09/01/2014

Carnet du Pérou

six pieds sous terre, carnet du pérou, fabcaro, angoulèmesix pieds sous terre, carnet du pérou, fabcaro, angoulèmeRésumé de l'éditeur: Depuis une dizaine d'années, Fabcaro trace sa route d'auteur à travers des bandes dessinées pleines d'humour et d'autodérision, oscillant entre autobiographie et rire grinçant, seul ou officiant au scenario pour d'autres.

En décembre 2011, lors d'un atelier en pays Cathare, il croise la route d'une jeune plasticienne en résidence, originaire de Cuzco, qui, selon lui, « dégageait une énergie qu'on sentait jaillie de cette terre lointaine dont je ne savais rien ». Entre eux va naître une forte complicité artistique et humaine. Dès lors, il n'a qu'une obsession : se rendre dans ce pays. Ce qu'il finira par faire en juillet 2012, s'engageant dans un périple qu'il souhaite le moins préparé possible afin d'en conserver toute l'authenticité, la virginité du voyageur qui a tout à découvrir, refusant d'être parasité par les clichés et les préjugés. Il va alors s'immerger dans un univers fascinant dont il découvre jour après jour la richesse et la diversité des mythes, rites et croyances. Il va croiser des destins, s'émouvoir, tisser des liens forts mais aussi approfondir une culture indigène dont les détails pittoresques le feront plonger dans une altérité salvatrice. Il en reviendra profondément transformé. Jusque dans son travail : changeant de cap et délaissant l'humour qui était jusque là sa marque de fabrique, pour ramener un carnet poignant et plein d'humanité, vrai voyage philosophique aux portes d'un ancien monde qui n'a pas encore été entièrement submergé par la modernité.

Ainsi, ce Carnet du Pérou est aussi la description du parcours d'un homme profondément remué dans ses fondements et ses certitudes, à l'orée d'un revirement artistique salvateur, découvrant que l'autobiographie peut être aussi un exercice ouvert sur le monde, tourné vers l'autre plutôt que sur soi. Apprendre enfin à se décentrer afin de devenir un modeste passeur, témoin de trésors insoupçonnés d'humanité dont regorge l'extérieur.

Néanmoins, s'agissant de Fabcaro, il faut quand même s'attendre à tout.

 

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Pour ceux qui ne connaissent pas encore Fabcaro, il est l'auteur de quelques O.V.N.I. du paysage de la BD francophone, riches en autodérision et en humour crétin, dans le bon sens du terme évidemment (-20% sur l'esprit de la forêt, Z comme Don Diego, Amour passion et cx diesel, ...). Si vous ne voyez toujours pas de qui il s'agit, sachez qu'il fait partie d'une belle bande de zozos (Fabrice Erre, Gilles Rochier, James, et autres Terreur Graphique) très active dans des revues comme Mauvais Esprit, Jade, Alimentation générale ou encore Tonton (pour ne citer que celles-là). Pour tous ceux qui ne connaissent vraiment  pas (mais vraiment vraiment pas) Fabcaro, méfiez vous! A première vue, Carnet du Pérou n'est pas à l'image de ce que l'auteur a l'habitude de donner de lui... à première vue seulement.

 

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L'album débute sous la forme d'un carnet de voyage assez standard mais au fur et à mesure de sa lecture il est entrecoupé de planches qui illustrent le travail en off de Fabcaro. Si la partie carnet est mise en page comme un carnet de croquis, la partie off permet au fan de retrouver l'auteur qu'il connait bien. Il est assez difficile de parler du tour de force de ce carnet sans vous faire une révélation qui peut vous ruiner tout le plaisir (comme si on venait vous dire dès le début du 6ème sens que, en fait, Bruce Willis est mort ou, pire encore, que Keyser Söze est en réalité Kevin Spacey. On en a condamné à mort pour moins que ça.). Néanmoins, il faut savoir que Fabcaro signe probablement sa plus belle œuvre, qui sort des sentiers battus, et amène à poser de très sérieuses questions sur le travail d'auteur et d'éditeur à l'heure actuelle. Peut-on dire qu'il s'agit d'un pavé dans la marre? Pas vraiment, il serait plus juste de parler d'une palette entière de pavés de 10x10 en pierre bleue chinoise à -20% chez Monsieur Bricolo. La réussite est telle que Carnet du Pérou fait partie de la sélection officielle d'Angoulème 2014.   Alors qu'Angoulème représente la marre et le Carnet du Pérou le pavé, qu'est-on en droit d'attendre de cette sélection? Le débat reste ouvert!

