23/10/2013

« SARAH, les démons de Little Valley »

 Sarah3.jpgSarah3r.jpgsérie terminée (3 tomes), éditions Humanos 2013 (dessin : Stefano Raffaele et scénario : Christophe Bec). 

  Résumé : 

Partie rejoindre son mari David en Pennsylvanie - à Salamanca, une ancienne petite ville minière -, Sarah est une jeune femme meurtrie qui cache un lourd passé. Qui plus est, une voix étrange et familière lui parle dans sa tête et commente ses découvertes : il se passe de « vilaines choses à Salamanca, de très vilaines choses », des meurtres y sont commis et les habitants cachent de terribles secrets. Mais ce sera peut-être pour Sarah une occasion d’affronter ses démons, au propre comme au figuré... ? Car la personne responsable de l’état dépressif de Sarah est sur ses traces ! « L’homme aux bottes jaunes... » comme on l’appelle, ou encore « Le jardinier ». Et ces autres traces, entre l’homme et l’animal, quelles sont-elles ? D’où viennent-elles ?... Salamanca n’est décidément pas le coin tranquille pour se remettre d’une dépression... Non, vraiment pas. 

  

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Mon avis : 

Le premier tome m’avait emballé avec son ambiance qui montait crescendo. Le deuxième faisait plus série b mais toujours agréable et annonçait une suite prometteuse et surtout plus explicative. Hélas, et même si le dessin de Stefano est superbe comme à l’accoutumée (voyez les pages se déroulant de nuit et celles de la fin d’album, parmi les plus jolies qu’il ait réalisées), la conclusion - paradoxalement - m’a fort déçu. 

Pourtant, cela partait bien, très bien même, et chaque énigme/ scène des deux autres albums trouve sa raison d’être, mais la fin arrive sans prévenir et pour le coup je trouve qu’elle gâche la bonne impression qui se dégageait jusque-là. J’ai pensé (peut-être à tort) que Bec ne savait plus quoi faire avec ses personnages (pas d’autres cycles en vue alors qu’avant les revirements éditoriaux, un deuxième était annoncé...), donc on les précipite dans un flot de sang et le tour est joué. Rideau baissé... J’ai trouvé çà limite injuste, pas très abouti, après tout le mystère des débuts, tous ces fils qui s’entrecroisaient de façon (presque) convaincante. « Presque » car l’origine des Thérias, de cette « guerre » entre eux et les humains reste bien mystérieuse. On devine qu’ils veulent garder leur liberté, mais d’où viennent-ils ? Surtout que certains ont apparemment des « sentiments » ? 

En comparaison, Pandémonium (autre série de Bec) me paraît mieux équilibré. Elle faisait honneur à son sujet, avec une fin tragique mais logique. 

  

 

J’ai relevé quelques erreurs dans le lettrage aussi. « Sarah Westmore » est indiqué plusieurs fois alors que ce nom est celui du voisin, pas de Sarah... Quand on fait le lettrage, on n’est pas censé connaître un peu les personnages et l’histoire ? Pas très sérieux. 

  

 

La série dans son ensemble mérite donc un bon 8/10 (dessin top et histoire satisfaisante, avec un dernier tome bien dense), mais cette fin... Je suis très réservé sur ce tome trois au point que je me demande même ce que les lecteurs/lectrices en penseront. 

  

 

Nicolas 

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05/06/2013

Le bois des vierges (tome 1 à 3)

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Résumé : 

Suite à un pacte rompu et au meurtre du fils d’un seigneur-loup, une guerre se redessine entre les bêtes et les hommes. La principale responsable du massacre, quant à elle, se réfugie dans un bois ensorcelé où, dit-on, seule une vierge peut survivre... La guerre détruisant tout sur son passage (richesses, vivres, nature, population), chaque partie essaie de trouver une solution efficace au conflit... La plus sérieuse vient des hommes et d’un noble chevalier, Hugo, chargé de la mettre en œuvre : il s’agit de négocier avec un homme hybride, moitié loup, jadis épris de la malheureuse qui a rejeté en premier la bête… Alors, le pardon (grâce à l’amour) pourra-t-il naître enfin ? Au-delà de l’égocentrisme, de la bêtise, de la lâcheté, de la vengeance ? Seul cet homme torturé entre ses deux côtés le peut : « Seigneur-Clam »… et les lois du hasard, qui font qu’un pardon - parfois - peut avoir lieu malgré les différences, la peau ou le poil. Comprendre que l’homme est à l’intérieur de la bête et inversement… 

