30/04/2015

Folle cuisine

folle cuisine.jpgfolle cuisine planche.jpgAuteur : Alexis Laumaillé

Éditeur : Bamboo

90 pages

date de sortie : février 2015

genre : thriller

 

 

 

 

Mathilde est atteinte d’une maladie rare qui l’empêche de reconnaître les visages et risque de lui faire perdre son emploi de serveuse dans un luxueux hôtel-restaurant parisien.

Barbara ne peut s’empêcher de satisfaire les désirs de son entourage, quitte à enfreindre la loi.

Elles font connaissance dans la salle d’attente de leur neuropsychiatre. Leur amitié est immédiate. Mathilde fait embaucher Barbara dans les cuisines du restaurant :

Barbara sera les yeux de Mathilde et Mathilde la conscience de Barbara.

Un équilibre audacieux et périlleux dont la mise en œuvre les amène à découvrir ce qui, la nuit, se trame dans les coulisses du palace…

 

Après avoir goûté les petits plats préparés clandestinement la nuit dans les cuisines de l'Eden Saint Lazare, Mathilde est en proie à des délires hallucinatoires pendant lesquels elle peut à nouveau voir les visages… Barbara se donne dès lors pour mission d’imaginer des recettes à base de psychotropes pour tenter de remédier à la maladie de Mathilde.

En parallèle, elles déjoueront les intrigues qui souillent la respectabilité de façade du prestigieux établissement.

 

Histoire complète originale que ce polar nourri de substances illicites servant de prétexte (à moins que ce ne soit l’inverse) à l’illustration d’une amitié scellée par l’heureuse complémentarité de deux pathologies : prosopagnosie et hypomanie altruiste.

 

Que les personnages manquent d’épaisseur et la narration de relief, que les promesses de la couverture laissent le lecteur sur sa faim, que l’auteur ait voulu mélanger trop d’ingrédients à une sauce qui n’a pas pris, d’autres l’ont déjà exprimé.

Je confesse avoir trouvé également le space cake un peu fade.

 

Mais c’est trop facile.

Je préfère écrire qu’il m’a ouvert l’appétit.

J’y ai regoûté, et j’ai fouillé dans le garde-manger :

« Les rêves de Mathilde sont une libération graphique, l'occasion de dessiner des poissons qui parlent, une avalanche de fleurs ou des hommes en frac à tête d'oiseau… », y avoue l’auteur en personne.

 

Bon sang mais c’est bien sûr ! C’est le dessin qui pêche, dans sa narration. Il cuit à l’étouffée. Trop sage, trop cadré, même – et surtout - dans les phases hallucinatoires.
Moi, je prétends qu’Alexis Laumaillé est prêt à créer des histoires fantastiques fantasmagoriques complètement désancrées de la réalité, et qu’il en meurt d’envie.

Qu’il enlève donc le couvercle, et je gage que le fumet ainsi libéré nous emmènera  au Pays des Merveilles !

Voyez : http://alexislaumaille.com/index.htm

 

Et en attendant, j’ai envie de lire La Main du Singe et Melissa, ses autres polars psychologiques au dessin sage type comic…

Allez comprendre…

 

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Virgule

16/02/2015

The Walking dead tome 22 - Une autre vie

walking dead T22.jpgwalking dead T22 planche.jpgScénario : Robert Kirkman

Dessin : Charlie Adlard ; Stefano Gaudiano

Éditeur : Delcourt

date de sortie : janvier 2015

 

 

 


Depuis que ce monde a été précipité dans l’apocalypse zombie, l’ancien policier Rick Grimes n’a eu de cesse de protéger et conduire une communauté qui, après avoir triomphé non sans lourdes pertes de l’exercice quotidien consistant désormais à survivre jusqu’au lendemain, s’est organisée pour tenter de préserver un semblant d’existence normale, s’alliant au passage à d’autres communautés dotées des mêmes aspirations.

Confrontés à la faction menée par le terrifiant et despotique Negan, Rick et les siens ont fini par gagner.

La guerre est terminée.

Le temps de rebâtir est venu…

 

Ainsi peut commencer Une autre vie.

