21/10/2016

Les éditions Sarbacane .

SambaBD vous propose de mieux connaître les éditions Sarbacane via une interview de son directeur éditorial : Frédéric Lavabre.

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Les éditions Sarbacane ont vu le jour en quelle année ?

En 2003 et les 1er BD en 2007.

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Et la philosophie générale de Sarbacane ?

Au départ, on était un éditeur roman jeunesse ou pour ado. Pour moi, la BD était un vieil ami très cher et j’avais envie de me lancer dans la BD jeunesse et adulte car la BD réunit 2 arts, l’art de l’image et l’art du texte.
Au départ on a fait essentiellement des BD jeunesses avec des auteurs qui sont maintenant devenus « des stars » comme par exemple Anouk Ricard et Marion Montaigne. Et puis petit à petit, on a reçu des projets qui sortaient du cadre, style roman graphique.

Vous sortez combien de titres par an ?

On édite une vingtaine de titre par année dont une dizaine en jeunesse et une autre dizaine en « graphique », ce qui est déjà raisonnable par rapport aux grosses maisons.
Il faut savoir aussi que je fais très attention au scénario, la porte d’entrée est bien sûr l’image mais je suis très sensible à la qualité narrative, au scénario, à la qualité des dialogues. Un peu comme au cinéma, c’est d’abord un bon scénario qui fait un bon film.

Comment choisissez-vous les BD proposées ?

C'est moi qui les choisis, qui travaille avec les auteurs, la relecture, le travail sur le scénario, le story-board.

Comment définiriez-vous le style Sarbacane ?

lavabre,sarbacane, interview,lavabre,sarbacane, interview,Du point vu visuel, c’est très varié mais j’aime quand un humain, un personnage avec un destin « fort » marque de son empreinte l’histoire réelle ou non. Dans la BD Peirera prétend, cela se passe au Portugal sous la dictature, pour Bibow Bradley dans l’Amérique profonde des années 60lavabre,sarbacane, interview,. Bref, cela peut être très différent mais ce qui m’intéresse ce sont des destins pris par une histoire plus grande que la leur.
Le lien, c’est en somme, des BD engagées avec une notion sociétale et historique. Mais on peut aussi trouver dans la BD de Pierre Henry Gomont une belle dose poésie par exemple.

Des projets pour la suite ?
De beaux projets dont une belle fiction qu’on va vous laissez découvrir mais avec pas mal de référence au cinéma.
L’air de rien, je fais pas mal de rapprochements avec le cinéma car je suis rentré dans la BD sans vraiment connaitre les auteurs, sans connaitre le milieu. J’avais donc une certaine fraîcheur mais pas de carnets d’adresse. On arrive sur un marché très structuré avec des libraires spécialisés, un peu naïf mais j’ai appris au fil de nos parutions. Maintenant, je sais que les auteurs regardent nos catalogues, les libraires et les journalistes nous font confiances. On reçoit actuellement beaucoup de projets et la difficulté c’est de garder une certaine exigence.


Et pour la distribution ?

Je suis bien distribué car c’est Flammarion. La difficulté vient surtout de trouver sa place à côté des blockbusters. Une stratégie par exemple pour Peirera est de sortir en août où il y moins de sorties et où on peut exister. On essaye aussi de bien travailler avec un lien de proximité avec les libraires en s’appuyant le plus possible sur eux pour faire connaitre nos titres.

Un bon tirage, c’est ?

Si je vends 5-6-7000 albums, je suis content. Aujourd’hui, scorer au-dessus de 10.000, c’est très très difficile.
Et j’essaye de tendre vers la BD « populaire » qui s’adresse à tout monde mais avec une certaine ambition un peu comme l’arabe du futur.

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Voilà, un grand merci à Frédéric Lavabre pour sa gentillesse et sa disponibilité et je vous invite déjà à visiter leur site pour faire connaissance avec leur catalogue et on attend avec impatience les premiers services de presse pour vous proposer les titres de cet éditeur enthousiaste et passionné.

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03/04/2015

Interview de Claire Fauvel pour une saison en Egypte.

Claire Fauvel a étudié l'illustration à l'école Estienne, puis le cinéma d'animation à la prestigieuse école des Gobelins à Paris. Après avoir travaillé un an comme décoratrice pour une série animée, elle s'est lancée dans la bande dessinée afin de raconter ses propres histoires. Une saison en Egypte est sa toute première bande dessinée.

Après la chronique parue ce matin , cette interview va nous permettre de mieux connaitre les rouages de cette histoire envoûtante mais aussi son auteure.

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Avant de commencer l’interview, peux-tu nous présenter ton parcours professionnel jusqu’ici ?

 

une saison en egypte,fauvel,interview,castermanJ'ai travaillé un an et demi pour une série animée (à la base, j'ai suivi une formation en cinéma d'animation à l'école des Gobelins), avant de me lancer dans la bande dessinée avec ce premier projet.

 

 

 

Comment est né « une saison en Egypte » ?

 J'ai toujours eu envie de faire de la bande dessinée. J'ai profité de mon temps libre pendant mon premier travail pour développer ce projet. L'histoire est inspirée de la rencontre entre 2 univers que j'aime énormément : d'une part la littérature romantique du 19ème siècle, et d'autre part la peinture orientaliste.

 

 

 

Comment as-tu fait pour amadouer un gros éditeur comme Casterman ?

 

J'ai été chanceuse. J'ai envoyé mon projet au hasard à tous les éditeurs dont je connaissais le nom, et j'ai eu une réponse positive de Casterman, je n'arrivais pas à y croire ! Je pense que j'ai eu une très grande chance de tomber sur une éditrice (Christine Cam) qui partageait la même sensibilité que moi.

 

 

Pourquoi l’Egypte, pas envie d’aller à Sotchi ?

 

L'Égypte, ça fait quand même plus rêver ! A l'époque, ce sont les tous débuts du tourisme (1er guides de voyage etc), et beaucoup de voyageurs sont attirés par l'Orient qui est encore peu connu, et véhicule beaucoup de fantasmes.

 

 

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Mais une autre Egypte, pas celle des pyramides ?

 

Ce n'est pas l'Égypte des pharaons qui m'intéressait, mais celle de la fin du 19ème une saison en egypte,fauvel,interview,castermansiècle et sa confrontation avec l'occident.

  

Une saison en Egypte, c’est aussi une recherche identitaire  qui finalement est toujours d’actualité ?

 

C'est le propre de tout voyage, et je pense que c'est en effet toujours d'actualité.

 

Sans oublier le romanesque, ta touche personnelle ?

 

Oui, j'avais envie d'une histoire pleine de péripéties, avec de l'amour, de l'aventure, et de l'exotisme.

  

L’âme russe est elle vraiment insondable ?

 

une saison en egypte,fauvel,interview,castermanPour moi en tout cas, elle l'est ! Ça me plaisait que le héros de la BD soit russe, c'est un clin d’œil aux personnages des romans de Tolstoï ou Dostoïevski qui sont souvent extrêmement torturés (et que j'adore!)

  

Tu as tout fait sur cet album de 180 pages, le scénario, le dessin, la colorisation. Une préférence pour  une de ces activités ?

 

Non je les aime toutes autant les unes que les autres, c'était toujours un plaisir d'entreprendre chaque nouvelle étape.

  

C’est combien d’heures de travail pour boucler cette BD ?

 

En tout j'y ai passé environ un an et demi après avoir écrit le scénario. Par moment je n'en voyais plus la fin!

 

 

Ce n’est pas un peu fou de se lancer dans le métier de la BD actuellement ?

 C'est assez facile de se lancer lorsqu'on est motivé, par contre je pense qu'il est difficile de parvenir à en vivre. Je suis peut être un peu folle d'espérer que ce sera le cas, mais je vais tout faire pour y arriver.

  

Es tu perfectionniste, as-tu souvent recommencé une case ?

 

Non, malheureusement, vu le grand nombre de pages, je ne pouvais pas me permettre de recommencer plusieurs fois une même case.

  

Tes modèles comme dessinateurs sont ?

 

Pour la BD, j'adore Blutch, Manuele Fior, Frederik Peeters, Bastien Vives... J'aime une saison en egypte,fauvel,interview,castermanaussi énormément le dessin de peintres comme Manet, Klimt, Toulouse Lautrec, Edvard Munch etc Et j'admire aussi de nombreux auteurs de manga pour leur talent narratif. D'ailleurs c'est difficile de dessiner avec tous ces modèles en tête, on se sent tout petit et très mauvais par rapport à eux, mais bon il faut bien se lancer!

  

Quelles sont tes points forts et ce que tu voudrais améliorer au point vue graphique ?

 

J'ai n'ai pas l'impression d'avoir de point fort, j'ai travaillé pour la mise en couleur dans le dessin animé donc c'est peut être ce que je fais avec le plus de facilité. Quant à ce que j'aimerais améliorer, c'est bien simple : tout !

 

Comment se sent une auteure une fois son bébé  sur les étals des libraires ?

Déjà je n'aime pas trop utiliser le terme "bébé" pour une bande dessinée, je trouve ça un peu triste, ça ne vaut pas un être de chair quand même ah ah ! Cela dit, c'est bien sûr un immense plaisir de voir son ouvrage terminé et visible par tous. Je suis pleine d'appréhension quand à la réception qu'on va lui faire, mais c'est superbe de voir enfin la concrétisation de plus d'un an de travail.

 

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Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

De pouvoir faire d'autres bandes dessinées !

 

Déjà un autre projet en cours ?

 J'ai un projet en cours, mais ce n'est pas encore sûr qu'il se fasse, advienne que pourra, je croise les doigts !

 

Merci pour l'interview en tout cas! :)

 

Un grand merci à Claire pour sa rapidité et son enthousiasme , nous la suivrons de près dans ses futurs travaux.

Samba.