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Mon avis (à chaud, car première lecture) : 

  

 

Je sais que Samba a déjà rédigé une chronique mais je voulais à mon tour rajouter quelques mots sur cette excellente série, qui m’a enchanté depuis le tout début (2008). 

  

 

Bien sûr, ce qui frappe d’emblée c’est le dessin de Béatrice, d’une puissance évocatrice rare. Les couleurs plus chaudes sur ce 3ème album m’ont vraiment plu. Cela donne un p’tit goût d’automne et d’apaisement après les déchirures passées, la guerre et les combats sans issue. Par ailleurs, son style, proche de l’illustration, n’enlève rien au rythme qui se dégage des scènes. On voit défiler les pages sans peine, transporté comme dans un rêve éveillé… 

  

 

Et enfin, le récit, un art où Dufaux excelle. Ici, il faut toutefois noter le côté plus « plat » que sur les deux autres tomes. On a moins de surprises étant donné que la fin est déjà écrite : on sait depuis le tome 2 que la paix ne peut venir que par l’amour. L’amour de soi (notamment la part loup de Loup-Clam qu’il s’efforce encore d’éclipser au début du tome 3), l’amour de l’autre. 

  

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Un truc m’a un peu chiffonné quand même, mais rien qui n’enlève de la magie : on voit vers le début le prince des armures (le seigneur des hommes) réclamer ouvertement une paix (voir la scène avec le lynx). Et vers la fin de l’album, rechigner à pactiser… Certainement un sursaut d’orgueil (il s’agit d’un prince après tout), mais bon, pas très cohérent avec les palabres du début. En tout cas, çà m’a surpris. Quoique, la bête « habite » l’homme après tout !… J Ah oui, et le dieu « Pan » dont on ne parle plus… J’imagine qu’il a brûlé avec nombre de ses congénères ! 

  

 

  

 

En bref, ma note : 

  

 

Tome 1 : 9/10 (narration exemplaire sur cet album, qui donne furieusement envie d’en savoir plus) 

Tome 2 : 9,5/10 (pour le côté symbolique et sentimental, un plus pour moi) 

Tome 3 : 8/10 (fin un peu attendue mais une belle fin qui ne déçoit pas) 

  

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Soit 9/10, mérité pour cette belle série. Je relis bientôt ce 3ème tome, histoire de profiter davantage du beau dessin de Béatrice, au « calme », sans le mal des transports… 

  

 

Nicolas

 

25/09/2012

« Un peu de bois et d’acier »

un peu d'acier.jpgun peu.jpg (one-shot de 330 pages en noir et blanc, petit format), scénarisé et dessiné par Christophe Chabouté, éditeur Vents d’ouest.
 

Résumé : 
 

« Un peu de bois et d’acier » ou un banc dans un parc mais aussi un lieu hors du temps où des gens de tous bords, sans se connaître, se croisent...
Un clochard persécuté par un agent, une femme enceinte, un père, son jeune fils, une lectrice de Barbara Cartland, un petit chien sans collier et bien d’autres ... qu’ont-ils tant en commun ?
Eh bien ils sont passés devant, s’y sont assis... sans savoir que cet « objet » a une vie propre et un regard bien à lui !!
 

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« Secret garden »
 

Chabouté me surprend toujours. L’an passé, on avait droit à un ovni ; un album « diviseur » et pour ma part l’un de ses meilleurs. En 2012 il nous gratifie d’une « p’tite brique » (330 pages) et pas un seul mot à l’intérieur.
Autrement dit, c’est au lecteur d’imaginer les pensées des promeneurs. Et chapeau, parce qu’on ne voit pas le temps passer. De plus, çà évite les dialogues à rallonge, voire sans intérêt, qui plombent souvent une lecture.
 

