01/08/2011

Interview de Fréderic Peynet.

Le dessinateur de Phoenix, du feul, les contes du Korrigan ....Fréderic Peynet a eu l'aimabilité de répondre à phoenix2couv.jpgquelques questions pour le blog Samba BD.

peynet3.JPGPar rapport au feul  (dont une intégrale vient de sortir), Phoenix est un univers nettement plus réaliste
.C’était une envie de ta part de changer de registre ? Pas trop compliqué  à dessiner tous ces détails
de la vie quotidienne ?

C'était une envie commune. Aussi bien Jean-Charles que moi même souhaitions nous confronter à une
série contemporaine réaliste.
Pour ma part, cela faisait une dizaine d'années que je dessinais de la fantasy, je commençais à tourner
en rond graphiquement et à prendre un peu moins de plaisir au dessin, j'avais besoin de me
renouveler. Mes lectures étaient alors plutôt tournées vers le genre thriller, et l'envie d'en dessiner un
à mon tour est ainsi venue, petit à petit.
Lorsque j'ai évoqué cette envie de changement à Jean-Charles, il s'est montré très enthousiaste; il avait
brièvement abordé le genre avec son triptyque "L'ombre du cinéphage", et souhaitait développer
quelques idées d'histoires qu'il gardait de côté jusque-là.

phoenix.jpgC’est ta 2e collaboration avec JC Gaudin, visiblement le courant passe bien entre vous deux .Comment
travaillez  vous ensemble ? Reçois tu le script en entier ou par bride ? Interviens-tu dans l’élaboration
de l’histoire ?

Phoenix est né de nos nombreuses discussions alors que nous terminions le tome 3 du Feul.
J'expliquais  à Jean-Charles quels univers, quel genre j'avais envie de dessiner , et je pense que la série
est née ainsi.
Jean-Charles a mûri quelques idées qui lui sont venues avant ou suite à nos discussions.
Il m'a ensuite raconté les grandes lignes, sans m'en dire beaucoup plus. Je suis intervenu sur quelques
petits détails, mais 99% de l'histoire vient de lui.
Contrairement au Feul, je ne connais pas l'histoire dans son intégralité. Je ne sais donc pas forcément
où il va, et c'est finalement assez excitant pour moi de découvrir son scénario par bribes (4-5 pages à
la fois), cela m'évite de me lasser, car tout est toujours nouveau. L'absence de vision à long terme de
l'histoire m'empêche juste de bien préparer ma documentation et mes repérages à l'avance. C'est le
seul point délicat, mais je fais avec.

peynet6.jpg


Ce qui me frappe dans ton dessin, c’est la finesse de ton trait  .Ce qui donne au final, un dessin très
élégant (un vrai plaisir à regarder) .Quel  regard portes tu sur ton travail ? Es tu perfectionniste ?

peynet1.JPGJe le suis trop. Je ne suis pas capable de laisser partir un dessin qui ne me convient pas à 100%. C'est
parfois très ennuyeux, car je vais me bloquer sur des détails sans importance pour la narration et je
n'avancerai donc pas sur le reste de la planche tant que ces détails ne seront pas réglés. Je perds un
temps fou pour des choses qui n'en valent pas la peine au final.
Egalement, à trop détailler comme je le fais, le dessin se fige et perd de la force et de la vie. J'essaye
depuis le tome 2 de moins pousser les choses pour aller à l'essentiel et récupérer cette énergie, cette
vie qui faisaient un peu défaut aux dessins trop léchés. Il faut que je trouve le juste milieu.

peynet4.JPG


Qui sont tes premiers lecteurs ?


