03/11/2017

Plus près de toi

plus près de toi.jpgplus près de toi t1.jpgScénario : Kris
Dessin : Fournier
Editeur : Aire Libre
Sortie : octobre 2017
66 pages.
Genre : guerre.

 

 

Le résumé.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale est déclarée, nombreux sont les hommes valides à être dépêchés en urgence pour servir la France ; parmi eux, Addi, séminariste sur le point de rentrer dans les ordres à Dakar. Contraint d'échanger sa robe contre l'uniforme militaire, le jeune Français sénégalais se confrontera à un tout autre monde, un champ de bataille où les hommes s'exécutent sans concession et où la moindre marque de douceur est une rareté. Aux côtés de son ami Ibrahim, Addi sera fait prisonnier, échappera à la mort, développera un réseau d'entraide pour les minorités étrangères.

« Aussi, je lève mon verre à ces instants rares qui réunissent les hommes de bonne volonté d’où qu’ils viennent ! »

Mon avis.
Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs,
Nous sommes aujourd’hui réunis dans ce lieu de débauche intellectuelle pour purifier ce blog. Rappelez-vous il n’y a pas si longtemps, on y parlait de K7 sacrificielle sans aucune retenue rédactionnelle. Honte et opprobre à ces pseudo-chroniqueurs d’opérette.
Louons le seigneur et chantons ensemble si vous le voulez bien.
« Plus près de toi, mon Dieu
J’aimerais reposer : Kris ressuscité c’est toi qui as créé cette BD avec Fournier.
Mon cœur est sans repos tant que je n’aurais pas le tome 2 de ce diptyque. »
Des tirailleurs sénégalais dans un camp de prisonniers en Bretagne, cela semble si improbable que j’en ai douté tout comme l’attitude plutôt « complaisante » de certains soldats allemands. Mais effectivement, il y a bien eu 8 à 12.000 soldats « noirs » détenus dans 3 grands camps en pays breton. Quant à l’attitude des soldats allemands, je suppose qu’ils n’étaient pas tous des nazis convaincus. Ces parenthèses de fraternisation sont d’ailleurs la seule lueur d’espoir dans ce cauchemar des années de guerre. Pour le moment, nos héros (bien fictifs eux) semblent s’en tirer « honorablement » mais Stalingrad arrive et les pires heures du nazisme sont encore à venir. Cette noirceur est aussi adoucie par le dessin très « Spirounesque » de Fournier (74 ans déjà !). Son style est maintenant connu voire archiconnu, je suis toujours amusé de constater que ces « têtes » sont soit hyper sympathiques ou alors complètement détestables en fonction des personnages. C’est très expressif en tout cas comme trait.
La lecture se fait également sans heurt grâce à une trame linéaire claire et précise.
Bref, un tome très prometteur et qui a le mérite de mettre en lumière le courage des soldats « coloniaux » qui se sont battus pour la France.

plus près de toi t.jpg



Sambanégal.
Inscrivez-vous à la newsletter.

Scenario_R_sf_txt_65px.jpg

 

Dessin_R_sf_txt_65px.jpg

 

Album_R_sf_txt_65px.jpg

a07-3e78901.gif

 

a07-3e78901.gif

 

a07-3e78901.gif

28/04/2016

Un maillot pour l'Algérie

un maillot pour l'algérie,kris,galic,rey,dupuis,aire libre,football,guerre d'algérie,indépendance,histoire,sport,910,042016un maillot pour l'algérie,kris,galic,rey,dupuis,aire libre,football,guerre d'algérie,indépendance,histoire,sport,910,042016Scénario : Kris et Bertrand Galic

Dessin : Javi Rey

Éditeur : Dupuis (Aire Libre)

118 pages

date de sortie : avril 2016

genre : Histoire, sport, documentaire

 

 

En 1958, à la veille de la Coupe du monde en Suède, douze footballeurs de Première Division quittent clandestinement la France et rejoignent les rangs du FLN. Nous sommes en pleine guerre d'Algérie et leur but est de créer la première équipe nationale algérienne de football et d'en faire l'ambassadrice de l'indépendance à travers le monde... Parcourant le monde souvent clandestinement, cette équipe de champions devenus des va-nu-pieds, devant parfois accomplir plusieurs milliers de kilomètres en minibus à travers le désert pour jouer un match, sans remplaçants, va accomplir exploit sur exploit au fil de plus de 80 matches. Ils s'appellent Zitouni, Arribi, Kermali, Mekhloufi... et ils sont devenus des légendes du sport.