Un_Peu_de_Bois_et_d_Acier_planche.jpgJe l’ai d’ailleurs lue dans le train complètement absorbé, c’est dire comme la narration est maîtrisée, sans baisse de rythme.
Chabouté comme d’habitude maîtrise : certaines scènes très expressives s’étirent sur quelques pages, puis un plan fixe sur ce banc comme une courte transition et paf !! Nous voici en automne, le temps de quelques feuilles ramassées... Puis en hiver et ainsi de suite.
Et ce bois qui observe les passants, leur regard parfois injustement accusateur, heureux ou triste.
Ce bois qui fait le « lien » entre tous et qui a besoin de soins, à l’image de ce personnel d’entretien.
 

Un vrai univers, et l’impression d’avoir promené un jour entier, font que je suis encore séduit par cet artiste !
De plus, vers la fin de l’album, on voit à quel point il ne laisse rien au hasard : les personnages (banc y compris) évoluent au fil du temps (ou plutôt des saisons) et leur destin peut s’avérer étrange, voire bien surprenant...
J’ai d’ailleurs trouvé quelques scènes particulièrement émouvantes : le jeune de banlieue se découvrant lecteur, l’agent de police qui pète un câble, l’homme qui n’arrête jamais... et bien d’autres. Des moments inoubliables parsèment cet album. De plus, c’est bien amené et laisse à réfléchir.
 

Alors vous me direz que son prix est cher pour une bd muette (jusqu’à 30 euros). Je suis d’accord. Mais perso’ j’ai eu de la chance : « seulement » 15 € !
 

C’est sûrement mon beau regard « acier » ou le vendeur qui « boit » trop ... Rigolant
 

Ma note globale : 9/10
Dessin et scénario : 9/10
Un excellent cru.

Nicolas.

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09/08/2012

« Saïgon-Hanoï »

saigon.jpgsaigon h.jpg de Cosey (Collection Air libre Dupuis, 1990). One-shot.
 

 

Résumé :
 

La nuit du 31 décembre 1990 quelque part dans le Colorado... Tandis que la neige tombe sans discontinuer un homme seul pénètre dans l’ancien chalet de ses parents.
Les couvertures spectrales recouvrent toujours les vieux fauteuils comme les flocons les routes du comté et Homer l’ancien soldat semble pensif...
Pour lui tenir compagnie, un reportage sur la guerre du Vietnam - ses vétérans revenant sur les lieux vingt après - mais c’est un coup de fil avec une gentille inconnue qui sera sa meilleure bougie éclairant le passé.
Une rencontre insolite où l’homme et la voix d’enfant, pas si éloignés l’un de l’autre, invite à réfléchir sur le sens profond de la vie, ses blessures comme ses joies...
 

Mon avis :
 

saigon v.jpgRelu par hasard, ce simple album de 48 pages touche toujours.
D’abord la narration est unique en son genre : une conversation téléphonique entre deux personnes ! De quoi ennuyer le lecteur me diriez-vous ?
Eh bien non. Les interrogations (via des dialogues pertinents de Cosey) et images du documentaire sont nombreuses et nous projettent dans la vie de deux êtres que tout - à priori - semble opposer : un vétéran de la guerre du Vietnam qui a perdu un compagnon d’armes et une enfant de onze ans. Avec une grande simplicité à la fois dans le trait et dans le verbe Cosey nous invite à assister à une amitié qui se crée petit à petit dans la confiance. L’ancien combattant racontant ses souvenirs et à la recherche d’une certaine innocence ; l’enfant trop mature pour son âge, pas vraiment à sa place, qui se cherche elle aussi... Ils ont beaucoup en commun. Beaucoup plus qu’on ne l’imagine.
En résulte un album grave et léger à la fois, presque comme un poème.
Une vague d’allégresse qui vous submerge et vous redonne le sourire le temps de brûler un petit cierge dans une église... Intemporel, même vingt après.
 

