15/01/2018

Bleu amer.

bleu amer t.jpgbleu amer planche.jpgDessin : Sophie Ladame
Scénario : Sylvère Denné.
Éditeur : La boite à bulles.
Sortie : janvier 2017.
130 pages.
Genre : roman graphique.

 


Le résumé.

Printemps 44, îles Chausey, Suzanne profite des grandes marées pour pêcher à pied. Ses marches contemplatives constituent ses instants d'évasion dans une existence morne, marquée par des rapports distants avec son mari Pierre.
Lui, de son côté, s’oublie à bord de son bateau et dans le café de l’île avec l’alcool pour échappatoire.
Un jour de pêche, il trouve un soldat américain gisant sur la grève, et décide, contre l’avis de certains îliens, de le cacher aux
allemands.

Mon avis.

Je pense que le pari graphique de ce bleu amer en fera fuir plus d’un. Il restera donc les curieux et les téméraires pour séjourner quelques jours sur l’île de Chausey. Le trait de cet album fait la part belle aux grands croquis crayonnés accompagnés d’une trichromie de bleu, de beige et de blanc. Pour une fois, la couverture ne ment nullement sur son contenu et sur son style, c’est exactement ça. C’est assurément osé et audacieux pour une première œuvre. Je dois bien avouer que je m’en suite vite lassé sauf quand les corps s’entremêlent avec une sensualité bien présente (perso, un filon sans Pénélope à creuser pour les prochaines réalisations). Le scénario est lui assez simple et joue sur l’amertume, la lassitude et sur la méfiance dans ce lieu isolé de tout. Par contre, ce sera l’occasion de taquiner le homard ou les écrevisses avec une petite absolution de meneumeneu. Ne cherchez pas de l’action en corrélation avec l’époque (1944), c’est assez anecdotique. Au final, une sorte de voyage philosophique assez éthérique mais heureusement peu bavard.
Bon maintenant, allons voir un peu où se situe cet archipel de Chausey !

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Samba.
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11/01/2018

Le pays des purs

le pays des purs, caron, maury, la boite à bulles, pakistan, documentaire, reportage, benzir bhutto, 05/2017, 8/10le pays des purs, caron, maury, la boite à bulles, pakistan, documentaire, reportage, benzir bhutto, 05/2017, 8/10Scénario : Sarah Caron ; Hubert Maury
Dessin : Hubert Maury
Éditeur : La boîte à bulles
176 pages
Date de sortie :  mai 2017
Genre : roman graphique, reportage

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Le 27 décembre 2007, la ville de Rawalpindi, au Pakistan, est la proie de violentes émeutes, suite à l’assassinat de Benazir Bhutto, principale opposante au régime en place.
Dans la foule, Sarah Caron, photographe française, saisit avec son appareil les moindres détails de la scène. Mais très vite, la jeune femme est repérée et se retrouve poursuivie, craignant pour sa vie.
Un mois plus tôt, Sarah rencontrait Benazir Bhutto afin de réaliser une série de portraits commandée par le magazine Time. Une entrevue difficilement décrochée et qui, par un pur hasard, survenait le jour même de l’assignation à résidence de l’opposante. Une aubaine pour Sarah : pendant 4 jours, elle se retrouvait aux premières loges de l’actualité ! De jour, elle mitraillait les lieux, de nuit, elle transférait ses clichés.
En immersion totale et au gré des commandes, la jeune femme passe cette année-là du monde de l’élite pakistanaise à celui des talibans, avec l’aide d’un fier guerrier pachtoune. Son objectif est une arme dont elle se sert pour frapper les esprits et franchir les frontières, qu’elles soient physiques ou culturelles, et ce malgré le danger des lieux et des situations.

 

"Tout est question d'arrangements politiques... Avec Musharraf... Avec mon ancienne complice Benazir Bhutto... A propos, j'ai appris qu'elle allait organiser un dernier meeting dans quelques jours à Rawalpindi. Intéressant ... Mais dangereux ! Qu'en penseront mes amis Talibans ?"

 

Mon avis

Sarah Caron est photo-reportrice et parcourt le monde pour les plus grands magazines français et étrangers. C'est lors d'une mission au Pakistan en 2007 qu'elle rencontre le dessinateur Hubert Maury, alors en poste à l'ambassade de France. Sarah revient du Pakistan avec de quoi publier un livre de photos, Pakistan, Land of the pure et avec une expérience forte et très marquante puisqu'elle s'est retrouvée au cœur du chaos lors de l'assassinat de Bénazir Bhutto. Elle en a fait un récit intime, Le Pakistan à vif, qui a inspiré cet album "Le pays des purs" à Hubert Maury.

