25/02/2016

L'apocalypse selon Magda

l'apocalypse selon madga,vollmer lo,maurel,delcourt,apocalypse,adolescence,fin du monde,fureur de vivrel'apocalypse selon madga,vollmer lo,maurel,delcourt,apocalypse,adolescence,fin du monde,fureur de vivreScénario : Chloé Vollmer-Lo
Dessin : Carole Maurel
Editeur : Delcourt
192 pages
Sortie : 27 janvier 2016
Genre : Fable philosophique et sociale, chronique adolescente

 

Présentation de l'éditeur :

L'apocalypse annoncée n'aura finalement pas lieu. Tandis que l'humanité tout entière célèbre la nouvelle, Magda, elle, est dévastée. Pourquoi ?

Pour le comprendre, il faut revenir un an en arrière :

Quand on annonce à Magda, à la veille de ses 14 ans, que le monde disparaitra dans un an, la fureur de vivre l'envahit. Un récit bouleversant sur les tourments de l'adolescence exacerbés par une fin du monde proche. D'amours maladroites en paradis artificiels, sous le compte à rebours des saisons, la jeune fille se découvre à elle-même, dans un monde d'adultes dépassés par les événements.

 

Mon avis :

Un scénario étonnant, dans la mesure où dès le début, lecteur, tu es rassuré : les scientifiques se sont trompés (ça fait comme pour 2012 avec le calendrier Maya), et on va pouvoir tous continuer à vivre normalement.

Le sujet, ce n'est donc pas l'apocalypse, mais bien l'apocalypse selon Magda. L'auteure ne la quitte pas d'une semelle, et c'est à travers ses grands yeux bruns et son corps bouillonnant de jeunes hormones que nous allons traverser quatre saisons au cours desquelles elle choisit de se tourner, résolument,  vers la vie.

La fin du monde, pour les ados, c'est la fin du monde de l'enfance, la désillusion (les adultes descendent de leur piédestal et on n'a surtout pas envie de leur ressembler), et en même temps on a tellement envie de se brûler la langue et tout le reste pour goûter l'interdit et passer outre toutes les limites... Et quand les règles en vigueur sont maintenues artificiellement par quelques adultes désabusés, anéantis, et qu'on croit n'avoir que quelques mois pour vivre toute une vie, il y en a qui déconnent grave (pas tellement plus qu'en l'absence d'une fin du monde annoncée, en vérité, à bien y regarder...) A tel point que quand ils sauront que l'humanité va survivre, certains ne s'en remettront pas...

Je reste perplexe en fermant l'album.

Je suis passée à côté de l'aspect "bouleversant" du récit annoncé par l'éditeur et reçu par de nombreux lecteurs, et ne saurais trop dire pourquoi.

J'ai en revanche apprécié l'atmosphère intimiste créée par le dessin semi-réaliste, moderne, au trait vif, et les couleurs étouffées par cette lumière jaune caractéristique des minutes qui précèdent l'orage.

 

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24/02/2016

Sorties de secours

sorties de secours,joyce farmer,delcourt,vieillesse,troisième âge,fin de vie,roman graphique,états unis,chronique socialesorties de secours,joyce farmer,delcourt,vieillesse,troisième âge,fin de vie,roman graphique,états unis,chronique socialeAuteure : Joyce Farmer
Éditeur : Delcourt
208 pages
Sortie : janvier 2016
Genre : chronique sociale, roman graphique

 

 

Présentation de l'éditeur

Devenus vieux, Lars et Rachel sont contraints de quitter leur appartement de Los Angeles, dans lequel les plus infimes objets du quotidien s'entassaient depuis des années, pour intégrer une institution. Avec tendresse et affection, Joyce Farmer parvient à transmettre toutes ces petites choses qui reliaient ses parents. Comment ils se taquinaient, comment ils s'aimaient, et comment ils sont partis.

 

Mon avis

Un sujet difficile, rarement traité en BD. Des situations qui nous touchent et nous toucheront tous, fatalement, pour nos proches, puis pour nous mêmes.

En vérité Lars et Rachel s'obstinent à ne surtout pas la quitter, leur maison de la banlieue de Los Angeles, car pour rien au monde ils n'iraient dégénérer dans une institution. Ils préfèrent le faire chez eux, entourés de leur univers familier fourmillant de petits riens, de choses inutiles qui leur sont indispensables, d'objets du quotidien qui deviennent de plus en plus lourds, hauts, bas... Et avec Ching, le chat irascible et adoré.
Il faudra pour cela tout l'amour, le dévouement et la patience de Laura, la fille unique de Lars, qui se fait de plus en plus présente auprès d'eux pour pallier leurs absences ; et qui redécouvre, voire découvre son père et sa compagne, aussi agaçants qu'attachants.
Quand on prend de l'âge et que le corps nous trahit, les masques tombent et cela peut être aussi dur d'un côté du masque que de l'autre.

