09/01/2016

Guiby - Tome 1 - Une odeur de soufre

Couv_258559.jpgPlancheS_49395.jpgAuteur : Sampar
Editeur : Kennes
116 pages
Date de sortie : 2015
Genre : jeunesse, humour, aventure

 

 

 

 

sampar,guiby,une odeur de soufre,jeunesse,aventure,humour,monstres,superbébé

"Je m'appelle Guiby, et j'ai trois ans et demi. A cette heure de la nuit, la plupart des gens dorment... Pas moi. J'entends du bruit dans mon placard... Je crois qu'une créature s'y cache."

Une nuit, Guiby estime que trop, c’est trop. L’heure est venue pour lui d’affronter la bête. Quand il ouvre le placard, la surprise est de taille : le monstre est beaucoup plus petit qu’il ne l’avait imaginé. Et aussi plus peureux que les monstres des histoires pour enfants puisque, plutôt que de l’attaquer, il prend la fuite. Sans réfléchir, Guiby se lance à sa poursuite dans les bas-fonds de la ville, dans un monde où mille dangers le guettent, tapis dans l’ombre.

 

Guiby n’a vraiment peur de rien. C’est un superhéros en couche-culotte, dont le costume est constitué non pas de collants mais d’une tétine, d’un chandail rouge à capuche, d’un jean et d’une paire de baskets. Plus les monstres essaient de lui faire peur, plus il est fâché et déterminé à les affronter et les terrasser.

En fait, quand il a peur, c’est pour sa famille ou ses amis, c’est d’ailleurs ce qui le stimule pour mettre les sales bêtes hors d’état de nuire.

Il y aurait pourtant de quoi être plutôt terrorisé, car pour une bd qui s’adresse aux lecteurs dès 8 ans, l’univers mis en scène est plutôt sombre (ben oui, ça se passe la nuit), glauque (dans les boyaux des égouts ou les ruelles mal famées de la ville), et peuplé de créatures hostiles avec griffes acérées, yeux rouges surnuméraires, canines multiples et saillantes, pustules ou tentacules gluants, plus proches du « ça » ou autres cauchemars vivants arachnidéiformes de Stephen King que du Grand Méchant Loup ou de Barbe Bleue.

Mais après tout, qui n’a jamais eu la frousse du monstre caché sous le lit ou dans le placard ?

Et quel meilleur moyen de surmonter ses angoisses que celui de les affronter ?

C’est le but avoué ici, de même qu’on y découvre que des alliances et des amitiés peuvent se créer entre membres de clans pourtant ancestralement opposés.

L’adulte apprécie le traitement humoristique des situations et des personnages secondaires, se remémore avec de nostalgiques frissons ses propres peurs enfantines, sourit en voyant ce nourrisson à tétine, à la mine peu affable, réaliser des exploits dignes d’un superhéros, mais nul doute que les jeunes lecteurs s’identifient à lui et ne s’en formalisent aucunement. Les initiés aux jeux vidéos y retrouveront par ailleurs la dynamique du personnage qui saute les obstacles, parcourt les décors, passe des niveaux et traverse de nouvelles épreuves de plus en plus périlleuses.

sampar,guiby,une odeur de soufre,jeunesse,aventure,humour,monstres,superbébé

 

 

Graphiquement, je trouve que c’est très réussi et très fouillé dans le style glauque.

Il y a une collection d’yeux inédite (ceux du héros, ceux de ses acolytes, ceux des monstres, ceux des personnages… dont on ne voit pas les yeux !!!)
Intéressant, parce que les yeux, ça peut être aussi un gros sujet d’angoisses…

sampar,guiby,une odeur de soufre,jeunesse,aventure,humour,monstres,superbébé

 

Et il y a de très belles pages de villes nocturnes de contes de fées de monstres.

A suivre !

 

 a07-3e78901.gif

 

 Virgule

 

Mais encore...

Les éditions Kennes reprennent à partir de 2015 la série avec deux albums parus à ce jour mais il existe déjà quatre albums outre-manche : en effet Guiby est né au Québec en 2013 dans l’imaginaire de Samuel Parent (Sampar) pour qui c’est la première BD en solo après une longue carrière d’illustrateur (La vie drôle et secrète du Père NoëlBilly Stuart ; Capitaine Static… et de nombreux romans jeunesse canadiens).

