, oui, comme je le disais, il y a une évolution naturelle, on progresse. Et il y a les contraintes en fonction des projets. La Pès Rekin par exemple (Scénario de Stéphane Presle chez Futuropolis) a été un vrai tournant chez moi... Une étape dans ma façon d'aborder les décors entre autre... Mais j'essaie quand même de garder un côté cartoon dans les attitudes et les expressions de mes personnages...
Une autre raison de cette évolution, c'est aussi le plaisir que j'ai à changer de technique, d'outils, de papier, de format d'un projet à un autre... ça aussi, ça permet de tenter des choses... Même au sein d'un même album. C'est Alfred (Pourquoi j'ai tué Pierre, Le désespoir du singe chez Delcourt) qui m'a décoincé à ce niveau-là. Il se permet de changer d'outil, de passer du pinceau au stylo bic dans la même planche... Avant j'étais un puriste d'un seul outil pour tout l'album... Aujourd'hui j'ai un petit pinceau fin mais je n'hésite pas à utiliser un gros pentel pour les premiers plans et une plume pour les petites choses à l'arrière plan... Le but du jeu étant que l'ensemble du dessin reste cohérent... Et joli aussi, tant qu'à faire...

Au fur et à mesure de la saga, différents contextes historiques apparaissent, on sort à plusieurs reprises du cadre du western standard. Cela modifie-t-il votre travail, votre façon de vous documenter?

La documentation, c'est mon frère de scénariste qui s'en charge !!! De toute façon, lui, il en a besoin pour ne pas écrire n'importe quoi sur les périodes qu'il veut traiter... Après, il me file tout ce qu'il a trouvé... Parfait pour moi ! Du coup ça rejoint ce que je disais plus haut, plus on se place dans un contexte historique important pour l'album, plus il faut être précis et "réaliste"...


Voilà 10 ans que vous dessinez Lincoln. On imagine que vous vous êtes attaché au personnage. Prêt à signer pour 10 ans de plus?

Sans problème... C'est un personnage vers lequel on aime revenir avec Anne-Claire et Olivier... Et puis, comme on le trimbale dans des univers à chaque fois assez différents, on ne s'ennuie pas ! Alors, oui, on continuera à bosser chacun de notre côté pour d'autres projets, d'autres éditeurs, d'autres scénaristes pour varier les plaisirs mais Olivier est déjà en train d'écrire le T8 et on peut déjà l'annoncer pour 2013 ! Et là encore, ce sera très différent...

 

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Autoportrait de Jérôme Jouvray


…et quelques questions à Olivier, scénariste.

 

Jérôme jouvray, olivier jouvray, anne-claire jouvray, jouvray, lincoln, paquet, westernSamba BD : Comment est née la saga Lincoln? Un pitch comme celui-ci : un cow-boy anti-héros que Dieu tente inlassablement de transformer en héros, cache-t-il une idée spontanée ou un long travail de construction?

 

Olivier Jouvray : Non c'est venu très vite. De l'envie de faire un western, de proposer un héros râleur et pénible, et de le confronter comme tout bon héros à des choix moraux récurrents. J'ai juste eu l'idée de personnaliser les notions de bien et de mal. J'ai écrit le scénario du tome 1 en seulement quelques semaines. Tous les tomes suivants ont nécessité plus de travail et plus on avance dans la série et plus ça demande du temps de construction. 

 


Lincoln est souvent blessé par les circonstances de la vie, certaines blessures semblent même très profondes. Vous ne l'épargnez pas beaucoup. Pouvez-vous nous en dire plus?

 

Un héros vit de la crise, son gagne pain, ce sont les emmerdes. Mais là où les héros de mon enfance pouvaient traverser toutes sortes d'épreuves et en ressortir sans séquelles, j'ai eu envie que notre personnage soit plus humain et donc plus vulnérable. Vu que physiquement, il ne peut rien lui arriver, psychologiquement, il doit évoluer. 

 


La série s'inscrit de plus en plus dans des contextes historiques très précis. Envie de sortir Lincoln du western? Que nous réservez-vous pour la suite?

 

J'ai choisi dès le départ de placer l'histoire au début du XXème siècle plutôt qu'à la grande époque des cow-boys. C'est une époque à laquelle dans les bleds du Texas on se tirait encore dessus à coups de colts et dans le même temps à New-York on construisait des buildings et on se déplaçait en métro. Donc simplement en déplaçant Lincoln d'un endroit à l'autre du pays, je le fais voyager dans le temps. Les éléments historiques sont de plus en plus précis dès qu'il se retrouve dans des endroits avec des décors complexes. Ça fait aussi partie du plaisir d'écriture. Rester toujours dans des décors de désert avec quelques baraques en terre et des cactus, ce serait vite pénible et peu stimulant. Même si ce serait plus facile pour Jérôme ! Quant à savoir ce qu'il adviendra à l'avenir, je garde la surprise. Je suis en train d'écrire le tome 8 mais je n'ai pas encore de plan pour après. J'écris les tomes les un après les autres sans savoir où je vais. Il n'y a pas de plan. 

 


Dans ce tome 7, l'humour ne repose plus autant sur Lincoln mais sur des personnages secondaires. Une nouvelle approche?

