03/04/2015

Interview de Claire Fauvel pour une saison en Egypte.

Claire Fauvel a étudié l'illustration à l'école Estienne, puis le cinéma d'animation à la prestigieuse école des Gobelins à Paris. Après avoir travaillé un an comme décoratrice pour une série animée, elle s'est lancée dans la bande dessinée afin de raconter ses propres histoires. Une saison en Egypte est sa toute première bande dessinée.

Après la chronique parue ce matin , cette interview va nous permettre de mieux connaitre les rouages de cette histoire envoûtante mais aussi son auteure.

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Avant de commencer l’interview, peux-tu nous présenter ton parcours professionnel jusqu’ici ?

 

une saison en egypte,fauvel,interview,castermanJ'ai travaillé un an et demi pour une série animée (à la base, j'ai suivi une formation en cinéma d'animation à l'école des Gobelins), avant de me lancer dans la bande dessinée avec ce premier projet.

 

 

 

Comment est né « une saison en Egypte » ?

 J'ai toujours eu envie de faire de la bande dessinée. J'ai profité de mon temps libre pendant mon premier travail pour développer ce projet. L'histoire est inspirée de la rencontre entre 2 univers que j'aime énormément : d'une part la littérature romantique du 19ème siècle, et d'autre part la peinture orientaliste.

 

 

 

Comment as-tu fait pour amadouer un gros éditeur comme Casterman ?

 

J'ai été chanceuse. J'ai envoyé mon projet au hasard à tous les éditeurs dont je connaissais le nom, et j'ai eu une réponse positive de Casterman, je n'arrivais pas à y croire ! Je pense que j'ai eu une très grande chance de tomber sur une éditrice (Christine Cam) qui partageait la même sensibilité que moi.

 

 

Pourquoi l’Egypte, pas envie d’aller à Sotchi ?

 

L'Égypte, ça fait quand même plus rêver ! A l'époque, ce sont les tous débuts du tourisme (1er guides de voyage etc), et beaucoup de voyageurs sont attirés par l'Orient qui est encore peu connu, et véhicule beaucoup de fantasmes.

 

 

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Mais une autre Egypte, pas celle des pyramides ?

 

Ce n'est pas l'Égypte des pharaons qui m'intéressait, mais celle de la fin du 19ème une saison en egypte,fauvel,interview,castermansiècle et sa confrontation avec l'occident.

  

Une saison en Egypte, c’est aussi une recherche identitaire  qui finalement est toujours d’actualité ?

 

C'est le propre de tout voyage, et je pense que c'est en effet toujours d'actualité.

 

Sans oublier le romanesque, ta touche personnelle ?

 

Oui, j'avais envie d'une histoire pleine de péripéties, avec de l'amour, de l'aventure, et de l'exotisme.

  

L’âme russe est elle vraiment insondable ?

 

une saison en egypte,fauvel,interview,castermanPour moi en tout cas, elle l'est ! Ça me plaisait que le héros de la BD soit russe, c'est un clin d’œil aux personnages des romans de Tolstoï ou Dostoïevski qui sont souvent extrêmement torturés (et que j'adore!)

  

Tu as tout fait sur cet album de 180 pages, le scénario, le dessin, la colorisation. Une préférence pour  une de ces activités ?

 

Non je les aime toutes autant les unes que les autres, c'était toujours un plaisir d'entreprendre chaque nouvelle étape.

  

C’est combien d’heures de travail pour boucler cette BD ?

 

En tout j'y ai passé environ un an et demi après avoir écrit le scénario. Par moment je n'en voyais plus la fin!

 

 

Ce n’est pas un peu fou de se lancer dans le métier de la BD actuellement ?

 C'est assez facile de se lancer lorsqu'on est motivé, par contre je pense qu'il est difficile de parvenir à en vivre. Je suis peut être un peu folle d'espérer que ce sera le cas, mais je vais tout faire pour y arriver.

  

Es tu perfectionniste, as-tu souvent recommencé une case ?

 

Non, malheureusement, vu le grand nombre de pages, je ne pouvais pas me permettre de recommencer plusieurs fois une même case.

  

Tes modèles comme dessinateurs sont ?

 

Pour la BD, j'adore Blutch, Manuele Fior, Frederik Peeters, Bastien Vives... J'aime une saison en egypte,fauvel,interview,castermanaussi énormément le dessin de peintres comme Manet, Klimt, Toulouse Lautrec, Edvard Munch etc Et j'admire aussi de nombreux auteurs de manga pour leur talent narratif. D'ailleurs c'est difficile de dessiner avec tous ces modèles en tête, on se sent tout petit et très mauvais par rapport à eux, mais bon il faut bien se lancer!

  

Quelles sont tes points forts et ce que tu voudrais améliorer au point vue graphique ?

 

J'ai n'ai pas l'impression d'avoir de point fort, j'ai travaillé pour la mise en couleur dans le dessin animé donc c'est peut être ce que je fais avec le plus de facilité. Quant à ce que j'aimerais améliorer, c'est bien simple : tout !

 

Comment se sent une auteure une fois son bébé  sur les étals des libraires ?

Déjà je n'aime pas trop utiliser le terme "bébé" pour une bande dessinée, je trouve ça un peu triste, ça ne vaut pas un être de chair quand même ah ah ! Cela dit, c'est bien sûr un immense plaisir de voir son ouvrage terminé et visible par tous. Je suis pleine d'appréhension quand à la réception qu'on va lui faire, mais c'est superbe de voir enfin la concrétisation de plus d'un an de travail.

 

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Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

De pouvoir faire d'autres bandes dessinées !

 

Déjà un autre projet en cours ?

 J'ai un projet en cours, mais ce n'est pas encore sûr qu'il se fasse, advienne que pourra, je croise les doigts !

 

Merci pour l'interview en tout cas! :)

 

Un grand merci à Claire pour sa rapidité et son enthousiasme , nous la suivrons de près dans ses futurs travaux.

Samba.

05/12/2014

INTERVIEW D'ANTONIO LAPONE.

L’album « Adam Clarks » d’Antonio Lapone (dessin) et de Régis Hautière (scénario) est sorti en librairie. Il détonne dans le flot des nouveautés en cette fin d’année 2014.Un album qui sort résolument des sentiers battus et qui nous vaut son lot de surprises et d’émerveillements. Pour en savoir plus, Samba BD a posé quelques questions à Antonio Lapone, histoire de mieux comprendre la démarche des auteurs et de mieux comprendre leur travail sur cet album hors du commun !

 

 

Copyrights Antonio Lapone

 

 

Samba BD : Pouvez-vous me décrire en quelques lignes votre parcours professionnel ?

Antonio Lapone: Avant d'être un dessinateur BD, je suis graphiste publicitaire. J'ai fait mes études dans les années 80 à Turin, ma ville d'origine en Italie.

 

Samba BD : Vous êtes d’origine italienne, vous vivez en Belgique. S’agit-il d’un choix personnel ou simplement les aléas de la vie, de votre famille ? Votre travail professionnel en a-t-il été profondément influencé ?
 
Antonio Lapone: J'ai préféré venir m'installer en Belgique pour des raisons de cœur, je me suis marié en 2009. Et ensuite  parce que ici en Belgique c'est plus facile d'être près des maisons d'éditions et de la galerie qui expose mes originaux, la Galerie Champaka de Bruxelles.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

 

Samba BD : Vous maîtrisez très bien les codes de la ligne claire et du style « Atome ». Pourquoi avez-vous pris cette option graphique ? Etes-vous capable de faire d’autres styles de dessins comme le dessin réaliste ?

Antonio Lapone: Le style Atome, en Ligne Claire, c'est le style le plus proche de ma profession d'affichiste publicitaire. Je travaille beaucoup à mon storyboard. Je cherche parfois des mises en page différentes, sans rester bloqué par les classiques 6/9 cases carrées. J'adore aussi travailler dans un style encore plus "cartoon" comme on peut le voir à la page 26 de mon album Adam Clarks. Sinon, c'est mon style, Je ne cherche pas à faire des autres styles. Quand j'ai découvert Serge Clerc, je me suis dit : «  alors, moi aussi, je peux faire de la BD ».

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : C’est le deuxième album que vous réalisez avec Régis Hautière après « Accords sensibles ». Comment s’est mise en place votre collaboration ? Qui propose les sujets, les thèmes de vos livres ? Comment travaillez-vous ?

Antonio Lapone: J'avais envie d'une histoire plus classique. J'ai regardé toutes les saisons de la série télévisée « Mad men ». Au départ (en 2012) avec Régis, nous avions pensé de réaliser un scénario à la « Mad men », des publicitaires autour de belles voitures dans la Manhattan des années 60. Après,  notre éditeur a trouvé l'idée un peu difficile à gérer dans une BD et nous avons abandonné l'idée. Tout ce qui reste, c'était le personnage élégant d’Adam Clarks, les cocktails, la haute société, les drinks, les cigarettes (dans ma BD, les cigarettes sont sans tabac comme le signale une publicité à la page 9 de l'album), les belles femmes, les mises des grands soirées… Régis a travaillé le scénario au départ de certaines idées de base. Disons que lui a écrit l'histoire. Moi, j'ai créé l'univers d'Adam Clarks. Nous avons pensé ensemble au caractère de notre personnage. Après, Régis m’a proposé son idée et j'ai cherché à enrichir les planches parfois en dénaturant son idée, mais sans jamais toucher ses dialogues.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : Adam Clarks est-il un album important pour vous ou juste un « one shoot » ? Quels sont vos attentes par rapport aux réactions du public, des lecteurs ? Y aura-t-il une suite à Adam Clarks ?

Antonio Lapone: Pour le moment, Adam Clarks est et reste un « one shoot », pas de suite donc. Il s'agit d'imaginer et de pouvoir créer des autres univers. J'ai besoin de changer, de travailler sur des nouveaux personnages, peut être encore une fois à cause de  mes origines de publicitaire, travailler beaucoup sur quelque chose (je ne suis pas un dessinateur rapide), le développer, le conduire dans les mains des lecteurs…. et passer à autre chose…. Pour le moment, la réaction du public est très, très positive! Je suis très content parce qu’Adam Clarks est un album pour s’évader, pour s'amuser un peu, pour prendre ton verre de Martini avec des olives et savourer un bon cigare. Il n'y a pas de guerre, d'angoisse, des croix gammées… juste une belle aventure pour passer un beau moment!

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

 

Samba BD : Qui a eu l’idée de ce « concept album » ? Vous ? Votre éditeur ? Est-il facile de mettre en place et de mener à bien un tel projet qui sort de l’ordinaire (grandeur des pages, qualité de l’album, recherche graphique, mise en place,…) ?

Antonio Lapone: le format du livre a été décidé dès le début. Frédéric Mangé, mon éditeur, avait envie de mettre en valeur mes planches, l'album est riche de "splash page", de grands cases, de la couleur aussi, très recherchée. Elle avait besoin d'un bon papier pour bien ressortir. Donc J'ai travaillé tout en sachant que le format aurait été "grand"! Je dois dire que le choix de sortir un "grand format" a été très courageux de la part de mon éditeur. J'ai eu vraiment la chance et l'opportunité de m'amuser avec des grandes images, des décors très riches, avec des mises en page différentes de la BD classique, tout ce que je préfère dans mon découpage de la page, jouer avec des cadrages différents. D'ailleurs, c'est pour ça que la phase du découpage est si long pour moi.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : J’ai été interpelé par le travail des couleurs. Celles-ci sont radicalement différentes au fur et à mesure de la progression de l’histoire. En fin d’album, les couleurs sont moins variées et plus sombres voire plus agressives. Quelle est votre démarche à ce sujet ?