Ma première lectrice est ma femme, Catherine. Elle a l'oeil très aiguisé et peut trouver une erreur que
je ne vois pas. Son aide et son soutien me sont précieux.
Mon second lecteur est Jean-Charles Gaudin, à qui j'envoie un scan de la planche terminée afin qu'il la
valide ou demande une correction de texte ou parfois de dessin si le cadrage ne correspond pas à ce
qu'il imaginait.
Mon troisième lecteur est Jean Wacquet, mon directeur éditorial chez Soleil, à qui j'envoie comme à
Jean-Charles, un scan de la dernière planche. Dessiner une BD, c'est un marathon en quelque sorte, et
on peut très vite perdre le bon rythme. Les encouragements de Jean sont donc importants pour la
motivation.
Ma quatrième lectrice est Delphine Rieu, la coloriste de la série qui, à son tour, ajoute sa patte
graphique pour aboutir à la planche finalisée.

Est-ce que les ventes de Phoenix sont dans tes espérances et que retiens-tu des retours que tu as lus
ou lors de dédicaces ?peynet2.JPG

A l'heure actuelle, je ne connais pas encore les chiffres de vente exacts du tome 1. Je les aurai au mois
d'août.
Les comptes sont arrêtés deux fois par an chez Soleil (en juin et en décembre) et il faut que l'album ait
eu une durée de vie en librairie d'au moins 6 moins pour avoir les chiffres. Ainsi, pour le tome 1 sorti
en août 2010, il n'y avait pas les 6 mois réglementaires lors des relevés de vente de décembre, ce qui
fait que je n'aurais les chiffres que cette année à l'occasion du prochain relevé.
De ce que je sais, il y a eu pénurie du tome 1 au bout de 5 jours. Malheureusement, l'éditeur a mis un
mois à rééditer l'album : notre créneau en librairie était terminé lorsque celui-ci fut de nouveau
disponible.
Bref, je ne m'attends pas à des chiffres brillants concernant le tome 1 malgré un départ rapide et fort
encourageant. J'espère que les tomes suivants permettront à la série de retrouver le public qui était
passé à côté lors de son lancement.
Les critiques sont en tout cas très encourageantes pour nous. Je les trouve très positives, et c'est
donc un bon moteur pour notre motivation.

As tu les temps de lire d'autres BD ? Si oui ,que nous recommandes tu ? Quels sont tes "maitres " dans
le 9e art ?

J'avoue ne plus en lire, car je passe mon temps à analyser ce que je vois plutôt que me laisser porter
par le récit.
Lorsque je referme l'album, je suis bien incapable de parler de l'histoire, mais je peux parler mise en
scène, narration, anatomie, perspective, couleur... Bref, je n'arrive plus à être lecteur.
Ma plus grande influence est Rosinski. Je me suis nourri de ses albums et j'ai beaucoup appris à travers
son travail. Si mon dessin est ce qu'il est aujourd'hui, c'est en grande partie à lui que je le dois, même si
nous ne nous connaissons pas.
Régis Loisel a eu un rôle important également, puisqu'il m'a suivi lors de mes débuts, en me conseillant
sur mon dessin, et en me faisant prendre conscience de mes lacunes. Il m'a fait gagner quelques
années.
perfectmook_06.jpgJe citerais également Laurent Vicomte, Christian Rossi, Emmanuel Lepage, Takehiko Inoue, Tsukasa
Hojo... Tous de grands dessinateurs réalistes dont le travail a été une formidable source de
motivation.
J'ai une grande tendresse pour le trait et l'univers de Franquin qui, même s'il n'a pas un dessin réaliste,
m'a apporté beaucoup au travers de ses albums, dans ma jeunesse et aujourd'hui encore.
Quelqu'un qui m'a probablement autant influencé que Rosinski, ces dernières années est Naoki
Urasawa, l'auteur de Monster, 20th Century Boys, Pluto...
J'aime son dynamisme, et sa mise en scène. J'aime aussi son dessin plus dépouillé, mais ô combien plus
vivant, que le mien.

En dehors de la BD, que fait Fréderic Peynet ?

C'est un boulot solitaire, alors lorsque j'ai un peu de temps libre, c'est important de ne pas négliger
quelques soirées avec les amis.
Je joue également dans un groupe rock, Slumberland. Ça permet de bien se vider la tête et de ne plus
penser au boulot, même si la majorité des membres de ce groupe travaille dans le milieu de la BD.

peynet5.jpg



Un grand merci à Fréderic Peynet pour cette belle interview.