 

un maillot pour l'algérie,kris,galic,rey,dupuis,aire libre,football,guerre d'algérie,indépendance,histoire,sport,910,042016

 

 

Il est des sujets plus délicats que d'autres à aborder. L'histoire de l'Algérie en fait partie tant celle-ci fut douloureusement liée à celle de la France de 1830 à 1962. L'Algérie a déjà été traitée en BD. Dans Les Carnets d'Orients de Ferrandez, dans le diptyque Azrayen de Giroud et Lax, ou encore dans la Chronique de la maison Le Quéant parue dans les années 80 et 90.

Sans tomber dans le prosélytisme facile, Bertrand Galic et Kris abordent dans cet album, l'indépendance de l'Algérie sous un angle nouveau et inédit en racontant un évènement fondateur non seulement du football Algérien mais aussi de l'identité Algérienne.

un maillot pour l'algérie,kris,galic,rey,dupuis,aire libre,football,guerre d'algérie,indépendance,histoire,sport,910,042016

Tout démarre en 1945 lors de la manifestation pour l'indépendance à Sétif qui s'est terminée dans un bain de sang et qui a donné lieu à une meurtrière répression des autorités Françaises pendant près d'un mois. Ces massacres de masse ont marqués les esprits de la population et notament les jeunes Rachid Mekhloufi, Amar Rouaï, Abdelhamid Kermali et leur ainé Mokhtar Arribi, tous originaires de Sétif et passionnés de football. Ils deviennent tous footballeur professionnel et évoluent dans les plus grands clubs du championnat de France. Rachid Mekhloufi est champion de France en 1957 avec l'AS Saint-Etienne, champion du monde militaire avec la France et titulaire dans l'équipe de France, promis à un bel avenir sous les couleurs des bleus. C'est dans ce contexte qu'en 1958, alors que la guerre fait rage en Algérie et que la coupe du monde en Suède se prépare, que 12 joueurs Algériens de Première division quittent clandestinement la France pour rejoindre les rangs du FLN.

un maillot pour l'algérie,kris,galic,rey,dupuis,aire libre,football,guerre d'algérie,indépendance,histoire,sport,910,042016

 

Organisée par le FLN, cette exfiltration à pour but de monter une équipe de foot Algérienne et de faire une tournée afin de promouvoir le mouvement indépendantiste du FLN et faire naitre un sentiment d'identité nationale. Le sport devient alors un formidable outil de propagande qui aura une influence certaine sur le cours des évènements.

un maillot pour l'algérie,kris,galic,rey,dupuis,aire libre,football,guerre d'algérie,indépendance,histoire,sport,910,042016

Bertrand Galic et Kris, amis d'enfance et tous deux passionnés d'Histoire et de foot, voulaient raconter une histoire avec comme toile de fond le sport. C'est un peu par hasard au gré de ses pérégrinations sur le net, que Bertrand Galic est tombé sur cette histoire méconnue du football et de l'Algérie. Ils racontent avec justesse et simplicité cette épopée rocambolesque en nous faisant vivre de l'intérieur la tournée politico-footbalistique de ces hommes qui ont sacrifié une belle carrière au nom de l'indépendance.

Cette aventure humaine extraordinaire où le sport joue avec l'Histoire est mise en image dans un style réaliste par Javi Rey. Ses scènes de match sont d'un réalisme saisissant et il réussit à y donner l'intensité indispensable pour les rendre vivantes grâce à d'habiles cadrages.

Une histoire fascinante à découvrir par tous les amoureux du ballon rond aussi bien que par les passionnés d'Histoire.

 

a09-3e78912.gif

 

 

 

 

Loubrun

un maillot pour l'algérie,kris,galic,rey,dupuis,aire libre,football,guerre d'algérie,indépendance,histoire,sport,910,042016

 

 

25/05/2015

Les esclaves oubliés de Tromelin.

Couv_243088.jpgles esclaves oubliés de Trombelin.jpgAuteurs : Savoia

Editeur : Dupuis (Aire Libre).

Sortie : 24 avril 2015.

Genre : récit historique (120 pages).

 

 

 

Le résumé.

L'île des Sables, un îlot perdu au milieu de l'océan Indien dont la terre la plus proche est à 500 kilomètres de là... À la fin du XVIIIe siècle, un navire y fait naufrage avec à son bord une "cargaison" d'esclaves malgaches. Les survivants construisent alors une embarcation de fortune. Seul l'équipage blanc peut y trouver place, abandonnant derrière lui une soixantaine d'esclaves.

Max Guérout, ancien officier de marine, créateur du Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), a monté plusieurs expéditions sous le patronage de l'UNESCO pour retrouver les traces du séjour des naufragés. Ses découvertes démontrent une fois de plus la capacité humaine à s'adapter et à survivre, en dépit de tout.