Antonio Lapone: Pour moi, la couleur est très, très importante. Elle raconte des états d'âme, pas seulement bien remplir des espaces. La couleur pour moi est et doit être comme au cinéma: sombre la nuit, par exemple, c'est pour ça que, dans la BD, elle change. Les moments dramatiques sont très sombres, le rouge est la couleur de la mort, du drame… le bleu électrique pour les soirées chic...

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : Vos planches ont toutes un « liseré vertical »  d’environ 1,5 cm du côté de la face « ouverte » de l’album. Ce liseré reprend des éléments graphiques de l’action en cours et forme des sortes de chapitres graphiques. Quelle est l’idée recherchée de cette innovation graphique ?

Antonio Lapone: il faut savoir que je travaille dans un format A3, toujours comme la vieille école, papier Canson 1557, 180 g/m, pas des planches virtuelles comme c’est à la mode aujourd'hui. Or, le format de la page de l'album était plus large, donc il fallait imaginer quelque chose pour éviter le blanc à côté. C’est pour ça que J'ai imaginé une frise qui change à chaque chapitre, très design, mais sans envahir graphiquement le sens de la lecture. Elle donne encore une fois une richesse à l'ensemble de l'album. Disons que je cherche toujours l'esthétique dans mon travail.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014Samba BD : Vous faites une référence appuyée dans cette histoire à un album musical mythique de Donald Fagen intitulé « The Nightfly » et de deux de ses titres très connus à savoir « New frontier » et « I.G.Y. ». Donald Fagen y développe une musique très jazzy et fait référence à Dave Brubeck. Que représente cet album pour vous ? Pourquoi en faire référence  et lui donner une place plus que symbolique dans l’album ?

Antonio Lapone: "The Nightfly" de Donald Fagen est pour moi  « l'Album »! En bref: élégance, ambiance, voyage, style, perfection du son… voilà pourquoi ! Déjà la couverture, elle parle toute seule : le noir et blanc, un speaker dans un studio d'une radio, la platine… La fumée de la cigarette, une horloge, la nuit… Voici résumé mon univers!

Samba BD : On vous voit aussi régulièrement dans les galeries, sur les cimaises où vous avez déjà une certaine cote auprès des amateurs du genre. Qu’est-ce qui vous pousse à explorer ce côté de l’ »Art graphique » ? En tirez-vous beaucoup de satisfaction ?

Antonio Lapone: La galerie, pour moi, c'est le moment final d'un processus commencé dans l'atelier, l'œuvre d'art prend vie, elle commence à respirer quand les gens l'observent, mes tableaux prennent leur force seulement quand ils sont exposés. Alors, moi aussi, je les découvre! Ce qui me pousse,  c’est l'envie de travailler sur des univers différents, toujours et encore une fois… L'envie de visiter des endroits différents!

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : Quels sont vos futurs projets ?

Antonio Lapone: Je suis déjà au travail sur un album qui sortira l'année prochaine, il s'agit d'une belle collaboration avec Jean-Philippe Peyraud autour de la biographie de Mondrian. On avait envie de travailler ensemble Jean-Philippe et moi. On a trouvé notre point de départ, la sortie est prévue pour novembre 2015 toujours chez Glénat. Les planches seront des grands formats, plus grands qu’un A3, en couleurs directes et à l'aquarelle et acryliques. Pour le côté « tableaux », je prépare mon Expo à la Galerie Champaka de Bruxelles pour le mois de février 2015. Le titre est: "The New Frontier". Pour la BRAFA de Bruxelles (Brussels Antiques & Fine Arts Fair), je suis en train de réaliser deux grand tableaux et j'ai le grand honneur de participer à la vente Sotheby's organisée avec Champaka/Galerie 9eme Art. C’est prévu pour le mois de mars 2015 mais, pour le moment, je ne peux pas dire de plus, ni montrer des images.

Samba BD : Quels sont les dessinateurs ou les œuvres qui vous ont influencés ou que vous aimez plus particulièrement ?

Antonio Lapone: Jack Kirby, Chaland, Serge Clerc!

Samba BD : Avez-vous eu des coups de cœur récents au niveau des sorties BD, musicales, littéraires ou cinématographiques ?

Antonio Lapone: Dans la Bd… Picasso! Au cinéma… difficile, je ne sais pas vraiment. J'aime pour le moment les séries télés : Board Walk Empire, Mad Men, Gotham, The Newsrooms…

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Copyrights Antonio Lapone.

 

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

Un grand merci à Antonio Lapone pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa rapidité de réaction qui nous a permis de boucler cette interview en un temps réduit.

 

 

 

 

Écrit par capitolbelgium dans Du haut du CAPITOL., Portrait. | Commentaires (2) | Tags : interview, lapone, adam clarks, glénat, 122014 |  Facebook | |

16/05/2014

INTERVIEW DE JACQUES TERPANT

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014Dès l’annonce de la sortie du nouvel album de Jacques Terpant, « Le Royaume de Borée –Tome 3 : Tristan », l’envie m’est venue de prendre contact avec lui pour une interview. Je suivais depuis longtemps cet auteur et c’était devenu pour moi une évidence. Je voulais en savoir plus sur sa trajectoire dans le monde de la Bande Dessinée. Je vous laisse découvrir l’homme qui se trouve derrière une œuvre de qualité et qui mérite d’être découverte, si ce n’est pas encore votre cas…En route pour un univers exceptionnel peuplé d’hommes à la personnalité affirmée, de plaines et de forêts mystérieuses…

 

Samba BD : Quel est votre parcours au niveau de la bande dessinée ? La bande dessinée est-elle votre seule activité professionnelle ?

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014Jacques Terpant: J'ai commencé dans la bande dessinée alors que j'étais étudiant aux Beaux Arts de Saint- Etienne, avec un groupe d'amis, dont Yves Chaland et Luc Cornillon . Ils avaient été repérés par JP Dionnet, patron de Métal Hurlant, suite à un petit fanzine. Ils ont débuté un album pour Métal : « captivant » qui a fait date dans notre métier. Dans la foulée, j'ai démarré avec Cornillon dans le même journal.

J'ai donc toujours vécu et travaillé dans le dessin. Il est vrai que dans les années 80 et 90, je me suis beaucoup perdu dans la communication et la pub, et je mettais parfois ma production de BD en berne. Il est arrivé un moment où cela ne me satisfaisait plus. La dernière série chez Casterman que l'on me demandait, je n'étais pas à l'aise avec l'histoire. J'ai donc décidé d'écrire mes propres scénarios et j'ai fait à ce moment là ma série « sept cavaliers », en décidant de me consacrer à l'édition plus à fond.

Samba BD : Comment vous êtes-vous intéressé à l’univers de Jean Raspail? Comment se sont passés votre rencontre et votre collaboration avec lui ?

Jacques Terpant:On revient à Métal Hurlant. JP Dionnet lisait cet auteur et lui Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014consacrait de bons papiers dans le journal, je l'ai lu ainsi. Et quand j'ai voulu écrire une histoire, j'ai pensé adapter un de ses romans. Après avoir pensé à ce qui est pour moi son plus beau livre « qui se souvient des hommes »  mais qui ne se prêtait pas à devenir une BD, j'ai préféré m'attaquer à  « Sept cavaliers ». J'ai rencontré Jean Raspail à ce moment là. Il n'était pas enthousiaste à l'idée de faire une bande dessinée de l'un de ses livres. Il a été adapté assez souvent au cinéma, ou à la télévision, et n'était pas ravi des résultats. Je lui ai montré 3 pages de « Sept cavaliers ». Il a dit : « Vous êtes dans ma tête, carte blanche ». Il ne s'est jamais occupé des scénarii. Il lit le livre quand il est terminé. Il se reconnaît tellement qu'il prend les albums en signature en salon du livre, comme ses propres romans, même si je ne suis pas à ses côtés. C'est devenu un ami.

Samba BD : Comptez-vous adapter d’autres œuvres de Jean Raspail dans le futur ? Quels sont vos prochains projets en cours ? Pouvez-vous soulever un coin du voile ?

Jacques Terpant: Pour l'instant j'ai écris un scénario (qui paraîtra chez Glénat et dont le titre, peut-être encore provisoire, est «le capitaine perdu». Il se passe à Fort de Chartres en 1764, sur les bords du mississipi. Il y a un lien avec Jean Raspail, car c'est lui qui m'a mis sur la piste du sujet, dans une discussion que nous avions, car il connaît bien les lieux, un de ses livres de voyage en parle. C'est le moment sur les bords du Mississipi où l'on donne les clés aux Anglais de l'Amérique Française, soit le Canada et l'équivalent d'une vingtaine d'état américains. Ensuite, il est possible que je revienne vers Jean Raspail. Je suis tenté par l'adaptation de l'un de ses livres « moi, Orélie Antoine, roi de Patagonie »

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Quel est votre processus de création ? Comment gérez-vous vos plages de travail ? Quel est votre ambiance de travail (monastique, cool, débridée,…) ?

Jacques Terpant: Je passe beaucoup de temps à cela bien sûr. Ce sont des métiers dont on comprend en avançant qu'ils sont une vie consacrée. Il y a donc un coté « monastique » effectivement. On travaille seul, tous les jours ou presque. Je travaille le matin, pas très tôt, rarement avant 9h30, une heure d'arrêt pour déjeuner  et je reprends jusqu'à 20h. Mais tous les jours, sans marquer le week-end. Bien sûr, je peux faire autre chose, pendant deux jours, sans tenir compte de quel jour on est.

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Pouvez-vous me décrire votre bureau, votre lieux de travail ? Est-il important pour vous ?

Jacques Terpant: Je vis à la campagne, une maison isolée en dessus d'un petit village de la Drôme. Derrière moi, il n' y a que la montagne et les chamois. Mon atelier est séparé de mon domicile, c'est une petite maison dans le village en dessous, à 600 mètres environ par un petit raidillon, que je monte et descends quatre fois par jour.

L'atelier est une maison de village, avec trois petites pièces qui ne sont consacrées qu'à cela.

Est-ce important ? Oui car ce sont mes racines, je compte 15 générations de ma famille dans ce lieu, cela crée un lien. Maintenant je pourrai être ailleurs, j'ai habité Lyon pendant longtemps. Mais, j'y serai comme à l'hôtel, en transit.

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Les couleurs ont une place importante dans votre oeuvre. Quelle est votre technique de mise en couleur?

Jacques Terpant: Je fais de la couleur directe, de l'encre, de l'aquarelle, un peu de gouache, mais je trouve important de garder le « cerné noir »  propre à la BD. La tendance chez beaucoup d'auteurs qui font de la couleur directe aujourd'hui, est de le supprimer. Ce n'est pas mon cas, le « tout peinture » me gène. J'aime que le noir soit là, en écho à celui du texte. C’est « identitaire » à la Bande Dessinée. C'est d'ailleurs ce qu'emprunte systématiquement la peinture quand elle vient puiser dans la BD: le cerné. Mais je travaille la couleur et la lumière avec plaisir. Certains auteurs appréhendent ce moment. Pour moi, c'est la partie « décontractée et plaisante ».

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Sur site internet qui est consacré à Jean Raspail, on cite une phrase souvent reprise par lui-même et attribuée à Arthur Koestler, à savoir : «Vous avez aimé le foie gras. Pourquoi vouloir connaître l’oie ? » Cette phrase fait référence aux lecteurs qui veulent rencontrer les auteurs…Actuellement, vous êtes beaucoup en séances de dédicaces aux quatre coins de la France et de la Francophonie. Que pensez-vous des séances de dédicaces dans les librairies, les festivals,… ? Est ce pour vous un réel plaisir, une pénitence ou simplement un passage obligé pendant une période de promotion de votre album ?

Jacques Terpant: Oui je cite souvent cette phrase aussi, il y a une vaine espérance à vouloir rencontrer un auteur. Le meilleur de nous est dans nos livres. Les signatures cela vient contrebalancer le coté monastique dont on parlait plus haut. En début de parcours je le fais avec plaisir, en fin de périple cela peut tourner à la punition, mais on y croise des amis de la profession en salons, quelques lecteurs intéressants. Même si, il faut bien le dire, la quête du dessin sur l'album engendre une forme de perversion de cette rencontre.