Hubert Maury nous plonge en immersion totale dans cet État islamiste de 193 millions d'âmes plus grand que la France et la Belgique réunis. C'est avec une narration très rythmée et qui donne parfois l'impression d'être légèrement et peut-être volontairement chaotique, à l'image de la situation du pays en 2007, qu'il nous met sur les pas de Sarah dont on suit les aventures et mésaventures comme on suivrait celles d'une héroïne de BD dans une fiction. On est pourtant bien loin d'une fiction, les 14 pages de photos légendées ouvrant le livre sont là pour nous le rappeler.

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Le sujet du photoreportage, tout comme celui de ce livre, n'est pas de faire une analyse de la situation géopolitique des lieux, mais bien de montrer les faits et d'être si possible au cœur des évènement et au plus près de ceux qui les font. Ainsi, l'on suit la photographe toujours en quête, non pas du scoop (ça c'est plutôt l'affaire des rédactions occidentales), mais des images au plus près de la vérité. Toutes ses rencontres, de Benazir Buttho au Mollah islamiste en passant par les chauffeurs de taxi, intermédiaires et facilitateurs, permettent de mieux appréhender la complexité de ce pays à la culture si différente de la nôtre.

En juxtaposant les anecdotes (la quête de sous-vêtements suite à la perte des bagages à l'aéroport ; le besoin constant d'une connexion internet pour transférer les photos ...) à des situations graves, dramatiques ou terrifiantes (poursuite par une foule enragée après l'assassinat ; rencontre avec une jeune fille mariée de force à 12 ans puis répudiée ; incursion dans un village transformée en usine d'armement et tombée aux mains des talibans ; ...), le récit est mis à hauteur d'homme et permet de prendre la mesure de tous ces faits qui paraissent parfois surréalistes. Comme l'est cette rencontre avec un guerrier Pachtoune qui cite Victor Hugo et prend pour modèle Napoléon.

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Ce sont eux les héros de ce récit et ils nous font comprendre, avec un coup de pouce de l'auteur, le sens de ce titre énigmatique pour une contrée où règnent violence et conflits depuis des décennies. Pakistan signifie Pays des purs en ourdou, la langue officielle du pays. Les purs, ce sont ces guerriers Pachtounes qui vivent avec le chaos, armes à la main protégeant village, maison, famille avec cet espoir toujours chevillé au corps et une certitude inébranlable que la paix reviendra un jour. Sarah Caron en a rencontré un, et l'on devine que c'est peut-être la rencontre qui l'aura le plus marquée.

 

Le dessin léger de Hubert Maury contraste avec la tension permanente du récit. A mi-chemin entre le semi-réalisme et la caricature, les traits sont posés avec précision et beaucoup d'expressivité. Ce style confère aussi au récit un ton volontairement épique et le sort du registre des documentaires didactiques au ton trop dramatique, et permet de prendre un peu de distance avec la réalité des faits. Comme le fait Sarah avec ses photos, Hubert montre les faits le plus simplement possible. L'alternance entre bichromie et noir et blanc profond crée un jeu subtile entre ombre et lumière mettant en évidence les nombreux contrastes de ce pays.

 

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Le Pays des purs, je vous en recommande vivement la lecture, car c'est le genre de livre qui aide à comprendre des évènements qui souvent nous échappent, noyés que nous sommes par des flots d'informations sélectionnées souvent superficielles.

C'est aussi un bel hommage rendu aux journalistes, ceux qui vont au front chercher l'info, en permanence pris en tenaille entre la tension du terrain et la pression exercée par leurs rédactions.

Loubrun

 

 

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Le site de Sarah Caron

15/10/2016

L'année de la CHÈVRE ,BERNADETTE

l'année de la chèvre,bernadette,vanyda,duprat,la boite à bulles,hors-champ,tranche de viel'année de la chèvre,bernadette,vanyda,duprat,la boite à bulles,hors-champ,tranche de vieScénariste : Vanyda
Dessinateur : François Duprat
Éditions : La Boîte à Bulles
Collection : Hors-Champ
Genre : Tranche de vie.
112 pages.
Sortie le 5 octobre 2016



Avis de l'éditeur :

Installée dans une routine qui semble lui convenir,Bernadette – celle que Franck avait rencontré 15 ans plus tôt dans L’Année du Dragon – a maintenant 36 ans. Mariée et mère de deux enfants, elle mène une vie rythmée par sa famille et son travail d’enseignante, sans se douter que l’année qui débute marquera un tournant décisif.

