22/03/2014

INTERVIEW MAARTEN VANDE WIELE (I fucking love Paris)

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Maarten Vande Wiele vient de publier chez Casterman l'album "I fucking love Paris", son premier album traduit en français. SAMBA BD a décidé de vous faire mieux découvrir ce talentueux dessinateur flamand.

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?

Maarten Vande Wiele: Je dessine depuis mon enfance et ai toujours aimé lire des bandes dessinées. J’ai publié ma 1ère bande dessinée lorsque je faisais des études d’animation de film. C’était dans un magazine BD alternatif. Ma 1ère bande dessinée ‘ solo ‘ était un petit format intitulé  « Glamourissimo ». Le sujet était une relation difficile mère/fille, dont le final est que la fille mange la mère.

Samba BD : Qu’est ce qui vous a amené à collaborer avec Casterman et à vous faire publier pour la première fois en français ?

Maarten Vande Wiele: En Flandre nous avons le Fond Flamand pour les Lettres ( Flemish Literature Fund ) qui fait de la publicité à l’étranger pour les auteurs de bande dessinée. Ils ont un bon contact avec Casterman et les ont encouragés à publier mon travail. En tant qu’auteur flamand, c’est un rêve d’être publié en français, c’est donc pour moi un rêve devenu réalité.

Samba BD : Que pensez-vous de la bande dessinée flamande actuelle ? Evolue-t-elle ? S’ouvre-t-elle à de nouveaux marchés ?

Maarten Vande Wiele: D’un côté vous avez en Flandre les grandes séries pour la jeunesse comme « Bob et Bobette » qui atteignent un large public et à côté vous avez un groupe d’auteurs qui font des choses étranges et surprenantes. Ils font des histoires personnelles qui ne touchent pas le grand public flamand, mais qui se répandent au niveau international. Nous sommes donc ouvert à de nouveaux marchés et de nouvelles influences étant donné que nous n’avons pas de grand public en Flandre.

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Samba BD : Votre style de dessin me fait penser à l’ « Atome Stijl », à Ever Meulen, Serge Clerc, Ted Benoit,… Pourquoi avoir adopté un tel style de graphisme ? Etes-vous capable d’adopter un autre style, plus réaliste ?

Maarten Vande Wiele: J’ai choisi ce style de dessin car il se marie bien avec les histoires que je veux raconter. J’aime que mes histoires se passent dans le passé. Ma période favorite est les années ’60. J’y aime tout : la mode, les films, les acteurs, l’architecture et le design. Les formes organiques se prêtent bien à ma façon de dessiner. Mais ce style a également ses limites. Je ne peux me permettre de raconter une histoire sérieuse. La suite de « I fucking love Paris» est « Monsieur Bermutier » et est basé sur quelques histoires courtes de Guy de Maupassant. « Monsieur Bermutier » est plus sérieux et plus lugubre d’où un dessin plus réaliste.

Samba BD : S’attaquer au milieu de la mode parisienne et du show business, il fallait oser, c’est un bastion franco-français. Pouvez-vous m’en dire plus sur la genèse du scénario et sur son traitement ? Fallait-il que ce soit des auteurs non français qui s’y attellent ?

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Maarten Vande Wiele: J’ai toujours été intéressé par la mode. Dans les années ’90 nous avions le « hype » de « super modèles », qui a continué à nourrir cet intérêt. L’idée pour « I fucking love Paris » m’est venu en lisant « Valley of the Dolls » de Jacqueline Susann, un roman à scandale des années ’60. Dans ce roman, 3 filles se rendent à New-York à la recherche du rêve américain. Finalement ce rêve les détruit. Je voulais faire quelque chose dans ce genre, mais dans le monde de la mode parisienne. J’ai fait beaucoup de recherches, rassemblé des histoires et finalement fait le livre. En effet, le scénario est composé par des Flamands et c’est pour cela qu’il y a une vision différente du monde de la mode parisienne.

Samba BD : J’ai beaucoup aimé la façon de mettre en scène la mode avec des références claires sur les marques et les stylistes en bas de case pour le lecteur. Avez-vous une base de styliste-designer ? Avez-vous eu recours à une grosse documentation sur la mode ?

Maarten Vande Wiele: Non je n’ai aucune formation de styliste, mais une connaissance de base de l’histoire de la mode et je connais d’importants créateurs de mode. Mais je ne voulais pas utiliser uniquement des créateurs du passé. Je voulais mettre dans mon livre des créateurs moins évidents. Les vrais « fashionistas » ne portent pas uniquement les grandes marques, mais font des combinaisons personnelles. De cette manière je restais au courant des nouvelles collections. Il ne me restait donc plus qu’ à aller à la recherche de vêtements que je pouvais traduire sur papier, car toutes les robes ne sont pas « dessinables ».

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Samba BD : Votre dessin, même s’il est stylisé et épuré, n’en n’est pas moins incisif et cru. Le sexe y est même explicite. Avez-vous eu un débat à ce sujet avec vos scénaristes et votre éditeur ?

Maarten Vande Wiele: Non, je trouvais important de montrer la beauté et la laideur, sinon « I fucking love Paris » n’aurait été qu’une simple « chick lit » (roman écrit pour le marché féminin). Je voulais séduire le lecteur, et à certains moments lui donner des nausées. Ce ne sont pas des personnages agréables et leur comportement est tout simplement blâmable. Et cela s’accompagne de sexe à l’extrême. C’est un de leurs traits de caractère.

Samba BD : Dans votre album, quelle est la part de la fiction et de la réalité ?