 

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Samba BD : Quels sont vos maîtres en bande dessinée qui vous ont inspirés ? Quels albums vous ont particulièrement marqués ?

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014Jacques Terpant: Mon maître absolu serait Moebius, ensuite je fais partie d'une génération qui a baignée dans la BD, toutes les tendances depuis l'enfance, de Spirou à Métal Hurlant, aux comics books. Tout a compté !  J'ai débuté dans ce métier en sortant des Beaux arts à l'atelier Lug, où je retouchais les comics américains de Romita à Franck Miller. Il y a sûrement des traces de cela chez moi. Pour la couleur directe, j'étais aux Beaux arts quand Moebius a fait Arzak qui est le maître étalon du genre. J'ai commencé à aborder cette technique à ce moment là. Je pense qu'une certaine BD anglaise, plus ancienne, mais découverte après, un peu oubliée aujourd'hui, notamment un grand dessinateur comme Franck Hampson (Dan Dare), fut une influence. Je m'en rends compte aujourd'hui.

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Lisez-vous ce que certains de vos collègues sortent en librairie ? Avez-vous eu récemment des « coups de cœur » en bande dessinée ou sur des média annexes (roman, cinéma, musique,…) ? Lesquels ?

Jacques Terpant: J'avoue lire moins de BD qu’avant, tout d'abord parce que la Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014production est monumentale. Je lis les productions de mes amis. J'aime beaucoup ce que font Christian Rossi, Franck Biancarelli, Christophe Blain , Michel Plessis, Joël Alessandra que vous avez interviewé, etc… Ils sont trop nombreux à citer. Je relis aussi les classiques, il y a peu j'ai relu tout le « vieux Nick » de Remacle. Cela peut paraître loin de moi... Sinon je lis beaucoup d'historiens, de biographie, je suis un boulimique de la documentation, quand j'entame un scénario sur une période, j'ai six mois de lecture. Là, je suis dans le 18eme siècle  pour le « capitaine perdu », donc même si je suis en Amérique, je me tape les biographies de Louis XV, les historiens spécialistes de la région concernée, etc…Je lis aussi des romans, mon dernier coup de coeur en roman ce serait « les pays » de Marie Hélène Lafon, où encore « l'homme des haies « de Jean-Loup Trassard, des romans pour ceux qui, comme moi, ont des origines rurales.

 

Interview réalisée par Samba BD par Capitol.

Remerciements à Jacques Terpant pour sa réactivité, sa disponibilité, son aide dans la réalisation de cette interview.

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

Voici la série complète des albums de Jacques Terpant et Jean Raspail disponibles en librairies (la Saga Pikkendorff).

 

 

30/03/2014

INTERVIEW JOËL ALESSANDRA (Errance en Mer Rouge).

Interview, Alessandra, Errance en Mer Rouge, Casterman, 03/2014, Capitol« Errance en mer rouge » est un de mes gros coups de cœur de ce début de l’année 2014. De suite, j’ai pensé à faire une interview de Joël Alessandra pour mieux vous faire découvrir son magnifique album paru chez Casterman mais aussi pour mieux vous faire connaître l’auteur, l’homme qui se cache derrière une œuvre remarquable et de grande qualité. En route pour l’Afrique sur les traces d’Henry de Monfreid…

Samba BD : Pouvez-vous me résumer en quelques lignes votre cursus professionnel au niveau de la bande dessinée ?

Joël Alessandra : J'ai commencé la bande dessinée en rentrant d'Afrique en 1992, j'étais tout jeune et je me suis installé à Rome pour travailler à la Rai. Là, j'ai proposé des pages "africaines" à la revue BD "Il Grifo" qui publiait chaque mois en kiosque un magazine BD avec Manara, Pratt, Giardino, Mattoti, etc… un rêve de gosse pour moi surtout quand le patron du magazine m'a annoncé que je faisais partie de l'équipe. J'ai ainsi publié pendant 4 ans une petite série appelée "Naia" à hauteur de 5 planches par mois… je suis ensuite rentré à Paris pour des raisons personnelles et repris la BD seulement en 2006 !!

Samba BD : Pour vous, la bande dessinée est-elle votre unique gagne-pain ou est-ce une activité annexe, à côté d’un boulot fixe et plus rémunérateur ?

Joël Alessandra : Je suis Directeur de création et patron d'une petite agence qui ne fait de la communication que par la BD et l'illustration… je travaille aussi avec des magazines pour des reportages BD (XXI, Vents Sud, Bouts du Monde…) et des webdocumentaires (Little Burma pour LeMonde.fr par exemple…).

Samba BD : Vous avez déjà collaboré avec plusieurs maisons d’édition à savoir « La Boîte à bulle », « Paquet » et « Casterman » par exemple. Ces changements d’éditeur sont-ils la suite logique de votre progression graphique et scénaristique, ou sont-ils dus uniquement au hasard ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014

Joël Alessandra : La Boîte à Bulles a été la première maison d'édition à publier et à croire à mon travail en 2006 avec "Fikrie" un album sur mon expérience en Afrique de l'Est. Je continue à travailler avec Vincent Henry, l'éditeur de La Boite à Bulles notamment sur des Carnets de voyage (Retour du Tchad, Ennedi…) toujours aujourd'hui. Mon expérience avec Casterman est un vrai bonheur, notamment avec Reynold Leclercq qui a su tirer le meilleur de mon dessin, je crois. La collaboration est vraiment constructive et je pense avoir vraiment avancé grâce à lui et à ses conseils.

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Samba BD : Lorsqu’on voit votre bibliographie, ce qui saute aux yeux, c’est un penchant prononcé pour l’Afrique, pour le voyage en dehors des sentiers battus, pour le littérature de voyage et d’aventuriers (de Monfreid, Kessel, Rimbaud,…). Quel a été l’élément déclencheur de cette quête et quelle est votre démarche quand vous voyagez ?

Joël Alessandra : J'ai travaillé comme coopérant au Centre Culturel Français de Djibouti. Je pense que tout est parti de là. Djibouti est le territoire qui a effectivement inspiré les Conrad, Kessel, Monfreid, Rimbaud… Baigner dans cet environnement, parcourir les lieux où ces maîtres de la littérature de voyage sont passés ne peut pas laisser indemne. Mon amour du récit de voyage vient de là, dessiner, être payé pour dessiner et voyager, quoi de mieux dans la vie d'un auteur de BD ?! J'ai de plus gardé un réseau de connaissances et d'amis en Ethiopie, au Tchad, à Djibouti, etc. qui favorisent ces aller/retours en Afrique. Mais mes voyages me portent également en Amérique, en Asie et même quelque fois en Europe! 

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Samba BD : Pendant vos voyages, quels sont vos modes de fonctionnement pour vous souvenir, pour rapporter la base de ce qui fera votre récit ? Prenez-vous des notes, des photos, des croquis (succincts ou détaillés ?), des films, des enregistrements sonores,… ?

Joël Alessandra : Je noircis des tonnes de carnets de voyage, tout petit format (que me confectionnent une amie relieuse de mon village !). Je fais des tas de dessins au trait, à l'aquarelle, au café (mon médium de prédilection), le dessin est un véritable passeport en brousse, il permet un vrai dialogue avec les gens, même sans parler l'Afar, le Somali ou le Swahili on arrive à communiquer. Je prends aussi beaucoup de photos, bref j'accumule du "matériel" qui servira de toutes façons un jour pour tel ou tel projet !

Samba BD : Qu’est ce qui vous met en marche sur un projet graphique, un scénario ? Faites-vous d’abord un scénario ou partez vous d’une image, d’un dessin, d’une impression ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Joël Alessandra : Il y a énormément de facteurs en fonction des sujets. Pour "Le périple de Baldassare", qui est une série en trois tomes chez Casterman, il s'agissait de l'adaptation d'un roman d'Amin Maalouf, romancier académicien dont je voue un véritable culte à l'œuvre écrite. Dans ce cas c'est une envie de mise en images de l'univers du romancier, travailler avec ses textes, modeler un récit autour des contrées que son héros parcoure… Dans le cas de "Errance en mer Rouge", mon envie était vraiment de parler graphiquement de Djibouti une nouvelle fois, je n'étais pas allé au bout de mes envies avec "Fikrie" ou l'album "Dikhil" dont l'action se passe également à Djibouti. J'avais déjà les grandes lignes de l'histoire en tête, travailler sur la vraie vie d'un ami, le Henry de Monfreid moderne, trafiquant à ses heures, manipulant les armes, connaissant le pays mieux que sa poche… puis effectivement il y a l'écriture, le story-board, les envies de dessin qui chez moi peuvent guider un scénario…

Samba BD : « Errance en mer rouge » sent le vécu même s’il s’agit d’une fiction. Vous avez beaucoup voyagé. Avez-vous déjà été en danger pendant vos repérages, vos voyages sur place ? Vous êtes-vous mis des limites de sécurité à ne pas dépasser ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Joël Alessandra : Oui, c'est une BD à mi-chemin entre la fiction et le reportage… Je parle de cet ami, des sociétés de sécurité, des attaques de pirates Somali, l'insécurité en mer Rouge autour de la Corne de l'Afrique… mais les risques sont "calculés", je ne commets pas d'imprudences, je suis marié avec trois enfants! Je m'arrange toujours pour être "encadré", avec des « laissez-passer », en Algérie où j'étais récemment, j'étais toujours "suivi" par un policier du Ministère de l'Intérieur par exemple. Mais il m'est effectivement arrivé d'avoir quelques frayeurs, au Tchad notamment, à la chute de Kadhafi, j'étais dans le désert, à la frontière de la Lybie, en pleine migration de réfugiés Tchadiens fuyant le pays… je ne rentre pas dans le détail mais les risques étaient réels, surtout que vous vous trouvez au milieu de rien, du sable rien que du sable et si cela tourne mal, vous êtes seul au monde !

Samba BD : Avec « Errance en Mer Rouge », j’ai l’impression que vous avez atteint une étape supérieure, un pallier, tant au niveau graphique que scénaristique. Que pensez-vous globalement de votre travail sur cet album ? Etes-vous pleinement satisfait ou avez-vous des « regrets » ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Joël Alessandra : Je vous remercie pour cette remarque qui me touche beaucoup. C'était un compliment, n'est-ce pas ? L'album fait 120 pages, j'ai réalisé le livre en 4 mois !!! Ce n'est pas pour me vanter mais pour aller dans votre sens, je crois que ce livre et la manière dont j'ai travaillé dessus me correspond tout à fait. Envie, énergie, dynamisme, cela «booste» vraiment et je n'ai pas vu les pages passer!!!  J'ai travaillé avec du matériel que j'avais déjà, des carnets de mes nombreux voyages dans la Corne de l'Afrique que j'ai simplement scannés, des photos faites sur place (ce qui donne cet effet de spontanéité et de réalité/reportage), le fait aussi de se sentir plus libre dans la mise en page, casser un peu le standard de la case BD et se permettre de grandes pleines pages d'aquarelle est un bonheur et donne une vraie présence à l'histoire. Je me suis aussi attaché à des personnages qui me ressemblent, des lieux que j'adore dessiner, une ambiance à la "Salaire de la Peur" qui font que je suis vraiment fier de cet album. Des regrets ? Aucun, Casterman a fait un travail éditorial magnifique, l'objet est très beau, un grand album imprimé sur un papier de création qui met les aquarelles vraiment en valeur, non, je suis un homme heureux ! Reste à le montrer à le mettre en valeur et à le faire connaître au public ;-) 

Samba BD : Quels sont vos premières impressions sur le retour en librairie de votre album ? Quels sont d’autre part vos prochains projets ? Avez-vous déjà un autre récit en cours de réalisation ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Joël Alessandra : Les premières dédicaces en librairie montrent un engouement pour ce sujet, le retour à la BD d'aventure sur fond d'Henry de Monfreid. Les premiers retours rejoignent votre analyse, les gens ont l'air de trouver que j'ai trouvé un "format" qui me correspond bien dans la manière de raconter des histoires. La prochaine publication est un récit BD de trente page pour la Revue XXI du mois de juin sur l'Algérie de mon père et de mes grands-parents, une immersion/enquête sur ma famille "pieds-noirs" rentrés en France en 1962… graphiquement dans la veine de "Errance…" mais avec un sujet très intimiste. Je prépare également chez un autre éditeur une biographie de Eiffel pour octobre avec Eddy Simon au scénario… et puis d'autres projets bien sûr qui sont un peu frais pour les dévoiler…

Samba BD : Quels sont vos maîtres ou vos sources d’inspiration dans la bande dessinée ? Quelles sont les bandes dessinées que vous aimez ? Celles qui vous ont marquées ces six derniers mois ?