Car cette année est celle de la Chèvre, le signe de Bernadette dans l’astrologie chinoise, ainsi que celui de sa fille, Anaïs. Mais les astres n’ont pas prévu d’être cléments envers elles et, petit à petit, le ciel s’obscurcit.

Tandis qu’Anaïs, rêveuse et mal dans sa peau,entre dans l’adolescence, Bernadette se heurte à la lâcheté de son mari et se laisse dangereusement approcher par Samuel, son coach sportif. Sa vie paisible s’effrite : Anaïs se renferme, son couple bat de l’aile, les non-dits persistent dans sa famille, sa mère se remet à boire...

Le doute et le désir de liberté la bousculent.L’herbe ne serait-elle pas plus verte ailleurs ?

Un récit doux et intime sur les doutes de l’âge adulte sans oublier ceux des adolescents, scénarisé par Vanyda.

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Mon avis :

Adepte des biographies, avec un début, un milieu et une fin : il est assez difficile d'entrer dans ce récit qui débute au hasard d'une année, dans la vie d'une famille. Celle de Bernadette en l'occurrence. L'année de la chèvre qui s'avère être le signe astrologique chinois de Bernadette et sa fille Anaïs.

Mais au fil des pages colorées au gré des humeurs de chacun, dépeignant la vie qui nous en fait, elle-même, voir « de toutes les couleurs », on se prends au jeu intimiste qui se dessine agréablement sous nos yeux.

C'est la vie de Monsieur et Madame tout le monde, une famille ordinaire avec Bernadette, institutrice dévouée, mariée et mère de deux enfants, sa sœur qui n'a pas encore fait son coming-out auprès de leurs parents, une mère anciennement alcoolique, un père effacé, un grand père qui se souvient de la bonne époque où il pouvait encore marcher sans déambulateur. Sans oublier le mari, graphiste déçu par sa carrière, Anaïs leur fille de 12 ans en pleine recherche d'elle-même et le petit Eliott qui apprend la vie au détour de contes lus par sa maman chaque soir.

Et pas n'importe quel conte ! Voilà qui est très savamment orchestré que de faire lire « la chèvre de Monsieur Seguin » à Bernadette qui, par la magie de la métaphore va elle-même devenir cette chèvre en quête d'aventures pour briser la monotonie de sa vie. Plus précisément, c'est sous la forme d'une bergère accompagnant la célèbre chèvre décrite dans « Les lettres de Mont Moulin » d'Alphonse Daudet que Bernadette va devoir déjouer les pièges du loup sous les traits d'un satyrique professeur de sport.

Cette comparaison rend l'ouvrage romantique, les couleurs pastels parviennent à réunir le rêve et la réalité ; et case après case : c'est la vraie vie qui défile. Les problèmes de couples, de famille. L'éducation scolaire mais également parentale. La « gestion » de la vieillesse, des addictions. Le stress économique lié à l'emploi, ... tout ce qui peut nous arriver à nous, lecteurs, chaque jour. De quoi se dire parfois « ah oui, c'est vrai, moi aussi » ou encore « je l'ai déjà entendue celle-là » quand Bernadette crie sur ses enfants pour x ou y raison.

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Mais tout cela n'aurait été que « simple histoire » si Vanyda n'avait pas brillamment épilogué le récit. Car Bernadette, lasse de cette routine, a su prendre le taureau... que dis-je : la chèvre !.. par les cornes. Mais pour en savoir plus, il vous faudra lire « L'année de la chèvre » de Vanyda et François Duprat que je vous recommande chaudement.



ShayHlyn

28/03/2014

STERN GANG

stern gang,enoch,stassi,la boite à bulles,histoire,sionisme,terrorrisme,palestine,israelstern gang,enoch,stassi,la boite à bulles,histoire,sionisme,terrorrisme,palestine,israelScénario : Luca Enoch

Dessin : Claudio Stassi

Éditeur : La boîte à bulles

date de sortie : mars 2014

128 pages

Noir et blanc

genre : Documentaire Historique

 

Du sang pour une terre promise ...

 

Stern Gang raconte un pan méconnu de l'Histoire dont les répercussions résonnent encore aujourd’hui sur l'échiquier politique mondial.

 

Dans les années 20 du siècle dernier, après la première guerre mondiale, le territoire de Palestine est administré par l'Empire Britannique avec la bénédiction de la SDN (Société des Nations) l'ancêtre de l'ONU. De plus en plus de Juifs viennent s'installer sur cette terre pour s'y établir de manière permanente.

