29/02/2012

L'ENFANT CACHÉE

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L’enfant cachée traite du sort des juifs pendant la seconde guerre mondiale et est soutenu par l’AJPN (l’association des anonymes, justes et persécutés, durant la période nazie dans les communes de France).

 

Une grand-mère, Dounia, raconte son enfance de petite fille juive durant la seconde guerre mondiale à sa petite-fille. Ce parcours passe par le port de l’étoile juive, le comportement de l’entourage de la famille, l’école, la fuite, …  Une histoire terrible pour les yeux encore naïfs de la jeune fille.

 

Voici un album, one-shot, qui s’adresse surtout et avant tout à un public jeune (pré-ado). Si L’enfant cachée brille par le ton employé pour illustrer une période sombre de notre histoire, le propos n’apporte rien de neuf à un sujet déjà très souvent exploité. Tout ce qu’on peut souhaiter de bien au scénariste Loïc Dauvillier, en dehors d’un succès en librairie, c’est que son œuvre hérite d’une vie en tant qu’outil pédagogique dans les écoles françaises.

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Cet album ne serait rien sans le dessin, très typé jeunesse, de Marc Lizano. En effet, le trait simple et tout en rondeur donne une dimension rassurante à cette histoire qui doit raconter, et non effrayer. Le découpage est plutôt bien vu à l’exception des quelques pleines pages un peu excessives (mais sans fausse note). Le plus, apporté au dessin, est le travail de couleurs de Greg Salsado qui réussit à accentuer le sentiment d’époque « seconde guerre mondiale ».

 

Le + : L’enfant cachée est une œuvre qui marque surtout pour son style …

 

Le - : …plutôt que pour son contenu. 

 

 

Infos en vrac

One-shot

80 pages

Prix : 16,45 euros

Parution : janvier 2012

Dessin : Marc Lizano

Scénario : Loïc Dauvillier

Couleurs : Greg Salsado

Editions : Le Lombard


Monsieur William


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20/02/2012

LE ROI DU RING, tome 1, Graine de champion

9782205067378-couv-I400x523.jpgle roi du ring planche.jpgAprès La fille de l’eau, voici un autre album My Major Company BD Dargaud qui mérite amplement notre attention.

 

 Nous sommes à Dallas, Tobias a dix ans lorsque son grand-père l’emmène en cachette voir un match de catch. Une révélation pour ce jeune garçon qui décide de devenir champion du monde de catch. Le roi du ring est l’histoire d’un rêve d’enfant que l’on n’abandonne pas malgré les embuches.

 

 Un personnage attachant, voilà le point fort de cet album qui mise avant tout sur les relations humaines plutôt que sur le catch. Tobias dégage rapidement un capital sympathie auprès du lecteur. On sent d’emblée qu’il donnera tout ce qu’il a et qu’il ne nous décevra pas. Le scénariste, Gigault, réussit à transmettre une réelle épaisseur à son histoire et heureusement, car la colonne vertébrale de ce genre d’histoire a déjà été exploitée à de (trop) nombreuses reprises. En bref, c’est Rocky ; sur le ring, on a beaucoup à prouver humainement et à exorciser mais l’important, c’est la famille et les amis.  On peut néanmoins regretter, malgré le côté humain, le manque d’exploitation des aspects sombres du scénario, on survole trop les moments les plus difficiles. Laissons venir le deuxième tome de ce diptyque avant de graver cette critique dans le marbre.

 

 18086-nouvel-article-3.jpgLe dessin simple et sans prétention de cet album semble bien servir le côté humain de ce récit. La technique du dessinateur, Rolland, n’est pas des plus répendues. Il travaille l’encre de chine à la plume et complète avec un lavis. Ses planches, toutes en niveaux de gris, sont ensuite colorisées par ordinateur. Le gris devient alors couleur. Il propose un découpage plutôt réussi et préfère garder une distance constante avec ses personnages, ici peu de gros plans ou de plans très larges.  Finalement, dessin et scénario vont dans un même sens, une lecture rapide. Certains trouveront cette lecture trop rapide ou l’album trop court (48 pages) mais personne ne peut nier le charme que dégage cette œuvre.   

 

Le + : Personne ne peut rester insensible au personnage de Tobias, à son parcours et à l’atmosphère qui se dégage de cet album. Les internautes de My Major Company ont eu le nez fin (encore une fois).  

 

Le - : Le scénario n’exploite pas suffisamment la dimension dramatique de cette histoire. Le deuxième tome de ce diptyque répondra peut-être à nos attentes… Patience.

 

 

Infos en vrac

Diptyque

Tome 1/2

48 pages

Prix : 13,99 euros

Parution : janvier 2012

Dessin et couleurs: Rolland

Scénario : Gigault

Editions : Dargaud, My Major Company BD

 

Monsieur William


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04/02/2012

LA FILLE DE L'EAU

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Un matin une jeune adolescente de 16 ans, Judith, travestie en jeune garçon, simule une chute de pédalo dans un lac au pied d’une superbe villa. Elle vient incognito à la rencontre de la famille qui occupe cette bâtisse et dont le père est à ce jour décédé. Judith n’est autre que sa fille illégitime.