 

La série Lincoln est tout à la fois mon premier personnage, ma récréation et mon laboratoire d'expériences. À chaque tome je me pose de nouvelles questions et j'essaye d'aborder l'écriture avec de nouveaux défis. Effectivement dans le tome 7 j'ai voulu créer des personnages secondaires particulièrement corsés pour voir comment c'est perçu. Dans le tome 2 j'ai voulu aborder la question indienne sous un angle un peu inédit, dans le 3 nous avons testé la résistance d'un héros à des coups répétés, dans le 4 on à voulu voir si nous pouvions faire grossir notre héros, dans les 5 et 6 on a voulu à la fois développer une histoire sur deux tomes et dans le même temps, mettre Lincoln en retrait au profit d'une héroïne. Dans le tome 8 je tente encore autre chose. Jérôme de son côté aussi s'autorise des changements d'outils pour tester des choses. Je pense que c'est en prenant des risques, en provoquant des accidents, des choses inattendues qu'on peut inscrire une série dans la longueur. 


Infos:

Dessin: Jérôme Jouvray

Scénario: Olivier Jouvray

Couleurs: Anne-Claire Jouvray

Pages: 48

Editions: PAQUET

Prix: 11,50 euros



Chronique et propos recueillis par William

29/06/2012

Supplément d'âme

supplement-d-ame-bd-volume-1-simple-40623.jpgSupplementAme_13-J11.jpgRésumé de l’éditeur : À Dublin, tous les jours, un homme à l’allure rondouillarde et anodine, traverse la ville pour se rendre sur le port et toujours s’installer au bout d'un quai, pour tranquillement déjeuner. Il fait tout pour passer inaperçu. Nul ne sait qui il est, mais pourtant tout le monde l’épie. Pour les uns, il est muet, pour d’autres, c’est un auteur qui prépare un ouvrage sur la vie des mouettes ou des poissons, voire sur l’origine des espèces. Pour Willie, artiste en mal d’amour, c’est son modèle anonyme, qu’elle façonne en grand oiseau, avant de déposer incognito ses sculptures dans la ville. Et pour nombre de personnes, qui travaillent dans l’énorme immeuble vitré, situé en face du quai, il est celui qui règle leurs vies à l’heure du lunch, et leur donne l’occasion de parier entre collègues sur l’heure exacte de son d’arrivée. Ils sont très nombreux à s’être attachés à cette figure familière. Personne ne sait non plus que cet homme, sans le faire exprès, via quelque réseau social sur Internet a provoqué, grâce aux rêves, la paix dans le monde… Mais un jour, il ne vient pas déjeuner. La stupéfaction, puis l’inquiétude pousse tout un chacun, à commencer par Willie, à se rendre au bout du quai...

 

Avis aux amateurs de bd lente, cet album est pour vous. Alain Kokor (dessin, scénario et couleurs) nous sert un récit romantique sur des sujets qui dégoulinent d’idéalisme tel que l’amour et la paix dans le monde. Tout ceci semble très noble mais, malheureusement, l’auteur se perd dans la dimension métaphysique qu’il a voulu donner à son histoire. Le tout finit par ressembler à un grand foutoir rempli de zones d’ombre et de questions sans réponses. Et c’est très dommageable car le lecteur finit par s’ennuyer assez rapidement. Nous sommes assez d’amateurs de David Linch pour savoir qu’on peut apprécier  le flou (artistique?) scénaristique mais uniquement quand il est suffisamment maitrisé.

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Le+ : Une belle tentative de récit poétique sur l’amour, la paix dans le monde et d’autres sujets tout aussi romantiques…

 

Le- : …qui s’égare dans sa dimension métaphysique. On finit par s’ennuyer.

 

Infos en vrac

Parution : juin 2012

Prix : 19 euros

Dessin, scénario et couleurs : Alain Kokor

Pages : 128

Editions : Futuropolis


William

21/06/2012

CHRISTOPHE CAZENOVE, la grande interview.

cache_2414468546.jpgNous avions rendez-vous à Bruxelles, au « Comics Café » la brasserie du village de la bande dessinée. Un lieu exceptionnel qui marie brasserie, restaurant et librairie. L’endroit idéal pour rencontrer Christophe Cazenove, scénariste très prolifique des éditions Bamboo. Cet auteur fête un anniversaire un peu spécial. En effet ; voilà déjà 10 ans que Christophe, salarié d’une enseigne de la grande distribution, a envoyé ses premiers projets de scénario à Olivier Sulpice et Henri Jenfèvre. Depuis, les séries pleuvent : Les gendarmes, Les pompiers, Les Sisters, Basket dunk, L’auto école, Les fondus…, Les footmaniacs, Les aventures de Gullia, Les petits mythos, et bien d’autres.  Des albums parfois critiqués, souvent par ceux qui ne les ont même pas lus et qui ont pour principale qualité d’envoyer balader la bd faite par l’élite pour l’élite. Cazenove, c’est la bande dessinée populaire dans le sens le plus noble du terme.

 

Découvrez cet entretien de pratiquement une heure avec pour nous accompagner, Samba (maître incontesté de Samba BD) et Stéphane Levens, l’attachée de presse Bamboo en Belgique. Cette interview est l’occasion pour Christophe Cazenove de parler de copains et surtout de …Raoul Cauvin. Il prendra même le temps de faire un tour dans la librairie pour donner des conseils de lecture et …en demander.