Ma note :
 

surprises.smileysmiley.com.8.2.gif. J’aurais aimé une petite rallonge de quelques pages supplémentaires tellement c’est beau.
Et mettre une note c’est foutrement abstrait je trouve pour un album tel que celui-ci. Autant noter un poème comme on pèse des patates...
 

Nicolas

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07/08/2012

« Karma Salsa » tome 1/3

Karma salsa1.jpgKarma salsa1p.jpg

 édité chez Dargaud, scénario : Callède & Charlot, dessin : Campoy (2012).
 

 



Résumé :

 

Ange est un ancien guerrier qui sort enfin de sa cage des Caraïbes.
Vingt années qu’il attend sa liberté ce cher « ange », soi-disant pour avoir buté un flic !...
Mais est-ce pour retrouver les gants et les flingues à la sortie ? Non, car Ange est devenu accro à la méditation, plus au pognon ni à l’alcool, ni même aux filles...
Reste qu’un magot est caché quelque part et les anciennes connaissances sont bien décidées à mettre la main dessus ! Bouddha pourra-t-il alors l’aider à se défendre, sans devoir pour cela faire gicler le sang ?
Pas sûr.
Surtout qu’une fille ayant ses yeux est « protégée » par un beau salaud, qui lui n’a rien d’un moine lévitant.
 

Mon avis :
 

Un album avec dessus le nom de Callède suscite toujours mon intérêt, alors j’ai lu ce premier album sans trop hésiter. J’avoue être déçu au final, même si dans le cadre du simple divertissement des masses, ça fonctionne.
 

Le dessin est superbe et c’est bien pour lui en définitive que j’ai lu cet album. Fred Campoy a un trait qu’on dirait taillé au sabre, ça gicle, ça éclate, ça en fout plein les yeux et les couleurs de Sutter donnent envie de dépaysement total tant on se croirait à Cuba, avec « havanes et p’tites créoles » (comme dirait l’un des protagonistes) !
 

Là où le bât blesse, c’est dans le manque d’originalité du récit. Jamais je n’ai été surpris. Pas même par la personnalité atypique du héros. Suis-je blasé à ce point ? Certes, les dialogues sont bien écrits et parfois assez drôles, même si empreints d’une certaine vulgarité chère aux nostalgiques de Scarface (merci P. Charlot), mais que de gros clichés dans cet album !
De plus il se lit très rapidement, voire trop (46 pages sur un rythme endiablé, mêlant musique noire - Charlot est d’ailleurs musicien - et bien sûr Salsa).
 

Une demi-déception donc, par rapport à la créativité d’une série comme Haute sécurité, abordant le même thème des prisons.
 

Comme Callède est en charge de l’histoire et Charlot des dialogues, j’imagine que la suite va davantage « surprendre », mais en ce qui me concerne autant l’emprunter quand je n’aurai que çà à lire.
Pour un même prix j’aurais aimé l’histoire bouclée et dans un plus petit format... Mais faut bien se payer des vacances j’imagine... euh, aux Caraïbes les vacances ?
 

Ma note :
 

Dessin : 8/10
Scénario : 7/10
Originalité du récit : 6/10
 

Soit : 7/10
 

Avant tout un très bon dessin et des dialogues savoureux, voilà ce que j’en retiens.

Nicolas.

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17/06/2012

Bunker 5, « Le mal des montagnes »

Bunker5.jpgBunker5p.jpg scénario de Christophe Bec/Stéphane Betbeder, dessin de Nicola Genzianella ; suite et fin de la série parue chez Dupuis (octobre 2006 - juin 2012).
 

Court résumé du tome 5 (pour les épisodes précédents il faut se référer à mon autre chronique, écrite en août 2011).
 