05/12/2014

INTERVIEW D'ANTONIO LAPONE.

L’album « Adam Clarks » d’Antonio Lapone (dessin) et de Régis Hautière (scénario) est sorti en librairie. Il détonne dans le flot des nouveautés en cette fin d’année 2014.Un album qui sort résolument des sentiers battus et qui nous vaut son lot de surprises et d’émerveillements. Pour en savoir plus, Samba BD a posé quelques questions à Antonio Lapone, histoire de mieux comprendre la démarche des auteurs et de mieux comprendre leur travail sur cet album hors du commun !

 

 

Copyrights Antonio Lapone

 

 

Samba BD : Pouvez-vous me décrire en quelques lignes votre parcours professionnel ?

Antonio Lapone: Avant d'être un dessinateur BD, je suis graphiste publicitaire. J'ai fait mes études dans les années 80 à Turin, ma ville d'origine en Italie.

 

Samba BD : Vous êtes d’origine italienne, vous vivez en Belgique. S’agit-il d’un choix personnel ou simplement les aléas de la vie, de votre famille ? Votre travail professionnel en a-t-il été profondément influencé ?
 
Antonio Lapone: J'ai préféré venir m'installer en Belgique pour des raisons de cœur, je me suis marié en 2009. Et ensuite  parce que ici en Belgique c'est plus facile d'être près des maisons d'éditions et de la galerie qui expose mes originaux, la Galerie Champaka de Bruxelles.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

 

Samba BD : Vous maîtrisez très bien les codes de la ligne claire et du style « Atome ». Pourquoi avez-vous pris cette option graphique ? Etes-vous capable de faire d’autres styles de dessins comme le dessin réaliste ?

Antonio Lapone: Le style Atome, en Ligne Claire, c'est le style le plus proche de ma profession d'affichiste publicitaire. Je travaille beaucoup à mon storyboard. Je cherche parfois des mises en page différentes, sans rester bloqué par les classiques 6/9 cases carrées. J'adore aussi travailler dans un style encore plus "cartoon" comme on peut le voir à la page 26 de mon album Adam Clarks. Sinon, c'est mon style, Je ne cherche pas à faire des autres styles. Quand j'ai découvert Serge Clerc, je me suis dit : «  alors, moi aussi, je peux faire de la BD ».

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : C’est le deuxième album que vous réalisez avec Régis Hautière après « Accords sensibles ». Comment s’est mise en place votre collaboration ? Qui propose les sujets, les thèmes de vos livres ? Comment travaillez-vous ?

Antonio Lapone: J'avais envie d'une histoire plus classique. J'ai regardé toutes les saisons de la série télévisée « Mad men ». Au départ (en 2012) avec Régis, nous avions pensé de réaliser un scénario à la « Mad men », des publicitaires autour de belles voitures dans la Manhattan des années 60. Après,  notre éditeur a trouvé l'idée un peu difficile à gérer dans une BD et nous avons abandonné l'idée. Tout ce qui reste, c'était le personnage élégant d’Adam Clarks, les cocktails, la haute société, les drinks, les cigarettes (dans ma BD, les cigarettes sont sans tabac comme le signale une publicité à la page 9 de l'album), les belles femmes, les mises des grands soirées… Régis a travaillé le scénario au départ de certaines idées de base. Disons que lui a écrit l'histoire. Moi, j'ai créé l'univers d'Adam Clarks. Nous avons pensé ensemble au caractère de notre personnage. Après, Régis m’a proposé son idée et j'ai cherché à enrichir les planches parfois en dénaturant son idée, mais sans jamais toucher ses dialogues.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : Adam Clarks est-il un album important pour vous ou juste un « one shoot » ? Quels sont vos attentes par rapport aux réactions du public, des lecteurs ? Y aura-t-il une suite à Adam Clarks ?

Antonio Lapone: Pour le moment, Adam Clarks est et reste un « one shoot », pas de suite donc. Il s'agit d'imaginer et de pouvoir créer des autres univers. J'ai besoin de changer, de travailler sur des nouveaux personnages, peut être encore une fois à cause de  mes origines de publicitaire, travailler beaucoup sur quelque chose (je ne suis pas un dessinateur rapide), le développer, le conduire dans les mains des lecteurs…. et passer à autre chose…. Pour le moment, la réaction du public est très, très positive! Je suis très content parce qu’Adam Clarks est un album pour s’évader, pour s'amuser un peu, pour prendre ton verre de Martini avec des olives et savourer un bon cigare. Il n'y a pas de guerre, d'angoisse, des croix gammées… juste une belle aventure pour passer un beau moment!

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

 

Samba BD : Qui a eu l’idée de ce « concept album » ? Vous ? Votre éditeur ? Est-il facile de mettre en place et de mener à bien un tel projet qui sort de l’ordinaire (grandeur des pages, qualité de l’album, recherche graphique, mise en place,…) ?

Antonio Lapone: le format du livre a été décidé dès le début. Frédéric Mangé, mon éditeur, avait envie de mettre en valeur mes planches, l'album est riche de "splash page", de grands cases, de la couleur aussi, très recherchée. Elle avait besoin d'un bon papier pour bien ressortir. Donc J'ai travaillé tout en sachant que le format aurait été "grand"! Je dois dire que le choix de sortir un "grand format" a été très courageux de la part de mon éditeur. J'ai eu vraiment la chance et l'opportunité de m'amuser avec des grandes images, des décors très riches, avec des mises en page différentes de la BD classique, tout ce que je préfère dans mon découpage de la page, jouer avec des cadrages différents. D'ailleurs, c'est pour ça que la phase du découpage est si long pour moi.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : J’ai été interpelé par le travail des couleurs. Celles-ci sont radicalement différentes au fur et à mesure de la progression de l’histoire. En fin d’album, les couleurs sont moins variées et plus sombres voire plus agressives. Quelle est votre démarche à ce sujet ?

Antonio Lapone: Pour moi, la couleur est très, très importante. Elle raconte des états d'âme, pas seulement bien remplir des espaces. La couleur pour moi est et doit être comme au cinéma: sombre la nuit, par exemple, c'est pour ça que, dans la BD, elle change. Les moments dramatiques sont très sombres, le rouge est la couleur de la mort, du drame… le bleu électrique pour les soirées chic...

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : Vos planches ont toutes un « liseré vertical »  d’environ 1,5 cm du côté de la face « ouverte » de l’album. Ce liseré reprend des éléments graphiques de l’action en cours et forme des sortes de chapitres graphiques. Quelle est l’idée recherchée de cette innovation graphique ?

Antonio Lapone: il faut savoir que je travaille dans un format A3, toujours comme la vieille école, papier Canson 1557, 180 g/m, pas des planches virtuelles comme c’est à la mode aujourd'hui. Or, le format de la page de l'album était plus large, donc il fallait imaginer quelque chose pour éviter le blanc à côté. C’est pour ça que J'ai imaginé une frise qui change à chaque chapitre, très design, mais sans envahir graphiquement le sens de la lecture. Elle donne encore une fois une richesse à l'ensemble de l'album. Disons que je cherche toujours l'esthétique dans mon travail.

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014Samba BD : Vous faites une référence appuyée dans cette histoire à un album musical mythique de Donald Fagen intitulé « The Nightfly » et de deux de ses titres très connus à savoir « New frontier » et « I.G.Y. ». Donald Fagen y développe une musique très jazzy et fait référence à Dave Brubeck. Que représente cet album pour vous ? Pourquoi en faire référence  et lui donner une place plus que symbolique dans l’album ?

Antonio Lapone: "The Nightfly" de Donald Fagen est pour moi  « l'Album »! En bref: élégance, ambiance, voyage, style, perfection du son… voilà pourquoi ! Déjà la couverture, elle parle toute seule : le noir et blanc, un speaker dans un studio d'une radio, la platine… La fumée de la cigarette, une horloge, la nuit… Voici résumé mon univers!

Samba BD : On vous voit aussi régulièrement dans les galeries, sur les cimaises où vous avez déjà une certaine cote auprès des amateurs du genre. Qu’est-ce qui vous pousse à explorer ce côté de l’ »Art graphique » ? En tirez-vous beaucoup de satisfaction ?

Antonio Lapone: La galerie, pour moi, c'est le moment final d'un processus commencé dans l'atelier, l'œuvre d'art prend vie, elle commence à respirer quand les gens l'observent, mes tableaux prennent leur force seulement quand ils sont exposés. Alors, moi aussi, je les découvre! Ce qui me pousse,  c’est l'envie de travailler sur des univers différents, toujours et encore une fois… L'envie de visiter des endroits différents!

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Samba BD : Quels sont vos futurs projets ?

Antonio Lapone: Je suis déjà au travail sur un album qui sortira l'année prochaine, il s'agit d'une belle collaboration avec Jean-Philippe Peyraud autour de la biographie de Mondrian. On avait envie de travailler ensemble Jean-Philippe et moi. On a trouvé notre point de départ, la sortie est prévue pour novembre 2015 toujours chez Glénat. Les planches seront des grands formats, plus grands qu’un A3, en couleurs directes et à l'aquarelle et acryliques. Pour le côté « tableaux », je prépare mon Expo à la Galerie Champaka de Bruxelles pour le mois de février 2015. Le titre est: "The New Frontier". Pour la BRAFA de Bruxelles (Brussels Antiques & Fine Arts Fair), je suis en train de réaliser deux grand tableaux et j'ai le grand honneur de participer à la vente Sotheby's organisée avec Champaka/Galerie 9eme Art. C’est prévu pour le mois de mars 2015 mais, pour le moment, je ne peux pas dire de plus, ni montrer des images.

Samba BD : Quels sont les dessinateurs ou les œuvres qui vous ont influencés ou que vous aimez plus particulièrement ?

Antonio Lapone: Jack Kirby, Chaland, Serge Clerc!