 

 

IMG_4168.JPGWilliam : Vous fêtez vos dix ans de collaboration chez Bamboo. Quel est votre regard sur votre œuvre ?

 

Cazenove : Je n’ai pas vraiment de regard sur ces dix ans, c’est passé vite. Au bout de cinq ou six ans, j’ai regardé derrière moi et je me suis dit « mince, ça fait cinq ou six ans que j’ai quitté mon travail et que je ne fais que de la BD ». Ça a mis du temps. Les projets se sont accumulés assez rapidement chez Bamboo, il y avait le catalogue à étoffer, à faire. Ce que je garde de ces 10 ans, ce sont les moments clés que je ne peux pas oublier : le premier coup de fil de chez Bamboo qui répond à un projet que j’ai envoyé, quand ils me disent « je te prends tel projet », « je vais te proposer à tel dessinateur », quand j’ai reçu ma première page et mon premier album. Et puis après, chaque fois, chaque année, j’ai pu rencontrer de nouveaux collègues et faire de nouveaux projets. Ça a été dix ans bien remplis.

 

William : Vous avez gravi les échelons…

 

Cazenove : Je ne me suis pas rendu compte que je gravissais les échelons. Je ne pensais pas que j’aurais la chance et la possibilité de travailler sur autant de titres, ni avec autant de gens que je ne connaissais pas au début, qui sont devenus des copains, des amis et qui ont un talent fou, qui sont de très très bons dessinateurs. Je n’aurais jamais pu imaginer ça.

 

Samba : Aujourd’hui, vous pouvez vivre pleinement de votre travail. C’est arrivé rapidement ?

 

Cazenove : C’est un coup de bol, oui. Mon premier album est sorti en janvier 2002 et j’ai enchaîné avec d’autres titres. En septembre de l’année d’après, j’ai quitté mon travail avec une petite impression de sauter dans le vide parce que c’était rapide. Vu que j’étais en grande surface et que j’étais payé au s.m.i.c., je ne pouvais pas gagner moins. Je ne prenais pas un gros risque.

 

Samba : Vous êtes à combien d’album aujourd’hui ? Nonante-neuf, cent ?

 

Cazenove : Quatre-vingt dix huit (rire).

 

Stéphane Levens (attachée de presse BambooBelgique): Dis nous : « nonante-huit » (rire).

 

Cazenove : J’ai peur de mal le dire (rire)… Je n’avais aucune volonté d’en faire beaucoup au début. Ça découle vraiment des opportunités, des rencontres avec les copains en disant : « tiens, on pourrait faire tel truc ou bosser sur tel sujet ». Comme j’arrive à m’organiser pour travailler sur plusieurs titres en même temps, je n’ai jamais été saturé dans mon boulot et maintenant j’ai plein de titres derrière moi. Je suis content mais je n’avais pas du tout cette volonté de battre un record. De toute façon, avec Cauvin devant moi, avant que je ne batte un record…

 

les-sisters-de-william-et-cazenove-500471.jpgWilliam : Parmi tous ces albums, si on devait en retenir un ?

 

Cazenove : Celui qu’on peut sortir du lot, c’est mon tout premier, j’y suis attaché. J’ai plané avec celui là quand il est sorti et que je l’ai eu dans les mains. J’étais collé au plafond pendant un petit moment. Avant de remettre les pieds sur terre… Ma compagne me disait qu’on voyait que ça me faisait quelque chose. J’attendais ça depuis tout gamin. Mon tout premier album, c’était Les prédictions de Nostra  sur Nostradamus. Ça m’a vraiment marqué, c’est mon premier à moi. J’aurais adoré, dans l’idéal, que ce soit une série qui cartonne et que j’en sois aujourd’hui au tome quinze mais bon…ça n’a pas marché. C’est pas grave, je suis passé à autre chose après.

 

William : Et si on devait en faire oublier un ?

 

Cazenove : Je n’ai fait aucun album par dépit. J’ai même fait de la bd de com. sur les BTP (Bâtiments et travaux publics). Je ne suis pas passionné par les BTP mais j’y prends du plaisir parce que je le fais avec des copains. Je ne peux pas dire que telle ou telle série ne m’a pas plu, parce que c’est quand même un copain avec qui j’ai travaillé. On y a cru, on a bossé dessus. Pour moi, tous les albums se ressemblent à ce niveau là, même s’ils ne se sont pas tous vendus de la même manière. Je n’ai pas d’album que je peux sortir du lot et dire « là effectivement on s’est planté ». On s’est planté sur plein d’albums, il y en a plein qui n’ont pas marché sur les quatre-vingt dix huit. C’est pas grave, ça fait partie du jeu mais je ne peux pas dire « celui là, on s’est vraiment loupé » ou « je n’avais pas envie de le faire » ; même au début, les tous premiers sur lesquels j’ai bossé, quand Sulpice m’a proposé de travailler sur Les 1000 pattes ou un album sur les routiers. Je n’ai pas une fascination pour les camions mais j’y ai pris du plaisir parce que ce qui compte pour moi, ce sont les personnages. Je m’amuse avec les personnages. Je peux faire une série sur un gars avec une brouette du moment que j’arrive à trouver un axe intéressant avec le personnage, après, la brouette et tout ce qu’il y a autour, c’est accessoire. Comme Les pompiers ou Les gendarmes, le thème existe mais ce n’est pas ça qui caractérise le personnage pour moi.