16/06/2011

Horacio d'Alba L'interview .

Horacio d'Alba1.jpg


Salut Nicolas, comme Horacio d’Alba est votre première BD à toi et à Jérôme Le Gris, peux tu nous présenter ton parcours de jeune dessinateur ?

16-012.jpgJ’ai suivi un cursus scientifique jusqu'à mon bac, c'est probablement assez peu courant pour quelqu'un qui fait du dessin au final, mais bon! Mon bac S en poche j'ai entamé une fac de science et je me suis vite aperçu que cela ne me correspondait pas du tout et que ma vieille envie de dessiner me tenaillait de plus en plus. J'ai donc cherché des écoles d'art, monté un petit book, arrêté la fac après 3 mois de cours... et j'ai été admis en année préparatoire a l'école Pivaut a Nantes pour y suivre la formation BD/Illustration. Quatre années plus tard, diplômé avec les félicitations du jury, je me lance dans le début de la vie professionnelle. Malgré un parcours couronné de succès à l’école, hé ben dehors c'est vachement plus raide tout de suite, curieusement! Projets BD qui pédalent un peu dans la semoule etc... Mais je commence petit à petit à travailler en tant qu'illustrateur, avec une couv' aux éditions Mnémos et une participation régulière au mag' Science et Vie Junior. En Juin 2009, un an après ma sortie de l'école, mes efforts en BD sont récompensés par la signature d'Horacio d'Alba Tome1 chez 12Bis...

Voilà en gros :)

Je  comparerais volontiers ton trait à celui de Mathieu Lauffray, c’est une de tes 12-009.jpgréférences ou je me trompe ?

Alors tu fais mouche, c'est bien sûr une référence majeure pour moi... Par contre en ce qui concerne le dessin je ne me sens pas si proche que ça de son travail, bien plus expressionniste! Je m'en suis beaucoup inspiré en ce qui concerne la mise en scène, les cadrages, la gestion de la lumière par l'encrage...

Je pourrais en dire autant avec Alex Alice, Benoit Springer, Boucq ou Giraud, pour ne citer qu'eux.
Je tente modestement d'aller vers mes idéaux, en essayant d'apprendre des grands qui m'ont précédés.

Horacio d'Alba.jpg


Les retours sur cet album sont vraiment très positifs. J’imagine que ça doit faire plaisir ? Pas trop de pression pour le tome 2 ? 

Bien sûr que ça me fait plaisir!! Ce n'est pas une pression, mais un véritable carburant et en encouragement pour la suite! Je suis exigeant envers moi même, et j'essaie de ne pas faillir à ce principe. C'est pour ça que je ne m'inquiète pas pour le tome 2.
Un premier album apporte son lot de doutes et d'interrogations! Les 54 pages de ce tome 1 m'ont permis de commencer à trouver mes marques en narration, en encrage, ainsi qu'en couleur. J'essaie de toujours aller plus loin dans ces domaines ainsi qu'en dessin... Je suis toujours un peu plus en avance dans ma tête par rapport a ce qui sort de mon crayon ou de ma tablette graphique, la frustration qui en résulte me pousse a apprendre d'avantage, persévérer, et progresser encore... enfin bref :)

J'ai beaucoup appris sur ce tome 1, j'apprendrais encore sur le 2, mais au moins je ne pars pas de rien cette fois :)



Comment se passe ta collaboration avec Jérôme Le Gris ?

Très bien!
C'est une collaboration très enrichissante qui a vu le jour par l'intermédiaire de Thim Montaigne (Cinquième évangile). Il m'a présenté Jérôme, avec qui il travaillait déjà, quand j'étais en rade de projets.
L'expérience de Jérôme au travers du cinéma m'a beaucoup aidé pour réussir à créer une bonne mise en scène...
Techniquement, je pars de son scénar, je lui envoie une ébauche de page, on en discute, et on abouti à un storyboard définitif. Il ne me reste ensuite plus que l'étape la plus longue, le dessin et l'encrage!
Ce qui est vraiment appréciable c'est que l'on communique beaucoup, sur la BD bien sûr, mais sur de tout autres sujets aussi... Je pense que peu de dessinateurs peuvent se satisfaire d'un tel échange avec la personne avec qui ils bossent. C’est un gros plus pour moi et j'en suis conscient!