Samba BD : Avez-vous eu des coups de cœur récents au niveau des sorties BD, musicales, littéraires ou cinématographiques ?

Antonio Lapone: Dans la Bd… Picasso! Au cinéma… difficile, je ne sais pas vraiment. J'aime pour le moment les séries télés : Board Walk Empire, Mad Men, Gotham, The Newsrooms…

 

Interview, Lapone, Adam Clarks, Glénat, 10/2014

 

Copyrights Antonio Lapone.

 

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

Un grand merci à Antonio Lapone pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa rapidité de réaction qui nous a permis de boucler cette interview en un temps réduit.

 

 

 

 

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15/09/2014

L'INTERVIEW DE MARK RETERA (Jean-Norbert).

Interview, Mark retera, Jean-norbert, Kramiek, 08/2014Samba BD continue son introspection vers le Nord de l’Europe et va vous faire découvrir un auteur hollandais qui sort chez Kramiek un album d’humour décapant intitulé « Jean Norbert ». Il s’appelle Mark Retera. C’est probablement le Gary Larson batave. Cet illustre inconnu en francophonie mérite un coup de projecteur pour son premier album paru en français. Attachez vos ceintures, cela décoiffe !

 

Samba BD : La sortie de cet album « Jean-Norbert » chez Kramiek en français,Interview, Mark retera, Jean-norbert, Kramiek, 08/2014 qu’est-ce que cela représente pour vous ? Avez-vous déjà été publié dans d’autres langues ou est-ce une première ?

Mark Retera : Ceci est le premier album traduit. Il y a eu, de temps en temps, quelques feuillets traduits en français. Je suis ravi qu’il y ait un album en français. Mais je serai complètement satisfait lorsque que le livre sera apprécié à sa juste valeur en France.

 

Samba BD : Ce premier tome est présenté comme une compilation de votre production originale parue aux Pays-Bas. Qui a fait la sélection ? Avez-vous eu un droit de regard sur cette sélection ? Sur quels critères les gags ont-ils été choisis ?

Mark Retera : J’ai fait la sélection moi-même. Le critère principal étant : ce gag peut-il être traduit sans problèmes ? Donc pas de jeux de mots. Ni des gags avec des célébrités néerlandaises.

Les gags que je considère comme faibles n’ont pas été sélectionnés (mais il n’y en avait pas beaucoup !).

Pour moi ce premier album n’est donc pas vraiment une compilation.

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Samba BD : Peut-on rire de tout ? Avez-vous des barrières à ne pas franchir, des sujets que vous vous refusez de traiter ?

Mark Retera : Je trouve que mes enfants doivent pouvoir lire mes bandes dessinées. Tous les thèmes sont permis, mais j’ai appris avec les années à être prudent.

Mon but n’est pas de blesser les gens, mais je considère néanmoins que le lecteur doit pouvoir encaisser quelque peu.

 

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Samba BD : Que pensez-vous du « politiquement correct » ?

Mark Retera : Je trouve que Jean Norbert est politiquement correct. Le fait que Jean Norbert tourmente des gnomes ne veut pas dire que MOI en tant qu’écrivain je suis d’accord avec ce fait.

Je décris les gnomes comme des petits hommes sympathiques.

J’admets que les femmes s’en tirent moins bien, je l’admets, mais d’un autre côté les hommes non plus.

Monsieur van Druten (le professeur)  est complètement amoral. Un fou. Je peux donc me permettre de le laisser battre ses élèves. Contre toute attente, ces feuillets sont appréciés aussi bien par le corps enseignant que les élèves.

Je ne fais aucune propagande dans mes bandes dessinées et pour cette raison Jean Norbert n’est pas vraiment politiquement correct.

Les vrais humoristes « politiquement correct » aux Pays Bas sont vite didactiques et ennuyeux. Les gens n’apprécient pas qu’on leur fasse la leçon. Donc je le fais le moins possible.

 

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Samba BD : Plusieurs journaux ont interrompu la publication de vos gags jugés trop excessifs. Quels étaient leurs arguments ? Quels étaient les sujets litigieux pour eux ?

Mark Retera : C’était des journaux publiés dans des villages réformistes. Ces gens sont vites choqués. La rédaction n’avait pas de problèmes avec mes gags, mais si les gens renoncent à leur abonnement pour cette raison, la bande dessinée est perdante.

 

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Samba BD : Comment travaillez-vous ? Quel est votre moteur dans la création de gags ? Avez-vous une technique propre à vous pour produire autant sans vous répéter ?

Mark Retera : Difficile à dire. Il faut faire attention à ne pas se répéter. Rejeter beaucoup d’idées donc. Je reçois parfois de l’aide extérieure pour la création de farces. Ma production est beaucoup moindre que certains autres dessinateurs.

 

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Samba BD : Un deuxième tome de Jean-Norbert est déjà annoncé chez Kramiek. Que contiendra-t-il ? Une nouvelle compilation de gags ? Une nouvelle production ou un de vos 19 albums déjà parus aux Pays-Bas ?

Mark Retera : Je crois que ce sera de nouveau une sélection, selon les mêmes critères que le premier tome. Je n’ai malheureusement pas le temps de faire une production nouvelle car j’ai encore ma bande dessinée journalière au Pays-Bas.

 

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Samba BD : Parlez-moi de votre activité de caricaturiste pour les journaux et magazines. Quels sont les sujets abordés ? Est-ce purement focalisé sur l’actualité nationale aux Pays-Bas ?

Mark Retera : J’essaie seulement d’être drôle. La bande dessinée touche parfois à l’actualité des Pays-Bas mais pas souvent. C’est la raison pour laquelle il y a possibilité de traduire.

 

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Samba BD : Quels sont vos maîtres, vos figures d’inspiration dans la bande dessinée ? Que lisiez-vous quand vous étiez « petit » ?

Mark Retera : Petit, je lisais surtout Astérix, Gaston Lagaffe, Spirou, Lucky Luke et Tintin. Plus tard je devins fan de  « The Far Side » (Gary Larson)

 

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Samba BD : Quels sont vos derniers « coups de cœur » en matière de bande dessinée et de culture générale ?

Mark Retera : Les livres que j’ai lu récemment et qui m’ont marqués sont Manu Larcenet : « Le combat ordinaire »

« Blast » du même auteur, que j’ai trouvé fantastique.

« Le goût du chlore » de Bastian Vives est aussi un de mes favoris.

J’ai probablement pris du retard.

Je lis bien sûr aussi les bandes dessinées de mes collègues néerlandais et flamands, mais la plupart ne sont pas connus en France.

 

Samba BD : Quels sont vos projets pour ces 12 prochains mois ?

Mark Retera : Continuer avec entêtement. J’espère me montrer quelques fois en France.

 

Interview réalisée pour Samba BD par Capitol.

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Remerciements à Mark Retera pour sa rapidité de réaction et sa gentillesse, pour les visuels qui illustrent cette interview. Les gags repris ici ne sont pas encore parus pour la plupart en langue française. Il s’agit donc d’une première sur Samba BD. L’orthographe de ces strips doit encore être revue, c’est un premier jet. On parle aussi de « Dirkjan », c’est le nom de « Jean-Norbert »  en néerlandais. Ce sont les joyeusetés de la traduction…On attend donc le tome 2 avec impatience…

Interview, Mark retera, Jean-norbert, Kramiek, 08/2014

Écrit par capitolbelgium dans Du haut du CAPITOL. | Commentaires (7) | Tags : interview, mark retera, jean-norbert, kramiek, 082014 |  Facebook | |

08/08/2014

Interview de Tatiana Domas.

Je vous propose une interview sur le parcours passionné mais pas sans embûche de la dessinatrice Lyonnaise Tatiana Domas.

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SambaBD -Ton parcours dans le monde de la BD commence par un prix à Angoulême si je ne me trompe pas, peux tu nous raconter cet épisode ?

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Tataina Domas : Aiguillée par mon professeur d'art plastique au lycée, j'ai réalisé une petite BD sur le volley-ball (ma passion) pour le concours scolaire du festival d'Angoulême (1991). Ces 2 pages ont été  sélectionnées pour l'exposition et j'ai reçu un album de Giraud (Blueberry) en cadeau. 

Ca a été le déclic.


-En 2000, c’est Téo  chez Delcourt, ça commence fort non ?

Teo2_10022005.jpgTout juste sortie de l'école Emile Cohl, je m'orientais plutôt vers Teo1_31012004.jpgl'illustration de livre jeunesse et j'ai fait la rencontre de Denis-Pierre Filippi. Spontanément, il m'a proposé de monter un projet BD avec lui et ça m'a amusée de tenter cette expérience. 'Téo' était né... et Delcourt nous a ouvert les portes de sa collection jeunesse. 

-Ensuite, tu dois te tourner vers des éditeurs plus confidentiels comme la Fourmilière pour Miralda ou petit à petit pour le secret des lutins. Tu dois presque faire de la vente à domicile puisque la distribution de ces titres est problématique.


Couv_158087.jpgEn publiant dans des petites et moyennes structures, c'est plutôt un chemin de liberté que j'ai choisi face à la surproduction et le peu de visibilité de nos titres en librairie. Publier en petite quantité mais de manière durable, c'est un moyen de réaliser une série complète sans avoir à subir le dictat économique des ventes car en librairie il faut vendre très rapidement sinon, les bouquins passent à la trappe... 

C'est aussi un moyen d'être face aux lecteurs et de respecter leurs attentes. 

 



-Tu es une passionnée mais tu n’as pas eu des doutes à ce moment là ?

Très passionnée ! Oui... sinon, je ne serais pas restée dans le métier. Les doutes ont été très présents et de nombreuses fois …

 

Comment, je vois ce métier :

'Je marche sur un fil au dessus du vide et face à la brume épaisse . Si je regarde le vide, j'ai peur, oui. Sinon, pas du tout...' 