Maarten Vande Wiele: La majorité des histoires sont basées sur la réalité, mais c’est au lecteur de déterminer ce qu’il veut croire.

Samba BD : Quels sont les premiers retours depuis la sortie de l’album en librairie ?

Maarten Vande Wiele: « I fucking love Paris » est un livre polarisant. On aime ou on hait. Il n’y a pas de compromis. Les personnes possédant un sens de l’humour l’apprécieront certainement. Il ne faut pas le prendre trop au sérieux, c’est une parabole, une fantaisie. Mon but  était de raconter quelque chose sur la société dans laquelle nous vivons.

http://maartenvandewiele.blogspot.be/Samba BD : Quelles sont vos prochains projets en bande dessinée ?

Maarten Vande Wiele: Mon prochain livre sera « Monsieur Bermutier » qui paraîtra dans le courant du mois d’août sur le marché français. Momentanément je travaille à une autre histoire. Ce sera quelque chose de complètement différent, de joyeux. Après les histoires sombres, j’ai besoin d’un peu de lumière.

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

La chronique de « I fucking love Paris » sur Samba BD, c’est ICI.

Le blog de Maarten Vande Wiele: ICI.

Remerciements à Anne-Marie pour la traduction.

 

 

 

 

 

 

http://maartenvandewiele.blogspot.be/

 

20/01/2014

Interview de Christophe Dubois pour la ballade de Magdalena.

C’est avec un grand plaisir que je vous invite à suivre l’interview de Christophe Dubois 

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Il a voyagé et exploré différents territoires avant d'arriver au monde des bulles. Il manifeste très tôt un intérêt pour la bande dessinée mais choisit d'abord de se tourner vers les Arts Appliqués. Il devient graphiste, métier qu'il exercera pendant dix ans. Il revient ensuite à ses premières amours : de sa rencontre avec le scénariste Nicolas Pona est né "Le Cycle d'Ostruce", aux Éditions du Lombard. Mettant à profit son expérience de graphiste, il confère une lisibilité instinctive à ses planches. Capable de donner vie à des édifices complexes, il sait également jouer de ses grands aplats de couleurs, très brutaux, pour obtenir un résultat unique en son genre, tranchant comme le sang sur la neige d'Ostruce. Aujourd'hui, il signe sa première œuvre solo, "La Ballade de Magdalena". Après avoir mûri cette histoire pendant des années, Christophe Dubois met à son service toute la puissance de son dessin et de ses couleurs somptueuses et nous offre un magnifique et passionnant voyage.

 

1- L’air de rien, la ballade de Magdalena nous conte les aventures de  2 héroïnes, une ostruce.JPGplutôt enjouée et une autre plus introvertie …un peu comme celles du cycle d’Ostruce …une coïncidence ?

Franchement, oui. Mais c'est vrai que l'on ne peut s'empêcher de faire le parallèle. Et disons que d'un point de vue scénaristique, c'est une forme de duo qui permet de belles interactions.

 

 

2- J’ai l’impression que tu avais envie de voyager un peu à l’instar du père de Sars avec cette ballade ?

Heu, j'aime en effet beaucoup voyager et je ne m'en prive pas (bien que mes destinations soient un peu plus modestes que la Nouvelles-Guinée), cependant je ne comparerais pas mes voyages à celui d'Arnaud de Sars …enfin, nul ne sait de quoi l'avenir est fait. 

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3- Vu les nombreuses  scènes maritimes, es tu un amoureux des voiliers ?

Absolument, j'en ai un et je navigue le plus possible avec.

 

4- Le voyage qu’empruntent  nos héroïnes m’a fait penser à celui des rescapés de l’Emden, comme on voit ce navire dans le tome 1, je pense qu’il  a un peu inspiré ton scénario non ?

Oui, comme l'histoire des rescapés de l'Emden est authentique, j'ai suivi le même parcours géographique (océan indien, mer rouge, Syrie, Turquie) pour donner une structure plausible à mon récit.

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5-L’album est estampillé My Major Company. Perso, je suis un peu septique sur ce  concept car de toute façon, on a la garantie qu’il sera publié, alors quel est l’intérêt pour l’édinaute ?

Seul le tome 1 à été réalisé avec my Major Company. En ce qui me concerne ce fut une belle expérience au niveau des rencontres que j'ai faites avec les édinautes, malheureusement je ne crois pas que l'expérience fut une réussite puisqu'il n'y a pas eu de suite. Pour répondre à la deuxième partie de ta question, j'ai eu l'impression que les édinautes sont des gens qui ont envie de participer à un projet artistique (ou autre) et que le côté mercantile de la chose n'est pas leur priorité (d'ailleurs, certain projet ne proposent pas de retour financier).

 

6- Un point remarquable dans ce tome 2, ce sont les couleurs directes. As-tu eu facilité à les apprivoiser ?

En fait, je travaille en couleurs directes depuis le tome 3 du Cycle d'Ostruce …et je n'ai toujours pas le sentiment d'avoir apprivoisé la chose. Plus sérieusement, après chaque album, je me remets en question et j'essaye encore et encore d'améliorer mon "écriture" graphique. J'ai essayé, dans ce tome, d'avoir un encrage-et donc un dessin- plus présent, pour essayer d'obtenir quelque chose de plus lâché, de plus souple. Mais le chemin est encore long.

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8-Es tu un perfectionniste ? Quel regard portes-tu sur ton dessin ?