C'est dans ce contexte que naissent des groupes d'opposition à l'Empire Britannique, considéré comme un occupant et comme l'ennemi du peuple Juif.

 

Chez certains de ces groupes, la violence extrême prend rapidement le pas sur la diplomatie et semble être la seule solution envisageable pour chasser les Anglais de la terre promise. C'est le cas du groupe Stern, du nom de son fondateur, (qui deviendra par la suite le groupe Lehi) qui, à l'aune de la seconde guerre mondiale, refuse de participer à l'union sacrée contre les nazis, et préfère continuer sa lutte contre les anglais qu'il considère toujours comme l'ennemi du Yishouv – c'est à dire de l'implantation juive en terre d’Israël.

 

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Après la guerre, en 1948, l’État d’Israël est officiellement créé par les vainqueurs et par l'ONU. La terre est découpée et partagée entre les populations Arabes et les Juifs. Les groupes Sionistes ne voient pas tous cela d'un bon œil considérant ce partage comme une division de la "mère patrie" et une manœuvre anglaise pour avoir à nouveau la main mise sur la région. Leurs actions se tournent alors contre des cibles politiques puis contre les Arabes.

 

C'est ainsi que le médiateur de l'ONU, le Suédois Bernadotte, chargé de superviser la mise en application du partage territorial entre juifs et arabes est assassiné par le groupe Stern. C'est ainsi, qu'au nom de la cause, tous les habitants d'un village Arabe sont assassinés. Et c'est ainsi que le Sionisme radical et extrême est né avec les conséquences que l'on connait tous, plaçant cette région du monde sur des charbons ardents pour des décennies.

 

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Ce livre hyper documenté est un vrai livre d'Histoire et nous aide à comprendre ou tout au moins à avoir une autre vision du conflit Israélo / Palestinien que nous connaissons aujourd'hui.

 

Lucas Enoch et Claudio Stassi nous montrent comment un petit groupe très peu populaire, employant des méthodes terroristes, qui compta parmi ses membres un futur premier ministre Israélien, a changé la face du monde en créant et en installant un climat de haine qui semble irréversible entre arabes et juifs.

 

Leur récit puissant traite sans concessions et sans tabou d'un sujet encore très sensible aujourd'hui. Le récit débutant en 1948, l'essentiel de la narration est faite en flashback et ce, de façon linéaire offrant une approche chronologique des événements.

 

A l'aise sur toutes les scènes, Claudio Stassi nous livre un dessin nerveux en noir et blanc rehaussé de lavis en nuances de gris. Le tout est solide et donne du dynamisme à un récit très didactique.

 

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Stern Gang est passionnant sur le plan Historique parce qu'il nous dévoile un pan méconnu du passé et parce qu'il nous permet d'avoir une autre vision sur les évènements actuels du proche Orient.

 

Malgré la complexité des faits et du contexte politique de l'époque, cette histoire se lit d'une traite comme un bon roman d'action. La narration reste fluide et l'abondance de termes en hébreux, bien documentée. Pour les plus avides de géopolitique, le dossier de 10 pages à la fin du livre apportera un éclairage encore plus pointu sur cette période trouble qui dure depuis presque un siècle ...

 

ma note : 8,5/10

Loubrun

 

 A lire aussi :

- Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle

- Jérusalem - Portrait de famille

 

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03/03/2014

INTERVIEW DE NICOLAS PITZ (Les jardins du congo).

Je vous propose aujourd’hui de faire la connaissance de Nicolas Pitz, jeune dessinateur belge, qui se lance dans l’aventure de la bande dessinée avec beaucoup de motivation. Je l’ai rencontré lors du Salon BD de Seraing 2014.

Interview Nicolas Pitz, Les jardins du congo, La boîte à bulles, 08/2013Samba BD : Pouvez-vous vous présenter, nous raconter votre parcours au niveau de la bande dessinée?

Nicolas Pitz : Je suis né à Bruxelles, j'y vis toujours, c'est une ville parfaite pour moi. Grande et belle mais toujours en simplicité, elle me nourrit constamment.

J'ai eu la chance d'étudier la bédé à Saint-Luc.  Mes principaux amis d'aujourd'hui suivaient les cours avec moi. D'ailleurs, je travaille encore avec certains, à l'atelier Mille, à Saint-Gilles, une commune Bruxelloise. Nous sommes six à partager un atelier, Léonie Bischoff, Thomas Gilbert, Jérémie Royer, Hieu Nguyen et Flore Balthazar. Une belle mixité, une belle énergie, qui pousse à la création. 