 

Voici un album qui est destiné à un public de bédéphiles assez pointu. L’auteur, Sacha Goerg, utilise des codes et un langage qui nous emmène loin de la grande bande dessinée populaire. La construction de ce récit est lente, elle prend le temps de s’emparer du lieu de l’action et des personnages.  Le dessin, en harmonie avec le scénario, propose un trait léger et très épuré. Les planches sont composées très librement, les cases ne sont pas délimitées, ce qui crée une grande aération. Le dessin respire littéralement. La technique de couleurs directes de Goerg, plume et encre de chine directement sur l’aquarelle, démontre un travail spontané qui s’approprie habilement le jeu des couleurs complémentaires (les illustrations de la villa rouge vif sur le flanc d’une falaise entourée de verdure sont magnifiques).

 

Qui est l’auteur ? Sacha Goerg fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs belges francophones très inspirés et est l’un des piliers fondateurs de la maison d’édition bruxelloise l’employé du moi. Bouture (2003, employé du moi) et Rubiah (2005, employé du moi), ses premiers albums, montrent un auteur en pleine évolution. La fille de l’eau se place dans cette lignée de progression et de maturité. Goerg s’occupe également d’un site qui propose à de jeunes auteurs la mise en ligne de leurs créations : grandpapier.org. Il aime les projets qui suivent des chemins de traverse et le fait que La fille de l’eau soit issu de My Major Company BD en est une nouvelle preuve. Pour rappel, MMC BD est un site qui propose un financement d’albums Dupuis, Dargaud et Le Lombard par des internautes.

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Le + : La fille de l’eau est avant tout une réussite visuelle. Traits, couleurs, technique, composition des planches,… l’ensemble forme une bande dessinée unique.

 

Le - : Un album qui utilise des codes et un langage peu accessibles au grand public (ce n’est pas un point négatif pour tout le monde).

 

 

Infos en vrac :

 

One-shoot

184 pages

Parution : janvier 2012

Dessin, scénario et couleurs : Sacha Goerg

Editions : Dargaud, My major Company BD

Prix : 18 euros

 

Site de l’auteur : sachagoerg.com

Site grand papier : grandpapier.org

Site Dargaud : www.dargaud.com

Site MMC BD : www.mymajorcompanybd.com



Monsieur William


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26/01/2012

A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge


9782849531303_cg.jpg9782849531303_2.jpgAu cinéma, en télé et en BD, les œuvres post-Katrina sont déjà présentes depuis quelques temps. A.D. fait partie de celles-là. 

 

29 aout 2005, l’ouragan Katrina frappe la Louisiane. A.D. retrace cette catastrophe via les témoignages de sept habitants de La Nouvelle-Orléans, Denise, Leo, Michelle, Kwame, le docteur Brobson, Abbas et Darnell. Voici donc une histoire chorale sur fond de drame humain et de catastrophe naturelle.

 

 

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« Il m’a semblé important de raconter l’histoire du point de vue d’un panel de personnes réelles ayant vécu l’ouragan, aux profils variés : riches ou pauvres, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, gays ou hétéros, hommes ou femmes. »

Extrait de la postface de Josh Neufeld


 

L’Amérique panse encore les plaies d’un des drames les plus profonds de son histoire. C’est dans ce contexte de mécanisme de deuil bien entamé mais pas encore terminé qu’A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge sort dans une version traduite de l’anglais aux éditions La boîte à bulles. L’auteur américain Josh Neufeld nous fait partager ces sept destins qu’il a rassemblés grâce à son intervention comme volontaire de la Croix-Rouge sur les lieux de cette catastrophe.

 

A.D. débute sur un véritable scénario catastrophe annoncé sur différents médias. Le timing des évènements et des images d’apocalypse crée une réelle tension. Malheureusement, l’auteur n’a pu la conserver jusqu’à la fin de son album. Le point de vue bascule en plein récit, ce qui était une catastrophe naturelle devient un drame humain. On passe des éléments qui se déchainent à une foule de personnes qui attendent dans un stade que les autorités les prennent en charge. Soit Josh Neufeld nous fait vivre les événements vu de l’extérieur jusqu’au bout (double page de l’ouragan, des rues entières qui se font dévaster, des maisons qui se font emporter,…),  soit il nous propose une histoire humaine à vivre de l’intérieur qui suit ces sept témoins privilégiés mais il choisit de ne pas trancher entre les deux. On peut regretter ce choix (ou ce non choix) car le récit perd en rythme et en intensité. 

 

 

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Au delà de la catastrophe naturelle et du drame humain, Josh Neufeld dénonce l’incompétence des autorités face aux évènements.


 

La réussite d’A.D. réside dans son dessin et son choix de couleurs. Un dessin très plat et figé qui contraste très bien avec la profondeur du drame qui se joue. Les couleurs, quant à elles, sont réduites à différentes bichromies qui ont une dominante jaune, verte, bleue,… Ce n’est pas sans rappeler ces films du début de l’histoire du cinéma dont les pellicules noir et blanc étaient teintées de différentes couleurs selon les différentes séquences. Cela donnait des ambiances très différentes suivant les couleurs.

 

Le + : Un album qui nous fait découvrir certains éléments qu’on ignorait peut-être encore sur Katrina. Le dessin et les couleurs de Josh Neufeld sont une belle surprise et créent un objet très graphique.

 

Le- : Le point du vue hésitant de l’auteur fait retomber une tension qu’il avait rapidement et très habilement mise en place.

 

Infos en vrac:

One-shoot

Dessin et scénario : Josh Neufeld

Editions : La boite à bulles

Prix : 18 euros

Parution : décembre 2011

 

www.la-boite-a-bulles.com


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Monsieur William