Joël Alessandra : Je suis très bon public, j'aime énormément de choses, découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles techniques de dessin et de narration… je suis resté très attaché aux Corto Maltese, Mattoti, Manara (du "Singe" et de "HP, les aventures de Giuseppe Bergman"), mais je dévore les nouveautés comme le "Picasso" (énorme), "Comme Prima" (gigantesque), "Les ombres" d'Hippolyte (immense), le dernier "Blast"(la claque), Prado (la modestie dans le génie), etc. j'espère que les autres ne m'en voudront pas, je suis friand de tout et on ne peux citer chacun… avec peut-être quelques réserves sur les mangas, mais je n'ai sans doute jamais vraiment pris la peine de me plonger dans cet univers. J'avoue avoir été très influencé par Jacques Ferrandez (que je salue), Gibrat, et Juillard, de grands maîtres de l'aquarelle et du dessin, je travaille, je travaille mais dur d'arriver à un tel niveau de métier et de sensibilité !

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

La chronique d’ « Errance en Mer Rouge » sur Samba BD : ICI.

22/03/2014

INTERVIEW MAARTEN VANDE WIELE (I fucking love Paris)

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Maarten Vande Wiele vient de publier chez Casterman l'album "I fucking love Paris", son premier album traduit en français. SAMBA BD a décidé de vous faire mieux découvrir ce talentueux dessinateur flamand.

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?

Maarten Vande Wiele: Je dessine depuis mon enfance et ai toujours aimé lire des bandes dessinées. J’ai publié ma 1ère bande dessinée lorsque je faisais des études d’animation de film. C’était dans un magazine BD alternatif. Ma 1ère bande dessinée ‘ solo ‘ était un petit format intitulé  « Glamourissimo ». Le sujet était une relation difficile mère/fille, dont le final est que la fille mange la mère.

Samba BD : Qu’est ce qui vous a amené à collaborer avec Casterman et à vous faire publier pour la première fois en français ?

Maarten Vande Wiele: En Flandre nous avons le Fond Flamand pour les Lettres ( Flemish Literature Fund ) qui fait de la publicité à l’étranger pour les auteurs de bande dessinée. Ils ont un bon contact avec Casterman et les ont encouragés à publier mon travail. En tant qu’auteur flamand, c’est un rêve d’être publié en français, c’est donc pour moi un rêve devenu réalité.

Samba BD : Que pensez-vous de la bande dessinée flamande actuelle ? Evolue-t-elle ? S’ouvre-t-elle à de nouveaux marchés ?

Maarten Vande Wiele: D’un côté vous avez en Flandre les grandes séries pour la jeunesse comme « Bob et Bobette » qui atteignent un large public et à côté vous avez un groupe d’auteurs qui font des choses étranges et surprenantes. Ils font des histoires personnelles qui ne touchent pas le grand public flamand, mais qui se répandent au niveau international. Nous sommes donc ouvert à de nouveaux marchés et de nouvelles influences étant donné que nous n’avons pas de grand public en Flandre.

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Samba BD : Votre style de dessin me fait penser à l’ « Atome Stijl », à Ever Meulen, Serge Clerc, Ted Benoit,… Pourquoi avoir adopté un tel style de graphisme ? Etes-vous capable d’adopter un autre style, plus réaliste ?

Maarten Vande Wiele: J’ai choisi ce style de dessin car il se marie bien avec les histoires que je veux raconter. J’aime que mes histoires se passent dans le passé. Ma période favorite est les années ’60. J’y aime tout : la mode, les films, les acteurs, l’architecture et le design. Les formes organiques se prêtent bien à ma façon de dessiner. Mais ce style a également ses limites. Je ne peux me permettre de raconter une histoire sérieuse. La suite de « I fucking love Paris» est « Monsieur Bermutier » et est basé sur quelques histoires courtes de Guy de Maupassant. « Monsieur Bermutier » est plus sérieux et plus lugubre d’où un dessin plus réaliste.

Samba BD : S’attaquer au milieu de la mode parisienne et du show business, il fallait oser, c’est un bastion franco-français. Pouvez-vous m’en dire plus sur la genèse du scénario et sur son traitement ? Fallait-il que ce soit des auteurs non français qui s’y attellent ?

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Maarten Vande Wiele: J’ai toujours été intéressé par la mode. Dans les années ’90 nous avions le « hype » de « super modèles », qui a continué à nourrir cet intérêt. L’idée pour « I fucking love Paris » m’est venu en lisant « Valley of the Dolls » de Jacqueline Susann, un roman à scandale des années ’60. Dans ce roman, 3 filles se rendent à New-York à la recherche du rêve américain. Finalement ce rêve les détruit. Je voulais faire quelque chose dans ce genre, mais dans le monde de la mode parisienne. J’ai fait beaucoup de recherches, rassemblé des histoires et finalement fait le livre. En effet, le scénario est composé par des Flamands et c’est pour cela qu’il y a une vision différente du monde de la mode parisienne.

Samba BD : J’ai beaucoup aimé la façon de mettre en scène la mode avec des références claires sur les marques et les stylistes en bas de case pour le lecteur. Avez-vous une base de styliste-designer ? Avez-vous eu recours à une grosse documentation sur la mode ?

Maarten Vande Wiele: Non je n’ai aucune formation de styliste, mais une connaissance de base de l’histoire de la mode et je connais d’importants créateurs de mode. Mais je ne voulais pas utiliser uniquement des créateurs du passé. Je voulais mettre dans mon livre des créateurs moins évidents. Les vrais « fashionistas » ne portent pas uniquement les grandes marques, mais font des combinaisons personnelles. De cette manière je restais au courant des nouvelles collections. Il ne me restait donc plus qu’ à aller à la recherche de vêtements que je pouvais traduire sur papier, car toutes les robes ne sont pas « dessinables ».

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Samba BD : Votre dessin, même s’il est stylisé et épuré, n’en n’est pas moins incisif et cru. Le sexe y est même explicite. Avez-vous eu un débat à ce sujet avec vos scénaristes et votre éditeur ?

Maarten Vande Wiele: Non, je trouvais important de montrer la beauté et la laideur, sinon « I fucking love Paris » n’aurait été qu’une simple « chick lit » (roman écrit pour le marché féminin). Je voulais séduire le lecteur, et à certains moments lui donner des nausées. Ce ne sont pas des personnages agréables et leur comportement est tout simplement blâmable. Et cela s’accompagne de sexe à l’extrême. C’est un de leurs traits de caractère.

Samba BD : Dans votre album, quelle est la part de la fiction et de la réalité ?

Maarten Vande Wiele: La majorité des histoires sont basées sur la réalité, mais c’est au lecteur de déterminer ce qu’il veut croire.

Samba BD : Quels sont les premiers retours depuis la sortie de l’album en librairie ?

Maarten Vande Wiele: « I fucking love Paris » est un livre polarisant. On aime ou on hait. Il n’y a pas de compromis. Les personnes possédant un sens de l’humour l’apprécieront certainement. Il ne faut pas le prendre trop au sérieux, c’est une parabole, une fantaisie. Mon but  était de raconter quelque chose sur la société dans laquelle nous vivons.

http://maartenvandewiele.blogspot.be/Samba BD : Quelles sont vos prochains projets en bande dessinée ?

Maarten Vande Wiele: Mon prochain livre sera « Monsieur Bermutier » qui paraîtra dans le courant du mois d’août sur le marché français. Momentanément je travaille à une autre histoire. Ce sera quelque chose de complètement différent, de joyeux. Après les histoires sombres, j’ai besoin d’un peu de lumière.

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

La chronique de « I fucking love Paris » sur Samba BD, c’est ICI.

Le blog de Maarten Vande Wiele: ICI.

Remerciements à Anne-Marie pour la traduction.

 

 

 

 

 

 

http://maartenvandewiele.blogspot.be/

 

20/01/2014

Interview de Christophe Dubois pour la ballade de Magdalena.

C’est avec un grand plaisir que je vous invite à suivre l’interview de Christophe Dubois 

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Il a voyagé et exploré différents territoires avant d'arriver au monde des bulles. Il manifeste très tôt un intérêt pour la bande dessinée mais choisit d'abord de se tourner vers les Arts Appliqués. Il devient graphiste, métier qu'il exercera pendant dix ans. Il revient ensuite à ses premières amours : de sa rencontre avec le scénariste Nicolas Pona est né "Le Cycle d'Ostruce", aux Éditions du Lombard. Mettant à profit son expérience de graphiste, il confère une lisibilité instinctive à ses planches. Capable de donner vie à des édifices complexes, il sait également jouer de ses grands aplats de couleurs, très brutaux, pour obtenir un résultat unique en son genre, tranchant comme le sang sur la neige d'Ostruce. Aujourd'hui, il signe sa première œuvre solo, "La Ballade de Magdalena". Après avoir mûri cette histoire pendant des années, Christophe Dubois met à son service toute la puissance de son dessin et de ses couleurs somptueuses et nous offre un magnifique et passionnant voyage.

 

1- L’air de rien, la ballade de Magdalena nous conte les aventures de  2 héroïnes, une ostruce.JPGplutôt enjouée et une autre plus introvertie …un peu comme celles du cycle d’Ostruce …une coïncidence ?

Franchement, oui. Mais c'est vrai que l'on ne peut s'empêcher de faire le parallèle. Et disons que d'un point de vue scénaristique, c'est une forme de duo qui permet de belles interactions.

 

 

2- J’ai l’impression que tu avais envie de voyager un peu à l’instar du père de Sars avec cette ballade ?

Heu, j'aime en effet beaucoup voyager et je ne m'en prive pas (bien que mes destinations soient un peu plus modestes que la Nouvelles-Guinée), cependant je ne comparerais pas mes voyages à celui d'Arnaud de Sars …enfin, nul ne sait de quoi l'avenir est fait. 

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3- Vu les nombreuses  scènes maritimes, es tu un amoureux des voiliers ?

Absolument, j'en ai un et je navigue le plus possible avec.

 

4- Le voyage qu’empruntent  nos héroïnes m’a fait penser à celui des rescapés de l’Emden, comme on voit ce navire dans le tome 1, je pense qu’il  a un peu inspiré ton scénario non ?

Oui, comme l'histoire des rescapés de l'Emden est authentique, j'ai suivi le même parcours géographique (océan indien, mer rouge, Syrie, Turquie) pour donner une structure plausible à mon récit.

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5-L’album est estampillé My Major Company. Perso, je suis un peu septique sur ce  concept car de toute façon, on a la garantie qu’il sera publié, alors quel est l’intérêt pour l’édinaute ?