 

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Le + : La plus belle réussite de Fabcaro est un album qui remet en question le monde de la BD actuel... un véritable pied au cul. Jetez au feu vos Guy Delisle et vos Lewis Trondheim. Au final c'est comme Highlanders, il ne peut en rester qu'un... et ce sera Carnet du Pérou!


Le - : Angoulème?!... ha ha... la bonne blague.


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SIX PIEDS SOUS TERRE

08/01/2014

POLAROÏD

polaroïd-couv.jpg1520-4.jpgExtrait: "Depuis la rentrée, quelqu'un  dépose toutes les semaines une enveloppe pour moi dans la boîte aux lettres. Un polaroïd. Vous savez, ces photos rétro avec le bord blanc... Une photo de moi. Au début, c'était des photos de moi petite. A l'école. Dans la cour, devant la grille, dans la voiture de mes parents. Et puis, ça se rapproche de plus en plus. Les photos sont de plus en plus récentes, et je flippe. J'ai mis les potes sur le coup. Faut qu'on comprenne. Je vais m'activer le neurone pour démasquer ce gars zarbi. Si c'est un mec. Au début, j'ai pris ça à la légère. Là, maintenant, ça alourdit ma marche. Anna est là, méfie-toi sombre taupe, je vais te retrouver et avec tes poils je me ferai une écharpe."

 

Ils sont amis d'enfance. Manel, Clothilde, Mollusque et surtout Anna, personnage principal, qui tient un journal intime (son carnet rouge) dans lequel elle exprime son ressenti vis-à-vis de ses amis, de son histoire, de sa vie et de cet étrange inconnu qui lui envoie d'intrigants polaroïds. Par une suite de concours de circonstance, ce carnet rouge va passer dans différentes mains... qui vont toutes s'exprimer à tour de rôle en couchant sur le papier leurs sentiments.

 

L'album tout entier prend la forme de ce carnet rouge où l'on peut voyager de l'intimité d'un personnage à celle d'un autre. C'est la bonne idée de Séverine Vidal que d'avoir donné le sentiment au lecteur d'occuper une place privilégiée en tenant en main ce carnet intime. Si ce roman  généreusement illustré par  le dessin inspiré de Julien Castanié peut être appelé roman graphique, il faut préciser qu'il ne s'agit pas d'une BD de 2,5kg pour adulte telles que celles popularisées dans les années 80  par des gens comme Alan Moore ou Franck Miller (pour ne citer qu'eux). Ici, nous trouverons surtout un texte très aéré par de nombreuses illustrations plutôt qu'une bande dessinée au sens conventionnel.

 

Polaroïd est donc un roman à la première personne, au texte très accessible, qui trouve sa force dans sa forme et ses illustrations aux couleurs tranchantes qui mettent en valeur un noir très présent. Le rouge, très utilisé également, semble devenir un intermédiaire entre noir et blanc pour un dessin généreux dans sa souplesse à défaut de l'être dans sa finesse (et c'est très bien comme ça).

 

Les éditions françaises Frimoüsse présentent un album avec un beau travail graphique mais en léger décalage par rapport à leurs publics cibles habituels. Elles proposent en majorité dans leur catalogue des livres pour tout-petits et jeunes jusque 12 ans. Polaroïd trouvera plutôt sa place chez les ados ou les jeunes adultes.

 

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Le +: Un roman à la forme intéressante, facile d'accès, avec une vraie intrigue et des illustrations très réussies.

 

Le -: Certains feront probablement la confusion entre roman graphique (roman très illustré) et roman graphique (graphic novel).  

 

 

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Frimoüsse

Séverine Vidal

Julien Castanié

06/12/2013

NU

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Jean Michel, étudiant en art, a quelques difficultés  pour aborder le "Nu". Il préfère s'introduire discrètement chez Iéléna, le soir lorsqu'elle fait quelques longueurs dans sa piscine.  Caché derrière un buisson, il aborde les traits de la silhouette féminine plus calmement qu'au cours de Monsieur Parmentier... mais elle n'est pas naïve, Iéléna a des projets artistique à mener à terme et elle compte bien y inclure son visiteur nocturne.  

 Attention, nous voici en présence d'une perle rare à faible valeur pécuniaire (1 euro) mais à haute valeur artistique. Nu est un fanzine sans prétention mais qui peut prétendre à bien plus qu'une vie éphémère de papier plié et agrafé. C'est surtout une petite revue qui fleure bon le "fait maison" et qui dégage une passion pour la bande dessinée débarrassée de toute stratégie marketing... bref, c'est de l'autoédition.