 

William : Vos thématiques s’inspirent de sujets très populaires, du quotidien des gens. C’est le secret pour faire de bons gags ?

 

Cazenove : (rire) Je n’ai pas de secret, honnêtement, je n’ai pas de recette.

 

William : Pourquoi revenir régulièrement sur des sujets qui, la plupart du temps, touchent le quotidien des gens ?

 

Cazenove : Il y a une collection chez Bamboo sur les métiers et les sports. Je pensais qu’il existait des sports et des métiers qui m’intéressaient et j’avais envie de les développer, comme Les pétanqueurs…qui n’est peut-être pas un sujet très populaire ici en Belgique mais, chez moi, oui (rire). Ça fait partie des sujets qui étaient intéressants à développer dans ces collections là. Ensuite, parce que c’est ce qui m’intéresse moi aussi. J’ai grandi avec les BD de Raoul Cauvin, en lisant ce qu’il y avait dans Spirou et dans Tintin. Donc, j’ai grandi en lisant des BD comme ça et c’est vraiment ça que j’ai envie de faire, c’est ça qui me plait. Je vais dériver un petit peu, mais Les Petits Mythos on ne peut pas vraiment dire que ce soit de l’actualité. Pour moi, c’est le même style d’humour, le même style de BD. On reste dans le tout public. La mythologie, c’est comme le monde. Les pompiers, j’ai mes personnages mais ils évoluent dans la mythologie au lieu d’évoluer dans une caserne ou des fourgons. Depuis quelques temps, je réponds à des interviews, j’essaie d’analyser un peu parce qu’on me le demande… c’est le style d’humour que je fais qui me plait, j’aime le lire. Par contre, j’aurais du mal à faire de l’humour noir, j’aime le lire mais je ne sais pas le faire.

 

William : Parce que c’est une autre mécanique ?

 

Cazenove : Sûrement. J’ai développé mon style à moi, je ne sais pas trop à quoi il ressemble mais je pense que j’en ai un … mais ce n’est pas de l’humour noir. J’ai essayé, mais je n’y arrive pas. Là, je démarre une nouvelle série, un nouveau projet, c’est un autre humour, c’est un peu plus adulte, je suis moins à l’aise. Je parlais tout à l’heure d’une bande dessinée de Fabcaro qui a un humour très très très crétin et, moi, j’ai du mal à aller au-delà du crétin, pour moi le maximum c’est Les Petits Mythos.

 

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William : Comment se passe votre travail de documentation ? Vous visitez des casernes, vous faites de la moto ?

 

Cazenove : Non, non…c’est pas Vis ma vie. Je ne suis jamais monté sur une moto et ça ne risque pas. Je déteste la moto, c’est pour vous dire que le thème vient après. La moto, c’est vraiment un truc…je ne monterais pas sur une moto, je n’aime pas ça. Par contre,  le dessinateur (Bloz) est passionné de moto, lui. J’en ai déjà vu, je sais ce que c’est qu’une moto mais ça ne me passionne pas. Mais ce n’est pas grave parce que mes personnages sont des fondus de moto donc je sais que tel personnage, c’est un gros mordu de moto et je cherche des idées dans cette esprit là. Il peut monter sur une moto ou sur un cheval, c’est vraiment accessoire pour moi. Je ne le ferais pas de la même manière. J’ai fait aussi une BD sur les chevaux, Eden,…voilà, je n’ai pas un cheval dans mon jardin, c’est pas grave.

 

William : Vous ne vous inspirez pas de la méthode Actor Studio, vous n’allez pas vous immerger dans un univers ?

 

Cazenove : Je me documente un petit peu. Il faut un univers qui me botte. L’univers des motards, je trouvais ça intéressant, il y a beaucoup de choses à dire ; c’est un univers de passionnés, il y a la mécanique, la tenue, les motos… Le fait que je n’y connaisse rien n’est pas grave. Le basket c’est pareil, je n’ai jamais joué au basket. Quand j’ai commencé la série Basket Dunk avec Mauricet et Arnaud Plumeri, j’ai commencé à regarder des matchs à la télé mais c’était trop rapide ; ça m’a fatigué, je ne voyais plus le ballon. C’est trop rapide pour moi le basket mais ce n’est pas grave, parce que ce qui me plait dans le basket, ce sont les supporters qui ne sont pas les mêmes que dans un match de foot. C’est tout le côté mode/fringues qui est particulier dans le basket. Je ne m’immerge pas dans un univers, mais par contre si c’est un thème qui ne m’intéresse pas du tout, je ne vais pas le faire. Va bientôt sortir Les fondus de randonnée avec Jytéry au dessin ; je vais parfois à la boulangerie à pieds mais on ne peut pas parler de randonnée (rire).

 

Stéphane Levens (attachée de presse Bamboo – Belgique): Y a-t-il un truc que tu adores dans les séries que tu fais ?

 

Cazenove : Hééééé ! C’est pas normal que ce soit elle qui pose les questions. (rire)

 

Samba : C’est une bonne question…

 

Cazenove : Ce qui me passionne n’est pas dans mes bd mais ce qui me passionne n’a peut-être pas de place dans des bd comme ça.

 

fondus2.jpgWilliam : Dans une première vie, vous avez travaillé douze ans dans la grande distribution, ça ne vous a jamais inspiré des gags ?