Seul le tome 1 à été réalisé avec my Major Company. En ce qui me concerne ce fut une belle expérience au niveau des rencontres que j'ai faites avec les édinautes, malheureusement je ne crois pas que l'expérience fut une réussite puisqu'il n'y a pas eu de suite. Pour répondre à la deuxième partie de ta question, j'ai eu l'impression que les édinautes sont des gens qui ont envie de participer à un projet artistique (ou autre) et que le côté mercantile de la chose n'est pas leur priorité (d'ailleurs, certain projet ne proposent pas de retour financier).

 

6- Un point remarquable dans ce tome 2, ce sont les couleurs directes. As-tu eu facilité à les apprivoiser ?

En fait, je travaille en couleurs directes depuis le tome 3 du Cycle d'Ostruce …et je n'ai toujours pas le sentiment d'avoir apprivoisé la chose. Plus sérieusement, après chaque album, je me remets en question et j'essaye encore et encore d'améliorer mon "écriture" graphique. J'ai essayé, dans ce tome, d'avoir un encrage-et donc un dessin- plus présent, pour essayer d'obtenir quelque chose de plus lâché, de plus souple. Mais le chemin est encore long.

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8-Es tu un perfectionniste ? Quel regard portes-tu sur ton dessin ?

Oui, très. Comme je l'écrivais plus haut je suis très critique (et souvent très déçu) en regardant ma production. Mais d'un autre côté, parfois, je suis pris d'une grande tendresse pour mes dessins. C'est un mélange de sentiments qui me motive pour continuer à affiner ma narration (dessin, découpage, etc) et, la recherche, la curiosité, c'est ce qui rend la vie passionnante non?

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9- Je suppose que tu es actuellement sur un nouveau projet puisque ce tome 2 clôture ce diptyque ?

Oui, un truc absolument passionnant.

 

10 Pour le moment, dessinateur BD, ce n’est pas un peu galère ?

Oui, mais comme tu le sais, j'aime beaucoup les bateaux.

 

Voilà, c’est fini. Un grand merci à Christophe pour sa disponibilité et sa rapidité.

Samba.

 

22/11/2013

INTERVIEW ERIK ARNOUX (seconde partie).

2013-11-05 10.33.59.jpgDans cette seconde partie de l'entretien que nous a accordé Erik Arnoux, il nous parle plus précisément de sa façon de travailler,de ses références, de ses projets et plus particulièrement de la suite de la série "Sara Lone".

SambaBD : La série Sara Lone va se faire en 2 tomes ou plus ?

Erik Arnoux: C’est une série en 4 tomes. J’en ai parlé dès le début mais c’est Patrick Pinchart qui a un peu ralenti mes ardeurs. Il m’a dit que le marché était compliqué et qu’il fallait faire un diptyque. Quand je faisais le tome 1, c’était impossible de raconter ce que je veux raconter en deux tomes. Il s’agit d’une histoire d’une fille qui est prise dans un piège, une toile d’araignée dans laquelle elle ne peut pas vraiment se sortir et qui va trouver son point d’orgue 3 ans et demi plus tard à Dallas. C’est fortuit, c’est le hasard. Au début, Patrick, sur les teasers, voulait la vendre dans le genre : « c’est une fille face à son destin, elle a un fusil et elle tire ». Non, pas du tout. C’est une fille qui est ballottée et qui va se trouver contrainte à réagir mais pour sauver sa peau. C’est une battante par la force des choses. Pour moi, c’est une histoire en 4 tomes. Le premier tome en 1960, le deuxième 1961, le troisième 1962 et le quatrième et dernier du cycle en 1963.Je parle un peu en terme de cycle parce que je voudrais en faire d’autres évidemment mais cela dépend de tellement de paramètres aujourd’hui que cela parait difficile de savoir où on en est. Le 1 est sorti, le 2  est financé le jour même de la sortie du tome 1.Les édinautes ont voulu me faire plaisir, c’est un peu un symbole. Mais dans l’absolu, on a mis 9 mois pour boucler les 100% du tome 1. On a mis 11 mois pile pour financer 100% du tome 2 avec pourtant un budget réduit de 8000€ par rapport au premier tome.Ca s’est quand même beaucoup ralenti.

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SambaBD : Au départ, tu es un dessinateur et puis t’es devenu scénariste. Peux-tu m’expliquer la raison du cheminement ?

Erik Arnoux : J’ai toujours pensé que dessinateur et scénariste étaient deux métiers très différents et que quand tu es dessinateur, tu n’es pas nécessairement scénariste et vice versa. Puis, j’ai commencé chez Glenat avec Daniel Bardet que j’ai été chercher parce que c’était un gars qui à l’époque venait de sortir « les chemins de Malefosse » qui marchaient plutôt pas mal. Il venait de sortir également « les chroniques de la maison Le Quéant » qui par contre ne marchait pas très bien mais qui a révélé Patrick Jusseaume qui fait maintenant « Tramp ». Donc, j’étais un peu dans cette mouvance. J’ai été le voir. Je lui ai dit que j’aimais bien ce qu’il faisait. Il n’était pas très chaud. Mais finalement, deux heures après, j’étais chez lui.

timondesbletome04.jpgOn a sympathisé et il m’a donné « Timon des blés » pour la collection Vécu. Henri Filippini me l’a signé quasiment tout de suite quand je lui ai amené les pages. J’ai fait les deux premiers tomes puis au troisième tome, je me suis rendu compte que l’histoire me plaisait sans me plaire. Je n’étais pas plus fou que ça de ce que m’écrivait Daniel. Peut-être que si j’écrivais moi-même mes propres histoires, je serais plus heureux. J’ai commencé à lui en parler. Il m’a dit qu’il me comprenait. Au départ, il m’avait fait un héros  que j’avais un peu dessiné à mon image à l’époque. Quand tu es dessinateur, tu as toujours tendance à dessiner des personnages qui te ressemblent. Le héros, Timon des blés, c’était un peu moi. Le personnage, c’est un personnage très misogyne finalement, je le découvre au fil des pages. C’est un personnage qui détestait les femmes, ce qui ne l’empêchait pas de les honorer de temps en temps parce qu’il faut bien que cela se passe. Il adorait les chiens. Moi, c’est strictement le contraire (rires).Je déteste les chiens et j’adore les femmes. C’était un peu chiant de me retrouver à dessiner contre nature une histoire qui ne m’intéressait pas plus que cela mais qui ne se vendait pas trop mal puisque la collection Vécu était une collection gentiment représentée.

sophaletta01.jpgPour donner une idée, quand Henri Filippini m’avait accueilli chez Vécu, il m’avait dit : « Bon, alors le premier tome, on ne veut pas moins de 15.000. Si on fait moins de 15.000, on arrête ». Et puis le premier tome est sorti et on a vendu 12.800 albums. Et là, il m’a dit : « c’est moins que ce qu’on espérait, mais on va quand même faire le deux ». T’imagines aujourd’hui quand tu fais des chiffres comme ça, un premier tome qui fait 12.800, c’est un best seller ! Je me suis donc dit que finalement ce ne serait pas plus bête de faire mes scénarios moi-même. Je ne me plaindrai de rien. Je suis en très bonne entente avec Daniel et je lui dis que j’arrête. Je lui ai trouvé un autre dessinateur (Ndlr : Elie Klimos) qui a fait la suite. Il a fait 4 autres albums après moi de « Timon des blés ». Moi, je me suis lancé dans Sophaletta que j’ai écrit et dessiné tout seul après. C’est comme ça que je suis devenu scénariste. De fil en aiguille, je me suis rendu compte que je pourrais faire cela. Puis j’ai proposé une autre histoire, puis une autre histoire…J’ai du en écrire à ce jour 20 ou 25.

SambaBD : Par rapport au travail de Morancho, es-tu dirigiste ou bien tu le laisses faire ?

Erik Arnoux : Morancho est très doué. Probablement beaucoup plus doué que moi. C’est un garçon qui a vraiment beaucoup de talent mais j’ai une vision de la mise en scène qui est beaucoup plus percutante que celle qu’il me propose. Donc du coup, il a accepté que je lui fasse des roughs qui sont d’ailleurs dans l’E-book que tu peux télécharger avec un code quand tu as acheté l’album. Tu as tout le scénario que j’ai écrit et les roughs. Ce sont des petits rectangles qui simulent ta planche et qui montrent en gros les cadrages que tu as envie de voir. David me faisait au début des cadrages que je trouvais un peu « plan-plan », un peu trop « face-face ». Petit à petit, il m’a incité à les faire tous et j’ai fait le découpage de l’ensemble de l’album en roughs et en montages. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’images en longueur parce que c’est un truc que j’aime beaucoup, qui  n’est pas nécessairement quelque chose que David aurait fait spontanément. David m’a dit l’autre jour : « C’est bien parce que tu m’as fait aller dans une voie où je n’aurait jamais pensé aller. J’ai fait des vignettes auxquelles je n’aurais jamais pensé parce que tu me les avais suggérées, voire imposées ». Je ne suis pas dirigiste au point que je suis incapable de voir s’il fait un dessin bien mieux que ce que j’ai prévu. J’essaye toujours d’aller vers le meilleur. Certains dessinateurs détestent cela. J’ai bossé avec des gens avec qui cela ne s’est pas bien passé. Etant dessinateur, je trouvais qu’ils ne mettaient pas assez en valeur mon scénario par rapport à ce qu’ils auraient pu faire. Ils lisaient le scénario puis point barre. Ils en restaient là. Avec David, par contre, c’est beaucoup plus constructif. Il est très à l’écoute. Il a compris que je lui amenais un petit plus qu’il n’avait pas nécessairement et qu’il a maintenant. Il a un regard qui est bien meilleur. Il a commencé le tome 2 et il a fait des roughs pour me montrer. Je lui ai dit que j’allais continuer à les faire mais c’est marrant car je suis assez proche de ce qu’il a dessiné.

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SambaBD : Comment travaillez-vous ? Par mail, par Skype ?

Erik Arnoux : Enormément par Skype. Le scénario est écrit. J’ai un découpage de planche avec mise en situation et dialogue, avec un petit rough accompagnant. Je lui envoie cela. On « parle » par Skype uniquement car on ne parle, ni l’un, ni l’autre, nos langues respectives.  Je lui explique mon rough, la corrélation entre le rough et le scénario. Après, je n’ai plus trop de nouvelles. Il m’envoie en général la page finie. Il peut arriver que sur ces pages finies, il y a des dessins que je n’aime pas du tout  ou simplement qui ne sont pas justes, qui ne servent pas l’histoire. Jamais, je ne ferai refaire un dessin gratuitement juste parce que je n’aime pas. Sur le bouquin, en gros, il y a une vingtaine de dessins qu’il a refaits parce que cela pouvait être amélioré. Comme c’est un garçon très à l’écoute, à chaque fois il les a refaits et à chaque fois, c’était bien meilleur. D’ailleurs, on ne s’est pas disputé!

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SambaBD : Quelles sont tes références au niveau de la bande dessinée. Qu’est ce que tu aimes ?    

Erik Arnoux : C’est vaste. Dans les gens que j’aime énormément, il y a Hermann que je trouve admirable. J’ai grandi un peu avec lui dans le journal Tintin quand j’étais môme. Il y a évidemment Giraud. Des gens qui sont un peu plus moqués aujourd’hui comme Jacques Martin ou Jean Graton, qui m’ont fait découvrir la bande dessinée quand j’avais 12 ans en 1968. Et Franquin, Jijé. C’est des anciens parce que les nouveaux d’aujourd’hui, cela n’a plus le même sens. Après, c’est des goûts personnels, des goûts de lecteur. Mais je te parle plus de ceux qui m’ont influencés. Ces gens ont été des moteurs quelque part pour moi. C’est d’autant plus marrant que quelques temps après, je les ai rencontrés, je les connais. C’est encore plus fort quand tu rencontres les gens que tu lisais quand tu étais môme. Tu rencontres Tibet, tu rencontres Dany, Jacques Martin. Tu parles avec eux. Tu fais tes propres albums, tu es un collègue. Quand j’étais petit, je lisais tintin, Spirou et Pilote. Donc, je suis assez éclectique par rapport à la bande dessinée franco-belge.