Oui, très. Comme je l'écrivais plus haut je suis très critique (et souvent très déçu) en regardant ma production. Mais d'un autre côté, parfois, je suis pris d'une grande tendresse pour mes dessins. C'est un mélange de sentiments qui me motive pour continuer à affiner ma narration (dessin, découpage, etc) et, la recherche, la curiosité, c'est ce qui rend la vie passionnante non?

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9- Je suppose que tu es actuellement sur un nouveau projet puisque ce tome 2 clôture ce diptyque ?

Oui, un truc absolument passionnant.

 

10 Pour le moment, dessinateur BD, ce n’est pas un peu galère ?

Oui, mais comme tu le sais, j'aime beaucoup les bateaux.

 

Voilà, c’est fini. Un grand merci à Christophe pour sa disponibilité et sa rapidité.

Samba.

 

22/11/2013

INTERVIEW ERIK ARNOUX (seconde partie).

2013-11-05 10.33.59.jpgDans cette seconde partie de l'entretien que nous a accordé Erik Arnoux, il nous parle plus précisément de sa façon de travailler,de ses références, de ses projets et plus particulièrement de la suite de la série "Sara Lone".

SambaBD : La série Sara Lone va se faire en 2 tomes ou plus ?

Erik Arnoux: C’est une série en 4 tomes. J’en ai parlé dès le début mais c’est Patrick Pinchart qui a un peu ralenti mes ardeurs. Il m’a dit que le marché était compliqué et qu’il fallait faire un diptyque. Quand je faisais le tome 1, c’était impossible de raconter ce que je veux raconter en deux tomes. Il s’agit d’une histoire d’une fille qui est prise dans un piège, une toile d’araignée dans laquelle elle ne peut pas vraiment se sortir et qui va trouver son point d’orgue 3 ans et demi plus tard à Dallas. C’est fortuit, c’est le hasard. Au début, Patrick, sur les teasers, voulait la vendre dans le genre : « c’est une fille face à son destin, elle a un fusil et elle tire ». Non, pas du tout. C’est une fille qui est ballottée et qui va se trouver contrainte à réagir mais pour sauver sa peau. C’est une battante par la force des choses. Pour moi, c’est une histoire en 4 tomes. Le premier tome en 1960, le deuxième 1961, le troisième 1962 et le quatrième et dernier du cycle en 1963.Je parle un peu en terme de cycle parce que je voudrais en faire d’autres évidemment mais cela dépend de tellement de paramètres aujourd’hui que cela parait difficile de savoir où on en est. Le 1 est sorti, le 2  est financé le jour même de la sortie du tome 1.Les édinautes ont voulu me faire plaisir, c’est un peu un symbole. Mais dans l’absolu, on a mis 9 mois pour boucler les 100% du tome 1. On a mis 11 mois pile pour financer 100% du tome 2 avec pourtant un budget réduit de 8000€ par rapport au premier tome.Ca s’est quand même beaucoup ralenti.

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SambaBD : Au départ, tu es un dessinateur et puis t’es devenu scénariste. Peux-tu m’expliquer la raison du cheminement ?

Erik Arnoux : J’ai toujours pensé que dessinateur et scénariste étaient deux métiers très différents et que quand tu es dessinateur, tu n’es pas nécessairement scénariste et vice versa. Puis, j’ai commencé chez Glenat avec Daniel Bardet que j’ai été chercher parce que c’était un gars qui à l’époque venait de sortir « les chemins de Malefosse » qui marchaient plutôt pas mal. Il venait de sortir également « les chroniques de la maison Le Quéant » qui par contre ne marchait pas très bien mais qui a révélé Patrick Jusseaume qui fait maintenant « Tramp ». Donc, j’étais un peu dans cette mouvance. J’ai été le voir. Je lui ai dit que j’aimais bien ce qu’il faisait. Il n’était pas très chaud. Mais finalement, deux heures après, j’étais chez lui.

timondesbletome04.jpgOn a sympathisé et il m’a donné « Timon des blés » pour la collection Vécu. Henri Filippini me l’a signé quasiment tout de suite quand je lui ai amené les pages. J’ai fait les deux premiers tomes puis au troisième tome, je me suis rendu compte que l’histoire me plaisait sans me plaire. Je n’étais pas plus fou que ça de ce que m’écrivait Daniel. Peut-être que si j’écrivais moi-même mes propres histoires, je serais plus heureux. J’ai commencé à lui en parler. Il m’a dit qu’il me comprenait. Au départ, il m’avait fait un héros  que j’avais un peu dessiné à mon image à l’époque. Quand tu es dessinateur, tu as toujours tendance à dessiner des personnages qui te ressemblent. Le héros, Timon des blés, c’était un peu moi. Le personnage, c’est un personnage très misogyne finalement, je le découvre au fil des pages. C’est un personnage qui détestait les femmes, ce qui ne l’empêchait pas de les honorer de temps en temps parce qu’il faut bien que cela se passe. Il adorait les chiens. Moi, c’est strictement le contraire (rires).Je déteste les chiens et j’adore les femmes. C’était un peu chiant de me retrouver à dessiner contre nature une histoire qui ne m’intéressait pas plus que cela mais qui ne se vendait pas trop mal puisque la collection Vécu était une collection gentiment représentée.