Après La Guerre Totale, et de guerre lasse au bout d’un certain nombre de tomes qui finissaient par errer tels des zombies sans but, on pouvait se demander si Kirkman saurait encore nous surprendre.

Et voici qu’il nous propose une nouvelle saison, un nouveau cycle, nous épargnant la narration de deux ou trois ans de mise en pratique du Manuel Survivaliste Post Apocalyptique par les héros, afin de nous en faire découvrir un résultat possible, plutôt encourageant, presque rassurant.

Rick, en patriarche apaisé, dirige son fief médiéval dont  des chevaliers en armure du XXIème siècle sécurisent les abords en conduisant habilement les hordes de zombies comme du bétail au son de la corne. Sauvegarde de l’eau potable, agriculture, élevage, éoliennes, moulin, forge… de belles avancées ont été faites.

Dame Maggie regarde grandir en sécurité son petit Glenn, et, alliée du Sieur Rick d’Alexandria,  règne sur la Confrérie de la Colline.

On a de nouveau du temps pour développer plus finement les liens sociaux, les relations père-fils (Carl, adolescent, veut entrer en apprentissage à la forge, à la Colline, et Rick a du mal à le laisser partir, à admettre qu’il a grandi…), ou même goûter la beauté d’un coucher de soleil…

Bref, les personnages ont pris quelques rides ou quelques boutons d’acné, les caractères se sont forgés et ont mûri, une civilisation s’est réorganisée, et ce bond en avant apporte beaucoup d’oxygène au récit…

N’allez pas croire que tout soit rose pour autant. Un nouveau groupe de rescapés introduit à Alexandria arrive d’ailleurs avec ses doutes : n’est-ce pas trop beau pour être vrai ? N’a-t-on pas tué un des leurs, fût-ce accidentel, avant de les amener ici ?

Quant à Negan, potentiellement plus dangereux à lui seul que tous les zombies réunis,  s’il a momentanément été mis hors d’état de nuire, il est bien vivant et attend son heure, trop sagement assis dans sa prison. On frémit en songeant que sa présence constitue une lourde et insidieuse menace…

Et dehors, ça rôde toujours… Et ça ne râle pas seulement, on a même entendu  certains morts murmurer…

Pour notre plus grand plaisir la bouffée d’oxygène est donc viciée de relents inquiétants, et, à nouveau, on attend avec impatience le prochain épisode !

 

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 Virgule

 

30/10/2014

Otto - tome 1

otto, frodo de decker, kramiek, humour, muet, otto, frodo de decker, kramiek, humour, muet, Scénario et dessin : Frodo de Decker

Editeur : Kramiek

48 pages

date de sortie : octobre 2014

 

genre  : Humour

 

 

Prenez place à bord de cet Ovni et laissez-vous emporter !

 

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L’album est composé d’une succession de gags en une page qui s’inscrivent dans une histoire générale, rythmée par les improbables péripéties du protagoniste, Otto, aussi naïf qu’enthousiaste.

Il y est emmené de mésaventure en mésaventure tout au long d’un parcours truffé de rencontres insolites.

 

Petit Prince sorti de nulle part, Otto est un naufragé malmené avec tendresse et complaisance par son créateur. En quête d’une terre d’asile où il pourra dormir auprès de sa blonde, il est ballotté du fond des mers au sommet d’inhospitalières montagnes, et se trouve même fait prisonnier dans le cosmos par des extraterrestres !

 

S’il lui arrive moult catastrophes, il en provoque lui aussi, volontairement ou non, notamment à l’encontre d’un pauvre singe de plus en plus abîmé au fil de l’histoire…

 

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Surréalisme, simplicité, efficacité : une ligne claire, des situations et des retournements comiques, des personnages récurrents dans un chassé-croisé de fuites en avant et de courses-poursuites où l’un se venge de la dernière avanie que l’autre lui a fait subir… Tout ça sans le moindre texte, sans le moindre dialogue !

C’est du cinéma muet !