Ce qui m'intéresse, c'est le doute qui permet de progresser, de construire l'édifice petit à petit... Je cherche, en dessinant. Ma technique de couleurs directes est plus au point aujourd'hui mais j'aimerais encore et toujours me renouveler. 

 

-Tes titres sont essentiellement tournés vers la jeunesse. Pas évident d’attirer les têtes blondes vers la BD avec tous les autres médias ?

 Oui, c'est mon engagement : je souhaite toujours apporter aux jeunes l'envie de lire. Je reste sincère avec mon trait et ce que je veux montrer de l'enfance, mais je garde un œil ouvert sur les autres médias car je sais que les jeunes sont conquis par tant d'autres médias, très tendances et attractifs.

-Après on te retrouve chez Akiléos avec le royaume d’estompe, un merveilleux conte où on remarque un très gros travail sur les couleurs.

 Quand cette histoire m'a été proposée par Jean-Christophe Deveney (scénariste), jeCouv_172304.jpg voyais les scènes défiler comme dans un film. Ça a été un défi ! Je suis restée peut-être un peu trop dans la 'peinture' alors que mon envie était d'aller vers plus de mouvement... Par contre, pour la finition de cet album, oui, je suis allée au bout de l'aventure.

 Très heureuse d'avoir accompli ce travail.

-Avec Egaux sans égo, un collectif, tu t’adresses aux adolescents. La  prochaine étape, une histoire pour les grands enfants (adultes) ?


Je m'adresse très souvent aux jeunes et ce sont souvent des histoires qui ont une profondeur. Alors, des histoires pour les adultes, oui ça m'attire.

Je souhaite aller vers le roman graphique...

 

-Pour ce futur titre, si j’ai bien compris, tu as quasiment fait l’album sans avance du futur éditeur. 
Pas du tout évident donc ?

En effet, je jongle avec des travaux de commandes, des déplacements en salons, des animations scolaires et la production BD.

C'est aussi ce qui fait la richesse et la variété de ce métier.

 

interview,domasEn ce moment, je propose la réédition de plusieurs BD avec YIL éditions : Le Secret des Lutins est à nouveau édité depuis avril 2014.

Et bonne nouvelle pour ceux qui l'aiment : la série 'Téo ' va être à nouveau éditée à la rentrée. Il y aura un cahier graphique conséquent dans chaque album.

Actuellement , je poursuis la réalisation d'un nouvel album BD interview,domas: 'Clarisse et l'horloge' avec Jean-Blaise Djian au scénario, effectivement, sans avance... 

 

 

-Comment choisis-tu d’ailleurs tes scénarios ?

 La rencontre avec les scénaristes s'est fait naturellement, lors des salons. J'ai reçu pas mal de propositions depuis mes débuts et je suis très attentive. Mais je ne peux pas tout 'dessiner' et je ne le souhaite pas. En général, j'ai un genre de 'coup de foudre'...

Chacune des histoires est un point de départ pour moi. 

Je dois pouvoir m'imprégner de l'histoire pour apporter ma touche et créer cette alchimie, que l'on doit ressentir à la lecture.


Voilà une grand Merci à Tatiana et on ne lui souhaite que du bonheur pour le futur .
Un gros Kiss comme aurait dit le roi Albert.

 

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23/06/2014

Interview de Grégory Panaccione.

Je vous propose une courte interview de Grégory Panaccione auteur de l’excellente BD Match.

Comme cette interview a été réalisée via email, il y a quelques redites mais que cela ne vous empêche pas de la lire et surtout d’aller jeter un œil sur mon coup de cœur du moment.

 

match1.jpg

- Avant de passer au « match », peux-tu nous faire une petite présentation et nous décrire ton parcours professionnel pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

gregory.jpgJe dessine depuis tout petit et j’ai toujours voulu être dessinateur de BD 

J’ai fais 5 années à l’école Estienne de Paris après le collège et 2 années aux Beaux arts de Paris où j’ai appris à perdre mes “tics” de dessinateur BD, trop "maniériste"

Apres quelques années dans la pub, frustré de ne pas assez dessiner je me suis retrouvé grâce à un ami dans le dessin animé de series TV. 

Formidables expériences pour apprendre à dessiner, personnages, décors, raconter des histoires en storyboard. J’ai appris beaucoup dans la société “Story" avec Bernard Dehries et Christian Choquet. Pendant 4 ans je n'ai fait QUE du storyboard dans des styles graphiques très différents.

Apres avoir fait un peu de réalisation je me suis transféré en Italie où je vis depuis 15 ans. 

En Italie le métier du dessin animé est plus aléatoire et moins cadré, j’ai donc pu vraiment toucher à tout (création perso, décor, couleur Lay out, animation, montage, scénariste, réalisation.

 …)

Depuis 2011 un peu fatigué des grosses productions qui réunissent trop de monde, des projets sans aucune prise de risque, j’ai décidé de me lancer dans la BD, (mon rêve d’enfance).

  

-Comment est né ce projet un peu fou de Match (retranscrire un match de tennis point par point) ?

Depuis que j’ai re commencé à jouer au tennis il y a 5 ans, mes carnets de croquis et les nappes en papier de mes restos du midi, ont commencé à se remplir de dessins de bonhommes qui jouent aux tennis. Un jour un de mes collègue d’atelier m’a dit en plaisantant “pourquoi tu ne ferais pas une BD sur une partie de tennis ?”. Au début j’ai bien rigolé, puis j’ai compris que c’était exactement ce que j’avais envie de faire.  Une partie de tennis points par points sans scénario. J’adore les tics des joueurs de Tennis depuis tout petit, les Connors, les Borg les Mc Enroe que je regardais à la TV .., j’aime les prises de tête que l’on se fait lorsque l’on est en plein match, les doutes, les moments de déprime, les stratégies irréalisables etc... J’en ai parlé tout de suite à Lewis Trondheim (qui avait déjà édité Toby mon ami à l’époque). Il est resté très intrigué par ce projet fou, (car il est certainement plus fou que moi Clin d'œil et en à parlé sur le champ à Guy Delcourt pour officialiser le projet.

 

Match-0001.jpg

-Pour le faire accepter par un éditeur, tu as utilisé ton arme magique, le Ricard ?

 Lewis  est le seul éditeur assez fou pour éditer un truc pareil, il aime les défis, Match a trouvé chaussure à son pied 

 

-Ton dessin est très vivant, tu as fait de l’animation auparavant ?

 Match5.jpgOui j’ai travaillé pendant 20 ans dans le dessin animé, même si j’ai fait très peu d’animation, le storyboard est un bon entrainement au dessin vif et spontané. Je suis incapable de faire des dessins léchés, c’est à la fois un défaut et une qualité...

 

 

-J’ai énormément ri à la lecture de « MATCH », perso  j’y ai vu une sorte d’hommage au cinéma muet (style Charlot) et à la folie de Monty Python.  Mais réellement, quelles ont été tes  véritables inspirations ?

 

 

J’ai à la fois beaucoup de sources d’inspiration et aucune. Lorsque j’ai démarré Match je ne savais vraiment pas où j’allais. J’avais l’impression de partir sur un terrain complètement inconnu. Comment intéresser le lecteur, comment trouver un rythme qui ne soit pas ennuyeux tout en respectant le cadre que je m’étais donné. J’ai donc travaillé en étant le plus “ spectateur” possible. J’ai essayé de m’amuser le plus possible en dessinant et puis petit à petit je montrais mon travail autour de moi et je pouvais sentir si certains passages manquaient d’intérêts et donc les retoucher... 

 

 

Pour l’humour (comme bcp d’autres dessinateurs) Daniel Gossens est mon véritable maitre. C’est avec lui que j’ai pour la première fois éclaté de rire devant des feuilles de papiers dessinées. Son humour est vraiment très particulier qui fait mourir de rire certains et laisse impassible d’autres. J’aime beaucoup l’humour décalé, les fautes de tons. J’adore les fausses notes en musique.

   Sinon oui bien sûr, entre autre  Charlot, Laurel et Hardy, les Monty Pythons, et plein d’autres encore, mais tout cela est inconscient. 

 

-L’air de rien, un match de tennis, c’est du concentré d’émotion, on passe par tous les états.

Es-tu aussi un joueur de tennis ?

Match3.jpgJe jouais dans la rue avec mes potes quand j’étais petit. J’ai re commencé il y a 5 ans en prenant des cours 1 fois par semaine et j'ai commencé il y a un an à faire des petits tournois. Après la parution de Toby mon ami la question qui revenait tout le temps était : “ mais tu dois avoir un chien pour retranscrire aussi méticuleusement les comportements des chiens?”  Et bien non je n’ai pas de chien et je n’en ai jamais eu. Par contre pour Match je n’aurais jamais pu faire ce livre sans avoir repris le tennis. Les idées viennent directement de l’expérience sur le terrain.

 

-C’est qui au juste Marcel Coste, un concentré de France rondouillarde ?

Marcel c’est un personnage que je traîne depuis l’école Estienne, au début il était chauveMatch7.jpg avec ces lunettes de plongée (ou d’aviateur je ne sais pas) Puis au cours des années il s’est laissé pousser les cheveux pour Toby et enfin il a pris quelques kilos  sur Âme perdue pour enfin devenir Enoooorme sur Match. Je ne me suis jamais vraiment posé de question sur Marcel, il est venu tout seul et a grandi tout seul. C’est ma main qui le dessine pendant que mon cerveau est vide :) On me dit souvent qu’il ressemble à Gérard Depardieu mais c’est le fruit du hasard je n’aurais jamais noté la ressemblance si on ne me l’avait pas fait remarquer. J’adore utiliser mes personnages comme des acteurs, qui travaillent sur un rôle dans une histoire pour ensuite changer complètement de rôle sur une autre histoire etc...