 64860177.jpgEn lisant Horacio d’Alba, on sent via la mise en page et les angles de vue, une impression de grand cinéma d’aventure, c’est ce que vouliez partager avec les lecteurs ?

Tout à fait! On s'inspire tous deux allègrement du ciné pour la mise en scène... Pour moi le ciné et la BD sont des domaines assez communicants, et beaucoup de mes idées de mise en scène me viennent de là plutôt que de la BD.
J'essaie de mixer cette influence cinéma avec les contraintes liées à la bande dessinée et je tente d'en sortir quelque chose de cohérent...

Tu en es où dans la réalisation du prochain tome  et aurait il encore quelques belles surprises ? 

Je le commence à peine en fait! J'ai terminé de travailler sur le tome 1 mi-février, mais entre temps j'ai déménagé et je me suis occupé de toute la paperasserie qui va avec, j'ai passé pas mal de temps sur les dessins en plus et la nouvelle couverture pour le tirage de tête aux éditions BdMust, j'ai fait pas mal de dates de dédicaces sur avril/mai...

En tout ca le prochain tome est riche en évènements et promet de grands moments, un plaisir de dessinateur :)

Et que peut-on te souhaiter pour le futur ?

Bon courage, j'imagine :)

horacio-serico.jpg



Un grand merci à Nicolas pour cette interview et bonne  lecture à tous.

06/06/2011

Curiosity Shop , l'interview.

Curiosity Shop1.jpg9782723472807_4.jpgJe vous invite à lire aujourd’hui pour illustrer le tome 1 de Curiosity Shop une interview de la scénariste espagnole  Teresa Valero.Un grand merci à elle d’avoir répondu à ma curiosité.




Bonjour Térésa, j’aurais tout d’abords aimé savoir comment est né Curiosity Shop ?


Angers-2-007.jpgA Madrid, j’habite dans un quartier près du quartier historique bourré de magasins bizarres et étonnants, beaucoup d’entre eux  sont dédiés aux antiquités et  aux objets peu communs… Je voulais faire un récit d’aventure placé dans ce Madrid que j’aime...
Ma première idée était de faire une bd autour d'une bande de contrebandiers d'art et d'antiquité. Je voulais faire un peu "d'investigation historique" au travers de tous les objets pour lesquels ces aventuriers pourraient se battre au cours de leurs affaires. Bien sûr, on ne voulait pas faire de la "pédagogie historique", mais essayer de réveiller l'intérêt et surtout la curiosité des lecteurs pour certains évènements que nous sommes en train d'oublier...

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Montse et moi, on avait travaillé ensemble pendant plus de dix années dans le studio d’animation Tridente. On avait des goûts et des visions communes, on se comprenait très bien au travail… Après la disparition du studio, on a continué à se voir dans certaines réunions d’artistes de bd qu’on fait habituellement à Madrid. On avait une grande envie de travailler ensemble à nouveau. Je lui ai parlé de l’univers de Curiosity et on a commencé à discuter, à inventer… et finalement on est arrivé à ce que sont maintenant les aventures de Max Prado.

Pourquoi avoir encré ton histoire au début de la grande guerre, c’est une époque qui t’inspire ?

curiosity_ink_col...e_perlas-1f52948.jpgAu long d'une des nos premières conversations, Montse a eu l'idée de situer l'action de "Curiosity Shop" autour des années vingt, parce qu’elle adore l’ambiance et l’esthétique de cette époque là. J'ai trouvé l’idée fascinante… ça nous donnait l’opportunité de raconter en parallèle l'histoire cachée de certains objets anciens et oubliés, l'histoire personnelle d'une femme née avec le siècle, et finalement l'Histoire de ce période pleine de merveilles et d'horreurs. Et un des plus terribles événements du siècle XX est sans doute la Grande Guerre, un conflit qui a mis un point final à un certain mode de vivre…

Cette époque est très intéressante pour beaucoup de raisons : Nous, tel que nous sommes, curiosity shop2.jpget aussi notre monde actuel, tout ça c’est évidement le résultat des événements du 20e siècle, des luttes ouvrières, de deux guerres épouvantables, de l’avancé des sciences et de la technologie, du changement moral et intellectuel des individus… Je trouve certainement passionnant de faire une petite collaboration avec notre travail pour  « nous rappeler » d’où on vient.