 

L'archéologue a invité le dessinateur à les rejoindre lors d'une expédition d'un mois sur Tromelin. De là est né ce livre : une bande dessinée qui entremêle le récit "à hauteur humaine" (on "voit" l'histoire du point de vue d'une jeune esclave, l'une des survivantes sauvées par le chevalier de Tromelin) avec le journal de bord d'une mission archéologique sur un îlot perdu de l'océan Indien.

« La vie est misérable ici, mais c’est quand même la vie ».

Tromelin_800.jpg

Mon avis.

Ce récit a de quoi interpeller et susciter pas mal d’intérêt pour en savoir plus. L’auteur nous propose de le suivre via une bande dessinée scindée en 2 époques : la survie « des esclaves malgaches » via le destin d’une jeune femme et les fouilles archéologiques contemporaines pour retrouver des traces de ce passage sur cette petite ile désolée.

Bien vite, je me rends compte que cette BD est copieuse et on est vraiment proche d’un documentaire surtout pour les fouilles. Le ton est aussi très narratif et j’en suis même venu à me demander où étaient les bulles par moment. Cette narration exigeante s’attaque aussi aux états d’âme des protagonistes passés ou présents mais sans jamais vraiment y réussir. C’est sans passion que j’ai tourné les pages. Il m’a manqué cette petite dose d’émotion qui aurait rendu cette BD aussi indispensable qu’un Lepage par exemple (Lune Blanche).

Le dessin fait penser à un carnet de voyage pour les recherches archéologiques et aux passagers du vent de François Bourgeon pour la partie « Koh Lanta ». On y ressent sans difficulté le caractère hostile de cette ile et son immense isolement. Un bon point donc.

Néanmoins, c’est avec un sentiment mitigé que je suis arrivé au carnet complémentaire qui explique cet interminable « sauvetage ». Je me suis dit qu’on aurait encore pu faire mieux vu le sujet assez incroyable qu’on avait là, quitte à extrapoler sur certaines situations.

A noter qu’une exposition partira de Nantes en octobre 2015 sur ce sujet.

 

 

a05-3e788c9.gifScénario 

a07-3e78901.gifDessin 

a06-3e788fc.gifGlobal 

Samba.

Inscrivez-vous à la newsletter.

 

10/12/2014

Retour au Kosovo

retour au kosovo couv.jpg1570_P9.jpgScénario : Gani Jakupi

Dessin : Jorge Gonzalez

Éditeur : Dupuis (Aire Libre)

115 pages

genre : chronique historique, carnet intime

 

 

 

 

"Partager cette histoire avec les autres me semble la meilleure manière de m'accorder l'oubli dont j'ai besoin"

 

 

 

Résumé (éditeur)

Il y a quinze ans, l'Europe était encore en guerre. À la fois proche et lointaine, la guerre civile du Kosovo a ravivé des doutes et des blessures qu'on croyait oubliés. Comment dire l'après, le déracinement, l'identité ?
Gani Jakupi, auteur, journaliste, compositeur, raconte les séparations et les douloureuses questions qui se posent quand les armes se taisent et que la vie doit reprendre ses droits. Jorge González, la révélation de "Chère Patagonie", met en images ce récit qui mêle l'Histoire et l'intime.

 

retour au kosovo,jakupi,gonzalez,dupuis,aire libre,kosovo,guerre,yougoslavie,serbes,albanais,histoire,témoignage

 

La guerre au Kosovo. Qui, dans nos contrées douillettes et confortables, se souvient 15 ans après de ce conflit qui a eu lieu à la périphérie de l'Europe ? J'en ai un souvenir curieux puisque les négociations entre les indépendantistes Kosovars et les Serbes se sont déroulées à Rambouillet à 50 km de Paris, ville ou j'habitais à l'époque. Je me souviens donc de la ville sous haute sécurité, des Albanais qui manifestaient dans la rue, des rencontres de Serbes et d'Albanais dans les bistrots, des journalistes du monde entier errant dans la ville. Et je me souviens que ces "négociations" ont échouées et qu'elles ont menées aux bombardements de l'OTAN. On sait aujourd'hui avec 15 ans de recul, que cette conférence de Rambouillet ne fut qu'une mascarade dont le texte comportait des conditions qui ne pouvaient qu'être inacceptables par les Serbes, donnant ainsi un bon prétexte à l'OTAN pour les mettre pieds de manière durable dans les Balkans. Mais ça, c'est une autre histoire.