SambaBD : Quand va sortir le tome 2 de Sara Lone ?

Erik Arnoux : Dans l’idée, c’est de ne pas laisser traîner trop de temps entre les périodes mais ce qui m’ennuie un peu, c’est que c’est une période de tueur puisque toutes les grandes sorties se font entre septembre et décembre finalement. En trois mois de temps, on a un personnage phare dans chaque collection, un Blake et Mortimer, un Alix,... Enfin, il y a tout. Toutes les séries ont sorti un titre. Ce qui fait que je n’ai pas l’impression de faire partie des anciens. Donc, c’est un peu ennuyeux. J’avouerai que j’ai aussi choisi Sandawé  pour deux raisons. La première, je ne suis pas allé contraint et forcé, comme tu l’as compris. J’y suis allé parce que je voulais vivre cette aventure là. Mais la deuxième raison, c’est que je me suis dit aussi qu’un éditeur qui a très peu d’albums va forcement les défendre dix fois mieux qu’un autre éditeur, comme ceux avec qui j’ai travaillé, qui ont tellement de bouquins à lancer, quelques fois des trucs plus importants que le tien. Toi, tu bosses pendant un an donc tu as envie qu’il soit défendu. Quand dans la période chez ton éditeur, il y a 30 albums qui vont sortir, tu n’as aucune chance d’être défendu mieux qu’un autre. Alors que chez Sandawé, il faut être clair: sur ce semestre-ci, ils sortent deux albums. Il y a « yoyo post-mortem » et le mien, « Sara Lone ». Je m’étais dit qu’avec deux albums, ils allaient pouvoir le travailler sérieusement et c’est d’ailleurs ce qu’ils font. J’ai énormément de presse derrière. J’ai beaucoup de propositions. Je ne sais pas du tout comment cela va se concrétiser au niveau des ventes mais c’est certain que j’ai un retour sur cet album que je n’ai jamais eu sur aucun album depuis que je fais de la bande dessinée, depuis 1977!

 

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SambaBD : As-tu d’autres projets en route pour le moment ?

Erik Arnoux : Oui, j’ai d’autres projets en route mais je ne peux pas trop en parler parce que ce n’est pas signé. J’ai bien évidemment le prochain Sara Lone. Là, il est fait. Je suppose que dans pas longtemps, on va lancer le financement du tome 3 parce que même si on ne le fait pas tout de suite, il faut bien qu’on y pense. Cela met quand même un certain temps. Sandawé est très connu en Belgique, je crois. En France, j’ai dédicacé ce week-end et les gens découvrent. Ca les intéresse mais ils ne connaissent pas vraiment. Donc, il y a un potentiel de connaissance à avoir grâce à Sandawé qui parait très important mais qui, pour l’instant, est un peu aux balbutiements. D’autre part, en tant que dessinateur, j’ai deux albums sur lesquels je vais travailler et qui sont, un, un spin-off et un autre, une reprise. Mais je ne peux pas en parler pour le moment. C’est des choses sur lesquelles je travaille avant que les contrats ne soient signés.

Copie de 2013-09-05 15.04.39ter.jpg

 

SambaBD : Dernière question. Quels arguments mettrais-tu en avant pour décider les lecteurs de SambaBD à acheter l’album « Sara Lone ». Quels points forts mets-tu en avant ?

Erik Arnoux : le point fort, dans la bande dessinée, c’est le dessin. Or, le dessin de David Morancho est juste vraiment vachement bien. Cela fait longtemps que je n’ai pas travaillé avec pareil dessinateur. Je pense que c’est vraiment un des plus forts qui a un dessin très intéressant et une marge de progression énorme. Il un trait très élégant, Il fait les couleurs très bien. C’est surtout ses qualités à lui que je mettrai en avant. Mes qualités scénaristiques, j’ai quand même fait quelques bouquins. Donc les gens qui me lisent savent que je sais écrire une histoire et la raconter. Après, s’ils ont envie de nous suivre là dessus, je l’espère mais je n’en sais rien. Je tiens à préciser que Sandawé est une petite maison d’édition mais qui fait attention à ses auteurs. Ils ont fait très attention à moi. Tout ce que j’ai demandé, je l’ai obtenu. Sur le plan qualitatif,  on a un album qui est magistralement imprimé par Lesaffre. On a une qualité de bouquin au niveau technique irréprochable. On a un carton très épais pour la couverture qui fait que l’album a vraiment de la « main » quand tu le tiens. C’est un format classique, un 22X30 comme Largo Winch mais ce n’est pas un 24X32. Je ne voulais pas un 24X32 pour deux raisons. La première, je pense que c’est un peu une mode et dans cette BD, je n’ai pas  de dessins qui vont à la coupe. Donc, du moment qu’il y a un blanc tournant autour qui permet de faire vivre la page, il n’y a pas de soucis. Mais surtout, surtout, je ne voulais pas un prix d’album trop haut. On voit des albums qui dépassent 14, 15, 17, 20 euros. Je trouve cela juste démentiel. Moi, j’ai un prix d’album qui est à 11,95 euros pour un album qui est techniquement « grave au poil ». Il est super beau, il y a un vernis sélectif sur la couverture. La couverture est matte, épaisse. Le papier est très blanc, très beau. Sur ce plan là, Patrick Pinchart a fait un boulot juste irréprochable avec les gens de chez Lesaffre qui sont, mais cela n’est pas une nouveauté, des cadors dans le domaine.

 

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Interview réalisée le 14 novembre 2013 par Capitol pour SambaBD.

Intéressé par l’album ? Intéressé par le Crowdfunding? Voici le lien vers le site internet de Sandawé : ICI.

Le blog d'Erik Arnoux: ICI.

"Pinky princess" (Sara Lone N°1), par David Morancho et Erik Arnoux © Sandawé, 2013.

INTERVIEW ERIK ARNOUX (première partie).

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A l'occasion de la sortie du premier tome de "Sara Lone" paru chez Sandawé, nous avons pu dialoguer avec Erik Arnoux, scénariste de la série. C'est sans langue de bois qu'il a répondu à nos questions. Erik est un grand bavard, il suffit de lui poser la première question pour qu'il nous embarque dans son univers de la bande dessinée. Dans cette première partie, il nous parle de l'origine du projet et de son approche avec le crowdfunding chez Sandawé. 

SambaBD : Comment est né le projet Sara Lone ? Comment as-tu rencontré David Morancho, le dessinateur espagnol ?

Couv_199089.jpgErik Arnoux : On ne se connaissait pas mais, avec internet, j’avais repéré ses dessins dans un forum. C’était, je crois, BD paradisio. Il y avait à un moment donné une « carte blanche » à des auteurs et il avait fait passer des planches à lui. C’était un dessin un peu réaliste, pas mal du tout.  Comme il avait laissé son adresse, je lui ai envoyé un petit mot. Je lui ai dit que je trouvais cela bien et que, si il avait envie, on pourrait faire quelque chose ensemble. Il m’a répondu très gentiment mais c’était plutôt une fin de non recevoir du genre : « écoutez, c’est très bien de s’intéresser à moi mais j’ai du boulot… » C’était en 2005, de mémoire. C’était le moment où je terminais « Ava dream » au Lombard. Je sentais plus ou moins qu’on allait me piquer le dessinateur (Ndlr:Alain Queireix) pour le filer à Desberg dans le but de faire des spin-off de I.R.$.. La série que j’avais lancée chez eux, a été quasiment tuée dans l’œuf puisqu’ils sortaient le dessinateur de l’histoire. Moi, il me restait juste mes yeux pour pleurer. Je m’étais dit que si je leur proposais un dessinateur, cela pourrait aller. Je voulais proposer à David de faire la suite d’ «Ava dream». Comme Le Lombard ne m’a pas vraiment poussé dans cette idée, j’ai laissé tomber.

Puis, en 2009, il m’a envoyé un mail en me disant qu’à priori il n’était pas contre le fait deavadream01couv_20081127_80405.jpg travailler avec moi. Si j’avais des idées, il avait du temps devant lui. Il avait toujours envie de bosser pour des éditeurs dans la BD de style franco-belge qui attire beaucoup les dessinateurs espagnols, italiens,…Je lui ai envoyé sept départs d’histoire qui sont des pitchs. Quelques lignes avec  un intentionnel de ce que cela pourrait raconter. Il en a trouvé un ou deux de pas mal mais globalement, il n’en a trouvé aucun qui lui plaisait vraiment. Il m’a demandé d’écrire quelque chose spécialement pour lui. Il a suggéré le thème du bateau et de la pêche. Quand j’ai lu son mail, j’ai été un peu dubitatif. Je ne le sentais pas trop. Mais une semaine ou deux avant, j’avais vu un reportage à l’émission « Thalassa » sur France 3 consacré aux pêcheurs de crevettes dans le golfe du Mexique. J’ai trouvé que c’était des décors intéressants et un sujet pas traité. Je ne me voyais pas le lancer sur des pêcheurs bretons ou de la mer du Nord mais je voulais quelque chose de plus exotique. Je lui propose l’idée, il me dit : « c’est pas mal, je serais intéressé par un polar ». Je pars sur le polar noir, les années ’50. Puis, je me dis que si je me lance sur les années ’60, l’administration américaine, c’est l’administration Kennedy. Il y a plein de trucs à raconter autour. Le golfe du Mexique, cela peut se passer au Texas, en Louisiane, l’Alabama et la Floride qui sont des états côtiers, pas loin de Cuba. J’ai écrit une page complète de synopsis. Un intentionnel qui était assez flou, là aussi, mais qui situait le personnage dans les années ’50 et ’60, avec une trame policière autour du syndicat des pêcheurs de crevettes. J’ai fait le pitch, David a dessiné deux pages. On est en fin 2008, début 2009. Je viens de sortir « Ava dream » au Lombard, j’ai fait un collectif chez Soleil, mais je n’ai rien de précis juste derrière. Comme en plus « Ava Dream » s’arrête puisque Desberg m’a « gaulé » Alain Queireix pour faire une spin-off d’I.R.$., je me retrouve « Gros-Jean comme devant ». Je n’ai pas trop d’autres projets. Je fais un peu de pubs en passant. Globalement, en BD, je n’ai pas grand-chose.

