02/04/2013

Kongo - Le ténébreux voyage de Jozef Teodor Konrad Korzeniowski

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Dessin : Tom Tirabosco
Editeur : Futuropolis
date de sortie : mars 2013
176 pages

genre : biographie romancée, aventure

 

 

« Quand je serai grand, j’irai là »


Après avoir fait son apprentissage pendant 4 ans en France, Józef Teodor Konrad Korzeniowski entre dans la marine marchande anglaise et devient capitaine au long cours en 1886.

En 1890, il se voit proposer le commandement d’un steamer pour le compte de la Compagnie du Commerce et de l'Industrie du Congo. Malgré un sentiment d’appréhension inhabituel chez lui, Il part pour 3 ans pour le Congo. Il doit remonter le fleuve Congo jusque dans la région du Haut-Congo, au cœur des ténèbres.

Dès son arrivée en Afrique, Jozef Konrad va vite comprendre que sa véritable mission est tout autre et très éloignée de ses aspirations. Derrière l’œuvre civilisatrice à laquelle tout le monde croit en Europe, se cache une tout autre réalité qui mettra à mal ses valeurs humanistes.

Fin XIXe, on est à l’apogée de la colonisation et le Congo du roi Léopold II de Belgique est bien petit face aux immenses empires coloniaux de la France et du Royaume-Uni. Aussi le roi des Belges n’a pas l’intention de laisser la moindre miette des ressources dont regorge le pays à ses voisins colonisateurs. Toutes les bonnes intentions civilisatrices ne servent alors que de façade pour donner bonne conscience aux européens, et masque une triste et sombre réalité mercantile et criminelle.

Les rêves d’enfant de Conrad vont tourner au cauchemar en côtoyant ce que l’impérialisme colonial de l’époque à engendré de pire : « de sordides aventuriers, des téméraires sans vaillance, des cupides sans audace, des cruels sans courage », et des criminels sans scrupules. Pour cause de dysenterie, Il rentrera prématurément et traumatisé.

 

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Kongo n’est pas à proprement parler une adaptation de la nouvelle de Josef Conrad « au cœur des ténèbres » qui inspira entre autre le film culte Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Les auteurs ont choisit ici de nous raconter l’expérience Africaine de l’écrivain à la suite de la quelle il écrivit cette nouvelle.

Sans jamais se positionner en donneur de leçons, Christian Perrissin et Tom Tirabosco nous montrent à travers cette biographie romancée un état des lieux sans concession de la colonisation vue de l’intérieur. La narration linéaire et le rythme lent plonge le lecteur pas à pas dans l’action et le place sur le rang de témoin privilégié des événements. Les courriers que Conrad écrit à sa tante sont autant de pauses salutaires extirpant le lecteur du sordide de l’aventure et permettant d’appréhender encore mieux la désillusion de l’écrivain.


kongo,perrissin,tirabosco,futuropolis,josef conrad,biographie,colonianisme,afrique,congo,littératureTom Tirabosco à mis trois ans à dessiner cet album. Le détail obtenu avec la technique du monotype* qu’il utilise est époustouflant ! Le résultat obtenu est un dessin tout en rondeurs au trait épais et lourd accentuant la lourdeur et la moiteur de l’ambiance. Il restitue parfaitement la jungle oppressante, étouffante. On souffre presque autant que Joseph Conrad et c’est avec soulagement que l’on quitte l’Afrique prématurément avec lui.


Kongo est un livre dur mais instructif qui apporte un éclairage nécessaire sur une période peu glorieuse de l’Histoire. Le dossier en fin d’ouvrage complète à bon escient la lecture de cette aventure de Joseph Conrad en la resituant dans un contexte historique plus large. Il permettra en outre de mieux appréhender l’œuvre de cet écrivain humaniste, tant cette expérience l’aura marqué.


Ma note : 8/10

Loubrun

 

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* Le monotype est une empreinte unique. La technique de Tirabosco est de faire le dessin à l’envers, sur une feuille posée sur une plaque de caoutchouc encrée. L’empreinte du crayon au dos de la feuille, qui devient l’original, donne un trait au grain charbonneux, hasardeux, imprévisible.