 

Jakupi se souvient, lui aussi. A l'époque du conflit il vivait entre la France et l'Espagne tandis que toute sa famille était au Kosovo. Cette guerre civile a été courte et violente. Les bombardements de l'OTAN ont mis en déroute l'armée Serbe de Milosevic et un terme à leurs exactions. Gani Jakupi revient donc sur sa terre natale afin d'y réaliser un reportage pour un magazine, sans savoir si ses parents sont encore en vie. Finalement il les retrouvera, mais il découvrira une terre brûlée et apprendra l'assassinat d'une dizaine de membres de sa famille.

Se situant plus dans le registre du carnet de voyage ou du carnet intime que du documentaire et du reportage factuel, Jakupi nous livre avec retenue et pudeur ses émotions d'après conflit. Sans juger, il décrit simplement ce qu'il voit, les rencontres qu'il fait et les souvenirs qui refont surface. Quand on voit l'ampleur des dégâts matériels et psychologiques qu'a pu faire ce court conflit, on ne peut être qu'admiratif devant cette retenue.

 

retour au kosovo,jakupi,gonzalez,dupuis,aire libre,kosovo,guerre,yougoslavie,serbes,albanais,histoire,témoignage

 

La mise en image de ce récit est faite par Jorge Gonzalez (chère Patagonie). Difficile de nier le talent de cet auteur Argentin, mais les différentes techniques très artistiques qu'il utilise ici sont assez perturbantes et cohabitent mal avec la bande dessinée. Si les émotions et les ressentis sont très bien exprimés par des grandes cases aux couleurs sombres ou vives, où traits et textures se fondent, se mélangent créant des ambiances très pesantes, le reste du récit est illustré dans un style simpliste, voire naïf, donnant une impression d'inachevé. Ce parti pris graphique est assumé mais il est osé pour une bande dessinée, au risque de ne ravir que les aficionados de ce style, et de l'auteur.

J'avoue avoir eu beaucoup de mal avec ce dessin qui passe sans doute mieux en illustrations ou en peinture qu'en bande dessinée.

 

retour au kosovo,jakupi,gonzalez,dupuis,aire libre,kosovo,guerre,yougoslavie,serbes,albanais,histoire,témoignage

 

 

D'un abord assez difficile d'un point de vue graphique et narratif, ce témoignage à le mérite de nous montrer toute l'absurdité de ces conflits ethniques dont l'origine remonte souvent à la nuit des temps. Origines que les victimes, pour la plupart, ignorent totalement. Il a le mérite aussi de nous montrer à quel point certaines  revendications nationalistes peuvent avoir des conséquences désastreuses.

 

 a05-3e788c9.gif

 

Loubrun

 

le blog de Jorge Gonzalez

 

retour au kosovo,jakupi,gonzalez,dupuis,aire libre,kosovo,guerre,yougoslavie,serbes,albanais,histoire,témoignage

20/09/2014

PREVERT, INVENTEUR.

Prévert, Cailleaux, Bourhis, Dupuis, 09/2014Prévert, Cailleaux, bourhis, dupuis, 09/2014Dessin : Christian Cailleaux- Scénario : Hervé Bourhis

Editions Dupuis- Collection Aire Libre

Sortie 19/09/2014

72 pages –Cartonné- couleurs

Prix conseillé : 16,50 €

ISBN : 9782800162256

Biographie, Littérature, Prévert

 

Résumé (de l’éditeur) : Envoyé à 21 ans en Turquie pendant son service militaire, Jacques Prévert y fait la connaissance de Marcel Duhamel. De retour à Paris, ils s'installent dans le quartier de Montparnasse qui va devenir le cœur de l'avant-garde des années 1920. Entre petits boulots et fêtes enivrantes, Prévert fait la connaissance d'Aragon, Breton, Desnos, avec lesquels il écrit quelques-unes des plus belles pages du surréalisme. Mais la politisation de Breton ébranle le groupe d'amis. Viscéralement indépendant, Jacques Prévert prend ses distances vis-à-vis d'un mouvement avec lequel il ne va pas tarder à rompre et fait de nouvelles rencontres déterminantes, notamment avec Giacometti et Pierre Batcheff. S'ouvre alors pour lui une nouvelle carrière de scénariste.

« -Qu’est-ce que vous buvez, Desnos ? Je connais votre travail, vous savez. Je trouve ça dégueulasse. Positivement dégueulasse.»

 

Mon avis : Encore une biographie d’un grand auteur de la littérature française ! C’est à la mode mais il faut bien dire que souvent ils ont eu une vie atypique qui sort des sentiers battus, de la vie monotone de Monsieur tout-le-monde…Il faut bien dire qu’à part quelques poèmes, je ne connais rien de Prévert. Cet album m’a permis de mieux appréhender l’homme qui se cache derrière l’œuvre. Je me suis aussi rendu compte que le Prévert que l’on a connu sur la fin de sa vie, s’était fortement assagi par rapport à ses débuts entre 1920 et 1931.