« Alors que la terre est sur le point de sombrer dans le chaos, que l’enfant sauveur et descendant des « Très-hauts » n’est pas encore né, un mince espoir de paix semble possible.
En effet, Anika Borodine, fille naturelle d’Antaras, est bien décidée à prendre la relève de son vrai père et à unifier les territoires du sud. Quant à Aleksi, après avoir réussi à « attendrir » Zoltan Velikic, il convainc ce dernier de reprendre la tête de l’empire et de pactiser avec leurs ennemis.
Las, dans l’ombre, une force mystérieuse continue de tirer les ficelles ; et la réduire au silence ne se fera pas sans de terribles sacrifices… L’homme a-t-il assez de foi et de courage pour affronter et surtout chasser ces forces obscures qui le dépassent ? Réponse dans les magnifiques pages de ce dernier tome… Le mal des montagnes ».
 

Mon avis :
 

Voici une série qui m’a enchanté jusqu’au bout. J’avais peur que ce dernier tome, bien qu’épais, soit trop court pour éclaircir toutes les questions, mais les scénaristes ont réussi leur pari : tout en conservant son aura « étrange », Bunker finit bel et bien, et pas sur une queue de poisson !
Le mal des montagnes est truffé de références aux albums précédents (et encore, « truffé » semble faible), par conséquent il vaut mieux relire le tout afin de bien comprendre. Des évènements du premier album ont d’ailleurs leur explication ici.
Pour ma part, je suis satisfait même si certains choix m’ont un peu surpris : l’évolution de Zoltan Velikic, personnage emblématique et classe, par exemple.
La série prend alors un tournant plus apaisé, plus humaniste et j’ai trouvé cet album particulièrement émouvant dans sa deuxième partie... Les rapports père/fils notamment, un thème cher dans Bunker où s’affrontent à la fois la création et la destruction, le clair et l’obscur...
Le dessin de Nicola est aussi dans la continuité. J’aime beaucoup ce style épuré, proche de l’esquisse. Les couleurs sont en outre magnifiques. Pour moi les plus belles de toute la série !
 

Alors voilà, je sais que certains ont trouvé la série difficile d’accès, mais je vous en prie : osez franchir le pas ! Relisez ! Les indices sont disséminés et c’est un vrai plaisir de relire des choses qu’on avait peut-être zappées !
 

Par ailleurs, la fin de la série m’a fait penser à ce film qui sort en ce moment au ciné, « Prométhéus ». Ceux qui ont lu me comprendront. Il y a bien sûr le mythe de Prométhée mais aussi une certaine page en fin d’album qui en dit long... Un poil roublards ces scénaristes !
 

Ma note : 9,5/10. Chaque tome est meilleur que le précédent, sauf peut-être le deuxième que j’aime un peu moins.
Aussi réussi et prenant que Pandémonium, l’autre série phare de Bec à mon goût.
 

Nicolas

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03/05/2012

« Cuervos »

cuervos.jpgCuervos4.jpg« Cuervos », de Richard Marazano et Michel Durand, série complète en quatre tomes parue aux éditions Glénat (2003/2006).
 

Résumé :
Joan, âgé de quelques années à peine, erre dans un bidonville à Medellin, Colombie. Vivant de petits trafics pour pouvoir survivre, souffrant de l’absence d’une véritable famille, il est bientôt approché par un homme bien sapé qui lui propose un marché. Entre cet homme au revolver si attirant et un autre qui lui voudrait aider Joan, un choix va s’imposer. Il ne sera pas sans conséquences, et ce pour tous les protagonistes de cette histoire d’ascension et de chute. Celle d’un gosse perdu entre rêves, cauchemars et réalité. Une descente aux enfers sous acide.
 

Mon avis :
Retour momentané aux chroniques pour le poète de service. Et pour l’occasion, une bande dessinée relue le temps d’un emprunt à la bibliothèque flambant neuve du boulot.
« Cuervos », c’est un peu le croisement entre Scarface (avec Al Pacino) et tous ces films plus ou moins récents mettant en scène des cartels, barons de la drogue, etc. Bien documenté, nerveux, noir, le scénario de Richard Marazano ne laisse aucun répit.
Le tome un, « Le contrat », laisse entrevoir une mince possibilité de repentir, mais non : l’homme reste un loup (ou plutôt un « cuervo », corbeau) et c’est cet aspect qui domine tout au long du récit. A l’image de cette « montre message » offerte à Joan au tout début de son ascension et qui va lui retomber sur la figure vers la fin de sa vie...
Parce que rien ne change pour les dealers, sicaires et autres tueurs, excepté les têtes qui les gouvernent. La dure loi des cartels. Ou la dure loi tout court qui règne à Medellin !...
La lecture est donc intense, bien soutenue par Michel Durand qui possède une belle maîtrise du cadrage, limite novatrice. Son style lui me paraît assez proche du croquis : peu de détails (excepté les décors de Medellin, saisissants avec ce beau bleu nocturne !) et des visages taillés au couteau. Cuervos va vite, très vite. Malgré, il faut le noter, une petite baisse de rythme dans le troisième tome, plus « magouilles et politique », enfin c’est mon avis.
 