 

 L'auteur, Sacha Goerg, a ici l'occasion de pratiquer, l'intrigue et le suspense par épisodes (douze pour le moment), ce qu'on lui connaissait moins dans ses travaux précédents. Le tout avec énormément de talent et d'intelligence, on se laisse rapidement prendre par cette histoire bien ficelée. Le paradoxe de Nu est qu'il s'agit probablement de l'œuvre la plus accessible scénaristiquement à un large public, d'un auteur qui a déjà publié dans une grosse maison comme Dargaud.

 

 Découvrez sans tarder Nu ! Les premiers numéros sont lisibles sur le site de bd numérique Grand Papier et ils sont tous disponibles à l'achat sur le site de Sacha Goerg (paypal, mastercard,... c'est assez facile). On recommandera vivement la version papier qui comporte à chaque fois une illustration d'un auteur invité.


 

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Le+: De petite taille mais de la grande BD qui a la saveur uniquement de l'heureuse découverte et qui donne une impression d'intimité avec l'auteur de par sa forme particulière.

Le-: ... r.a.s. 

 

 

 

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Sacha Goerg

 

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Grand papier


15/11/2013

Concours The end of the fucking world

Samba BD est très heureux de vous permettre de remporter un album de The end of the fucking world, le coup de cœur du moment de William dont vous pouvez retrouver la chronique ici.


concours teotfw,


Pour gagner, il vous suffit de répondre à une simple question.

 

Quel est le nom de ce chien emblématique dessiné par Charles Schulz?

 

Envoyez votre réponse par mail à monsieurwilliambd@gmail.com.

Réservé à la France métropolitaine et la Belgique.

Fin du concours le 22 novembre 2013 à 12h00.

Tirage au sort par une main innocente (si, si, promis!).

The end of the fucking world

teotfw-couverture_web-7614d.jpgthe-end-of-the-fucking-world-forsman-p3-754c3.pngRésumé de l'éditeur: Alyssa aime James, James pense que, peut-être, il aime Alyssa. Grandir c’est difficile, spécialement lorsqu’on est incompris des adultes et qu’on a l’impression d’être méprisé par le monde entier. Lassés de cette vie déprimante, les deux personnages de The End of the Fucking World entament la fin de leur adolescence par une longue fugue où ils vont se retrouver confrontés à des situations extrêmement critiques. Menacés par un dangereux gourou, poursuivis par la police, ils vont vivre un temps, la liberté et l’insouciance pour se voir brutalement rattrapés par une précarité d’une rare intensité. Ce que ne sait pas Alyssa, c’est que James est un jeune sociopathe qui a passé son enfance à tuer toutes sortes d’animaux, grands ou petits pour le plaisir. Maintenant ses pulsions meurtrières se font de plus en plus présentes et difficiles à cacher. C’est d’ailleurs, à cause de cette déviance non contrôlée, combinée à une mauvaise rencontre qui va leur attirer des ennuis.


 Avec The end of the fucking world, la maison d'édition L'employé du moi nous propose une nouvelle fois une adaptation en français d'un de leur camarade de la bande dessinée indépendante américaine (après Basewood, Monsters,...). L'auteur Charles Forsman a la particularité de déployer un trait largement inspiré de celui de Charles Schulz, monstre sacré du strip (Peanuts). On découvre un dessin noir et blanc épuré,  une ligne claire sans trop de rigueur qui accentue une certaine naïveté. Le contraste s'orchestre magnifiquement entre ce trait naïf et la violence de ce road trip meurtrier. Avec peu de dialogue mais un certain rythme, The end of the fucking world traite, au delà de la violence meurtrière, de la violence de l'adolescence avec toutes les remises en question, l'impulsivité et l'acné qu'elle comporte.

 

 

 Il est impossible de lire cette album sans avoir à l'esprit l'histoire de ce jeune tueur en série, Charles Raymond Starkweather, parti dans une balade meurtrière accompagné de sa petite amie. Une affaire très connue au États-Unis qui se termina sur la chaise électrique en 1959 et qui inspira à de nombreuses reprises la littérature et le cinéma. On peut évoquer des films comme Tueurs nés (Oliver Stone 1994) ou, bien avant, La balade sauvage (premier chef-d'œuvre de Terence Malick avec Martin Sheen, 1975) qui compte de nombreux points communs avec The end of... dans sa façon d'esquisser l'adolescence.  