 

-Avant de nous quitter, as-tu des conseils de lecture à nous proposer ? 

watersnakes_cover_store.jpgJ’ai découvert récemment Watersnake de Tony Sandoval, j’adore sa créativité très étrange et la beauté de ses aquarelles. Sinon le premier tome de Lasman, Lune l’envers de Blutch et les BD muettes de Nicolas Presl...  

 

 

Un grand merci à Grégory pour avoir accepter cette interview.

match.jpg

 

 Le blog de Grégory ici.

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30/03/2014

INTERVIEW JOËL ALESSANDRA (Errance en Mer Rouge).

Interview, Alessandra, Errance en Mer Rouge, Casterman, 03/2014, Capitol« Errance en mer rouge » est un de mes gros coups de cœur de ce début de l’année 2014. De suite, j’ai pensé à faire une interview de Joël Alessandra pour mieux vous faire découvrir son magnifique album paru chez Casterman mais aussi pour mieux vous faire connaître l’auteur, l’homme qui se cache derrière une œuvre remarquable et de grande qualité. En route pour l’Afrique sur les traces d’Henry de Monfreid…

Samba BD : Pouvez-vous me résumer en quelques lignes votre cursus professionnel au niveau de la bande dessinée ?

Joël Alessandra : J'ai commencé la bande dessinée en rentrant d'Afrique en 1992, j'étais tout jeune et je me suis installé à Rome pour travailler à la Rai. Là, j'ai proposé des pages "africaines" à la revue BD "Il Grifo" qui publiait chaque mois en kiosque un magazine BD avec Manara, Pratt, Giardino, Mattoti, etc… un rêve de gosse pour moi surtout quand le patron du magazine m'a annoncé que je faisais partie de l'équipe. J'ai ainsi publié pendant 4 ans une petite série appelée "Naia" à hauteur de 5 planches par mois… je suis ensuite rentré à Paris pour des raisons personnelles et repris la BD seulement en 2006 !!

Samba BD : Pour vous, la bande dessinée est-elle votre unique gagne-pain ou est-ce une activité annexe, à côté d’un boulot fixe et plus rémunérateur ?

Joël Alessandra : Je suis Directeur de création et patron d'une petite agence qui ne fait de la communication que par la BD et l'illustration… je travaille aussi avec des magazines pour des reportages BD (XXI, Vents Sud, Bouts du Monde…) et des webdocumentaires (Little Burma pour LeMonde.fr par exemple…).

Samba BD : Vous avez déjà collaboré avec plusieurs maisons d’édition à savoir « La Boîte à bulle », « Paquet » et « Casterman » par exemple. Ces changements d’éditeur sont-ils la suite logique de votre progression graphique et scénaristique, ou sont-ils dus uniquement au hasard ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014

Joël Alessandra : La Boîte à Bulles a été la première maison d'édition à publier et à croire à mon travail en 2006 avec "Fikrie" un album sur mon expérience en Afrique de l'Est. Je continue à travailler avec Vincent Henry, l'éditeur de La Boite à Bulles notamment sur des Carnets de voyage (Retour du Tchad, Ennedi…) toujours aujourd'hui. Mon expérience avec Casterman est un vrai bonheur, notamment avec Reynold Leclercq qui a su tirer le meilleur de mon dessin, je crois. La collaboration est vraiment constructive et je pense avoir vraiment avancé grâce à lui et à ses conseils.

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Samba BD : Lorsqu’on voit votre bibliographie, ce qui saute aux yeux, c’est un penchant prononcé pour l’Afrique, pour le voyage en dehors des sentiers battus, pour le littérature de voyage et d’aventuriers (de Monfreid, Kessel, Rimbaud,…). Quel a été l’élément déclencheur de cette quête et quelle est votre démarche quand vous voyagez ?

Joël Alessandra : J'ai travaillé comme coopérant au Centre Culturel Français de Djibouti. Je pense que tout est parti de là. Djibouti est le territoire qui a effectivement inspiré les Conrad, Kessel, Monfreid, Rimbaud… Baigner dans cet environnement, parcourir les lieux où ces maîtres de la littérature de voyage sont passés ne peut pas laisser indemne. Mon amour du récit de voyage vient de là, dessiner, être payé pour dessiner et voyager, quoi de mieux dans la vie d'un auteur de BD ?! J'ai de plus gardé un réseau de connaissances et d'amis en Ethiopie, au Tchad, à Djibouti, etc. qui favorisent ces aller/retours en Afrique. Mais mes voyages me portent également en Amérique, en Asie et même quelque fois en Europe! 

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Samba BD : Pendant vos voyages, quels sont vos modes de fonctionnement pour vous souvenir, pour rapporter la base de ce qui fera votre récit ? Prenez-vous des notes, des photos, des croquis (succincts ou détaillés ?), des films, des enregistrements sonores,… ?

Joël Alessandra : Je noircis des tonnes de carnets de voyage, tout petit format (que me confectionnent une amie relieuse de mon village !). Je fais des tas de dessins au trait, à l'aquarelle, au café (mon médium de prédilection), le dessin est un véritable passeport en brousse, il permet un vrai dialogue avec les gens, même sans parler l'Afar, le Somali ou le Swahili on arrive à communiquer. Je prends aussi beaucoup de photos, bref j'accumule du "matériel" qui servira de toutes façons un jour pour tel ou tel projet !

Samba BD : Qu’est ce qui vous met en marche sur un projet graphique, un scénario ? Faites-vous d’abord un scénario ou partez vous d’une image, d’un dessin, d’une impression ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Joël Alessandra : Il y a énormément de facteurs en fonction des sujets. Pour "Le périple de Baldassare", qui est une série en trois tomes chez Casterman, il s'agissait de l'adaptation d'un roman d'Amin Maalouf, romancier académicien dont je voue un véritable culte à l'œuvre écrite. Dans ce cas c'est une envie de mise en images de l'univers du romancier, travailler avec ses textes, modeler un récit autour des contrées que son héros parcoure… Dans le cas de "Errance en mer Rouge", mon envie était vraiment de parler graphiquement de Djibouti une nouvelle fois, je n'étais pas allé au bout de mes envies avec "Fikrie" ou l'album "Dikhil" dont l'action se passe également à Djibouti. J'avais déjà les grandes lignes de l'histoire en tête, travailler sur la vraie vie d'un ami, le Henry de Monfreid moderne, trafiquant à ses heures, manipulant les armes, connaissant le pays mieux que sa poche… puis effectivement il y a l'écriture, le story-board, les envies de dessin qui chez moi peuvent guider un scénario…

Samba BD : « Errance en mer rouge » sent le vécu même s’il s’agit d’une fiction. Vous avez beaucoup voyagé. Avez-vous déjà été en danger pendant vos repérages, vos voyages sur place ? Vous êtes-vous mis des limites de sécurité à ne pas dépasser ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Joël Alessandra : Oui, c'est une BD à mi-chemin entre la fiction et le reportage… Je parle de cet ami, des sociétés de sécurité, des attaques de pirates Somali, l'insécurité en mer Rouge autour de la Corne de l'Afrique… mais les risques sont "calculés", je ne commets pas d'imprudences, je suis marié avec trois enfants! Je m'arrange toujours pour être "encadré", avec des « laissez-passer », en Algérie où j'étais récemment, j'étais toujours "suivi" par un policier du Ministère de l'Intérieur par exemple. Mais il m'est effectivement arrivé d'avoir quelques frayeurs, au Tchad notamment, à la chute de Kadhafi, j'étais dans le désert, à la frontière de la Lybie, en pleine migration de réfugiés Tchadiens fuyant le pays… je ne rentre pas dans le détail mais les risques étaient réels, surtout que vous vous trouvez au milieu de rien, du sable rien que du sable et si cela tourne mal, vous êtes seul au monde !

Samba BD : Avec « Errance en Mer Rouge », j’ai l’impression que vous avez atteint une étape supérieure, un pallier, tant au niveau graphique que scénaristique. Que pensez-vous globalement de votre travail sur cet album ? Etes-vous pleinement satisfait ou avez-vous des « regrets » ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Joël Alessandra : Je vous remercie pour cette remarque qui me touche beaucoup. C'était un compliment, n'est-ce pas ? L'album fait 120 pages, j'ai réalisé le livre en 4 mois !!! Ce n'est pas pour me vanter mais pour aller dans votre sens, je crois que ce livre et la manière dont j'ai travaillé dessus me correspond tout à fait. Envie, énergie, dynamisme, cela «booste» vraiment et je n'ai pas vu les pages passer!!!  J'ai travaillé avec du matériel que j'avais déjà, des carnets de mes nombreux voyages dans la Corne de l'Afrique que j'ai simplement scannés, des photos faites sur place (ce qui donne cet effet de spontanéité et de réalité/reportage), le fait aussi de se sentir plus libre dans la mise en page, casser un peu le standard de la case BD et se permettre de grandes pleines pages d'aquarelle est un bonheur et donne une vraie présence à l'histoire. Je me suis aussi attaché à des personnages qui me ressemblent, des lieux que j'adore dessiner, une ambiance à la "Salaire de la Peur" qui font que je suis vraiment fier de cet album. Des regrets ? Aucun, Casterman a fait un travail éditorial magnifique, l'objet est très beau, un grand album imprimé sur un papier de création qui met les aquarelles vraiment en valeur, non, je suis un homme heureux ! Reste à le montrer à le mettre en valeur et à le faire connaître au public ;-) 

Samba BD : Quels sont vos premières impressions sur le retour en librairie de votre album ? Quels sont d’autre part vos prochains projets ? Avez-vous déjà un autre récit en cours de réalisation ?