sophaletta01.jpgPour donner une idée, quand Henri Filippini m’avait accueilli chez Vécu, il m’avait dit : « Bon, alors le premier tome, on ne veut pas moins de 15.000. Si on fait moins de 15.000, on arrête ». Et puis le premier tome est sorti et on a vendu 12.800 albums. Et là, il m’a dit : « c’est moins que ce qu’on espérait, mais on va quand même faire le deux ». T’imagines aujourd’hui quand tu fais des chiffres comme ça, un premier tome qui fait 12.800, c’est un best seller ! Je me suis donc dit que finalement ce ne serait pas plus bête de faire mes scénarios moi-même. Je ne me plaindrai de rien. Je suis en très bonne entente avec Daniel et je lui dis que j’arrête. Je lui ai trouvé un autre dessinateur (Ndlr : Elie Klimos) qui a fait la suite. Il a fait 4 autres albums après moi de « Timon des blés ». Moi, je me suis lancé dans Sophaletta que j’ai écrit et dessiné tout seul après. C’est comme ça que je suis devenu scénariste. De fil en aiguille, je me suis rendu compte que je pourrais faire cela. Puis j’ai proposé une autre histoire, puis une autre histoire…J’ai du en écrire à ce jour 20 ou 25.

SambaBD : Par rapport au travail de Morancho, es-tu dirigiste ou bien tu le laisses faire ?

Erik Arnoux : Morancho est très doué. Probablement beaucoup plus doué que moi. C’est un garçon qui a vraiment beaucoup de talent mais j’ai une vision de la mise en scène qui est beaucoup plus percutante que celle qu’il me propose. Donc du coup, il a accepté que je lui fasse des roughs qui sont d’ailleurs dans l’E-book que tu peux télécharger avec un code quand tu as acheté l’album. Tu as tout le scénario que j’ai écrit et les roughs. Ce sont des petits rectangles qui simulent ta planche et qui montrent en gros les cadrages que tu as envie de voir. David me faisait au début des cadrages que je trouvais un peu « plan-plan », un peu trop « face-face ». Petit à petit, il m’a incité à les faire tous et j’ai fait le découpage de l’ensemble de l’album en roughs et en montages. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’images en longueur parce que c’est un truc que j’aime beaucoup, qui  n’est pas nécessairement quelque chose que David aurait fait spontanément. David m’a dit l’autre jour : « C’est bien parce que tu m’as fait aller dans une voie où je n’aurait jamais pensé aller. J’ai fait des vignettes auxquelles je n’aurais jamais pensé parce que tu me les avais suggérées, voire imposées ». Je ne suis pas dirigiste au point que je suis incapable de voir s’il fait un dessin bien mieux que ce que j’ai prévu. J’essaye toujours d’aller vers le meilleur. Certains dessinateurs détestent cela. J’ai bossé avec des gens avec qui cela ne s’est pas bien passé. Etant dessinateur, je trouvais qu’ils ne mettaient pas assez en valeur mon scénario par rapport à ce qu’ils auraient pu faire. Ils lisaient le scénario puis point barre. Ils en restaient là. Avec David, par contre, c’est beaucoup plus constructif. Il est très à l’écoute. Il a compris que je lui amenais un petit plus qu’il n’avait pas nécessairement et qu’il a maintenant. Il a un regard qui est bien meilleur. Il a commencé le tome 2 et il a fait des roughs pour me montrer. Je lui ai dit que j’allais continuer à les faire mais c’est marrant car je suis assez proche de ce qu’il a dessiné.

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SambaBD : Comment travaillez-vous ? Par mail, par Skype ?

Erik Arnoux : Enormément par Skype. Le scénario est écrit. J’ai un découpage de planche avec mise en situation et dialogue, avec un petit rough accompagnant. Je lui envoie cela. On « parle » par Skype uniquement car on ne parle, ni l’un, ni l’autre, nos langues respectives.  Je lui explique mon rough, la corrélation entre le rough et le scénario. Après, je n’ai plus trop de nouvelles. Il m’envoie en général la page finie. Il peut arriver que sur ces pages finies, il y a des dessins que je n’aime pas du tout  ou simplement qui ne sont pas justes, qui ne servent pas l’histoire. Jamais, je ne ferai refaire un dessin gratuitement juste parce que je n’aime pas. Sur le bouquin, en gros, il y a une vingtaine de dessins qu’il a refaits parce que cela pouvait être amélioré. Comme c’est un garçon très à l’écoute, à chaque fois il les a refaits et à chaque fois, c’était bien meilleur. D’ailleurs, on ne s’est pas disputé!

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SambaBD : Quelles sont tes références au niveau de la bande dessinée. Qu’est ce que tu aimes ?    

Erik Arnoux : C’est vaste. Dans les gens que j’aime énormément, il y a Hermann que je trouve admirable. J’ai grandi un peu avec lui dans le journal Tintin quand j’étais môme. Il y a évidemment Giraud. Des gens qui sont un peu plus moqués aujourd’hui comme Jacques Martin ou Jean Graton, qui m’ont fait découvrir la bande dessinée quand j’avais 12 ans en 1968. Et Franquin, Jijé. C’est des anciens parce que les nouveaux d’aujourd’hui, cela n’a plus le même sens. Après, c’est des goûts personnels, des goûts de lecteur. Mais je te parle plus de ceux qui m’ont influencés. Ces gens ont été des moteurs quelque part pour moi. C’est d’autant plus marrant que quelques temps après, je les ai rencontrés, je les connais. C’est encore plus fort quand tu rencontres les gens que tu lisais quand tu étais môme. Tu rencontres Tibet, tu rencontres Dany, Jacques Martin. Tu parles avec eux. Tu fais tes propres albums, tu es un collègue. Quand j’étais petit, je lisais tintin, Spirou et Pilote. Donc, je suis assez éclectique par rapport à la bande dessinée franco-belge.

SambaBD : Quand va sortir le tome 2 de Sara Lone ?