Ma note :
1er tome : 8/10
2ème : 7,5/10
3ème : 6/10
4ème : 8/10 (du même niveau que le 1er pour moi)
Soit 7,3 de moyenne. J’arrondis à 8 car malgré sa noirceur et son désenchantement clair cette série vaut la peine d’être lue.
Attention : certaines scènes sont très crues, très réalistes. Voir un petit enfant manier des revolvers comme des jouets est choquant, mais c’est le parti pris des auteurs de ne faire aucune concession dans leur oeuvre.
 

A noter aussi qu’une petite intégrale est sortie, mais j’en déconseillerais la lecture, sauf si vous possédez des lunettes 3D (rires) : vraiment difficile à lire et on passe à côté de plein de choses. Allez, on va demander au réal’ d’Avatar et de Titanic d’arranger çà !...
 

Nicolas

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23/01/2012

« Sanctuaire » l’intégrale des 3 tomes

sanctuaire.jpgSanctuaire2p.jpg par Christophe Bec et Xavier Dorison, paru aux éditions Humanoïdes associés (2011).
 

Résumé :
 

Juin 2029, mer méditerranée, un sous-marin nucléaire américain dernière génération, le « USS Nebraska » dirigé par le commandant David Hamish, longe les côtes de la Syrie avec laquelle son propre pays est au bord de la guerre... Une situation sensible aggravée par l’état dépressif d’Hamish et la découverte d’un sanctuaire babylonien perdu dans les abysses ; et semblant receler bien des mystères...
Mystères que le commandant et son équipage devront bientôt affronter, à l’instar de leurs propres démons, car le mal qui rôde dans ces eaux troubles est séculaire et pire que la mort elle-même !...
 

Mon avis :
 

A l’occasion d’une jolie réédition de l’intégrale, commandée pour un ami, je me suis mis doucement à la relecture de ce récit, lu une première fois il y a de çà des années...
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’ambiance désespérée qui émane à la fois du scénario et du dessin. On nage en plein huis clos, en plein « délire », terrorisé à la fois par des décors sombres avec très peu de lumière, et les légendes terribles liées au fameux sanctuaire.
A ce niveau, c’est complètement réussi : l’oppression est palpable au fil des pages et on a peur car on se sent perdu, au bout du rouleau, comme les personnages du sous-marin... Mais qui dit huis clos maritime, dit aussi lenteur et manque de rythme. Une faiblesse pardonnable quand on sait que l’essentiel de l’action se passe dans une machinerie aquatique ou bien dans un temple... Je me souviens que le film « Abyss » de James Cameron (que j’adore) souffrait aussi du même problème mais compensait cette lenteur par une analyse plus fine des personnages et une ambiance de fin du monde vraiment très crédible.
Ici, on est plus proche d’une série b bourrée de testostérone (aucun personnage féminin) ; même si certaines scènes semblent fortement tirées du film que je viens de citer ! (Voir la scène avec le DSRV piloté par un militaire névrosé, à la fin du 2ème tome, par exemple).
 