 

Cazenove : Non, j’ai eu envie de faire un truc sur la grande distribution mais c’était pour régler des comptes parce que ça se passait très mal. Et puis je n’ai pas eu envie de me replonger dedans. Ça c’est mal passé pendant une dizaine d’années dans la première enseigne où j’étais. Dans la deuxième enseigne, ça se passait très bien parce que le patron était très bien. Quand mon premier album est sorti, il a mis une table dans le magasin et il m’a dit : « allez, tu te mets là, tu dédicaces ». C’était un super encouragement. Et puis quand j’ai quitté mon travail, il m’a laissé comprendre que si ça ne marchait pas pour moi dans la bd, il me reprendrait. Mais je n’ai pas envie de régler mes comptes avec la grande distribution, maintenant c’est passé. Mais sinon pour répondre à la question piège (rire) de celle que je considérais comme une partenaire (Stéphane Levens (attachée de presse BambooBelgique), qui était de mon coté…

 

William : On ne vient pas en ennemis…

 

Cazenove : (rire)… il n’y a pas vraiment de thème qui me passionne dans les séries que je fais… (rire) voilà un truc qui va me descendre… comment finir une carrière dans la bd… (rire). Mais c’est vrai que je ne suis pas passionné par les pompiers, les gendarmes non plus. J’ai une passion pour les animaux, donc Cath et son chat entre peut être plus dedans… sauf Les insectes, là, c’était mon collègue scénariste qui était passionné par les insectes. C’est la preuve une fois de plus, que ce qui m’a plu dans cette série là quand on me l’a proposée : c’est que les insectes, je ne connais pas grand-chose. Donc c’est intéressant, j’ai appris plein de trucs en  bossant dessus. Je connaissais déjà les auteurs mais là je les ai rencontrés différemment. Ce sont vraiment des copains, je m’entends bien avec eux et c’est ça qui est important, plus que le thème.

 

William : Vous cherchez plutôt à faire une découverte, relever un défi ?

 

Cazenove : Oui, c’est pour ça qu’au début Bamboo se faisait critiquer sur les bd à thème : « ah, facile, ils font les pompiers, pourquoi pas les éboueurs, les électriciens, tout ça… ». Et moi je me disais que s’ils s’intéressaient un peu à la façon qu’on a de travailler, déjà ils verraient que le dessinateur met entre quatre et six mois pour faire un album. Donc, il y a du boulot, c’est pas juste un truc qu’on fait comme ça. Et puis moi, dans la façon que j’ai de travailler, je n’ai pas l’impression de faire de la bd à thème. Je fais une bd sur les pompiers, j’aime mes personnages. C’est pour ça que, quand j’écris un gag pour les pompiers, ce n’est pas un gag qui marcherait pour les gendarmes, pour moi en tout cas. Quand je fais un gag en partant du gros personnage avec la moustache, Robert, je le connais maintenant, ça fait douze albums que j’écris sur lui et je sais que si je trouve un gag sur ce gars là, je ne vais pas le mettre chez les gendarmes. Pour moi, ça ne collerait pas… J’essaie de me rattraper, ça va mieux là. (rire)

 

Stéphane Levens (attachée de presse Bamboo – Belgique): C’est pas mal. (rire)

 

Cath et son chat.jpg

William : Certains clichés ont la dent dure dans certaines professions ou secteurs, vous les utilisez parfois…

 

Cazenove : A fond !

 

William : Comment est perçue la façon dont vous abordez certains sujets, vous avez parfois des retours ?

 

Cazenove : On n’est pas des méchants. Bamboo ne fait pas des bd méchantes, c’est tout public, populaire. C’est vrai qu’on a, dans Les gendarmes, un ou deux qui sont des crétins notoires et qu’on utilise régulièrement mais il y a aussi beaucoup de contrevenants qui sont tous aussi crétins. On joue sur les deux tableaux et je pense que c’est pour ça que les gendarmes aiment bien la série. Les retours que j’ai des vrais gendarmes sont toujours positifs. Je n’ai jamais vu un gendarme venir me dire que c’est nul. Et puis il ne ferait pas la queue au festival pour me dire que c’est nul, ou alors il n’a que ça à faire. Sur les pompiers, on a que des retours positifs aussi, d’ailleurs ça me touche vraiment le nombre de pompiers qui veulent faire un calendrier avec nos dessins, nos personnages. C’est sympa. Avec Stédo, on est parrain de l’association sapeurs-lipopette et d’ailleurs nous allons prochainement dans un hôpital faire des dédicaces pour des enfants malades avec Philippe Larbier et Toulon, qui sont aussi des auteurs Bamboo, et un caricaturiste. Les gamins sont super contents, ils se font caricaturer, on leur fait des Mickey, des Minnie…c’est top.

 

BD pompiers.jpgWilliam : Vous vous présentez comme un dessinateur frustré. Après le succès que vous connaissez, n’est-il pas temps de passer au dessin, en sachant que vous dessinez vos scénarios et découpages pour plusieurs de vos collaborateurs ?