 

 

 Le +: The end of the fucking world est une œuvre d'une déconcertante maîtrise entre naïveté et violence. L'employé du moi ose prendre des risques et on adore ça. Les amateurs de BD indé devraient adorer et les autres ne devraient pas rester insensibles à cet album qui mérite un beau succès (en tout cas on lui souhaite, même si on connait déjà l'injuste réalité du marché de la BD).

 

 

 Le -: Un récit malgré tout un peu court (comme souvent avec les bonnes BD) qui gagnerait à développer certaines séquences.


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L'employé du moi


Charles Forsman

 

 


02/10/2013

Lincoln 8

lincoln8.jpg9782888905370.pt05.jpgRésumé de l'éditeur: 1917, l’Amérique apporte son soutien à la France. Lincoln, incorporé d’office, fait son arrivée sur le vieux continent...

Nous sommes en juin 1917 et notre stupide cow-boy, ex-policier, ex-escroc, ex-révolutionnaire, ex-trafiquant d’alcool est devenu soldat dans l’armée des États-Unis. En cette même période, l’Europe est ravagée par un conflit mondial et meurtrier, et l’Amérique a décidé d’y envoyer ses troupes. Ainsi Lincoln va débarquer en France et peut-être en profiter pour enfin se trouver un coin tranquille ou passer des jours peinards, loin des ennuis, loin de tout. Peut-être...

 

Il y a un an, dans une interview pour Samba BD à l'occasion de la parution du tome 7, Jérôme Jouvray (dessinateur) nous parlait de son frère (scénariste): "Olivier est déjà en train d'écrire le T8 et on peut déjà l'annoncer pour 2013 ! Et là encore, ce sera très différent...". Voilà tout ce que les fans de la saga Lincoln avaient à se mettre sous la dent sur l'avenir de leur héros après un tome 7 très réussi. Le fou sur la montagne était surtout l'album du grand retour après une longue absence. L'occasion pour le clan Jouvray de rappeler qu'ils étaient toujours là.

 

Nous voici un an plus tard pour ce tome 8 annoncé (dans la foulée du septième) comme très différent. Et pour cause, Lincoln vient d'entrer dans la grande guerre. Il est vrai qu'il sera passé par beaucoup d'époques différentes et Le démon des tranchées est probablement le plus ambitieux de ce point de vue. Une série qui débute en western et qui se retrouve aujourd'hui en France plongée dans la première guerre mondial... il faut oser!

 

L'attente était grande et nous étions plein d'espoir. Le tome 7 était plein de promesses pour la suite, nous étions persuadés d'avoir retrouvé le meilleur de Lincoln. Malheureusement la désillusion est grande avec ce nouvel album. On retrouve très peu des ingrédients qui ont fait le succès de notre antihéros préféré (ce fameux cocktail d'humour savamment distillé). Le pouvoir d'immortalité offert à Lincoln par Dieu est, ici, utilisé à outrance jusqu'à devenir grotesque. On éprouve le fâcheux sentiment que malgré l'époque différente, notre cow-boy vit toujours la même histoire depuis huit tomes: il veut qu'on lui foute la paix, il n'a jamais demandé à être là et, de temps en temps, il joue les immortels.

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Le +: La réussite graphique de Lincoln est toujours au rendez-vous. Les fans seront satisfaits.

 

Le -: Après un tome sept très réussi, le scénario de ce nouvel album et son idée ambitieuse de jouer sur les époques donnent une impression de pétard mouillé.



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Paquet

01/10/2013

Je n'ai jamais connu la guerre

9782203047013.jpg9782203047013_pb2.jpgRésumé de l'éditeur: Hâbleur, séducteur, brillant, Darius est un quadragénaire épanoui et conquérant qui a fait fortune dans un créneau innovant en pleine expansion : la création de souvenirs factices, vendus sous forme injectable à des clients en mal de sensations fortes. Mais le parcours gagnant de Darius, que ses racines libanaises rattachent à d’anciens souvenirs de violence, dissimule une fêlure intime : lui même est hanté par sa propre mémoire demeurée douloureuse, qu’il s’agisse de ses racines familiales ou de sa vie sentimentale agitée.

 

Derrière cette couverture maladroite (lourde et surchargée) et ce titre qui induit en erreur, se cache en réalité une histoire qui lorgne du coté de la SF. En effet, le personnage principal, Darius, vend du rêve sur mesure en seringue.  L'occasion de développer la thématique du rêve et du faux-semblant si chère à la science-fiction mais qui s'est déjà vu traiter un nombre incalculable de fois et sous différentes formes depuis les grandes heures de Philip K. Dick (c'est dire comme ça remonte!).