Bref, un livre à lire surtout pour son ambiance torturée et ses dessins qui vous font perdre peu à peu tous vos repères. Certains critiquent d’ailleurs le fait que les visages se ressemblent assez, et c’est un peu vrai. Moi-même, en première lecture, çà m’a agacé. Mais il faut voir çà comme un « bonus », car dans l’obscurité après tout, face à un démon inquiétant qui vous en veut personnellement, ne pas savoir qui est assis à côté de soi, c’est… effrayant ! (Rires) Pour moi en tout cas çà a plutôt bien fonctionné, malgré, je le répète, une lenteur, un manque de rythme qui alourdit quelque peu la narration.
 

Ma note générale : 7/10
 

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Petit cadeau : un poème, écrit par moi il y a un petit temps et publié sur le blog du dessinateur.
 

 

Sanctuaire


Malgré le manque de vivres
Qu’une fleur aussi jolie
Sur une terre aussi aride
Puisse survivre à la nuit
C’est pour moi un mystère ;

Comme de décoder les codes
D’une ogive nucléaire
Et me réveiller malgré tout
Sur terre

Après un long coma sous la mer
Tout près de ce « dieu fou »
Un temps convoité par Hitler,
Suivi de ses pairs recouverts de rouille,
Eternels prisonniers de son sanctuaire
Que pour la dernière fois des pieds
Foulent.

Car avec mon fils-ma moitié au paradis
Et non en enfer,
Cet orphelinat où tous guérissent de la vie,
Plus jamais un corps traversé par le verre
Ou le fer vous serez, mais un esprit ;

Une fleur de lys délivrée des tourments
Infinis...

Nicolas.


09/11/2011

Under tome 2, « Goliath »

Under2.jpgUnder2p.jpg scénarisé par Christophe Bec, dessiné par Stefano Raffaele, et paru aux éditions du Lombard. Fin de diptyque (et « fin tout court »).
 
Mon résumé :
  Dans les égouts crasseux de Mégalopol,
On trouve de tout :
  Un Jéricho à la triste dégaine, ancien flic d’en haut
Chasseur d’araignées irakiennes et de leur reine
De plusieurs mètres de haut ;
  Des corps flottant sur l’eau avec de vilaines bébêtes
Sous la peau, voire complètement « carbos »,
Des crocodiles géants et des serpents super gros ;
  Ainsi que des « parias », organisés en « clans »
Dont certains pas très amicaux (même avec les rats)
Qui vous trouent la peau avant de vous laisser
Pour mort, au fond de l’eau…
  Mais certains pour votre bien vous en sortent de cette eau.
Et avec Jéricho et la « Sewer police » pour escorte
Vous débarrassent in fine les égouts des cloportes,
Ces araignées du désert aussi appelées
« Whites Ladies », dévoreuses de chairs mortes…
  Et aussi, en plus de pactiser avec un maire
Pas si débonnaire, aimant épier sous sa secrétaire,
A Mégalopol, ce qu’il ne faut surtout pas faire
C’est laisser votre fils traîner hors de l’école...
  Pour qu’il s’y rende intrigué et n’en sorte plus
De cet enfer sous coupole !...
 

Mon avis :
 
De retour après quelques mois d’abstinence (^^) et pour l’occasion, un résumé un peu poétique pour ce tome 2 dont les grosses différences avec le 1er sont une plus grande densité scénaristique et beaucoup d’action. En revanche, les fils narratifs sont ici plus nombreux et comme c’est un album qui clôt la série, même en 52 planches, on s’y sent un peu à l’étroit… Vous me direz : c’est peut-être que tout simplement les égouts m’oppressent ???… Certainement même !! Enfin voilà, j’ai trouvé ce tome un peu moins linéaire que le précédent. Par contre, niveau « explosions » et tripailles en tous genres, çà y va très sérieusement ! L’ami Bec maîtrise le genre fantastique/horreur avec brio et Stefano Raffaele, avec ses encrages hyperréalistes dignes d’un bon film style « Mimic » (qui se passait aussi dans les égouts), donne littéralement « corps » à toutes ces abominations ! L’araignée géante est à ce titre une pure merveille… et que dire de l’arrivée dans la « nurserie » des araignées ? Une belle horreur çà aussi ! Bref, on s’y sent presque comme chez soi dans cette bd ! (Rires) Comme quand on regardait un bon film de Carpenter à la TV, en plein Halloween… ça se perd de nos jours !
  Alors en fin de compte je préfère largement Bunker et Pandémonium du même Bec, plus ambitieuses à mon sens, mais Under est une digne série B qui ne démériterait pas à l’écran !
J’aurais tout de même aimé un tome en plus, histoire d’étoffer certains personnages ainsi que le background des parias, leur univers, relations, codes, etc. Mais la série se termine là et c’est ma foi pas plus mal… Marre des rallonges !
  Ma note : 8 au 1er, 7 au second, donc 7,5/10 pour la série. Une bonne note d’ensemble et un achat sans risque pour les amateurs de huis clos et d’arachnides ! Ici, des solifuges balancés dans les égouts et qui bénéficient d’un petit dossier en fin d’album, où on peut lire toutes les légendes qui courent (toujours) à leur sujet !
  Bon frisson
Nicolas
On en parle sur le forum.