 

Cazenove : Je suis au taquet quand je dessine mes scénarios ou quand je dessine mes dédicaces. Je peux faire mieux mais ça me prendrait beaucoup de temps et ça ne me satisfait pas comme dessin. Quand j’encre, c’est pas beau, je n’aime pas. Dans l’idéal, j’aimerais bien faire un album complètement, je me suis même déjà dit que ça serait marrant que je fasse un album au dessin et que je demande à mes copains dessinateurs de me faire un scénario. Ce serait un rêve, je sais que Raoul Cauvin a eu sa petite bd, avec l’araignée. Il était à son bureau pendant qu’il écrivait un scénario et il y avait une araignée qui descendait à côté de lui. Un bouquin clin d’œil comme ça serait sympa, mais un vrai bouquin en tant que dessinateur, je ne le sens pas. Et je n’aurais pas le temps.

 

William : Le scénariste Loic Dauvillier a rédigé un coup de gueule sur son blog en dénonçant les pratiques de certains éditeurs. Selon lui, le montant des avances pour un album de création est trop faible comparé au montant proposé par les éditeurs pour un album de commande. Comment vous positionnez-vous par rapport à cet avis ?

 

Cazenove : Ça ne se passe pas comme ça chez Bamboo, vraiment. Effectivement, au début, c’est Bamboo qui m’avait proposé de faire une série sur le basket. J’avais dit « non », j’aime pas le basket. Et puis, en réfléchissant, je me suis rendu compte que ça m’intéressait parce que je trouvais de chouettes personnages. Mais après, par rapport au projet que j’ai amené, je n’ai jamais été payé différemment. Et Olivier Sulpice ne m’a jamais dit « on va faire d’un coup un album ou deux sur ce sujet là juste pour faire de l’argent ». Je fais de la bd de communication et là c’est payé différemment. Comme ce sont des albums qui ne sont pas diffusés, qui ne sont pas dans le publique, on est un peu mieux payé, autant au scénario qu’au dessin. C’est autre chose. Je n’ai pas de réponse à donner à cette question, je travaille essentiellement chez Bamboo et je ne connais pas trop les pratiques des autres éditeurs. Je ne dis pas que ça n’existe pas, juste que moi je ne l’ai pas vécu. Je suis des fois un peu mieux payé sur certaines séries parce qu’on sait qu’elles tournent, donc j’ai une avance un peu plus importante, par rapport à un nouveau projet ou je suis un peu moins payé. Et, quand c’est du co-scénario, je suis payé encore moins parce qu’on divise la poire en deux. Pour l’instant, ça me parait cohérent. Chez Bamboo on travaille tous les bouquins de la même manière et c’est ça qui est bien avec l’éditeur car sur des thèmes où il a un petit doute, sur des thèmes qui sont moins évidents comme le tatouage sur la série Tattoo mania, il me dit : « quoi qu’il en soit on va le défendre comme les autres albums ». Quand tu es auteur, tu ne peux pas demander mieux. Et il le fait réellement en plus. On a vu des pubs dans un magazine de tatouage, j’ai été contacté par deux salons qui étaient tenus par des tatoueurs. A partir du moment où il l’accepte, l’album est défendu comme tous les autres. En festival, j’en entends plein qui se plaignent des éditeurs « regarde c’est pas normal ce qu’on est payé, et regarde le pourcentage qu’on a». J’ai la chance d’être chez un éditeur qui est reconnu pour être un éditeur correct, qui paye correctement et dans les délais, qui est très franc dans les rapports qu’il a avec ses auteurs, et ça c’est très important aussi. Je vais pas la ramener en plus. Je suis toujours gêné dans les festivals quand j’entends les gens se plaindre parce que moi je suis vraiment bien tombé. Quand on voit des gars comme Pierre Tranchand signer chez Bamboo, quand on voit des auteurs d’autres maisons d’éditions qui ont de la bouteille venir signer chez Bamboo c’est vraiment super. Et puis le côté famille…Je me réfère à ce que je lisais chez Dupuis, dans Spirou, à l’époque, à l’âge d’or, il y avait un esprit de famille, en tous cas je le voyais comme ça en tant que lecteur. Je vis ça chez Bamboo, on a fait une fête à Lyon pour mes dix ans, pour mon anniversaire (rire)…c’était un super esprit, on était vingt ou vingt six, c’était génial. Il n’y avait pas que les dessinateurs, y avait les graphistes, l’attachée de presse…

 

William : Laquelle de ces trois définitions vous correspond le mieux si je vous dis que vous êtes à Bamboo

…ce que Stan Lee est à Marvel ;

…ce qu’Arleston est à Soleil ;

…ce que Raoul Cauvin est à Dupuis ?

 

Cazenove : Affectivement, -malgré que j’ai lu quelque Marvel, Arleston je l’ai découvert quand j’étais plus grand,- je dois dire Raoul Cauvin. Ça me fait plaisir à moi mais je ne sais pas si ça lui fait plaisir à lui (rire). C’est quelqu’un qui m’impressionne, quand je dis ça on me dit toujours « mais il est super sympa Raoul, tu lui tapes sur l’épaule, il est gentil » sauf que moi je suis impressionné par ce gars là parce que je le lis depuis que je suis tout petit. Maintenant, je fais le même boulot que lui et quand on commence à me comparer à lui ça me fait plaisir, c’est particulier. Il a combien d’années de bouteille ? Il a une durée avec une qualité que j’apprécie qui s’étale sur des années et des années. Je ne sais pas si je serai capable de faire ça.

 

William : Vous l’avez déjà rencontré ?