Erik Arnoux : Dans l’idée, c’est de ne pas laisser traîner trop de temps entre les périodes mais ce qui m’ennuie un peu, c’est que c’est une période de tueur puisque toutes les grandes sorties se font entre septembre et décembre finalement. En trois mois de temps, on a un personnage phare dans chaque collection, un Blake et Mortimer, un Alix,... Enfin, il y a tout. Toutes les séries ont sorti un titre. Ce qui fait que je n’ai pas l’impression de faire partie des anciens. Donc, c’est un peu ennuyeux. J’avouerai que j’ai aussi choisi Sandawé  pour deux raisons. La première, je ne suis pas allé contraint et forcé, comme tu l’as compris. J’y suis allé parce que je voulais vivre cette aventure là. Mais la deuxième raison, c’est que je me suis dit aussi qu’un éditeur qui a très peu d’albums va forcement les défendre dix fois mieux qu’un autre éditeur, comme ceux avec qui j’ai travaillé, qui ont tellement de bouquins à lancer, quelques fois des trucs plus importants que le tien. Toi, tu bosses pendant un an donc tu as envie qu’il soit défendu. Quand dans la période chez ton éditeur, il y a 30 albums qui vont sortir, tu n’as aucune chance d’être défendu mieux qu’un autre. Alors que chez Sandawé, il faut être clair: sur ce semestre-ci, ils sortent deux albums. Il y a « yoyo post-mortem » et le mien, « Sara Lone ». Je m’étais dit qu’avec deux albums, ils allaient pouvoir le travailler sérieusement et c’est d’ailleurs ce qu’ils font. J’ai énormément de presse derrière. J’ai beaucoup de propositions. Je ne sais pas du tout comment cela va se concrétiser au niveau des ventes mais c’est certain que j’ai un retour sur cet album que je n’ai jamais eu sur aucun album depuis que je fais de la bande dessinée, depuis 1977!

 

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SambaBD : As-tu d’autres projets en route pour le moment ?

Erik Arnoux : Oui, j’ai d’autres projets en route mais je ne peux pas trop en parler parce que ce n’est pas signé. J’ai bien évidemment le prochain Sara Lone. Là, il est fait. Je suppose que dans pas longtemps, on va lancer le financement du tome 3 parce que même si on ne le fait pas tout de suite, il faut bien qu’on y pense. Cela met quand même un certain temps. Sandawé est très connu en Belgique, je crois. En France, j’ai dédicacé ce week-end et les gens découvrent. Ca les intéresse mais ils ne connaissent pas vraiment. Donc, il y a un potentiel de connaissance à avoir grâce à Sandawé qui parait très important mais qui, pour l’instant, est un peu aux balbutiements. D’autre part, en tant que dessinateur, j’ai deux albums sur lesquels je vais travailler et qui sont, un, un spin-off et un autre, une reprise. Mais je ne peux pas en parler pour le moment. C’est des choses sur lesquelles je travaille avant que les contrats ne soient signés.

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SambaBD : Dernière question. Quels arguments mettrais-tu en avant pour décider les lecteurs de SambaBD à acheter l’album « Sara Lone ». Quels points forts mets-tu en avant ?

Erik Arnoux : le point fort, dans la bande dessinée, c’est le dessin. Or, le dessin de David Morancho est juste vraiment vachement bien. Cela fait longtemps que je n’ai pas travaillé avec pareil dessinateur. Je pense que c’est vraiment un des plus forts qui a un dessin très intéressant et une marge de progression énorme. Il un trait très élégant, Il fait les couleurs très bien. C’est surtout ses qualités à lui que je mettrai en avant. Mes qualités scénaristiques, j’ai quand même fait quelques bouquins. Donc les gens qui me lisent savent que je sais écrire une histoire et la raconter. Après, s’ils ont envie de nous suivre là dessus, je l’espère mais je n’en sais rien. Je tiens à préciser que Sandawé est une petite maison d’édition mais qui fait attention à ses auteurs. Ils ont fait très attention à moi. Tout ce que j’ai demandé, je l’ai obtenu. Sur le plan qualitatif,  on a un album qui est magistralement imprimé par Lesaffre. On a une qualité de bouquin au niveau technique irréprochable. On a un carton très épais pour la couverture qui fait que l’album a vraiment de la « main » quand tu le tiens. C’est un format classique, un 22X30 comme Largo Winch mais ce n’est pas un 24X32. Je ne voulais pas un 24X32 pour deux raisons. La première, je pense que c’est un peu une mode et dans cette BD, je n’ai pas  de dessins qui vont à la coupe. Donc, du moment qu’il y a un blanc tournant autour qui permet de faire vivre la page, il n’y a pas de soucis. Mais surtout, surtout, je ne voulais pas un prix d’album trop haut. On voit des albums qui dépassent 14, 15, 17, 20 euros. Je trouve cela juste démentiel. Moi, j’ai un prix d’album qui est à 11,95 euros pour un album qui est techniquement « grave au poil ». Il est super beau, il y a un vernis sélectif sur la couverture. La couverture est matte, épaisse. Le papier est très blanc, très beau. Sur ce plan là, Patrick Pinchart a fait un boulot juste irréprochable avec les gens de chez Lesaffre qui sont, mais cela n’est pas une nouveauté, des cadors dans le domaine.

 

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Interview réalisée le 14 novembre 2013 par Capitol pour SambaBD.

Intéressé par l’album ? Intéressé par le Crowdfunding? Voici le lien vers le site internet de Sandawé : ICI.