On a présenté le projet à tout le monde, je crois. Je le propose à tous les directeurs de collection que je connais personnellement puisque je suis déjà dans le métier depuis un certain temps. C’est des gens que je vois en festival, j’ai des copains qui bossent avec eux. J’envoie chez Dargaud, au Lombard évidemment, Glenat, Vents d’Ouest, Bamboo, etc…J’envoie des mails et vu qu’ils en reçoivent dix par jour, je leur rappelle que j’ai un petit potentiel, cela fait pas mal d’années que je suis dans la bande dessinée, que j’ai vendu quelques dizaines de milliers d’albums et qu’à priori un bouquin de moi cela peut avoir un certain attrait. Je dois dire que quand je le fais, je ne suis pas plus emballé que cela. J’ai reçu les pages de David entre-temps, il en a mis une en couleurs. Autant son dessin m’emballe sur les essais que j’ai vu avant en 2005, autant là quand il fait mon truc, je sais pas…J’ai l’impression que si moi j’avais été directeur de collection, j’aurais fait ce qu’ils ont fait tousa et j’aurais dit : « écoute, c’est sympa mais, bon, vu le marché,… ». Ce n’est que des refus. Cela nous déçoit un peu. D’autant plus que j’avais dit à David : « Ne t’en fais pas, je suis dans le métier depuis longtemps. Je vais trouver un truc sans problème ».  Et je ne trouve pas, donc je passe un peu pour un gland. Lui, il me dit que ce n’est pas grave mais je sens bien qu’il est déçu. Ensuite, on se perd de vue pendant deux ans.

sandawe_logo.jpgEt puis je découvre, je ne sais plus comment, Sandawé. J’aime beaucoup l’idée du crowdfunding. Je me dis que j’enverrai bien un projet à Patrick Pinchart, le directeur de Sandawé. Je ne le connaissais pas mais j’avais des potes qui ont bossé avec lui sur le magazine Spirou. Je lui envoie un mail en lui disant que je suis intéressé par la formule de BD participative, que je suis enthousiasmé par cette nouvelle formule. Je ne le fais pas du tout en me disant : « je suis un gars qui a été refusé sur un projet, je vais le proposer ». La formule de crowdfunding est passionnante, j’ai envie de faire quelque chose pour eux tout en me disant que cela ne m’empêchera pas de faire de la bande dessinée pour les autres qui sont des gens avec qui je travaille de manière régulière. Surtout qu’au même moment, je suis entrain de faire « Poker face » pour jungle-Casterman avec qui cela se passe bien. Je vais continuer à en faire, Glenat me propose un truc. Cela se passe plutôt bien quand je décide de m’approcher du crowdfunding. Patrick Pinchart me répond et me demande si j’ai des projets dans mes cartons. Je lui envoie mes sept pitchs dont j’ai parlé tout à l’heure, plus un ou deux autres, plus un projet que j’avais dessiné. J’avais préparé avec Chrys Millien, avec qui je travaille souvent, avec qui j’avais fait « Witness 4 », un projet de science-fiction que j’aimais beaucoup. Je me disait que Patrick va voir que c’est déjà très avancé et il va me la prendre. Il me répond quelques jours plus tard qu’il a bien aimé et qu’il est très intéressé par mon histoire de bateau qui ne s’appelait pas encore « Sara Lone », mais plutôt un truc du genre « Virna Lone » , c’est après que j’ai trouvé le titre. Je voulais faire un jeu de mot avec « alone » et je cherchais un prénom de fille qui se terminait par « a ». « Lone » – « a-lone ». Je me disais « ah, mince alors ! » Pour moi, dans ma tête, cette affaire avait été bouclée. Elle avait été refusée. Le dessinateur ne m’avait pas plus enthousiasmé que cela au moment des planches d’essai. Je me suis dit : « est-ce que cela vaut vraiment la peine de se replonger là-dedans ? ». La science-fiction n’intéressait pas Patrick car il avait déjà quelque chose, un projet chez Sandawé avec Eric Maltaite appelé « les éclaireurs » et qui a disparu depuis des plannings. Il insiste sur le projet maritime. Me voilà bien emmerdé ! 

Patrick Pinchart↓

pinchart-patrick.jpgJe rappelle David Morancho en lui disant que cela fait deux ans qu’on ne s’est plus causé, mais on me propose un projet de crowdfunding. Il faut que je lui explique le concept car il ne sait pas ce que c’est. Il s’attend que je lui propose un éditeur, qu’on lui paie ses planches et puis qu’on avance. Là, c’est un peu plus compliqué que cela. Il va falloir mettre le projet en ligne. Si les lecteurs s’y intéressent, ils vont mettre du blé. Si ils mettent du blé, on va en avoir seulement quand le projet sera entièrement financé. Je lui explique tout cela. David ne parle pas un mot de français et moi, pas un mot d’espagnol. Par contre, il lit très bien le français ! C’est un gros avantage parce que mon scénario est écrit totalement en français et il a parfaitement compris tout ce que je lui ai écrit. David me dit : « qu’est ce que tu en penses, toi ? ». Je lui dis que l’aventure m’intéresse mais je comprends bien que pour un dessinateur qui a envie de bouffer et d’être payé de ses  pages, c’est un peu plus compliqué. Pour moi, scénariste, c’est moins difficile parce que je fais d’autres choses, cela prend moins de temps que de faire le dessin, que de passer son temps sur un album qui va te prendre un an. Il me dit qu’il me fait confiance.

Cela m’aide aussi. Je me dis que si je l’emmène dans une merde….Je dis à Patrick que c’est OK. David s’y met. Je propose quelque chose d’un peu plus établi. Je reprends bien mon histoire, je la cadre vachement plus. Et puis David m’envoie les premiers croquis qui n’ont pas grand chose à voir avec les premiers croquis qu’il m’avait proposé quelques années plus tôt. Je me dis que c’est pas mal mais je suis toujours sur la réserve pour ce projet. Et puis les pages d’essai arrivent et c’est à tomber! C’est les deux premières pages où le garçon et la fille sont sur la plage, la voiture... Les pages sont juste géniales et je me dis « waow ! » Je renvoie même un mail à David en lui demandant : « tu vas continuer tout l’album comme ça ? » « Oui, c’est mon style actuel… »  C’est comme cela qu’a commencé l’histoire…

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Première planche d'essai de David Morancho pour Sara Lone↑

SambaBD : Un projet sur Sandawé demande-t-il beaucoup plus d’investissement des auteurs ? J’ai vu que tu es (ou étais) très présent sur le site et le blog de Sandawé pour essayer de motiver les lecteurs.

Erik Arnoux : Cela va de soi car si tu n’y es pas…Les édinautes, les lecteurs qui financent le projet, viennent aussi chercher un contact avec un auteur. Les édinautes qui sont sur le site sont des passionnés de bande dessinée. C’est des gens qui ont, en général, entre 30 et 70 ans. Une grosse tranche a mon âge à moi, de la génération des années ‘50-‘60, passionnés de BD qui ont grandi avec Tintin, Pilote, Spirou et qui viennent d’ailleurs chercher plutôt de la BD réaliste et des histoires plutôt que de la BD humoristique. Et, c’est plutôt le problème de Sandawé parce que Patrick Pinchart est venu avec dans ses cartons pas mal d’aventures humoristiques. Il vient de Spirou. Mais cela ne passe pas du tout chez les édinautes. Les édinautes ne misent pas dessus ou très difficilement. Ils misent sur ce qu’ils veulent acheter en magasin mais pas sur des produits parce que c’est de l’humour, cela se vend bien en magasin, on peut faire des produits dérivés,…Ils n’ont pas de réaction pragmatique de gens qui veulent faire du fric avec du crowdfunding, ils ont des réactions de cœur et de coups de cœur sur des planches et mises donc de l’argent sur des projets  qui me semblent parfois pour moi totalement invendables à l’arrivée. Il y a des projets remarquables mais aussi d’autres pour lesquels j’ai du mal à appréhender l’avenir connaissant le marché qui est extrêmement compliqué pour le moment.

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SambaBD : Sandawé est une jeune maison d’édition, les tirages et la mise en place ne sont pas énormes. Est-ce que cela te pose problème à toi et surtout à ton dessinateur qui doit en vivre ?

Erik Arnoux : Quelque part, on a négocié une avance sur droit qui est un forfait de 15.000€ qui fait partie du financement. Le travail consiste dans le dessin, la couleur et le scénario. Par rapport à un auteur qui, comme moi, a 30 ans de métier, c’est léger. Pour un mec qui débute, c’est vachement bien parce que les conditions actuelles sont devenues un peu « tout et n’importe quoi ». On trouve encore des gens qui se font très bien payer en acquis, d’autres qui sont payés intégralement en avances sur droits, d’autres qui ont des forfaits absolument misérables parce qu’ils débutent. J’ai même rencontré des jeunes gens qui sont prêts à travailler pour rien du moment qu’ils sont publiés en se disant : « je ferai de l’argent en tant qu’auteur plus tard ! ». Ils sont entrain de carrément tuer le métier. Tout les acquits que nos grands anciens, Tibet, Graton, Paape, tous les grands auteurs de ces années ’60 et ’70, ont obtenu, et ils ont ramé pour réussir à les obtenir, ont maintenant totalement disparus parce que le marché n’est absolument plus le même. Les petits jeunes ont envie d’être publiés et sont prêts à casser les prix. Quand, toi, tu arrives derrière avec ton métier et ton expérience, la page, c’est autant. On te répond que non. « Ca, on ne paie pas ». C’est maintenant comme cela en négociation sauf si tu as déjà fait des blockbusters qui marchent bien. C’est devenu très compliqué de se vendre.

Concernant les petits tirages, je t’informe, mais Patrick Pinchart a déjà communiqué surCouv_132359.jpg cela, que Sandawé croit beaucoup en Sara Lone. Patrick m’a fait beaucoup confiance, je dois le reconnaître. J’ai signé le projet chez lui.  Il m’a laissé gérer mon projet. Il a fait confiance à mon professionnalisme et aux bouquins que j’ai déjà faits. Il m’a vraiment laissé la main. Il a finalement découvert l’album que quand il a lu les pages totalement finies de David au mois d’août. Tout était bouclé. Il a eu la plénitude du bouquin, des 46 pages, seulement fin août. Il l’a lu et il m’a envoyé un mail enthousiaste qui me disait que c’était très bien, que cela lui plaisait beaucoup. C’est mieux que ce qu’il pensait et on va en tirer plus que ce qui était prévu. Donc, ils ont fait un tirage qui dans l’absolu est le tirage le plus important de l’histoire de Sandawé pour l’instant. Je pense qu’ils espèrent avoir des retombées qui soient suffisantes, fortes en terme de vente, ou du moins d’impact, pour que cela devienne une bonne série de la maison. Ils sont très très jeunes, ils ont 3 ans et demi. Jusqu’à présent il n’y a pas vraiment de succès majeur. Il y a des regards mais il nous manque terriblement un blockbuster, des auteurs un peu capés qui seraient des locomotives et cela il faut que Patrick y travaille beaucoup. Est-ce que Sara Lone sera une locomotive? Je n’en sais rien. L’album vient de sortir, c’est difficile à juger. Pour le tirage, moi globalement, chez Casterman-jungle, il m’ont tiré 11.000 « Poker Face » quand ils ont tirés le tome 1, il y a deux ans, trois ans. Je crois qu’ils en ont mis 7000 au pilon. Je préfère une boite qui en sort peu mais qui est très réactive que d’avoir une boite qui va sortir plein de bouquins puis qui va presque m’engueuler, moi, parce qu’ils les mettent au pilon vu qu’ils se sont gourés ou qu’ils n’ont pas fait leur boulot.

Fin de la première partie de l'interview.

13/11/2013

Interview de Benoit Blary pour Sigurd et Vigdis.

Je vous propose une interview du jeune et prometteur dessinateur Benoit Blary pour la sortie du tome 2 de Sigurd et Vigdis au Lombard.

 

9782803633234-couv-I325x456.jpgSigurd et Vigdis se sont rencontrés et enfuis à la tête d'une petite troupe. A présent qu'ils ont conquis leur liberté, à condition d'exercer cette dernière en direction de l'Est, il leur faut affronter le plus terrible des adversaires : l'hiver. Ils ignorent encore que certains n'ont pas digéré leur idylle. Mais qu'importe : les amants maudits sont prêts à écrire leur légende en lettres de sang !

Et maintenant place à l’itw !

 

 

1-SambaBD-Avant de parler de Sigurd et Vigdis, peux-tu nous parler de ton parcours professionnel jusqu’ici ?

AVT_Benoit-Blary_3750.jpegBenoit Blary-Suite à mes études à l’Institut St-Luc à Bruxelles, j’ai travaillé en tant qu’illustrateur et ai réalisé du storyboard pour des courts et moyens métrages, des clips et documentaires. Parallèlement à ceci, je montais divers projets de bande-dessinée et les membres de l’Atelier 510ttc, à Reims, à qui je venais montrer mon travail régulièrement m’ont gentiment proposé d’intégrer leurs rangs. J’ai signé mon premier album au Lombard, avec Hervé Loiselet, quelques-temps après. 