 

Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, c'est devenu un thème dangereux où seul un scénario d'une grande originalité peut sortir du lot. Et pour Je n'ai jamais connu la guerre (ne tournons pas autour du pot) ce n'est pas le cas. Le scénario de Joseph Safieddine laisse le sentiment d'une histoire décousue. On ne cerne pas l'intérêt entre la dimension dramatique et la SF, ils sont rarement au service l'un de l'autre et s'accordent, dans le cas présent, aussi bien que deux aimants qui s'opposent. Le coup du rêve artificiel ressemble furieusement à de l'esbroufe scénaristique.  

 

"Aie, c'est mal parti! Mais le graphisme peut-il sauver tout ça?!" nous direz-vous. Pas pour cette fois. Tout comme le scénario, le dessin de Maud Begon souffre d'un pesant sentiment de vieux, de moderne pas (plus) moderne, ... et surtout de pâle copie du trait, si identifiable, de Manu Larcenet. Les connaisseurs auront beaucoup de mal à ne pas avoir à l'esprit le Larcenet des grandes heures ( vous savez, celui qui broie du noir et qui a du mal à décoller son crayon de sa feuille).

 

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Le +: Grâce à son format si particulier KSTR, il est parfait pour ajuster une armoire qui ne serait plus de niveau.

 

Le -: Un thème usé et un dessin volé enfoncent encore un peu cet album qui semble paraître avec 20 ans de retard.


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KSTR

21/06/2013

Dérive orientale

derive-orientale-younn-locard-cv.pngyounn-locard-derive-orientale-01.pngRésumé de l'éditeur: Printemps 1937. Deux hommes battent le pavé d’Istanbul. Un grand journal londonien leur a commandé un reportage illustré, le portrait de la capitale turque en cité moderne dans un pays laïque. Simon, l’écrivain terre à terre, ne voit rien qui y corresponde et aurait préféré être ailleurs. Aillil, le dessinateur épicurien, espère quant à lui de nouvelles expériences. C’est précisément ce que leur propose Abdolfaz, un prince autoproclamé rencontré sur les quais.
Dans la citerne imposante qu’il a aménagé en lieu de débauche dans les bas-fonds de la ville, il leur fait entrevoir un autre Istanbul, qui n’a jamais coupé les racines de son passé, et les plonge dans une ivresse trouble dont on ne sait s’ils sortiront.

 

H27.jpgEn 2009, souvenez-vous, l'épidémie de grippe A H1N1 rend les médias et la population un brin paranos. Au même moment, Younn Locard sort son premier album chez L'employé du moi, H27 (dessiné avant la crise H1N1). L'histoire d'un groupe d'amis embarqué dans un véritable scénario catastrophe qui voit Bruxelles mise en quarantaine pour cause d'épidémie d'H27... un hasard du calendrier entre la fiction et la réalité.

 

Aujourd'hui, l'auteur nous présente son deuxième titre chez ce même éditeur et crée une nouvelle fois un hasard interpellant entre la fiction et l'actualité. A l'heure où Istanbul fait régulièrement la une des infos et nous laisse entendre que les droits et les libertés du peuple turc ne sont peut-être pas si avancés qu'on le pensait, Dérive orientale dépeint une ville qui veut se montrer moderne aux yeux de l'occident mais qui, sous sa couche de vernis, reste très attachée à son passé.   

 

Là où, en 2009, Younn Locard réalisait un beau contraste entre dessin noir et blanc un peu brouillon et scénario catastrophe, Dérive Orientale propose une histoire plus posée et un dessin (toujours noir et blanc) plus clair et précis. Le découpage un peu sauvage d'H27 laisse place, aujourd'hui, à de belles cases. Le trait de l'auteur ne s'étend pas particulièrement dans les détails mais réussit avec quelques traits très bien placés à mettre en place une atmosphère palpable. On ne voit pas Istanbul, on la ressent.  Et c'est toute la force de cette oeuvre, Simon l'écrivain et Aillil le dessinateur passent presque au second plan et laissent la ville prendre la place d'un personnage (principal?) à part entière.

 

Le +: Une vraie bouffée d'oxygène! Un album magnifique en tous points bien servi par une édition soignée de L'employé du moi.