Interview, Alessandra, Errance en mer rouge, 03/2014Joël Alessandra : Les premières dédicaces en librairie montrent un engouement pour ce sujet, le retour à la BD d'aventure sur fond d'Henry de Monfreid. Les premiers retours rejoignent votre analyse, les gens ont l'air de trouver que j'ai trouvé un "format" qui me correspond bien dans la manière de raconter des histoires. La prochaine publication est un récit BD de trente page pour la Revue XXI du mois de juin sur l'Algérie de mon père et de mes grands-parents, une immersion/enquête sur ma famille "pieds-noirs" rentrés en France en 1962… graphiquement dans la veine de "Errance…" mais avec un sujet très intimiste. Je prépare également chez un autre éditeur une biographie de Eiffel pour octobre avec Eddy Simon au scénario… et puis d'autres projets bien sûr qui sont un peu frais pour les dévoiler…

Samba BD : Quels sont vos maîtres ou vos sources d’inspiration dans la bande dessinée ? Quelles sont les bandes dessinées que vous aimez ? Celles qui vous ont marquées ces six derniers mois ?

Joël Alessandra : Je suis très bon public, j'aime énormément de choses, découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles techniques de dessin et de narration… je suis resté très attaché aux Corto Maltese, Mattoti, Manara (du "Singe" et de "HP, les aventures de Giuseppe Bergman"), mais je dévore les nouveautés comme le "Picasso" (énorme), "Comme Prima" (gigantesque), "Les ombres" d'Hippolyte (immense), le dernier "Blast"(la claque), Prado (la modestie dans le génie), etc. j'espère que les autres ne m'en voudront pas, je suis friand de tout et on ne peux citer chacun… avec peut-être quelques réserves sur les mangas, mais je n'ai sans doute jamais vraiment pris la peine de me plonger dans cet univers. J'avoue avoir été très influencé par Jacques Ferrandez (que je salue), Gibrat, et Juillard, de grands maîtres de l'aquarelle et du dessin, je travaille, je travaille mais dur d'arriver à un tel niveau de métier et de sensibilité !

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

La chronique d’ « Errance en Mer Rouge » sur Samba BD : ICI.

22/03/2014

INTERVIEW MAARTEN VANDE WIELE (I fucking love Paris)

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Maarten Vande Wiele vient de publier chez Casterman l'album "I fucking love Paris", son premier album traduit en français. SAMBA BD a décidé de vous faire mieux découvrir ce talentueux dessinateur flamand.

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?

Maarten Vande Wiele: Je dessine depuis mon enfance et ai toujours aimé lire des bandes dessinées. J’ai publié ma 1ère bande dessinée lorsque je faisais des études d’animation de film. C’était dans un magazine BD alternatif. Ma 1ère bande dessinée ‘ solo ‘ était un petit format intitulé  « Glamourissimo ». Le sujet était une relation difficile mère/fille, dont le final est que la fille mange la mère.

Samba BD : Qu’est ce qui vous a amené à collaborer avec Casterman et à vous faire publier pour la première fois en français ?

Maarten Vande Wiele: En Flandre nous avons le Fond Flamand pour les Lettres ( Flemish Literature Fund ) qui fait de la publicité à l’étranger pour les auteurs de bande dessinée. Ils ont un bon contact avec Casterman et les ont encouragés à publier mon travail. En tant qu’auteur flamand, c’est un rêve d’être publié en français, c’est donc pour moi un rêve devenu réalité.

Samba BD : Que pensez-vous de la bande dessinée flamande actuelle ? Evolue-t-elle ? S’ouvre-t-elle à de nouveaux marchés ?

Maarten Vande Wiele: D’un côté vous avez en Flandre les grandes séries pour la jeunesse comme « Bob et Bobette » qui atteignent un large public et à côté vous avez un groupe d’auteurs qui font des choses étranges et surprenantes. Ils font des histoires personnelles qui ne touchent pas le grand public flamand, mais qui se répandent au niveau international. Nous sommes donc ouvert à de nouveaux marchés et de nouvelles influences étant donné que nous n’avons pas de grand public en Flandre.

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Samba BD : Votre style de dessin me fait penser à l’ « Atome Stijl », à Ever Meulen, Serge Clerc, Ted Benoit,… Pourquoi avoir adopté un tel style de graphisme ? Etes-vous capable d’adopter un autre style, plus réaliste ?

Maarten Vande Wiele: J’ai choisi ce style de dessin car il se marie bien avec les histoires que je veux raconter. J’aime que mes histoires se passent dans le passé. Ma période favorite est les années ’60. J’y aime tout : la mode, les films, les acteurs, l’architecture et le design. Les formes organiques se prêtent bien à ma façon de dessiner. Mais ce style a également ses limites. Je ne peux me permettre de raconter une histoire sérieuse. La suite de « I fucking love Paris» est « Monsieur Bermutier » et est basé sur quelques histoires courtes de Guy de Maupassant. « Monsieur Bermutier » est plus sérieux et plus lugubre d’où un dessin plus réaliste.

Samba BD : S’attaquer au milieu de la mode parisienne et du show business, il fallait oser, c’est un bastion franco-français. Pouvez-vous m’en dire plus sur la genèse du scénario et sur son traitement ? Fallait-il que ce soit des auteurs non français qui s’y attellent ?

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Maarten Vande Wiele: J’ai toujours été intéressé par la mode. Dans les années ’90 nous avions le « hype » de « super modèles », qui a continué à nourrir cet intérêt. L’idée pour « I fucking love Paris » m’est venu en lisant « Valley of the Dolls » de Jacqueline Susann, un roman à scandale des années ’60. Dans ce roman, 3 filles se rendent à New-York à la recherche du rêve américain. Finalement ce rêve les détruit. Je voulais faire quelque chose dans ce genre, mais dans le monde de la mode parisienne. J’ai fait beaucoup de recherches, rassemblé des histoires et finalement fait le livre. En effet, le scénario est composé par des Flamands et c’est pour cela qu’il y a une vision différente du monde de la mode parisienne.

Samba BD : J’ai beaucoup aimé la façon de mettre en scène la mode avec des références claires sur les marques et les stylistes en bas de case pour le lecteur. Avez-vous une base de styliste-designer ? Avez-vous eu recours à une grosse documentation sur la mode ?

Maarten Vande Wiele: Non je n’ai aucune formation de styliste, mais une connaissance de base de l’histoire de la mode et je connais d’importants créateurs de mode. Mais je ne voulais pas utiliser uniquement des créateurs du passé. Je voulais mettre dans mon livre des créateurs moins évidents. Les vrais « fashionistas » ne portent pas uniquement les grandes marques, mais font des combinaisons personnelles. De cette manière je restais au courant des nouvelles collections. Il ne me restait donc plus qu’ à aller à la recherche de vêtements que je pouvais traduire sur papier, car toutes les robes ne sont pas « dessinables ».

Samba BD : Quel est votre parcours professionnel au niveau de la bande dessinée ?Samba BD : Votre dessin, même s’il est stylisé et épuré, n’en n’est pas moins incisif et cru. Le sexe y est même explicite. Avez-vous eu un débat à ce sujet avec vos scénaristes et votre éditeur ?

Maarten Vande Wiele: Non, je trouvais important de montrer la beauté et la laideur, sinon « I fucking love Paris » n’aurait été qu’une simple « chick lit » (roman écrit pour le marché féminin). Je voulais séduire le lecteur, et à certains moments lui donner des nausées. Ce ne sont pas des personnages agréables et leur comportement est tout simplement blâmable. Et cela s’accompagne de sexe à l’extrême. C’est un de leurs traits de caractère.

Samba BD : Dans votre album, quelle est la part de la fiction et de la réalité ?

Maarten Vande Wiele: La majorité des histoires sont basées sur la réalité, mais c’est au lecteur de déterminer ce qu’il veut croire.

Samba BD : Quels sont les premiers retours depuis la sortie de l’album en librairie ?

Maarten Vande Wiele: « I fucking love Paris » est un livre polarisant. On aime ou on hait. Il n’y a pas de compromis. Les personnes possédant un sens de l’humour l’apprécieront certainement. Il ne faut pas le prendre trop au sérieux, c’est une parabole, une fantaisie. Mon but  était de raconter quelque chose sur la société dans laquelle nous vivons.

http://maartenvandewiele.blogspot.be/Samba BD : Quelles sont vos prochains projets en bande dessinée ?

Maarten Vande Wiele: Mon prochain livre sera « Monsieur Bermutier » qui paraîtra dans le courant du mois d’août sur le marché français. Momentanément je travaille à une autre histoire. Ce sera quelque chose de complètement différent, de joyeux. Après les histoires sombres, j’ai besoin d’un peu de lumière.

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

La chronique de « I fucking love Paris » sur Samba BD, c’est ICI.

Le blog de Maarten Vande Wiele: ICI.

Remerciements à Anne-Marie pour la traduction.

 

 

 

 

 

 

http://maartenvandewiele.blogspot.be/

 

20/01/2014

Interview de Christophe Dubois pour la ballade de Magdalena.

C’est avec un grand plaisir que je vous invite à suivre l’interview de Christophe Dubois 

ostruce (1).jpg

 

Il a voyagé et exploré différents territoires avant d'arriver au monde des bulles. Il manifeste très tôt un intérêt pour la bande dessinée mais choisit d'abord de se tourner vers les Arts Appliqués. Il devient graphiste, métier qu'il exercera pendant dix ans. Il revient ensuite à ses premières amours : de sa rencontre avec le scénariste Nicolas Pona est né "Le Cycle d'Ostruce", aux Éditions du Lombard. Mettant à profit son expérience de graphiste, il confère une lisibilité instinctive à ses planches. Capable de donner vie à des édifices complexes, il sait également jouer de ses grands aplats de couleurs, très brutaux, pour obtenir un résultat unique en son genre, tranchant comme le sang sur la neige d'Ostruce. Aujourd'hui, il signe sa première œuvre solo, "La Ballade de Magdalena". Après avoir mûri cette histoire pendant des années, Christophe Dubois met à son service toute la puissance de son dessin et de ses couleurs somptueuses et nous offre un magnifique et passionnant voyage.