En effet, les auteurs de cet album ont pu bénéficier du soutien de la famille de Jacques Prévert et ont eu accès à ses archives. C’est donc assez pointu comme narration. C’est d’autant plus remarquable que Prévert n’apparait pas toujours sous son meilleur jour. Prévert est un homme qui n’aime pas travailler et il le dit ! Il vit la plupart du temps aux crochets d’amis, il a une grande gueule, aime faire la bringue et sortir la nuit. Il a la répartie facile, fait beaucoup de jeux de mots, ce qui amuse la galerie mais lui vaut aussi parfois des problèmes, y compris avec la police. Bref, Prévert, c’est un pochtron, un glandeur qui va même par moment se retrouver à loger sous les ponts, à devoir vivre de peu. En fin de compte, il se mettra à l’écriture de poèmes plus par nécessité que vraiment d’envie au départ.

Il n’empêche que, après un service militaire à Constantinople, sa vie de bohème dans le quartier de Montparnasse va lui permettre de fréquenter l’avant-garde de l’époque. Il va fréquenter les surréalistes avant de couper les ponts et devenir poète et scénariste.

Au niveau du dessin de Cailleaux, pas de case, mais des illustrations commentées, des phylactères, posés sur une planche d’un seul tenant. Le dessin est plus stylisé que réaliste. Pourtant, ce dessin est détaillé et précis. On revit avec Prévert, par exemple au début de l’album, son service militaire à Constantinople, un poste de tout repos, dans une ville magnifique et fascinante. C’est Byzance ! Cela n’empêche pas quelques trouvailles graphiques comme le plan de la maison du 54, rue du Château à Paris. Cela ressemble parfois à un carnet de voyage. Le lecteur visite Montparnasse des années ‘20 comme un touriste visite La Turquie…A première vue, cela a l’air débridé mais la lecture au niveau graphique est très plaisante.

Pour le scénario de Bourhis, j’en ai déjà touché un mot. C’est très pointu. La narration fait un excellent résumé des étapes importantes dans le cheminement de Prévert. On ne rate aucune de ses rencontres importantes et il en a rencontré du monde et pas n’importe qui ! Les dialogues sont bien choisis et montrent la façon de penser, parler de Prévert, sa manière de triturer la langue française, ses jeux de mots. Le scénariste a su garder la bonne mesure pour que la lecture reste limpide, qu’on ne se lasse pas de la lecture par un texte trop long, trop lourd, ampoulé.

Il s’agit semble-t-il d’un premier tome mais cet album peut déjà se suffire à lui-même. La période abordée est très intéressante et moins bien connue de nos jours. J’ai découvert Prévert qui n’était pour moi qu’une icône aperçue de loin lors d’un cours sur la littérature française, au détour d’une page du dictionnaire Larousse. Très intéressant et bien réalisé.

 

Dessin :             8,0/10

Scénario :           8,0/10

Moyenne :           8,0/10

 

Lien vers le site internet de l’éditeur : ICI.

 

Capitol

 

Prévert, Cailleaux, bourhis, dupuis, 09/2014

 

05/09/2014

L’insurrection T1 : Avant l’orage.

Insurrection (L')1.jpgInsurrection (L')1e.jpgAuteurs : Gawron et Sowa.

Éditeur : Aire Libre.

Sortie : 29 aout 2014

Amour de guerre.

 

Alicja aime Edward, Krystyna va se marier... Ce serait un beau printemps si nous n'étions en 1944, à Varsovie, un an après l'écrasement du ghetto juif. La guerre va bientôt se terminer, mais personne ne le sait encore. Dans quelques semaines, quelques mois tout au plus, la résistance polonaise sera écrasée par les nazis, sans que les armées russes ne viennent à leur secours.

 

La mort rôde.

Dzień dobry à tous.

Bon, passer de la cité des esclaves au tome 1 de l’insurrection, j’ai connu des transitions de lecture nettement plus aisées.

Si vous connaissez un peu l’histoire de la deuxième guerre mondiale, on va droit vers la tragédie, il ne restera plus grand-chose de la ville de Varsovie après cet épisode.

Mais pour le moment  comme l’indique le titre, Avant l’orage, on a droit à un instantané sur une famille polonaise essayant de vivre sous l’occupation. Un peu d’amour pour espérer des lendemains meilleurs , un peu de débrouille , un peu de résistance et un peu de religion  pour croire à la fin du calvaire polonais . 