Ne trouvez-vous pas que Guiby ressemble drôlement à son papa  ?

sampar,guiby,une odeur de soufre,jeunesse,aventure,humour,monstres,superbébé

 

 

 

 

 

 

 

 

photo du Salon du Livre Montréal 2013
empruntée à un blogueur local
http://www.lalucarnealuneau.com/

 

 

 

25/12/2015

Le journal des chats de Junji Ito

 junji ito,le journal des chats,delcourt,humour,chats,manga

Auteur :junji ito,le journal des chats,delcourt,humour,chats,manga Junji Ito
Éditeur : Delcourt
128 pages
Date de sortie : 14 octobre 2015
Genre : Manga humour

 

 

Junji Ito est devenu célèbre grâce à ses mangas d’horreur.
Son titre le plus vendu est pourtant ce manga humoristique, exagération autobiographique de sa relation compliquée avec Yon et Mû, les deux chats qu’il adopte, un peu contraint et forcé par sa bien aimée fiancée.
Le pelage dorsal de Yon figure une tête de mort, semblable au masque de Scream… Et l’animal semble prendre un malin plaisir à terroriser son maître malgré les efforts de ce dernier pour se familiariser avec la gent féline !

 

Mon avis :

J’ai apprécié l’objet livre, au format 15x21, doté d’une épaisse couverture cartonnée aux couleurs et à la texture toutes douces, avec en relief les deux chats dont les yeux dorés brillent presque comme des vrais, et leurs heureuse et malheureux propriétaire.
Au dos, un sentier longe un cours d’eau tout enveloppé d’une végétation vert tendre.
Ce serait bucolique si les deux chats ne vous y fixaient pas d’un regard pénétrant, et si l’on n’y voyait pas Junji se prendre littéralement la tête comme s’il avait croisé le chat de Stephen King revenant du Simetierre…

junji ito,le journal des chats,delcourt,humour,chats,manga

 

« Quand horreur et rire se côtoient… »

Alors, va-t-on s’esclaffer ou frissonner ?
En vérité, je crois, ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre.


Mais c’est ce qui fait toute l’originalité de cette petite drôlerie. Celle qui flanque le plus la pétoche, c’est la femme de l’auteur, d’abord parce que c’est elle qui introduit les chats dans la maison, et puis parce qu’il lui prête des comportements bizarres et un peu inquiétants, et enfin parce qu’on ne lui voit que le blanc des yeux…
Junji, dans l’histoire, fait figure de grand névrosé avec une phobie démesurée des chats. Il transpire, il sursaute, il hallucine. Sa façon de percevoir le félin comme un reptile ou une limace géante, entre autres visions horrifiques, est amusante, et même assez réaliste ! 

Le côté "gag" tombe en général un peu à plat.

En revanche, les portraits des chats sont une vraie réussite. Leurs frimousses, leurs expressions, leurs postures, leurs attitudes, leurs comportements aussi, car finalement ils ne font rien d’autre qu’être eux-mêmes : des chats attachants, espiègles, parfois un peu sournois.
Ils sont dessinés avec une fidélité qui n’exprime rien tant que toute l’affection et l’admiration que leur porte, en vérité, leur maître, qui avoue avoir appris à les aimer.

 

Les bonus :

Entre chaque chapitre, une question est posée à Maître Ito, sur son art, ou plus personnelle. Une bonne idée mais cette interview, trop superficielle à mon goût, aurait gagné à être développée d’un petit poil.

Cerise sur le gâteau, nous avons les photos des protagonistes à quatre pattes !
Il a vraiment un masque de Scream sur le dos, le dénommé Yon…

Regardez ! C’est bien lui !

 

Yon :

junji ito,le journal des chats,delcourt,humour,chats,manga

 

 

Mû :

junji ito,le journal des chats,delcourt,humour,chats,manga

 

 

Si vous aimez les mangas et/ou les chats (surtout les chats) vous devez avoir celui-ci dans votre bédéthèque.
Vous pouvez aussi l’offrir à quelqu’un qui a peur des chats, pour rigoler… Niark niark niark !