 

1- L’air de rien, la ballade de Magdalena nous conte les aventures de  2 héroïnes, une ostruce.JPGplutôt enjouée et une autre plus introvertie …un peu comme celles du cycle d’Ostruce …une coïncidence ?

Franchement, oui. Mais c'est vrai que l'on ne peut s'empêcher de faire le parallèle. Et disons que d'un point de vue scénaristique, c'est une forme de duo qui permet de belles interactions.

 

 

2- J’ai l’impression que tu avais envie de voyager un peu à l’instar du père de Sars avec cette ballade ?

Heu, j'aime en effet beaucoup voyager et je ne m'en prive pas (bien que mes destinations soient un peu plus modestes que la Nouvelles-Guinée), cependant je ne comparerais pas mes voyages à celui d'Arnaud de Sars …enfin, nul ne sait de quoi l'avenir est fait. 

duboid.JPG

3- Vu les nombreuses  scènes maritimes, es tu un amoureux des voiliers ?

Absolument, j'en ai un et je navigue le plus possible avec.

 

4- Le voyage qu’empruntent  nos héroïnes m’a fait penser à celui des rescapés de l’Emden, comme on voit ce navire dans le tome 1, je pense qu’il  a un peu inspiré ton scénario non ?

Oui, comme l'histoire des rescapés de l'Emden est authentique, j'ai suivi le même parcours géographique (océan indien, mer rouge, Syrie, Turquie) pour donner une structure plausible à mon récit.

sms emden.jpg

5-L’album est estampillé My Major Company. Perso, je suis un peu septique sur ce  concept car de toute façon, on a la garantie qu’il sera publié, alors quel est l’intérêt pour l’édinaute ?

Seul le tome 1 à été réalisé avec my Major Company. En ce qui me concerne ce fut une belle expérience au niveau des rencontres que j'ai faites avec les édinautes, malheureusement je ne crois pas que l'expérience fut une réussite puisqu'il n'y a pas eu de suite. Pour répondre à la deuxième partie de ta question, j'ai eu l'impression que les édinautes sont des gens qui ont envie de participer à un projet artistique (ou autre) et que le côté mercantile de la chose n'est pas leur priorité (d'ailleurs, certain projet ne proposent pas de retour financier).

 

6- Un point remarquable dans ce tome 2, ce sont les couleurs directes. As-tu eu facilité à les apprivoiser ?

En fait, je travaille en couleurs directes depuis le tome 3 du Cycle d'Ostruce …et je n'ai toujours pas le sentiment d'avoir apprivoisé la chose. Plus sérieusement, après chaque album, je me remets en question et j'essaye encore et encore d'améliorer mon "écriture" graphique. J'ai essayé, dans ce tome, d'avoir un encrage-et donc un dessin- plus présent, pour essayer d'obtenir quelque chose de plus lâché, de plus souple. Mais le chemin est encore long.

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8-Es tu un perfectionniste ? Quel regard portes-tu sur ton dessin ?

Oui, très. Comme je l'écrivais plus haut je suis très critique (et souvent très déçu) en regardant ma production. Mais d'un autre côté, parfois, je suis pris d'une grande tendresse pour mes dessins. C'est un mélange de sentiments qui me motive pour continuer à affiner ma narration (dessin, découpage, etc) et, la recherche, la curiosité, c'est ce qui rend la vie passionnante non?

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9- Je suppose que tu es actuellement sur un nouveau projet puisque ce tome 2 clôture ce diptyque ?

Oui, un truc absolument passionnant.

 

10 Pour le moment, dessinateur BD, ce n’est pas un peu galère ?

Oui, mais comme tu le sais, j'aime beaucoup les bateaux.

 

Voilà, c’est fini. Un grand merci à Christophe pour sa disponibilité et sa rapidité.

Samba.

 

22/11/2013

INTERVIEW ERIK ARNOUX (seconde partie).

2013-11-05 10.33.59.jpgDans cette seconde partie de l'entretien que nous a accordé Erik Arnoux, il nous parle plus précisément de sa façon de travailler,de ses références, de ses projets et plus particulièrement de la suite de la série "Sara Lone".

SambaBD : La série Sara Lone va se faire en 2 tomes ou plus ?

Erik Arnoux: C’est une série en 4 tomes. J’en ai parlé dès le début mais c’est Patrick Pinchart qui a un peu ralenti mes ardeurs. Il m’a dit que le marché était compliqué et qu’il fallait faire un diptyque. Quand je faisais le tome 1, c’était impossible de raconter ce que je veux raconter en deux tomes. Il s’agit d’une histoire d’une fille qui est prise dans un piège, une toile d’araignée dans laquelle elle ne peut pas vraiment se sortir et qui va trouver son point d’orgue 3 ans et demi plus tard à Dallas. C’est fortuit, c’est le hasard. Au début, Patrick, sur les teasers, voulait la vendre dans le genre : « c’est une fille face à son destin, elle a un fusil et elle tire ». Non, pas du tout. C’est une fille qui est ballottée et qui va se trouver contrainte à réagir mais pour sauver sa peau. C’est une battante par la force des choses. Pour moi, c’est une histoire en 4 tomes. Le premier tome en 1960, le deuxième 1961, le troisième 1962 et le quatrième et dernier du cycle en 1963.Je parle un peu en terme de cycle parce que je voudrais en faire d’autres évidemment mais cela dépend de tellement de paramètres aujourd’hui que cela parait difficile de savoir où on en est. Le 1 est sorti, le 2  est financé le jour même de la sortie du tome 1.Les édinautes ont voulu me faire plaisir, c’est un peu un symbole. Mais dans l’absolu, on a mis 9 mois pour boucler les 100% du tome 1. On a mis 11 mois pile pour financer 100% du tome 2 avec pourtant un budget réduit de 8000€ par rapport au premier tome.Ca s’est quand même beaucoup ralenti.

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SambaBD : Au départ, tu es un dessinateur et puis t’es devenu scénariste. Peux-tu m’expliquer la raison du cheminement ?

Erik Arnoux : J’ai toujours pensé que dessinateur et scénariste étaient deux métiers très différents et que quand tu es dessinateur, tu n’es pas nécessairement scénariste et vice versa. Puis, j’ai commencé chez Glenat avec Daniel Bardet que j’ai été chercher parce que c’était un gars qui à l’époque venait de sortir « les chemins de Malefosse » qui marchaient plutôt pas mal. Il venait de sortir également « les chroniques de la maison Le Quéant » qui par contre ne marchait pas très bien mais qui a révélé Patrick Jusseaume qui fait maintenant « Tramp ». Donc, j’étais un peu dans cette mouvance. J’ai été le voir. Je lui ai dit que j’aimais bien ce qu’il faisait. Il n’était pas très chaud. Mais finalement, deux heures après, j’étais chez lui.

timondesbletome04.jpgOn a sympathisé et il m’a donné « Timon des blés » pour la collection Vécu. Henri Filippini me l’a signé quasiment tout de suite quand je lui ai amené les pages. J’ai fait les deux premiers tomes puis au troisième tome, je me suis rendu compte que l’histoire me plaisait sans me plaire. Je n’étais pas plus fou que ça de ce que m’écrivait Daniel. Peut-être que si j’écrivais moi-même mes propres histoires, je serais plus heureux. J’ai commencé à lui en parler. Il m’a dit qu’il me comprenait. Au départ, il m’avait fait un héros  que j’avais un peu dessiné à mon image à l’époque. Quand tu es dessinateur, tu as toujours tendance à dessiner des personnages qui te ressemblent. Le héros, Timon des blés, c’était un peu moi. Le personnage, c’est un personnage très misogyne finalement, je le découvre au fil des pages. C’est un personnage qui détestait les femmes, ce qui ne l’empêchait pas de les honorer de temps en temps parce qu’il faut bien que cela se passe. Il adorait les chiens. Moi, c’est strictement le contraire (rires).Je déteste les chiens et j’adore les femmes. C’était un peu chiant de me retrouver à dessiner contre nature une histoire qui ne m’intéressait pas plus que cela mais qui ne se vendait pas trop mal puisque la collection Vécu était une collection gentiment représentée.

sophaletta01.jpgPour donner une idée, quand Henri Filippini m’avait accueilli chez Vécu, il m’avait dit : « Bon, alors le premier tome, on ne veut pas moins de 15.000. Si on fait moins de 15.000, on arrête ». Et puis le premier tome est sorti et on a vendu 12.800 albums. Et là, il m’a dit : « c’est moins que ce qu’on espérait, mais on va quand même faire le deux ». T’imagines aujourd’hui quand tu fais des chiffres comme ça, un premier tome qui fait 12.800, c’est un best seller ! Je me suis donc dit que finalement ce ne serait pas plus bête de faire mes scénarios moi-même. Je ne me plaindrai de rien. Je suis en très bonne entente avec Daniel et je lui dis que j’arrête. Je lui ai trouvé un autre dessinateur (Ndlr : Elie Klimos) qui a fait la suite. Il a fait 4 autres albums après moi de « Timon des blés ». Moi, je me suis lancé dans Sophaletta que j’ai écrit et dessiné tout seul après. C’est comme ça que je suis devenu scénariste. De fil en aiguille, je me suis rendu compte que je pourrais faire cela. Puis j’ai proposé une autre histoire, puis une autre histoire…J’ai du en écrire à ce jour 20 ou 25.

SambaBD : Par rapport au travail de Morancho, es-tu dirigiste ou bien tu le laisses faire ?