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17/08/2011

« Dors, petite fille… »

dors petite fille.jpgdorspetitefillet.jpg Une bd scénarisée/dessinée par Sergio Bleda, et parue aux éditions Erko (mars 2003).
 

Mon résumé :
  Une nuit d’orage… Une petite fille autiste prénommée Christine se réveille en sueur. Elle a peur, tremble d’effroi. Un drôle de cauchemar pense-t-elle, cet enfant au regard sombre, comme surgi de nulle part… Finalement, elle décide d’ouvrir la porte de la chambre de ses parents adoptifs, peut-être pour leur demander de l’aide, réclamer un peu de réconfort ?... Horreur ! Ils sont morts tous les deux ! Une vraie boucherie. Que s’est-il donc passé ? Serait-ce elle la responsable ? Une fillette d’à peine quinze ans, avec un retard de croissance ?...
Juan, un obscur écrivain désireux de se faire connaître d’un prestigieux magazine, décide de mener l’enquête. D’autant que ce n’est pas la première fois qu’un tel phénomène se produit : la petite orpheline a déjà été adoptée à plusieurs reprises et tous et toutes ont subi le même sort. La même mort...
 
Mon avis :
  Autant le dire d’emblée : une sympathique petite série b sans prétention et découverte un peu par hasard. L’histoire n’est pas très originale, mais le dessinateur - Bleda, un espagnol - assure grâce à une narration dynamique tout le long et surtout via son dessin en couleurs directes, du plus bel effet. On se croirait presque dans un mauvais rêve, à chaque page tournée. Ici, il est question de revenants bien torturés et d’humains ne reculant devant rien, qu’un démon maléfique a jadis trompés. Juan et ses proches vont en prendre plein la tronche si bien qu’à la fin, on se dit « ouf ! », enfin terminé. Terminé, vraiment ? Mais il y a encore l’épilogue, comme dans tout bon film d’horreur...
Alors oui, ce n’est pas très original, mais on passe tout de même un beau moment. Juste le regret d’un mystère qui n’en est - très, trop vite ? - plus vraiment un, one-shot oblige... Mais la mise en scène est plutôt bonne (voir le passage à l’hôpital, assez flippant) et Bleda - dont je ne connaissais pas le travail avant - ne manque pas de style et de belles références (Poe, King, Lovecraft… et Graham Masterton ??? Le passage à l’hôpital, le miroir dans la maison, m’ont trop fait penser à l’un de ses diaboliques romans : « Le miroir de Satan »). Ces décors aussi sont particulièrement réussis, notamment la maison des véritables parents de la petite fille : on s’y croirait ! Un bémol cependant pour la physionomie des personnages, dont Juan et Emilio, qui se ressemblent un peu trop à mon goût, et ce dès le début. Un peu plus de distinctions physiques entre ces deux-là aurait été un plus pour ma lecture…
 
Ma note :
 
6,5/10, pas plus. Une bonne lecture, mais loin d’être un classique à mon humble avis. Une série comme « Dans la nuit » (de Callède & Denys, chez Delcourt), jouant dans le même registre et que certains critiques comparaissaient à cet album, est selon moi bien plus aboutie

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NICOLAS.