Le blog d'Erik Arnoux: ICI.

"Pinky princess" (Sara Lone N°1), par David Morancho et Erik Arnoux © Sandawé, 2013.

INTERVIEW ERIK ARNOUX (première partie).

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A l'occasion de la sortie du premier tome de "Sara Lone" paru chez Sandawé, nous avons pu dialoguer avec Erik Arnoux, scénariste de la série. C'est sans langue de bois qu'il a répondu à nos questions. Erik est un grand bavard, il suffit de lui poser la première question pour qu'il nous embarque dans son univers de la bande dessinée. Dans cette première partie, il nous parle de l'origine du projet et de son approche avec le crowdfunding chez Sandawé. 

SambaBD : Comment est né le projet Sara Lone ? Comment as-tu rencontré David Morancho, le dessinateur espagnol ?

Couv_199089.jpgErik Arnoux : On ne se connaissait pas mais, avec internet, j’avais repéré ses dessins dans un forum. C’était, je crois, BD paradisio. Il y avait à un moment donné une « carte blanche » à des auteurs et il avait fait passer des planches à lui. C’était un dessin un peu réaliste, pas mal du tout.  Comme il avait laissé son adresse, je lui ai envoyé un petit mot. Je lui ai dit que je trouvais cela bien et que, si il avait envie, on pourrait faire quelque chose ensemble. Il m’a répondu très gentiment mais c’était plutôt une fin de non recevoir du genre : « écoutez, c’est très bien de s’intéresser à moi mais j’ai du boulot… » C’était en 2005, de mémoire. C’était le moment où je terminais « Ava dream » au Lombard. Je sentais plus ou moins qu’on allait me piquer le dessinateur (Ndlr:Alain Queireix) pour le filer à Desberg dans le but de faire des spin-off de I.R.$.. La série que j’avais lancée chez eux, a été quasiment tuée dans l’œuf puisqu’ils sortaient le dessinateur de l’histoire. Moi, il me restait juste mes yeux pour pleurer. Je m’étais dit que si je leur proposais un dessinateur, cela pourrait aller. Je voulais proposer à David de faire la suite d’ «Ava dream». Comme Le Lombard ne m’a pas vraiment poussé dans cette idée, j’ai laissé tomber.

Puis, en 2009, il m’a envoyé un mail en me disant qu’à priori il n’était pas contre le fait deavadream01couv_20081127_80405.jpg travailler avec moi. Si j’avais des idées, il avait du temps devant lui. Il avait toujours envie de bosser pour des éditeurs dans la BD de style franco-belge qui attire beaucoup les dessinateurs espagnols, italiens,…Je lui ai envoyé sept départs d’histoire qui sont des pitchs. Quelques lignes avec  un intentionnel de ce que cela pourrait raconter. Il en a trouvé un ou deux de pas mal mais globalement, il n’en a trouvé aucun qui lui plaisait vraiment. Il m’a demandé d’écrire quelque chose spécialement pour lui. Il a suggéré le thème du bateau et de la pêche. Quand j’ai lu son mail, j’ai été un peu dubitatif. Je ne le sentais pas trop. Mais une semaine ou deux avant, j’avais vu un reportage à l’émission « Thalassa » sur France 3 consacré aux pêcheurs de crevettes dans le golfe du Mexique. J’ai trouvé que c’était des décors intéressants et un sujet pas traité. Je ne me voyais pas le lancer sur des pêcheurs bretons ou de la mer du Nord mais je voulais quelque chose de plus exotique. Je lui propose l’idée, il me dit : « c’est pas mal, je serais intéressé par un polar ». Je pars sur le polar noir, les années ’50. Puis, je me dis que si je me lance sur les années ’60, l’administration américaine, c’est l’administration Kennedy. Il y a plein de trucs à raconter autour. Le golfe du Mexique, cela peut se passer au Texas, en Louisiane, l’Alabama et la Floride qui sont des états côtiers, pas loin de Cuba. J’ai écrit une page complète de synopsis. Un intentionnel qui était assez flou, là aussi, mais qui situait le personnage dans les années ’50 et ’60, avec une trame policière autour du syndicat des pêcheurs de crevettes. J’ai fait le pitch, David a dessiné deux pages. On est en fin 2008, début 2009. Je viens de sortir « Ava dream » au Lombard, j’ai fait un collectif chez Soleil, mais je n’ai rien de précis juste derrière. Comme en plus « Ava Dream » s’arrête puisque Desberg m’a « gaulé » Alain Queireix pour faire une spin-off d’I.R.$., je me retrouve « Gros-Jean comme devant ». Je n’ai pas trop d’autres projets. Je fais un peu de pubs en passant. Globalement, en BD, je n’ai pas grand-chose.

On a présenté le projet à tout le monde, je crois. Je le propose à tous les directeurs de collection que je connais personnellement puisque je suis déjà dans le métier depuis un certain temps. C’est des gens que je vois en festival, j’ai des copains qui bossent avec eux. J’envoie chez Dargaud, au Lombard évidemment, Glenat, Vents d’Ouest, Bamboo, etc…J’envoie des mails et vu qu’ils en reçoivent dix par jour, je leur rappelle que j’ai un petit potentiel, cela fait pas mal d’années que je suis dans la bande dessinée, que j’ai vendu quelques dizaines de milliers d’albums et qu’à priori un bouquin de moi cela peut avoir un certain attrait. Je dois dire que quand je le fais, je ne suis pas plus emballé que cela. J’ai reçu les pages de David entre-temps, il en a mis une en couleurs. Autant son dessin m’emballe sur les essais que j’ai vu avant en 2005, autant là quand il fait mon truc, je sais pas…J’ai l’impression que si moi j’avais été directeur de collection, j’aurais fait ce qu’ils ont fait tousa et j’aurais dit : « écoute, c’est sympa mais, bon, vu le marché,… ». Ce n’est que des refus. Cela nous déçoit un peu. D’autant plus que j’avais dit à David : « Ne t’en fais pas, je suis dans le métier depuis longtemps. Je vais trouver un truc sans problème ».  Et je ne trouve pas, donc je passe un peu pour un gland. Lui, il me dit que ce n’est pas grave mais je sens bien qu’il est déçu. Ensuite, on se perd de vue pendant deux ans.