Les cases toutes de la même taille s'enchaînent comme les journées du couple englué dans ses habitudes. Le dessin n'est pas beau. Noir et blanc, hachuré (ridé ?), un peu "branlant", surchargé de détails (à l'image de l'encombrement poussiéreux, voire crasseux, de la maison des protagonistes), il ne cherche pas à enjoliver, à éluder ce qui pourrait paraitre gênant, il est modeste, humble, comme on doit accepter (et non choisir) de l'être lorsqu'on en est réduit à exposer sa nudité flétrie aux bons soins d'une tierce personne...
Il est en cohérence avec le propos.

Clairement autobiographique, cette peinture sans concession de la vieillesse, de la dépendance, de la diminution des êtres jusqu'à la bien nommée "sortie de secours", reste un hommage au courage et à la vie longue et bien remplie des parents de Joyce Farmer.

Bon, les amis, en attendant, CARPE DIEM !

 

 

 

 

 

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03/02/2016

L'Esprit du 11 janvier - Une Enquête mythologique

l'esprit du 11 janvier,lehman,gess,delcourt,attentats,charlie hebdo,hyper cacher,houellebecq,coïncidences,espritl'esprit du 11 janvier,lehman,gess,delcourt,attentats,charlie hebdo,hyper cacher,houellebecq,coïncidences,espritScénario : Serge Lehman
Dessin : Gess
Editeur : Delcourt
Sortie : 6 janvier 2016
80 pages
Genre : chronique sociale

 

 

Présentation de l'éditeur :

Un retour sur les attentats qui ont frappé la France en janvier 2015. Une promenade sombre, mélancolique, pleine de respect pour les morts. Mais aussi une enquête sur les mystères surgis au coeur de la tragédie : coïncidences, thèmes qui se répondent, personnages dédoublés, signes du ciel, etc.
A l'aide de nombreux extraits de la presse internationale et en s'appuyant sur les images mêmes de l'événement, les auteurs explorent, par jeu autant que par refus de céder au désespoir, la possibilité d'un miracle que personne n'aurait vu.

 

Mon avis :

Agréablement dérangeante, une approche singulièrement inattendue ! Les auteurs nous convient à une lecture ésotérique des faits et de leurs circonstances. On est bien loin de l'hommage larmoyant, de l'exposé consensuel, grégaire et bien-pensant auquel on pouvait craindre de s'attendre sur la question, qui se résume généralement par "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, on est tous des bisounours qui s'aiment (sauf les terroristes et les néo-nazis), pas d'amalgame, et vive la liberté d'expression (si elle est politiquement correcte)."

Non, non. Ici, on prend un peu de hauteur, les petits amis. Il vous est proposé une parabole des temps modernes, avec mages, martyrs, samaritains, prophètes, et communion. Ne partez pas tout de suite, et n'ayez pas peur ! Ce n'est pas une séance du catéchisme de l'Église Catholique !

L'auteur érigé en mage, dans la démonstration de Lehman, c'est Houellebecq, avec son roman Soumission paru le jour des attentats. Cela peut irriter ou paraître déplacé, mais là encore, ne vous arrêtez pas à un nom et à ce que vous en avez entendu dans le Poste.

Voyez plutôt le postulat :

"Le thème de Soumission, ce n'est pas l'élection d'un musulman à la tête de la République Française -ça, c'est le scénario-, mais l'impossibilité, pour une société humaine, de vivre sans religion."

Qu'est-ce qu'une religion ? Avant d'être un ensemble déterminé de croyances et de dogmes définissant le rapport de l'homme avec le sacré, c'est, étymologiquement, ce qui relie les hommes entre eux (pas facile tous les jours...), ou, plus largement, à ce qui les entoure, à ce qui les dépasse, à ce qui les transcende.

Alors, pour qui sait la voir, elle est partout, protéiforme. Écrasez-la sous un habit, elle reparaît sous un autre. Regardez la feuille blanche, ou noire, à travers la lumière, et vous verrez un signe en filigrane...

Ceux que Lehman a vus peuvent faire hausser le cil, ou les épaules, ou encore paraître blasphématoires (la comparaison du pigeon qui a chié sur l'épaule de François Hollande lors du rassemblement du 11 janvier avec la colombe symbolisant le Saint-Esprit ne sera pas du goût de tout le monde), mais mis bout à bout, je vous assure que c'est troublant.

Un peu de mysticisme et de réflexion en ces temps de prêt-à-penser laïque, ça fait du bien, Nom de Dieu !

Le dessin réaliste de Gess, le choix du noir et blanc apportent de la distance, de la neutralité, de la pudeur au propos, et inscrivent les événements dans l'Histoire à la manière d'un documentaire.
Tout en mettant bien en scène le décalage, plutôt amusant, entre l'auteur, dans les Nues de sa réflexion philosophique et spirituelle, vissé derrière l'écran de son portable face à la mer, où il passera toutes ses vacances, et les interventions de sa femme et de sa fille, qui le ramènent (et nous avec) à des considérations plus terre-à-terre et à l'insouciance du carpe diem
.