 

Cazenove : Oui, je l’ai rencontré il y a quelques semaines à Lens, j’ai été le voir en disant que ça me faisait plaisir de le voir enfin. C’était la deuxième fois, je l’avais déjà vu avant mais je n’avais pas osé lui parler, enfin j’avais dit une phrase, donc là on a parlé un peu plus, ça m’a fait plaisir. Chez Cauvin, j’aimais beaucoup Boulouloum et Guiliguili, j’adore le titre (rire), et du coup j’aime bien Mazel (dessinateur) et j’ai bien aimé Les paparazzis aussi. Sinon, Les psy me plaisent beaucoup, Bédu a un dessin génial, et j’aime Les femmes en blanc, Les grandes amours contrariées. Je n’ai pas tout lu, parce qu’il y en a eu plein, pas trop, plein ! Et j’ai acheté il y a pas longtemps un coffret avec la bd qu’il avait faite avec Bretécher, Les naufragés, ainsi que deux trois séries que je n’avais jamais lues. Le fait est que j’aime Cauvin…La première fois que je l’avais vu, je lui ai dit : « Je ne sais pas si c’est grâce à vous ou à cause de vous mais je fais de la bd parce que je vous ai lu », il m’a dit « ah, ben c’est gentil » (rire) et puis je suis parti.

 

dc956f83.jpgWilliam : On imagine que vous êtes un grand lecteur…

 

Cazenove : Oui, j’en lis beaucoup, souvent les copains disent : « je ne lis pas de bd parce que j’ai peur que ça m’influence ». Moi j’en lis parce que je veux que ça m’influence. Donc je lis beaucoup de séries de gags. Tout ce qui sort chez Bamboo je le lis. J’essaie aussi de lire les petits éditeurs. J’ai acheté une bd qui est sortie chez Makaka éditions, un album que j’ai pris sans même le feuilleter parce que c’est du gag et que ça m’intéresse. Je lis beaucoup de bouquins, beaucoup de bd parce que j’essaie de m’imprégner de plein de trucs.

 

William : Quels sont vos coups de cœur du moment ?

 

Cazenove : Le dernier, c’est Fabcaro, Z comme Don Diego. Je le connais, il est vraiment très sympa, vraiment très gentil. Il avait fait un truc qui s’appelle Amour, passion et cx diesel qui est super drôle aussi. Ça, c’est vraiment mon coup de cœur. Sinon, je me replonge dans les intégrales de ce que je lisais quand j’étais gamin : Clifton, Tif et tondu,…

 

William : Quels sont vos futurs projets ?

 

Cazenove : Il y a projet et projet. Il y a les projets qui sont signés pour nous mais qui sont encore projets pour les lecteurs : j’ai une série sur les gladiateurs qui va sortir l’an prochain avec Amouriq au dessin, qui faisait Nostra et L’auto-école. Il voulait dessiner des hommes en jupette (rire). Je trouve ça intéressant parce que j’ai près de chez moi quelqu’un qui est spécialiste de la gladiature, donc ça peut être intéressant de discuter avec lui et de rentrer, une fois de plus, dans un univers que je ne connais pas. Je n’ai jamais joué au gladiateur, j’ai déjà vu Spartacus mais à part ça… Sinon, il y a évidemment les séries en cours comme Les Sisters ou Les gendarmes. Sinon, il y a aussi le projet en mini roman du tome quatre des Sisters qui sort en septembre. En projet sur Les Sisters, il y a aussi Le journal de Wendy qui reprend une année, de septembre à septembre, du quotidien de Wendy avec ses copines. Ce sera surtout un Artbook car William le dessinateur est un mec qui est super bon et gentil, il cumule les qualités, c’est pénible (rire), et donc dans ce bouquin qui fera presque deux cent pages, il y aura trois cent dessins, ça va être un joli truc. Après j’ai des projets non signés d’histoires complètes humoristiques, d’histoires réalistes, de nouvelles réalistes aussi que je suis en train d’écrire. Ce sont des envies que j’avais depuis un moment mais il faut un peu de temps pour le faire.

 

William : Vous avez envie de sortir du gag ?

 

Cazenove : Non, c’est pas pour sortir, c’est même pour rencontrer d’autres dessinateur parce qu’il y a des gens que je ne rencontrerai jamais. Quand les dessinateurs viennent me voir c’est pour du gag. J’ai envie de raconter telle histoire, j’ai des idées en tête que je ne pourrais pas traiter en gag, donc j’ai des envies de le faire en format réaliste. Je fais un manga aussi chez un autre éditeur. J’essaie de me diversifier un peu.

 

William : Vous n’êtes pas attiré par la S.F., l’héroïc-fantasy, …

 

Cazenove : Tout m’intéresse sauf deux trucs : le porno et l’horreur. C’est deux trucs qui ne m’intéressent pas parce que c’est extrême. L’héroic-fantasy, il y a tellement de trucs de faits que je ne vois pas ce que je peux apporter de neuf. Mais le fantastique, l’aventure, le western, oui, pourquoi pas ?

 

William : Vous avez envie de toucher un public différent ?