2-Ton trait que je qualifierais de « crayonné à l’aquarelle » est très caractéristique, comment procèdes tu pour réaliser une planche ? As-tu constaté une évolution dans ton style par exemple par rapport à 20 ans de guerre ?

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Je commence par un storyboard en format proche du A5 que j’agrandi ensuite aux dimensions de la planche pour le reprendre à la table lumineuse, pour la préparation de la page. Je précise ensuite le dessin, sans le finaliser, pour essayer de garder un peu de vie et de dynamisme lors de l’étape suivante de « l’encrage » au stylo-bille noir. Puis je termine en appliquant l’aquarelle. Le tout étant sur la même feuille comme il se doit pour une technique à la couleur directe classique.

J’espère avoir évolué depuis mon premier album qu’est « 20 ans de guerre ». La technique en elle-même n’a pas changée, pour l’instant, stylo-bille et aquarelle, mais je m’efforce d’être plus efficace dans le dessin et l’application de la couleur, en synthétisant, en jouant sur les ambiances, etc.

 

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3- Comment se passe une rencontre entre Benoît Blary et Hervé Loiselet ? Te mêles tu aussi du scénario ?

Hervé et moi ne nous rencontrons physiquement que très rarement. L’essentiel du travailsigurd-et-vigdis-portfolio-benoit-blary-3481-l215-h315-c.jpg se fait par email. Nous avons une passion commune pour l’Histoire et divers sujets qui rend notre collaboration agréable. 
 
Je n’interviens pas sur le scénario. Hervé me le transmet sous forme de découpage écrit, à partir duquel je fais le storyboard. Je ne modifie pas les dialogues et le découpage d’ensemble de l’album, des séquences, bien entendu, mais j’ai la chance d’avoir une certaine liberté pour la mise en scène dans les pages, les cases. Je peux ajouter ou retirer une case si je l’estime nécessaire, choisir les angles de vues, etc,. Cette étape du storyboard me plaît beaucoup, me permet de m’immerger dans l’histoire. Je procède ainsi sur mon autre série, « Virginia », avec Séverine Gauthier.

4-Qui est le plus passionné de la période viking  toi au Hervé? Quelle est la partie « véridique » dans Sigurd et Vigdis ?


sigurd et vigdis,blary,loiselet,vikings,aventures,le lombard,interviewNous n’avons jamais fait de concours pour savoir qui est le plus passionné par le sujet… Je lui demanderai combien il possède livres traitant des vikings. Si il en a plus que moi on pourra dire que c’est lui le plus passionné ! En tout cas c’est un sujet qui nous intéressait tout les deux depuis de nombreuses années. Et nous intéresse encore.

Hormis le fond (vêtements, armes, architecture, coutumes, etc. Sans prétendre être parfait non plus) il n’y a pas de volonté d’être véridique, au sens historique du terme, dans cette BD. C’est avant tout un récit d’aventures ancré dans un environnement passé. Il y a des bouts de « vérité » ici ou là pour rendre l’univers crédible (du moins l’espérons-nous) mais c’est tout.  Hervé va peut-être bondir en lisant cela mais c’est ainsi que je le vois !

  

5-Il me semble que les aventures de Sigurd et Vigdis vont nous mener bien loin, des grands explorateurs ces vikings ? En combien de tome S & V ?

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Le projet fut signé en deux tomes, mais Hervé à effectivement pensé son récit dès le départ comme une grande saga pouvant conduire nos personnages dans des contrées (très) lointaines. Sait-on jamais, les dieux leur permettront peut-être de poursuivre leurs aventures.

 

 

6-Il me semble que tu as particulièrement fait attention aux habits et aux apparats portés  par tes personnages.

 

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Oui, c’est un point qui m’intéresse, qui permet de parfaire sa culture, qui donne du corps aux images, et qui aide (je l’espère) à se plonger dans l’univers décrit. Hervé aussi accorde de l’importance à ceci et me fournit parfois de la doc sur certains points. Mais ce n’est pas pour autant historiquement juste à chaque fois même si j’essaie de le faire avec sérieux, n’ayant ni le temps ni les connaissances historiques approfondies permettant d’être infaillible. Et comme je l’ai dit plus haut, c’est un récit d’aventures et non un traité d’historien.

7- Ça ne doit pas être évident de se documenter sur cette période assez obscure? 

Il  y a de nombreux livres sérieux traitant des vikings et on peut accéder à des photos de pièces de musées sur le net. En recoupant les sources on obtient pas mal de choses.

8- Quittons Sigurd et Vigdis , es-tu aussi un lecteur de BD ? Tes coups cœurs ?

BigFootDumontheuil3_09062008_224343.jpgOui, je lis de la BD bien que je sois plus souvent plongé dans des Couv_198620.jpgromans, des livres sur les musiciens, etc. En BD, j’ai découvert dernièrement « Big Foot » de Nicolas Dumontheuil que j’ai beaucoup aimé, tant au niveau graphique que du scénario. Il faudra d’ailleurs que je lise le roman dont c’est adapté. Sinon, dans les réelles nouveautés je citerai « Battling Boy » de Paul Pope, qui est un auteur que j’apprécie depuis longtemps.

9-Tes ambitions pour le futur ? Déjà d’autres projets en tête ?

Pouvoir continuer à raconter en bande-dessinée  des histoires me plaisant. 

9782203047808.jpgConcernant les projets, je travaille actuellement sur le tome 02 de « Virginia » chez Casterman et scénarisé par Séverine Gauthier ainsi que sur des dessins pour la seconde saison de la série documentaire « Sur nos traces » diffusée sur Arte. Et j’ai d’autres projets en préparation mais rien dont je puisse parler pour l’instant.

10-le bonheur pour Benoit Blary , c’est ….

 Vaste question… Le fait que mon entourage, famille et amis, se porte bien y est pour beaucoup, en règle générale.

Voilà, c’est fini.

 

Un grand merci à Benoit  pour sa disponibilité et sa rapidité.

On lui souhaite que du bon pour le futur.

 

Samba.


Vous voulez gagner cette série ?

 SambaBD lance un concours pour gagner un lot des 2 tomes de cette série et un autre tome 1. Comment faire ? Laissez simplement  un commentaire en dessous de cette interview et s’inscrire à la newsletter.

Le concours court jusqu’au 31 novembre.

Bonne chance à tous.

20/09/2013

Interview de Gabriel Lopez (Dessinateur de Isabellae).

Mais avant quelques mots sur Isabellae dont le tome 2 vient de sortir chez le Lombard récemment .

isabellae.jpgSa chevelure rousse tranche avec le Japon médiéval au sein duquel elle évolue... mais pas autant que ses sabres affûtés  Fille d'une sorcière irlandaise et d'un grand samouraï, Isabellae voyage à la recherche de sa sœur disparue. A ses côtés, le fantôme de son père, et quelques compagnons d'infortune. Cherchant à retrouver son passé pour mieux l'exorciser, elle fait pleuvoir une pluie de sang dans son sillage...

 

Premier cycle en trois tome

Place à l’interview de l’espagnol Gabriel Lopez dit Gabor 

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J’ai lu qu’avant « Greenworld » (ta première BD), tu avais travaillé dans l’animation (Cédric-Agrippine-Astérix). Peux-tu nous expliquer ce changement et ce que l’animation t’a apporté dans la réalisation d'une BD ? 

Depuis toujours, je lis et dessine des BD. Cela peut sembler étrange, mais depuis l'enfance, mon rêve, mon objectif a consisté à devenir un auteur de BD. 

Mon passage dans l'animation a été la conséquence d'un heureux accident. J'y ai appris la plupart des choses qui me sont utiles aujourd'hui, notamment en côtoyant de grands artistes qui m'ont énormément apporté. 

Le moment où tout a basculé coïncide avec l'essor de l'animation en images de synthèse. Cela signifiait dessiner moins et devoir travailler avec des logiciels de 3D, ce qui me séduisait nettement moins. 

À cette époque, j'étais en relation avec François Debois, et l'opportunité de pouvoirGreenWorld1_29092007_185942.jpg publier Greenworld chez Soleil s'est heureusement présentée. 

Je conserve de l'animation un certain sens des responsabilités lors de l’élaboration d'un projet artistique, une meilleure aptitude à raconter une histoire, et une fluidité dans la narration. 

L'animation et la bande dessinée ont beau être deux médias distincts, il existe un lien fort entre eux. 

 

Comment est née Isabellae ? 

Gabor-raule.jpegIsabellae est née de mois d'échanges avec Raule. Après quelques idées qui n'ont finalement pas été retenues, nous sommes arrivés au personnage actuel et à ses aventures. 

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Dans Isabellae, on retrouve de nombreux genres : l’aventure, le combat au sabre, du fantastique, du dépaysement, du gore, de l’amour… c’est ce mélange qui t’a attiré dans cette série ? 

C'est une combinaison de tout ce que nous apprécions. Je veux dire qu'Isabellae est née au fur et à mesure de discussions sur les histoires que nous aimions voir ou lire. Et l'aventure, les combats au sabre, le fantastique, le type de décors, le gore, l'amour... tous ces ingrédients en faisaient partie. 

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Il y a une scène dans ce tome 2 qui m’a marquée : celle où l’on voit la jonque naviguer entre des noyés. Peux-tu nous expliquer comment tu as créé cette scène ? 

Et bien, il s'agit d'un type de scène couramment utilisé par le cinéma, dans le but de choquer ou d'impressionner le spectateur, dans notre cas le lecteur. La séquence m'a pris quasiment une semaine complète, mais nous étions très satisfaits du résultat, et je suis heureux de constater qu'elle remplit son office auprès des lecteurs ! 

 

Toi qui es dans le secret des dieux, comment séduire Isabellae ? 

Il ne vaut mieux pas, du moins si tu apprécies la vie… Méfie-toi d'elle. Elle est aux commandes ! :) 

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Les couleurs jouent un grand rôle surtout pour bien situer les époques. Tu peux nous en dire plus sur la manière dont tu procèdes ? 

Le contraste entre les différentes couleurs de l'album est traité avec beaucoup d’attention, en fonction de ce qui se produit sur chaque planche. C’est presque de la musique. Et, dans la mesure où la BD ne dispose pas de piste son pour accompagner le déroulement de l’histoire, l’idée consiste à utiliser des palettes de couleurs afin d’accentuer les différents sentiments des personnages, l’action, la violence… C’est un peu compliqué à expliquer, mais c’est ce qui m’aide à choisir les couleurs. 

 

Deux questions plus générales. Comment expliques-tu qu’il y ait tant de « bons » dessinateurs espagnols ? 

Je ne sais pas ! Haha ! Peut-être est-ce dû à la qualité de l'eau qu'ils consomment ? Plus sérieusement, depuis des siècles, l’Espagne entretient une tradition de grands artistes. Je crois que cet amour de l'art perdure, et qu'il s'exprime particulièrement dans cette génération d'auteurs - issue des années 80 à 2000 - aujourd'hui à l'œuvre dans la bande dessinée, avec un certain succès, je pense. 

 

Comment se porte le marché espagnol de la BD ? 

On y trouve beaucoup d'auteurs talentueux, beaucoup de rééditions, moins de productions locales destinées au seul marché espagnol et moins de lecteurs que nous le souhaiterions, mais, petit à petit, la situation commence à changer. Je suis plutôt optimiste. 

 

Et enfin, Gabor (Madrid) et Raule (Barcelone), ça doit être chaud lors d’un « classico » ? 

Désolé, mais je n'aime pas le football, alors il ne se passe rien. J'ai d'autres centres d'intérêt.

 

Voilà, un grand merci à Gabriel pour avoir répondu à mes questions et à JMC pour la traduction.

 

A bientôt pour le tome 3 d’Isabellae.
Samba. 

 

Écrit par Samba dans Actualité, Portrait. | Commentaires (1) | Tags : gabor, isabellae, le lombard, interview |  Facebook | |