Le récit est assez doux-amer et joue sur les sentiments des personnages. Les mises en scène est parfois assez étonnante comme pour la mise en image de blagues sur l’occupant. Malgré cela, l’atmosphère reste très oppressante et pesante. La chape de plomb  n’est pas loin de nous tomber dessus.

Le dessin très « Sfarien » et la colorisation seront certainement un écueil à franchir pour certains mais ce début de diptyque a bien mérité sa place dans la collection Aire Libre.

Un petit verre de vodka devrait vous y aider !

 

a06-3e788fc.gifDessin

a06-3e788fc.gifScénario 

 a06-3e788fc.gifGlobal 

Samba

1.jpg

Inscrivez-vous à la newsletter.

 

07/07/2014

Rencontre sur la transsaharienne.

transsaharienne.jpgtranssaharienned.jpgAuteurs :Verdier/Christin

Editeur :Aire Libre

Sortie :03/2014.

Sur le sable.

 

Au même moment, en trois points du monde, des jeunes gens se préparent à partir. Pour Fanny, Nico et Lila, c'est le grand départ pour l'Afrique, où les attend une mission humanitaire ; Diop et Norbert quittent leur village africain pour une vie meilleure en Europe ou ailleurs ; Karim et Shafiq s'apprêtent quant à eux à prendre l'avion qui les mènera d'Arabie Saoudite au Sahara, où ils doivent participer à une chasse. Ils n'ont rien de commun, mais ils vont tous emprunter la Transsaharienne, cette route sans fin perdue au milieu du désert, étrangement propice aux rencontres les plus improbables. Dans cette zone imprécise et comme hors du temps, vont se nouer et se dénouer des liens entre des êtres que rien dans leur vie, leur parcours et leurs motivations ne prédisposait à se rencontrer. 

 

Carnet de voyage.

Cette BD, c’est d’abord un carnet de voyage pour l’Afrique. Fanny veut faire quelque chose « d’utile » dans sa vie alors quand deux de ces amis lui proposent un voyage humanitaire, elle saute sur l’occasion. Le problème, c’est que ce road movie est avant tout une aventure d’amateurs. Mais il sera aussi l’occasion de faire des rencontres, de croiser d’autres cultures .C’est un hymne à l’entre-aide avec une lueur d’humanité au milieu de nulle part.

On est bien loin des voyages intergalactiques de Valérian pour Christin. 

Le dessin semi réaliste de Verdier (Ultamate Agency) convient bien à ce style d’histoire. Dommage cette rigidité sur les scènes d’action.

 

Ce qui m’a un peu étonné avec ce récit, c’est l’accélération de la narration en fin de tome, comme si on devait boucler l’histoire précipitamment. En plus vu la fin, on s’attend logiquement à une suite donc cette accélération est d’autant plus étonnante.

Dommage aussi qu’on ne ressente pas plus le caractère de Fanny qui en a visiblement beaucoup mais qui reste calé dans les bulles.

Au final, un honnête road movie réaliste sans parti-pris plaisant à lire mais manquant par moment de charisme pour être totalement indispensable.

 

 

a07-3e78901.gifDessin 

a06-3e788fc.gifScénario

a06-3e788fc.gif Global 

Samba

rencontre sur la transsaharienne.jpg

 

 

Inscrivez-vous à la newsletter.

 

27/06/2014

La technique du périnée

la technique du perinée.jpgla tech.jpgAuteur : Ruppert et Mulot

Editeur : Aire libre.

Sortie :05/2014

 

Sexe V2.0

JH a rencontré une fille via l'appli de rencontres OKCupid. Elle s'appelle Sarah, mais il n'en sait pas davantage. Régulièrement, ils se connectent sur Skype et se font jouir mutuellement. Leurs échanges, brefs et solitaires, finissent par obséder JH, qui essaie de convaincre Sarah de dîner avec lui. S'instaure alors entre eux un étrange jeu de séduction qui ne dit pas son nom, mais qui va amener JH à relever le défi sexuel - ou d'abstinence sexuelle - que lui lance Sarah. Une variation libertine et contemporaine sur le thème de la séduction et de l'éclosion du sentiment amoureux à l'heure de l'hyperconnexion.

1 (1).jpg

Ejaculation narrative.

Lorsque Capitol m’a passé cette BD en me souhaitant bonne chance avec un sourire ironique pour réaliser ma chronique, je me doutais bien que la lecture devait être « spéciale ».

Mais bon, vu le sujet du sexe V2.0, j’allais certainement sortir de leur retraite maîtresse Christine & Samba style :

-Et bien mon Samba, tu as déchargé rapidement là, tu devrais essayer la technique du périnée.

-La quoi ?