 

Cazenove :   Je n’ai jamais pensé en terme de cibles, vraiment, c’est pas hypocrite. Quand j’ai écrit mon premier mini-roman des Sisters, je l’ai fait lire à une copine qui écrit des mini-romans et je lui ai demandé son avis parce que je ne savais pas du tout si j’étais dans la cible.  Elle l’a lu et m’a dit : « c’est pile dans la cible des 7-10 ans ». Donc je ne pense pas en terme de cible, c’est plus l’éditeur lorsqu’on montre des gags, des premières pages qui va nous dire si on est peut-être un peu à côté. Par exemple, il l’a pas fait mais, pour les insectes en bd, il aurait pu nous dire : « vous êtes trop adulte, trop prise de tête, les enfants vont pas aimer, c’est trop explicatif ». Si je fais du réaliste, ce n’est pas pour agrandir la cible, c’est juste pour collaborer avec des dessinateurs réalistes.

 

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William : Bamboo lance un concours pour vos 10 ans. En gros, vous proposez de devenir dessinateur de votre prochaine série : « Mes cop’s ». Qu’attendez-vous d’un nouveau dessinateur ?

 

Cazenove : C’est très excitant pour moi ce concours parce que je ne sais pas du tout qui va dessiner. Et c’est vrai que j’attends de faire une belle rencontre, vous l’aurez compris depuis le temps que je le répète, de rencontrer un dessinateur qui va, j’espère, devenir un copain et avec qui je vais m’entendre et avec qui on fera sûrement un  autre album et une nouvelle série.  C’est ça que j’attends, et pas tomber sur un gros pénible, ce serait dommage. Tant qu’à faire, j’aimerais autant tomber sur un dessinateur avec qui je m’entends bien et avec qui on fera des super pages.

 

William : Avant tout faire une belle rencontre ?

 

Cazenove : Et faire une belle bd, un bel album, vraiment.

 

William : Dans une vie antérieure, vous avez travaillé plusieurs années dans la grande distribution. Aujourd’hui, dans votre deuxième vie, vous faites de la bd, imaginez-vous une troisième vie ?

 

Cazenove : J’ai tellement rêvé de faire de la bd que je n’ai pas envie de changer. J’ai des envies de trucs «  hors bd » comme apprendre à jouer d’un instrument mais ce serait un truc en plus. Comme écrire un roman, ça ma plairait bien mais pas pour dire : « maintenant j’arrête la bd », sinon je ne fais pas du roman. Peut-être qu’un jour j’en aurai marre et que j’aurai envie d’ouvrir une librairie ou un café. Mais, pour l’instant, je ne peux pas rêver mieux, je fais de belles rencontres, c’est sympa. Je ne vous aurais jamais rencontré si je ne faisais pas de la bd. J’apprécie tous ces moments là. 

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William

13/06/2012

Amour, passion et cx diesel, saison 1 et 2

 

61eoxmpEVML._SL500_AA300_.jpgamour-passion-cx-diesel-fabcaro-james-L-CobSju.jpegAmour, passion et CX diesel relate les déchirants complots qui peuvent voir le jour au sein de la famille Gonzales pour hériter le patrimoine du patriarche, c'est-à-dire une Citroën CX diesel. Au menu : alliances, trahisons, vengeance, infidélité et humour crétin. Tous les coups sont permis.

 

Amour, gloire et bea…euh pardon, Amour, passion et CX diesel parodie, comme son nom l’indique pratiquement, l’ambiance sitcom à l’eau de rose. Un univers impitoyaaaaaable (air connu) qui illustre une famille qui se déchire, où tous convoitent la cx diesel. Au format strip, les deux gags par page sont d’une très grande efficacité car à la fois rapides et tranchants pour tenir en six cases. Dans ce style d’album, il faut impérativement maintenir un niveau du début à la fin, la moindre baisse de régime est fatale, chaque chute doit faire rire et Fabcaro, le scénariste, relève ce défi haut la main.  Il parvient également à faire évoluer la saga dans le deuxième album en laissant un peu plus sur le côté la cx diesel (qui occupe tous les esprit dans le tome 1) pour aborder le coming out d’un membre de la famille  et d’autres sujets qui étaient moins exploités dans le premier album/tome.

 

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Fabcaro est le génial scénariste de Z comme Don Diego. Vous retrouverez ici le même format et le même humour très très crétin.

 

Le dessin de James (Dans mon open space) est fidèle à lui-même. Un trait fin sans fioriture, un découpage et une mise en scène très simples (la distance avec les personnages ne bouge pas du début à la fin de chaque album) mettent en avant la force d’impact des gags. Il maitrise très bien les expressions des visages et leur côté humoristique, le dessin complète le gag avec beaucoup d’harmonie. La couleur de BenGrrr (je vous laisse libre de la prononciation) parvient, avec beaucoup de talent, à marier les tons kitch de sitcom avec d’autres tons qui vont appuyer l’humour.

 

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Le + : Fabcaro est le scénariste humoristique du moment. Amour, passion et cx diesel est un véritable florilège de gags crétins. Pour résumer, plus c’est gros et con, mieux ça passe…et on adore.

 

Le - : Pour le moment, au bout de deux albums, le soufflé monte encore. Il faudra voir dans les prochains tomes s’il ne commence pas à retomber.

 

 

Infos en vrac

Parution saison 1: mars 2011

Parution saison 2: avril 2012

Prix: 10,80 euros

Dessin: James

Scénario: Fabcaro

Couleurs: Bengrrr

Editions: FLUIDE GLACIAL


William