Comment se passe ta collaboration avec Montse Martin ?

C’est toujours un plaisir de travailler aux côtes de Montse. C’est une incroyable professionnelle. Non seulement, elle a un talent fou, mais elle apporte toujours une vision intéressante et juste sur beaucoup des aspects de l’histoire.
Pour la méthode de travail, tout d’abord j’écris un petit synopsis de l’histoire que je lui fais lire. Si elle est d’accord avec la route que j’ai prise, je commence à écrire un scenario « technique » avec des informations de case ou aussi un découpage mais quelque chose qui ressemble à des séries de télé ou des films. Après de ça, Montse fait le découpage et on en discute. Quand on est tous les deux d’accord sur ce point c’est l’heure des crayonnés…

curiosity.jpg


Curiosity shop est une BD très dense avec beaucoup de thématiques abordées. Quel conseil donnerais-tu pour bien aborder ta BD et aussi comment la définirais tu ?

Je définirais « Curiosity Shop » comme une bd pour les CURIEUX. Pour les chercheurs, exlib_valero copie_1305211914.jpgles attentifs, les enquêteurs… Comme lecteur, j’adore les livres qui m’obligent à un peu de participation donc, pour ce bouquin, j’ai essayé de donner aux lecteurs ce que j’aime trouver quand je lis. C’est vrai que la lecture de « Curiosity » demande un certaine approche, une sorte « d’engagement » comme investigateur tant pour l’histoire que pour  la bd qui propose une époque de référence pour bien suivre tous les détails. On est conscient que ce genre de récit peut gêner certains lecteurs, mais il y a d’autres qu’ont beaucoup aimés ce jeu de « chercher-trouver » qui donne, toujours à mon avis, un « plus » à la lecture, et qui laisse le livre ouvert à plusieurs relectures, toujours différentes et plus riches selon le désir de connaître de chacun.

Et le conseil pour l’aborder ? Simplement de la lire avec CURIOSITÉ.

Peux-tu nous dévoiler un peu sur la suite des aventures de Maxima Predo ?

Bon, pour la prochaine aventure elle sera à Tolède, en quête de la Table du Roi Salomon, volé pour l’arabe Tariq aux Goths… Après ça, elle va visiter la France en pleine guerre…

Quelles sont tes sources d’inspiration (BD, roman, cinéma etc) ?

angers-029b-162363e.jpgTout ! J’essai de lire tout ce que je peux, j’aime voir de bonnes fictions qu’on trouve de plus en plus dans les séries télé.

Pour m’inspirer pour « Curiosity » qui demandait un travail de fou pour la recherche en document, j’ai passé beaucoup de temps en essayant d’apprendre sur la période historique, en cherchant des beaux endroits de l’époque pour situer les actions, des événements intéressants autour desquels je voulais construire le récit. J’ai plongé dans les archives photographiques d’internet, les hémérothèques, les livres anciens, les romans des auteurs du dernier siècle, essais historiques sur la première guerre mondiale ou la situation politique pour laquelle l’Espagne est devenue neutre, j’ai aussi vu plusieurs documentaires… ce n’est pas les matériaux pour l’inspiration qui nous manquent de nos jours !


Voilà, j’espère que vous  en savez un peu plus sur le travail de Téresa Valero. L’air de rien, on découvre que ce n’est pas une mince affaire de faire une bonne histoire.

avec un ex-libris.

12/12/2010

Interview de Béatrice Tillier.