 

a06-3e788fc.gif

 

 

Virgule

21/12/2015

Flora et les étoiles filantes

flora-et-etoiles-filantes_C.jpgFlora et etoiles filantes_Pl.jpgScénario : Chantal Van Den Heuven
Dessin : Daphné Collignon
Editeur : Le Lombard
64 pages
Date de sortie : 16 octobre 2015
Genre : Comédie romantique

 

 


Présentation de l’éditeur :

Flora, la quarantaine, vient de divorcer avec pertes et fracas après vingt ans de mariage. Heureusement, pour remonter la pente, elle peut compter sur le soutien de ses copines, Roxane (baba cool fan de jardinage), Léa (carreer woman infatigable) et aussi de son vieux voisin, Vénérable.
Comme ses amies, Flora est en quête de l’âme sœur, mais ce n’est pas si simple. Elle fait quelques rencontres, mais une fois les premiers moments idylliques passés, ses amoureux disparaissent dans la nature. De quoi semer le doute dans son esprit : n’est-elle plus assez séduisante ? Est-elle devenue insupportable ? Ou alors est-ce une manœuvre d’un proche ?
Cet album raconte le blues des quadras divorcées et des « célibattantes » qui aimeraient bien poser leurs valises. C’est la crise du milieu de vie vue à travers la lunette drolatique de Flora et sa tribu.

Mon avis :

Cette histoire qui se revendique comme une comédie romantique en est bien une, qui peut paraître tout ce qu’il y a de plus actuelle et convenue dans son scénario et son issue.

Elle met en scène des femmes modernes, Amazones de façade qui rêvent d’un prince charmant sans défaut et croient qu’elles vont le trouver, non pas sous le sabot d’un cheval, mais sous le clic d’une souris. Amies, mais qui se lancent d’impitoyables piques quant à leur physique (laquelle fait le plus son âge ?) ou à leur façon de gérer leur vie sentimentale, leur situation matérielle…

Pour autant, la chose est traitée avec une indulgente dérision, une tendresse intimiste, une poésie magnifiée par le graphisme, qui pour le coup, fait sortir cette chronique sentimentale du lot.

Le dessin de Daphné Collignon m’a séduite. Ses portraits de femmes sont magnifiques, avec leurs grands yeux sombres, un trait épais qui souligne des courbes douces, des formes épanouies... Si le style m’a fait penser à Gaughin ou Matisse, les couleurs n’ont quant à elles rien du fauvisme éclatant, elles sont au contraire puisées dans une palette majoritairement sépia réhaussée de quelques menues pointes de cerise ou de figue…

Une alchimie réussie entre la scénariste et la dessinatrice, font de cet album une très belle étoile filante !

a08-3e78906.gif

 Virgule

 

26/11/2015

Le sentier des reines

pastor,casterman,histoire,aventure,guerre 14-18,910,le sentier des reinespastor,casterman,histoire,aventure,guerre 14-18,910,le sentier des reinesScénario et Dessin :
Anthony Pastor

Éditeur : Casterman

120 pages

Date de sortie : 16 octobre 2015

Genre : Historique, Aventure

 

Savoie, hiver 1920.

Blanca et sa belle-fille Pauline ont vu leurs hommes rentrer de la guerre miraculeusement saufs, mais la chance tourne et une avalanche les leur fauche peu de temps après. Avec le jeune Florentin, privé de ses parents par la même avalanche, elles décident de quitter leur village de montagne, où elles n’ont plus rien ni personne à attendre.
A leurs trousses, un ex-poilu ivrogne et menaçant n’a de cesse de récupérer une montre dont le mari de Blanca aurait dépouillé un cadavre sur le champ de bataille… La grande aventure commence, jonchée d’obstacles, vers l’idéal d’une libération sociale et humaine.

L'auteur inscrit une intrigue itinérante tumultueuse dans un contexte historique soigneusement restitué et richement documenté. Il propose au lecteur une immersion réussie dans la France rurale d’après-guerre, toute en rudesse, où le semblant d’émancipation des femmes esquissé par la force des choses pendant que les hommes étaient au front ne tarde pas à être réprimé, où les rancoeurs et les violences ne sont pas taries.

Comme dans un roman, il prend le temps de construire des personnages d’une grande densité psychologique et de tisser subtilement ce qui les relie ou les oppose.

Et quel graphisme ! Le dessin finement hachuré dépeint magnifiquement les intérieurs rustiques ou plus riches comme les extérieurs qui passent de la neige des Alpes (vous croyez vous y enfoncer, vous sentez les flocons vous cingler le visage, vous voyez la nuit tomber sur la vallée...) aux magnolias en fleurs en Normandie, les visages et les corps abîmés par la souffrance, la fatigue, les bonheurs fugaces, l'avenir incertain...

Un récit grave, du suspense, un road-movie pédestre, ferroviaire, fluvial, initiatique, une reconstitution historique et sociale, des gravures de toute beauté : tout cela est contenu dans ce somptueux album.

 

 

a09-3e78912.gif

 

 

Virgule