sandawe_logo.jpgEt puis je découvre, je ne sais plus comment, Sandawé. J’aime beaucoup l’idée du crowdfunding. Je me dis que j’enverrai bien un projet à Patrick Pinchart, le directeur de Sandawé. Je ne le connaissais pas mais j’avais des potes qui ont bossé avec lui sur le magazine Spirou. Je lui envoie un mail en lui disant que je suis intéressé par la formule de BD participative, que je suis enthousiasmé par cette nouvelle formule. Je ne le fais pas du tout en me disant : « je suis un gars qui a été refusé sur un projet, je vais le proposer ». La formule de crowdfunding est passionnante, j’ai envie de faire quelque chose pour eux tout en me disant que cela ne m’empêchera pas de faire de la bande dessinée pour les autres qui sont des gens avec qui je travaille de manière régulière. Surtout qu’au même moment, je suis entrain de faire « Poker face » pour jungle-Casterman avec qui cela se passe bien. Je vais continuer à en faire, Glenat me propose un truc. Cela se passe plutôt bien quand je décide de m’approcher du crowdfunding. Patrick Pinchart me répond et me demande si j’ai des projets dans mes cartons. Je lui envoie mes sept pitchs dont j’ai parlé tout à l’heure, plus un ou deux autres, plus un projet que j’avais dessiné. J’avais préparé avec Chrys Millien, avec qui je travaille souvent, avec qui j’avais fait « Witness 4 », un projet de science-fiction que j’aimais beaucoup. Je me disait que Patrick va voir que c’est déjà très avancé et il va me la prendre. Il me répond quelques jours plus tard qu’il a bien aimé et qu’il est très intéressé par mon histoire de bateau qui ne s’appelait pas encore « Sara Lone », mais plutôt un truc du genre « Virna Lone » , c’est après que j’ai trouvé le titre. Je voulais faire un jeu de mot avec « alone » et je cherchais un prénom de fille qui se terminait par « a ». « Lone » – « a-lone ». Je me disais « ah, mince alors ! » Pour moi, dans ma tête, cette affaire avait été bouclée. Elle avait été refusée. Le dessinateur ne m’avait pas plus enthousiasmé que cela au moment des planches d’essai. Je me suis dit : « est-ce que cela vaut vraiment la peine de se replonger là-dedans ? ». La science-fiction n’intéressait pas Patrick car il avait déjà quelque chose, un projet chez Sandawé avec Eric Maltaite appelé « les éclaireurs » et qui a disparu depuis des plannings. Il insiste sur le projet maritime. Me voilà bien emmerdé ! 

Patrick Pinchart↓

pinchart-patrick.jpgJe rappelle David Morancho en lui disant que cela fait deux ans qu’on ne s’est plus causé, mais on me propose un projet de crowdfunding. Il faut que je lui explique le concept car il ne sait pas ce que c’est. Il s’attend que je lui propose un éditeur, qu’on lui paie ses planches et puis qu’on avance. Là, c’est un peu plus compliqué que cela. Il va falloir mettre le projet en ligne. Si les lecteurs s’y intéressent, ils vont mettre du blé. Si ils mettent du blé, on va en avoir seulement quand le projet sera entièrement financé. Je lui explique tout cela. David ne parle pas un mot de français et moi, pas un mot d’espagnol. Par contre, il lit très bien le français ! C’est un gros avantage parce que mon scénario est écrit totalement en français et il a parfaitement compris tout ce que je lui ai écrit. David me dit : « qu’est ce que tu en penses, toi ? ». Je lui dis que l’aventure m’intéresse mais je comprends bien que pour un dessinateur qui a envie de bouffer et d’être payé de ses  pages, c’est un peu plus compliqué. Pour moi, scénariste, c’est moins difficile parce que je fais d’autres choses, cela prend moins de temps que de faire le dessin, que de passer son temps sur un album qui va te prendre un an. Il me dit qu’il me fait confiance.

Cela m’aide aussi. Je me dis que si je l’emmène dans une merde….Je dis à Patrick que c’est OK. David s’y met. Je propose quelque chose d’un peu plus établi. Je reprends bien mon histoire, je la cadre vachement plus. Et puis David m’envoie les premiers croquis qui n’ont pas grand chose à voir avec les premiers croquis qu’il m’avait proposé quelques années plus tôt. Je me dis que c’est pas mal mais je suis toujours sur la réserve pour ce projet. Et puis les pages d’essai arrivent et c’est à tomber! C’est les deux premières pages où le garçon et la fille sont sur la plage, la voiture... Les pages sont juste géniales et je me dis « waow ! » Je renvoie même un mail à David en lui demandant : « tu vas continuer tout l’album comme ça ? » « Oui, c’est mon style actuel… »  C’est comme cela qu’a commencé l’histoire…

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Première planche d'essai de David Morancho pour Sara Lone↑

SambaBD : Un projet sur Sandawé demande-t-il beaucoup plus d’investissement des auteurs ? J’ai vu que tu es (ou étais) très présent sur le site et le blog de Sandawé pour essayer de motiver les lecteurs.