Après Jérémy, Philippe Xavier, c’est au tour de Béatrice Tillier pour une petite interview. Le bois des vierges est donc à l’honneur pour mon plus grand bonheur.

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•Je suppose que tu es ravie de voir enfin ce tome 2 chez les libraires, le chemin de l’édition du bois des vierges n’a pas été toujours un long fleuve tranquille ?

Bois des vierges (Le)1.jpgEffectivement !! Beaucoup de rebondissement à cause du rachat du catalogue Laffont. 1 an de perdu pour le Bois des Vierges et ses lecteurs. Du coté des auteurs par contre, les idées ont fusé, je me suis remis à écrire et nous avons réfléchi avec Jean à des projets futurs.




•Comme je viens de relire les 2 tomes du bois des vierges, je me suis demandé surtout en voyant le tome 1, si tu avais travaillé le comportement  de certains animaux comme les loups pour les retranscrire dans ton dessin ?


Pour qu'ils ne paraissent pas incongrus au milieu de l'histoire, il fallait les penser comme les autres protagonistes : des hommes, mais en plus poilus !!! Jean tenait à ce qu'ils conservent une noblesse dans leur stature et pas le coté "rampant" d'un animal à quatre pattes. Il suffisait de garder à l'esprit que les animaux avaient un comportement  humain et les humains un comportement bestial.

•Pour le tome 2, on est plus dans les mythes et légendes. Quels sont les êtres imaginaires que tu as aimé dessiner et  inversement  et tes sources d’inspirations pour les retranscrire?

Tous !!! Je crois que la majorité des dessinateurs rêvent tous un jour de donner leur tillier3.jpginterprétation des créatures mythologiques !!! Pour me les approprier, je les ai pensés comme des hybrides, un mélange des deux corps plutôt qu'une simple superposition. Je partais de l'animal de base (bouc, cheval, aigle...) en lui donnant des traits humains. J'ai un peu compulsé tout ce qui avait été déjà fait pour ne pas refaire la même chose !!




•T’attendais tu à revisiter autant des légendes au début du BDV ? Tu ne te demandes pas parfois ce que Jean Dufaux va encore inventer pour la suite ?

tillier4.jpg


Oui, je savais que j'aurai un sacré bestiaire. Je reste d'ailleurs un peu frustrée, car nous n'avons pas eu la place de tous les montrer !! Il manque par exemple les sirènes qui sont juste citées. On se demande toujours ce que Jean va inventer !! D’autant plus quand on n'a pas tout le scénario sous  les yeux !!

•ET si on inversait les rôles…Quel animal serait pour toi
 tillier2.jpgAube ? Surement pas une jeune biche !! Plutôt un félin, car son haut rang dans la société lui confère une certaine prestance. On la voit comme un petit chat apeuré mais elle n'hésite pas à sortir les griffes !! Une panthère des neiges ?






•Hugo ? Un bon gros toutou, fidèle, droit, travailleur. Un chien de chasse obéissant, un tillier1.jpgpeu cabot parfois. Un griffon ?





•Arcan ?
Un Lion sans hésiter !! Il veut tout diriger, rester maitre de sa progéniture.



•Et aussi quel homme serait 
Loup Gris ? Un vétéran qui a trouvé l'amour chez son ennemi. Un soldat américain qui aurait épousé une vietnamienne et aurait embrassé sa cause.

•Griffe tout ? Un bel arnaqueur à la petite semaine. Un Arsène Lupin.

•Et Dame Goupil ? Une femme forte et digne malgré la conscience qu'elle a de sa condition sociale.

•Pour terminer, que nous réserve l’ultime tome 3 ?

Je ne le sais pas encore... Beaucoup de rebondissements au début de l'histoire, mais j'en ignore encore le dénouement.

As-tu déjà un projet pour l’après BDV ?

Oui, toujours en collaboration avec Jean, car le tandem fonctionne à merveille et les histoires sont toujours sur mesure !!


Mon petit doigt me dit qu’il s’agirait d’une complainte mais chuuutttt.
Un grand merci à Dame Béatrice pour cette belle interview.
Et vive le bois des vierges.