-Bin, la technique qu’on explique dans cette BD qui consiste à jouir sans tout cracher dehors ! 

 

Et puis plus trop d’inspiration car difficile d’expliquer une masturbation artistique.

Ce qui m’étonne dans les avis postés sur le net, on ne parle quasiment jamais de la partie métaphorique ou de la performance artistique qui est pour moi complètement obscure. D’ accord qu’on y aborde le sexe d’une façon décomplexée avec des thèmes comme la hantise de la performance ou comme les rapports virtuels mais quand il faut un décodeur pour comprendre le sens de tout ça, moi j’ai du mal.

J’ai lu que Florent Ruppert et Jérôme Mulet sortent tous les deux des beaux arts, ça explique (peut-être) cette masturbation artistique et très intellectuelle de l’affaire. 

Il est très difficile de juger cette BD car d’un coté elle évite le piège du racolage et du sexe basique mais d’un autre coté, elle rate l’émotion et la sensualité. Le sexe est une préoccupation majeure mais il reste aussi un sujet hautement casse gueule.

Le dessin est lui dans la vaine « moderne », plus proche d’un Bastien Vivès que d’un Grenson si vous voyez ce que je veux dire, mais il a du charme. 

 

 

 

a07-3e78901.gifDessin 

a04-3e788e4.gifScénario

a05-3e788c9.gif Global 

Samba

la_technique_du_perinee_image1.jpg

Inscrivez-vous à la newsletter.

 

26/06/2014

Les larmes du seigneur afghan

Larmes du seigneur afghan (Les)1.jpgLarmes du seigneur afghan (Les)1s.jpgAuteur : Campi-Zabus-Bourgaux.

Editeur :Aire Libre

Sortie :05/2014

 

Mars 2010, 

la grand reporter Pascale Bourgaux part réaliser un documentaire sur un seigneur de guerre, dans un village du nord de l'Afghanistan où elle se rend régulièrement depuis dix ans. Compagnon d'armes de Massoud à l'orée de ce siècle, farouche adversaire des talibans et chef respecté, Mamour Hasan n'a pourtant pas connu de fonction gouvernementale à la hauteur de son engagement.

 

Contre toute attente, elle découvre que nombre de jeunes, notamment le fils du chef de la tribu, sont sur le point de basculer dans le camp taliban. Alors que le pays se débat dans une situation des plus confuses, entre guerre, luttes d'influence et corruption galopante, comment, dans ce bastion de la résistance anti-talibane, en est-on arrivé là ?

1.jpg

Envoyée spéciale

Loin des clichés et des discours politiques, cette bande dessinée nous fait découvrir la situation complexe d'un petit village afghan. Mais aussi le quotidien d'une grand reporter en pleine action, la façon dont le documentaire se construit de jour en jour, dans un pays où être une journaliste occidentale n'est pas sans danger.

campi,zabus,bourgaux,les larmes du seigneur afghan,aire libre, dupuis,7/10,05/2014,reportage,Pascale Bourgaux devrait vous dire quelque chose si vous suiviez les journaux télévisés de la RTBF lors de la guerre en Irak ou en Afghanistan. C’est en effet elle qu’on envoie pour couvrir les conflits les plus chauds. Une vraie envoyée spéciale et pas ceux d’opérette qu’on envoie pour faire du sensationnalisme. On ne peut qu’être admiratif devant un tel courage pour nous informer en toute objectivité. En plus, allez en Afghanistan en tant que femme, il faut en avoir !

Alors quelle bonne idée de choisir cette journaliste comme personnage centrale de cette BD  pour mieux nous faire comprendre la complexité de ce pays.

L’amateurisme de l’ONU, la corruption généralisée, le délabrement, la misère, les bavures sont au programme de ce one-shot . Et on n’est pas sorti de l’auberge mes amis !

C’est d’ailleurs ce qui a failli arriver à la journaliste qui, l’air de rien, a pris beaucoup decampi,zabus,bourgaux,les larmes du seigneur afghan,aire libre, dupuis,7/10,05/2014,reportage, risque pour ce périple.

Le dessin est plaisant à suivre, c’est surtout une belle invitation au voyage (par procuration bien entendu), l’immersion est convaincante. Un petit reproche néanmoins, la mise en page est un peu trop classique ou trop sage (souvent 8 cases identiques par page).On y aurait certainement gagné en dynamisme dans l’histoire.

 

Une BD qui aborde un sujet qui ne passionne pas les foules (on peut même parler d’indifférence)  mais qui en devient intéressante car bien expliquée et sans parti-pris.

 

Une BD bien dans l’air du temps où le 9e art se tourne de plus en plus vers des sujets de société ou de documentaire.