 

" Toutes ces allusions à 'l'Esprit', au 'mystère', au 'prodige', sont des métaphores ; des figures poétiques pour transmettre une émotion. Personne ne croit qu'elles désignent une force capable d'agir concrètement dans le monde. C'est pourquoi, quand l'émotion retombe, elles perdent leur pouvoir.

- Tu viens te baigner, papa ? "

 

 

Bien sûr, entre la conception de cet opus et sa sortie, il y a eu les attentats du 13 novembre, et tous les autres, au quotidien, un peu partout dans le monde, à la couverture médiatique moins épaisse...

Comment parler alors de miracles que l'on ne verrait pas ?

Justement, c'est aussi la piste ouverte par Lehman : à chacun, en sa conscience, de continuer à voir dans tout cela les fruits pourris d'un obscurantisme sans issue, une boucherie gratuite et insensée, ou bien d'essayer d'y déchiffrer les messages subliminaux du Grand Livre de l'Humanité, dont il faut admettre, j'en conviens, que les clés de lecture nous échappent le plus souvent...

 

 

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20/01/2016

Sentience - Tome 1 - Animal project

sentience;animal project;tyef;volpi;y.i.l.;fantastique;science fiction;souffrance animale;ethique animalesentience;animal project;tyef;volpi;y.i.l.;fantastique;science fiction;souffrance animale;ethique animaleScénario : Volpi
Dessin : Tyef
Editeur : Y.I.L.
Date de sortie : 7 décembre 2015

52 pages
Genre : science-fiction, fantastique

 

Résumé :

De nos jours, les espèces bovines naissent pour la plupart stériles, menaçant à court terme l'industrie agroalimentaire. En parallèle, Doc, un scientifique chevronné, met au point une formule qui change l'ADN humain en ADN animal. Sa découverte lui ouvre les portes d'un « nouveau monde » dans lequel les animaux sont pourvus d'une réelle conscience et sont capables d'émotions. Des êtres sentients en somme, tout comme l'Homme. Cette révélation pose plus que jamais la question du rapport de l'Homme à l'Animal. Malheureusement, sa formule attire la convoitise d'individus hauts placés qui élaborent un projet machiavélique sous le nom de code « Animal Project »…
Dix ans plus tard, le jeune Lucas ne se doute pas que son destin est directement lié à cette formule…

Mon avis :

De prime abord, je l'avoue, la couverture, le graphisme ou les couleurs ne m'auraient pas incitée à m'intéresser plus que ça à cette BD. Quand je l'ai vue sur la table de chevet de mon conjoint, je l'ai rapidement feuilletée et me suis dit : "Encore un truc à mi-chemin entre le comic-fantasy (un dessin un peu indéfinissable, en fait) et le manga (à cause de certains plans ou effets de mouvements un peu forcés)... je passe mon chemin..."

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Et puis, il m'a dit : "Tu devrais le lire ! C'est un truc sur l'expérimentation animale... La publication a été co-financée par crowdfunding."

Alors, j'ai rouvert l'album. Je ne vais pas dire que j'ai eu une révélation, mais je me suis laissée intriguer par l'histoire de ce lycéen qui rencontre par hasard un savant fou dans une demeure mystérieuse avec bibliothèque géante et laboratoire secret dignes des improbables bases souterraines de James Bond, et qui par accident se trouve transformé en chien...

"Et vous étudiez beaucoup le... la... sentience ! J'ai déjà entendu ce mot-là quelque part...
Qu'est-ce que ça signifie ?"

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Mettre l'homme dans la peau de l'animal, pour lui faire expérimenter son ressenti... La clé du projet de l'auteur, David Volpi, engagé dans la sensibilisation à la cause animale.

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Un bon prétexte pour faire passer des informations réelles sur le trafic de chiens ou le caractère discutable et condamnable de l'utilité et de la valeur des tests sur les animaux.

Dans le mot "animaux", il y a la racine latine "anima" : l'âme.
Et cet autre mot méconnu, "sentience", n'est pas sans m'évoquer cet aphorisme rabelaisien :
"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme."
Avec "Animal Project", on est en plein dedans.

 

Je conclus donc en affirmant que Sentience a trois bonnes raisons de gagner à être connue :

- C'est une BD d’aventure et de science-fiction distrayante ;
- C'est une ouverture sur une actualité très (trop ?) peu traitée dans nos journaux/télévisions ;
- C'est une bonne action puisque 50% des droits d'auteurs seront reversés au Comité Scientifique Proanima !

Que demander de plus ? La suite, nom d'un chien !

 

Où se procurer la BD ?

Sa diffusion est plutôt confidentielle, bien que l'on commence à la trouver chez certains libraires, à qui on peut d'ailleurs demander de la commander.

Sinon, elle est en vente directement sur le site de l'éditeur, ici !

 

Et pour faire davantage connaissance avec Tyef, qui s'amuse bien avec ses logiciels de mise en couleurs, et qui nous parle de son travail sur Sentience, ce qui m'a permis de mieux l'apprécier, c'est ici : http://tyeff.canalblog.com/

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