 

Le procédé me rappelle La Linea d’Osvaldo Cavandoli, ce personnage d’animation constitué d’une ligne blanche qui s’exprimait en baragouinant des onomatopées italianisantes où tout passait par l’intonation…

 

On peut avoir l’impression qu’à la fin du voyage les gags tendent à s’essouffler et que l’histoire finit un peu en queue de poisson, mais à bien y regarder, la boucle est bouclée…

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Ma note : 7.5/10

Virgule

 

 Une interview de l'auteur chez Oncle Fumetti (en Anglais)


03/04/2013

Philémon - Tome 16 - Le train où vont les choses

philémon,le train où vont les choses,fred,dargaud,fantastiquephilémon,le train où vont les choses,fred,dargaud,fantastiqueScénario et dessin : Fred
Couleurs : Isabelle Cochet
Éditeur : Dargaud
date de sortie : février 2013
39 pages
Genre : Fantastique

 

 

 

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Vingt-six ans qu’on l’attendait… Et pour cause, elle s’était embourbée !

Qui ça ? Mais la loco à pattes, évidemment ! ou plutôt, la lokoapattes (elle préfère cette orthographe et il ne faut pas la contrarier, elle est susceptible). Un spécimen qui carbure à la vapeur d’imagination… et qui se trouve en rade à proximité de chez Philémon. C’est la meilleure chose qui pouvait lui arriver, finalement, car du côté de chez Philémon, beaucoup de monde se balade, la nuit, dans les bois : pour notre plus grand bonheur, le héros à pull rayé, rejoint par M. Barthélémy et l’oncle Félicien, va porter secours au bien nommé Joachim Bougon, chauffeur de lokoapattes de père en fils depuis trente-trois générations. Ensemble, ils vont devoir rivaliser d’idées pour relancer la machine. Et il va s’agir d’avoir les idées claires, car «  le train où vont les choses va simplement où on lui suggère d’aller, et quand on va n’importe où, on ne va nulle part, Monsieur ! »

 

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C’est avec une grande émotion qu’on prend place à bord de cette nouvelle histoire, en se demandant : «où va-t-il nous emmener encore ? »

Si à la fin d’une première lecture on peut être un peu déçu, tel l’adulte en pèlerinage sur un lieu d’enfance magnifié dans son souvenir et qui lui paraît un peu étriqué, on finit par se replonger avec délices dans cet univers improbable, magique, bonhomme et poétique, un peu inquiétant aussi, qui n’appartient qu’à Fred.

Et tous les ingrédients sont bien là : son dessin aussi bourru que ses personnages, ses nuits de pleine lune et ses doubles-couchers de soleil, ses décors grossiers et fantasmagoriques où flottent constamment d’hypnotiques volutes et qui s’ornent soudain de gravures au trait fin, ses raisonnements parfaitement absurdes et tout-à-fait logiques, ses perles de poésie, ses« M’ouais !»  « Peuh… » et autres « Hum »

En vérité je n’ai compté que deux « Hum » dans cet album, vers la fin… C’est-à-dire, au début… Parce que le tour de force de cette aventure, c’est de nous renvoyer aux origines, il y a très, très longtemps, vous vous souvenez ? quand Philémon était tombé au fond du puits et s’était retrouvé avec M. Barthélémy, le puisatier, naufragé du « A »…

Ah, la la la la…  Quarante ans qu’il attendait que quelqu’un vienne le chercher !

Si vous êtes, comme moi, tendrement épris des histoires invraisemblables de Fred, vous serez particulièrement touché par celle-ci, ultime autoportrait en noir et en couleurs d’une souffrance dépassée et sublimée, qui se pose comme un point final sans nous laisser sur la fin et nous démontre qu’avec le secours de l’imagination, tout est possible : la preuve, Hector, l’incrédule, parle même avec un fantôme !

Quant à ceux (les malheureux !) qui ne connaîtraient pas le monde parallèle des lettres de l’Océan Atlantique, qu’ils se penchent donc au-dessus du puits… Qui sait ce qu’ils découvriront, selon qu’ils sont plutôt Hector ou plutôt Philémon ? 

 

Ma note : 8,5/10

 

Virgule

 

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