Erik Arnoux : Morancho est très doué. Probablement beaucoup plus doué que moi. C’est un garçon qui a vraiment beaucoup de talent mais j’ai une vision de la mise en scène qui est beaucoup plus percutante que celle qu’il me propose. Donc du coup, il a accepté que je lui fasse des roughs qui sont d’ailleurs dans l’E-book que tu peux télécharger avec un code quand tu as acheté l’album. Tu as tout le scénario que j’ai écrit et les roughs. Ce sont des petits rectangles qui simulent ta planche et qui montrent en gros les cadrages que tu as envie de voir. David me faisait au début des cadrages que je trouvais un peu « plan-plan », un peu trop « face-face ». Petit à petit, il m’a incité à les faire tous et j’ai fait le découpage de l’ensemble de l’album en roughs et en montages. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’images en longueur parce que c’est un truc que j’aime beaucoup, qui  n’est pas nécessairement quelque chose que David aurait fait spontanément. David m’a dit l’autre jour : « C’est bien parce que tu m’as fait aller dans une voie où je n’aurait jamais pensé aller. J’ai fait des vignettes auxquelles je n’aurais jamais pensé parce que tu me les avais suggérées, voire imposées ». Je ne suis pas dirigiste au point que je suis incapable de voir s’il fait un dessin bien mieux que ce que j’ai prévu. J’essaye toujours d’aller vers le meilleur. Certains dessinateurs détestent cela. J’ai bossé avec des gens avec qui cela ne s’est pas bien passé. Etant dessinateur, je trouvais qu’ils ne mettaient pas assez en valeur mon scénario par rapport à ce qu’ils auraient pu faire. Ils lisaient le scénario puis point barre. Ils en restaient là. Avec David, par contre, c’est beaucoup plus constructif. Il est très à l’écoute. Il a compris que je lui amenais un petit plus qu’il n’avait pas nécessairement et qu’il a maintenant. Il a un regard qui est bien meilleur. Il a commencé le tome 2 et il a fait des roughs pour me montrer. Je lui ai dit que j’allais continuer à les faire mais c’est marrant car je suis assez proche de ce qu’il a dessiné.

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SambaBD : Comment travaillez-vous ? Par mail, par Skype ?

Erik Arnoux : Enormément par Skype. Le scénario est écrit. J’ai un découpage de planche avec mise en situation et dialogue, avec un petit rough accompagnant. Je lui envoie cela. On « parle » par Skype uniquement car on ne parle, ni l’un, ni l’autre, nos langues respectives.  Je lui explique mon rough, la corrélation entre le rough et le scénario. Après, je n’ai plus trop de nouvelles. Il m’envoie en général la page finie. Il peut arriver que sur ces pages finies, il y a des dessins que je n’aime pas du tout  ou simplement qui ne sont pas justes, qui ne servent pas l’histoire. Jamais, je ne ferai refaire un dessin gratuitement juste parce que je n’aime pas. Sur le bouquin, en gros, il y a une vingtaine de dessins qu’il a refaits parce que cela pouvait être amélioré. Comme c’est un garçon très à l’écoute, à chaque fois il les a refaits et à chaque fois, c’était bien meilleur. D’ailleurs, on ne s’est pas disputé!

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SambaBD : Quelles sont tes références au niveau de la bande dessinée. Qu’est ce que tu aimes ?    

Erik Arnoux : C’est vaste. Dans les gens que j’aime énormément, il y a Hermann que je trouve admirable. J’ai grandi un peu avec lui dans le journal Tintin quand j’étais môme. Il y a évidemment Giraud. Des gens qui sont un peu plus moqués aujourd’hui comme Jacques Martin ou Jean Graton, qui m’ont fait découvrir la bande dessinée quand j’avais 12 ans en 1968. Et Franquin, Jijé. C’est des anciens parce que les nouveaux d’aujourd’hui, cela n’a plus le même sens. Après, c’est des goûts personnels, des goûts de lecteur. Mais je te parle plus de ceux qui m’ont influencés. Ces gens ont été des moteurs quelque part pour moi. C’est d’autant plus marrant que quelques temps après, je les ai rencontrés, je les connais. C’est encore plus fort quand tu rencontres les gens que tu lisais quand tu étais môme. Tu rencontres Tibet, tu rencontres Dany, Jacques Martin. Tu parles avec eux. Tu fais tes propres albums, tu es un collègue. Quand j’étais petit, je lisais tintin, Spirou et Pilote. Donc, je suis assez éclectique par rapport à la bande dessinée franco-belge.

SambaBD : Quand va sortir le tome 2 de Sara Lone ?

Erik Arnoux : Dans l’idée, c’est de ne pas laisser traîner trop de temps entre les périodes mais ce qui m’ennuie un peu, c’est que c’est une période de tueur puisque toutes les grandes sorties se font entre septembre et décembre finalement. En trois mois de temps, on a un personnage phare dans chaque collection, un Blake et Mortimer, un Alix,... Enfin, il y a tout. Toutes les séries ont sorti un titre. Ce qui fait que je n’ai pas l’impression de faire partie des anciens. Donc, c’est un peu ennuyeux. J’avouerai que j’ai aussi choisi Sandawé  pour deux raisons. La première, je ne suis pas allé contraint et forcé, comme tu l’as compris. J’y suis allé parce que je voulais vivre cette aventure là. Mais la deuxième raison, c’est que je me suis dit aussi qu’un éditeur qui a très peu d’albums va forcement les défendre dix fois mieux qu’un autre éditeur, comme ceux avec qui j’ai travaillé, qui ont tellement de bouquins à lancer, quelques fois des trucs plus importants que le tien. Toi, tu bosses pendant un an donc tu as envie qu’il soit défendu. Quand dans la période chez ton éditeur, il y a 30 albums qui vont sortir, tu n’as aucune chance d’être défendu mieux qu’un autre. Alors que chez Sandawé, il faut être clair: sur ce semestre-ci, ils sortent deux albums. Il y a « yoyo post-mortem » et le mien, « Sara Lone ». Je m’étais dit qu’avec deux albums, ils allaient pouvoir le travailler sérieusement et c’est d’ailleurs ce qu’ils font. J’ai énormément de presse derrière. J’ai beaucoup de propositions. Je ne sais pas du tout comment cela va se concrétiser au niveau des ventes mais c’est certain que j’ai un retour sur cet album que je n’ai jamais eu sur aucun album depuis que je fais de la bande dessinée, depuis 1977!

 

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SambaBD : As-tu d’autres projets en route pour le moment ?

Erik Arnoux : Oui, j’ai d’autres projets en route mais je ne peux pas trop en parler parce que ce n’est pas signé. J’ai bien évidemment le prochain Sara Lone. Là, il est fait. Je suppose que dans pas longtemps, on va lancer le financement du tome 3 parce que même si on ne le fait pas tout de suite, il faut bien qu’on y pense. Cela met quand même un certain temps. Sandawé est très connu en Belgique, je crois. En France, j’ai dédicacé ce week-end et les gens découvrent. Ca les intéresse mais ils ne connaissent pas vraiment. Donc, il y a un potentiel de connaissance à avoir grâce à Sandawé qui parait très important mais qui, pour l’instant, est un peu aux balbutiements. D’autre part, en tant que dessinateur, j’ai deux albums sur lesquels je vais travailler et qui sont, un, un spin-off et un autre, une reprise. Mais je ne peux pas en parler pour le moment. C’est des choses sur lesquelles je travaille avant que les contrats ne soient signés.

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SambaBD : Dernière question. Quels arguments mettrais-tu en avant pour décider les lecteurs de SambaBD à acheter l’album « Sara Lone ». Quels points forts mets-tu en avant ?

Erik Arnoux : le point fort, dans la bande dessinée, c’est le dessin. Or, le dessin de David Morancho est juste vraiment vachement bien. Cela fait longtemps que je n’ai pas travaillé avec pareil dessinateur. Je pense que c’est vraiment un des plus forts qui a un dessin très intéressant et une marge de progression énorme. Il un trait très élégant, Il fait les couleurs très bien. C’est surtout ses qualités à lui que je mettrai en avant. Mes qualités scénaristiques, j’ai quand même fait quelques bouquins. Donc les gens qui me lisent savent que je sais écrire une histoire et la raconter. Après, s’ils ont envie de nous suivre là dessus, je l’espère mais je n’en sais rien. Je tiens à préciser que Sandawé est une petite maison d’édition mais qui fait attention à ses auteurs. Ils ont fait très attention à moi. Tout ce que j’ai demandé, je l’ai obtenu. Sur le plan qualitatif,  on a un album qui est magistralement imprimé par Lesaffre. On a une qualité de bouquin au niveau technique irréprochable. On a un carton très épais pour la couverture qui fait que l’album a vraiment de la « main » quand tu le tiens. C’est un format classique, un 22X30 comme Largo Winch mais ce n’est pas un 24X32. Je ne voulais pas un 24X32 pour deux raisons. La première, je pense que c’est un peu une mode et dans cette BD, je n’ai pas  de dessins qui vont à la coupe. Donc, du moment qu’il y a un blanc tournant autour qui permet de faire vivre la page, il n’y a pas de soucis. Mais surtout, surtout, je ne voulais pas un prix d’album trop haut. On voit des albums qui dépassent 14, 15, 17, 20 euros. Je trouve cela juste démentiel. Moi, j’ai un prix d’album qui est à 11,95 euros pour un album qui est techniquement « grave au poil ». Il est super beau, il y a un vernis sélectif sur la couverture. La couverture est matte, épaisse. Le papier est très blanc, très beau. Sur ce plan là, Patrick Pinchart a fait un boulot juste irréprochable avec les gens de chez Lesaffre qui sont, mais cela n’est pas une nouveauté, des cadors dans le domaine.

 

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Interview réalisée le 14 novembre 2013 par Capitol pour SambaBD.

Intéressé par l’album ? Intéressé par le Crowdfunding? Voici le lien vers le site internet de Sandawé : ICI.

Le blog d'Erik Arnoux: ICI.

"Pinky princess" (Sara Lone N°1), par David Morancho et Erik Arnoux © Sandawé, 2013.