Erik Arnoux : Cela va de soi car si tu n’y es pas…Les édinautes, les lecteurs qui financent le projet, viennent aussi chercher un contact avec un auteur. Les édinautes qui sont sur le site sont des passionnés de bande dessinée. C’est des gens qui ont, en général, entre 30 et 70 ans. Une grosse tranche a mon âge à moi, de la génération des années ‘50-‘60, passionnés de BD qui ont grandi avec Tintin, Pilote, Spirou et qui viennent d’ailleurs chercher plutôt de la BD réaliste et des histoires plutôt que de la BD humoristique. Et, c’est plutôt le problème de Sandawé parce que Patrick Pinchart est venu avec dans ses cartons pas mal d’aventures humoristiques. Il vient de Spirou. Mais cela ne passe pas du tout chez les édinautes. Les édinautes ne misent pas dessus ou très difficilement. Ils misent sur ce qu’ils veulent acheter en magasin mais pas sur des produits parce que c’est de l’humour, cela se vend bien en magasin, on peut faire des produits dérivés,…Ils n’ont pas de réaction pragmatique de gens qui veulent faire du fric avec du crowdfunding, ils ont des réactions de cœur et de coups de cœur sur des planches et mises donc de l’argent sur des projets  qui me semblent parfois pour moi totalement invendables à l’arrivée. Il y a des projets remarquables mais aussi d’autres pour lesquels j’ai du mal à appréhender l’avenir connaissant le marché qui est extrêmement compliqué pour le moment.

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SambaBD : Sandawé est une jeune maison d’édition, les tirages et la mise en place ne sont pas énormes. Est-ce que cela te pose problème à toi et surtout à ton dessinateur qui doit en vivre ?

Erik Arnoux : Quelque part, on a négocié une avance sur droit qui est un forfait de 15.000€ qui fait partie du financement. Le travail consiste dans le dessin, la couleur et le scénario. Par rapport à un auteur qui, comme moi, a 30 ans de métier, c’est léger. Pour un mec qui débute, c’est vachement bien parce que les conditions actuelles sont devenues un peu « tout et n’importe quoi ». On trouve encore des gens qui se font très bien payer en acquis, d’autres qui sont payés intégralement en avances sur droits, d’autres qui ont des forfaits absolument misérables parce qu’ils débutent. J’ai même rencontré des jeunes gens qui sont prêts à travailler pour rien du moment qu’ils sont publiés en se disant : « je ferai de l’argent en tant qu’auteur plus tard ! ». Ils sont entrain de carrément tuer le métier. Tout les acquits que nos grands anciens, Tibet, Graton, Paape, tous les grands auteurs de ces années ’60 et ’70, ont obtenu, et ils ont ramé pour réussir à les obtenir, ont maintenant totalement disparus parce que le marché n’est absolument plus le même. Les petits jeunes ont envie d’être publiés et sont prêts à casser les prix. Quand, toi, tu arrives derrière avec ton métier et ton expérience, la page, c’est autant. On te répond que non. « Ca, on ne paie pas ». C’est maintenant comme cela en négociation sauf si tu as déjà fait des blockbusters qui marchent bien. C’est devenu très compliqué de se vendre.

Concernant les petits tirages, je t’informe, mais Patrick Pinchart a déjà communiqué surCouv_132359.jpg cela, que Sandawé croit beaucoup en Sara Lone. Patrick m’a fait beaucoup confiance, je dois le reconnaître. J’ai signé le projet chez lui.  Il m’a laissé gérer mon projet. Il a fait confiance à mon professionnalisme et aux bouquins que j’ai déjà faits. Il m’a vraiment laissé la main. Il a finalement découvert l’album que quand il a lu les pages totalement finies de David au mois d’août. Tout était bouclé. Il a eu la plénitude du bouquin, des 46 pages, seulement fin août. Il l’a lu et il m’a envoyé un mail enthousiaste qui me disait que c’était très bien, que cela lui plaisait beaucoup. C’est mieux que ce qu’il pensait et on va en tirer plus que ce qui était prévu. Donc, ils ont fait un tirage qui dans l’absolu est le tirage le plus important de l’histoire de Sandawé pour l’instant. Je pense qu’ils espèrent avoir des retombées qui soient suffisantes, fortes en terme de vente, ou du moins d’impact, pour que cela devienne une bonne série de la maison. Ils sont très très jeunes, ils ont 3 ans et demi. Jusqu’à présent il n’y a pas vraiment de succès majeur. Il y a des regards mais il nous manque terriblement un blockbuster, des auteurs un peu capés qui seraient des locomotives et cela il faut que Patrick y travaille beaucoup. Est-ce que Sara Lone sera une locomotive? Je n’en sais rien. L’album vient de sortir, c’est difficile à juger. Pour le tirage, moi globalement, chez Casterman-jungle, il m’ont tiré 11.000 « Poker Face » quand ils ont tirés le tome 1, il y a deux ans, trois ans. Je crois qu’ils en ont mis 7000 au pilon. Je préfère une boite qui en sort peu mais qui est très réactive que d’avoir une boite qui va sortir plein de bouquins puis qui va presque m’engueuler, moi, parce qu’ils les mettent au pilon vu qu’ils se sont gourés ou qu’ils n’ont pas fait leur boulot.

Fin de la première partie de l'interview.