 

a06-3e788fc.gifDessin 

a07-3e78901.gifScénario

a07-3e78901.gif Global 

Samba

afab3e9707435d6b0888b566d7ad3ff8-1399622226.jpg

Inscrivez-vous à la newsletter.

06/06/2014

Magnum photos - Omaha beach, 6 juin 1944

omaha beach 6 juin 1944,magnum photos,capa,morvan,bertail,dupuis,aire libre,histoire,débarquement,guerre,reportage,photo,témoignageomaha beach 6 juin 1944,magnum photos,capa,morvan,bertail,dupuis,aire libre,histoire,débarquement,guerre,reportage,photo,témoignageScénario : Jean-david Morvan

Dessin : Dominique Bertail

Editeur : Dupuis / Magnum

Collection : Magnum Photos-Aire libre

 

date de sortie : 30 mai 2014

54 pages + 40 pages de suppléments (photos et biographie de Robert Capa)

genre : Historique, reportage

 

Le 6 juin 1944, Robert Capa, photo-reporter pour le magazine Life, est le seul photographe présent lors du débarquement à fouler le sable d'Omaha Beach. Participant aux opérations (il a lui même choisi de faire partie de la première vague d'assaut) il témoigne des faits au cœur de l'action.

C'est à lui que l'on doit cette photo un peu floue représentant un soldat allongé dans l'eau. Cette image mondialement connue nommée "the face in the surf" est devenue l'icône du débarquement. Ce soldat reflète à lui seul toute la détresse qu'ont dû ressentir les milliers d'hommes qui se sont lancés à l'assaut de la forteresse Europe sous un déluge de feu. Le ciel et la mer se confondent, tout n'est que chaos autour de lui, il est seul face à la mort.

Si cette photo raconte l'effroyable horreur de cette journée historique, elle ne nous dit rien du photographe plongé au cœur de l'enfer, de son histoire au moment précis où il a appuyé sur le déclencheur de son appareil. Et ce soldat allongé dans l'eau avec tout son barda, qu'est-il devenu ? Qui est-il ? S'en est-il sorti ? Que s'est-il dit quand il a vu ce type en face de lui, tournant le dos à la mitraille en train de le prendre en photo !

 omaha beach 6 juin 1944,magnum photos,capa,morvan,bertail,dupuis,aire libre,histoire,débarquement,guerre,reportage,photo,témoignage

 

Jean-David Morvan et Dominique Bertail répondent à toutes ces questions dans cette histoire saisissante. S'appuyant sur l'autobiographie de Robert Capa, Slighty out of focus, ils nous racontent à travers la genèse de la photo la plus emblématique de cette journée, le débarquement et les évènements qui le précèdent et le suivent.

On suit donc tout le cheminement du photographe, de sa photo et du sujet de la photo. Mais on suit aussi le cheminement de la centaine de photos prises par Capa pendant les combats jusqu'à leur développement dans les studios de Life. Ainsi, on y apprend comment, suite à un incident de séchage lors du développement, il ne restera que 11 photos exploitables, bien qu'un peu floues. On les appellera les "Magnificent Eleven", les 11 magnifiques. Sur ces 11 clichés, un négatif sera perdu immédiatement, laissant 10 images témoignant pour la postérité de cette première vague sanglante.

 

omaha beach 6 juin 1944,magnum photos,capa,morvan,bertail,dupuis,aire libre,histoire,débarquement,guerre,reportage,photo,témoignage

Cette histoire intense, réalisée en noir gris blanc dans un format à l'italienne rappelant le format des photos de Capa, rend un vibrant hommage au photo-reporter qui au péril de sa vie a témoigné des faits, immortalisant le courage de ces milliers de GI morts au nom de la liberté. Le dessin très évocateur de Dominique Bertail rend également un bel hommage aux immenses dessinateurs Américains des années 40 et 50 que furent Milton Caniff, Jack Davis ou Alex Toth, pour ne citer que les plus connus.

Coédité par Dupuis et l'agence Magnum - dont Robert Capa fut un des fondateurs – cet album inaugure la collection Magnum Photos-Aire Libre qui sera dédiée aux photos iconiques et aux grands reportages de la célèbre agence.

A l'occasion du 70ème anniversaire du débarquement, cet album offre un témoignage poignant et original où dessins et photos se côtoient de manière émouvante, nous livrant un autre regard sur cet évènement historique en particulier et sur le photojournalisme en général.

 

Ma note : 8,5/10

Loubrun

 

omaha beach 6 juin 1944,magnum photos,capa,morvan,bertail,dupuis,aire libre,histoire,débarquement,guerre,reportage,photo,témoignage