 

Le -: Certains auraient probablement préféré un scénario plus dense mais cela aurait été au détriment de l'atmosphère générale.

 

l'employé du moi, younn locard, istanbul


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L'employé du moi

 

Younn Locard

 

William

31/05/2013

Hoodoo darlin'

9782203047037.jpgPlancheS_37889.jpgRésumé de l'éditeur: Dans le bayou, Adèle est de longue date l’élève de Simeon, le vieux maître vaudou. Et s’impatiente, ne voyant toujours pas se concrétiser sa succession. Mais un événement tragique – une enfant disparue et le cadavre d’une femme retrouvé tout près – va tout faire basculer.
Désobéissant à Simeon, Adèle le suit, à son insu, jusqu’au coeur du monde surnaturel, y introduisant du même coup de graves déséquilibres. Les grands esprits vaudous sont furieux. Pour les apaiser, et espérer pouvoir reprendre un jour à son compte la charge de Siméon, Adèle doit réussir une épreuve : retrouver cinq esprits fugitifs qui se cachent sous forme humaine, quelque part en Louisiane…

 

La Louisiane est un état du sud des Etats-unis qui est souvent mis en avant par le drame social qui s'y joue. Régulièrement illustré de façon très sombre, il affiche un grand écart social et culturel entre la communauté afro-américaine qui y vit et le reste du pays. Hoodoo darlin' entend casser cette image et propose une Louisiane pleine de couleurs, de magies et de légendes sans pour autant effacer le cadre social spécifique de cette région. Léonie Bischoff, l'auteur, présente un bayou qui devient un personnage à part entière de l'histoire. On entend presque un petit air de blues en arrière fond pendant la lecture de cet album.

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Le trait souple et généreux de Hoodoo darlin' s'associe à un scénario prenant qui nous embarque dans un thriller fantastique à la sauce vaudou. Une réussite qui se voit malgré tout alourdie par quelques moments creux... rapidement comblés par l'atmosphère générale de l'ouvrage. 

 

Le +: Une vraie bouffée de fraîcheur, de par l'angle d'attaque de l'auteur, sur un état des Etats-unis qui a, plus que jamais, besoin d'un peu de couleurs. Une approche graphique qui procure aux lieux de l'action une présence palpable.

 

Le -: Le scénario est prenant mais s'efface parfois trop devant les enjeux graphiques de l'album. 

 

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KSTR

 

Léonie Bischoff

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William

10/05/2013

MADIE

Couv_187079.jpgPlancheA_187079.jpgRésumé de l’éditeur : De nos jours, à Lunéville dans l’est de la France, Madie jouit d’une existence apparemment satisfaisante et épanouie, entre son métier de médecin généraliste, le couple qu’elle forme depuis sept ans avec son compagnon Édouard et les amis qui les côtoient depuis de nombreuses années.

Mais lorsqu’elle apprend que son ancien amour de jeunesse, Frédéric, que tout le monde pensait mort, est en fait bien vivant, Madie se laisse submerger par une crise existentielle comme elle n’en avait encore jamais connue… Rattrapée par le sentiment de l’ennui, rongée par l’indécision, hantée par l’idée de n’avoir fait que des mauvais choix, Madie « décroche » et laisse soudain tout en plan, direction Bruxelles où elle espère retrouver la trace de Frédéric…

 

Voici une bande dessinée d’aujourd’hui. Madie est un album qui relate la crise existentielle de son personnage principal mais il propose surtout une vision très actuelle du couple dans notre société.  On assiste au questionnement de cette femme active sans enfant face à l’amour et à son couple.

 

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Le ton et le dessin sont volontairement déprimants, on retrouve beaucoup de non-dits lourds de sens et le choix des couleurs très automnales vous plombe le moral d’emblée. Seul le trait moderne et épuré, très en phase avec le sujet, sauve quelque peu le tout. Car le scénario cabotine, tarde cruellement à se mettre en place et repousse sa conclusion jusqu’à faire retomber le peu de tension qu’il avait réussit à créer. Quelques moments de légèreté pointent mais peinent à réussir la véritable envolée existentielle à laquelle ils prétendent.  116 pages pour si peu… ça laisse un goût amer.

 

Le + : Le point fort de MADIE est son dessin moderne et léger.

 

Le - : Une crise existentielle (qui enfonce des portes ouvertes) très féminine qui ne plaira probablement qu’aux femmes trentenaires actives en couple (moderne) qui se posent des questions…, bref ça réduit très fortement le public.  


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Casterman/ KSTR



William