Samba BD : Dans "les jardin du Congo" vous racontez la vie de Yvon Hardy, votre grand-père maternel, qui a vécu au Congo. Un nombre important de photos de votre grand-père est publié en fin d'album. Quelle est la part de la vérité, quelle est la part du roman dans votre album?

Nicolas Pitz : J'ai essayé de retranscrire, le plus fidèlement possible, l'époque et la vie de mon grand-père. Les témoignages, les photos, les films m'ont beaucoup aidés. C'était important pour moi de rester réaliste, puisque l'objectif, c'était de raconter la colonisation à travers les yeux d'un colon. Je souhaitais parler d'une époque avec un autre regard, celui du "dominant", du blanc. Je voulais mettre scène un "gars lambda", qui presque malgré lui, devient le rouage d'un système destructeur. 

Quand au coté romancé, pour les besoins du récit, j'ai tout de même ajouté un personnage fantastique qui apparaît aux moments sombres de la vie de mon grand-père, une sorte d'incarnation de sa conscience.

Samba BD : Le Congo, qu'est ce que cela représente pour vous ? Quels sont les sentiments qui vous habitent à propos de la vie de votre grand-père au Congo? Que pensez-vous de la problématique du Congo belge?

Nicolas Pitz : Quand je pense au Congo, d'abord, je pense aux couleurs, aux animaux, à laInterview Nicolas Pitz, Les jardins du congo, La boîte à bulles, 08/2013 biodiversité, c'est un truc qui me fascine. 

Quand à la colonisation au Congo, c'est étonnant de constater comme cette époque, les années 50-60 du Congo belge, reste tabou en Belgique. Pour preuve, il n'y a pas d'obligation pour les enseignants d'aborder ce thème en classe, au niveau des programmes scolaires. 

Par ailleurs, on sait qu'aujourd'hui, en Belgique, que la communauté congolaise  est la mieux qualifiée professionnellement mais pourtant elle détient le plus bas taux de mise à l'emploi, parmi les personnes issues de l'immigration. 

Bien sûr, il y a eu l'état indépendant du Congo avec Léopold II, qui a été largement abordé et analysé, mais il y a encore, dans la colonisation du Congo, quelque chose qui n'a pas encore été digéré. 

Samba BD : Vous avez déjà publié un album intitulé "Luluabourg Tome 1" chez un autre éditeur. Vous reprenez le scénario et vous le développer dans "Les jardins du Congo". Ce thème est permanent dans vos premiers récits. Pourquoi cette fixation sur ce thème? Avez-vous besoin de faire le tour du sujet pour passer à un autre thème?

Nicolas Pitz : Le cours d'histoire que j'ai eu à l'école sûr le Congo tenait 2 heures. Celui de la révolution française, 40 heures .Il est certain qu'il y a un abcès à percer. J'aime raconter des histoires et je pense que le Congo est un sujet infini. Bien sûr, beaucoup d'autres thèmes m'intéressent, je prépare d'ailleurs actuellement une bande dessinée sur la jeunesse de Marie Curie. 

Samba BD : Peut-on juger une période de l'histoire révolue à la lumière des mentalités actuelles et de l'air du temps présent?

Nicolas Pitz : Juger avec le recul est facile. J'ai évité de juger mon personnage dans les Jardins du Congo. Qu'aurions-nous fait à la place d'Yvon? Il était pauvre, presque sans famille, et "l'exotisme" du Congo s'ouvrait à lui. On peut comprendre son choix de partir. Yvon est un personnage réel. Certes, un peu simple mais je pense qu'il était comme beaucoup d'homme là bas, partant construire quelque chose de nouveau. 

Interview Nicolas Pitz, Les jardins du congo, La boîte à bulles, 08/2013

Samba BD : Votre style graphique est dépouillé, simple voire même "enfantin". Quelles sont vos sources d'inspiration au niveau graphique? Etes-vous capable de faire de la bande dessinée plus élaborée au niveau du dessin, plus réaliste?

Nicolas Pitz : Oui, oui, pour les Jardins, je voulais un dessin lâché, fluide, simple, comme le personnage. Je ne voulais pas rentrer dans un système de dessin "réaliste". 

Mes prochains projets le sont beaucoup plus, car les scénarios le demandent. 

Pour l'inspiration, je citerais, bien sûr mes amis de l'atelier, et puis Blutch, Coyote, Brüno. Ça part dans tout les sens !

Samba BD : Vous êtes dessinateur et scénariste. Où votre préférence? Etes-vous un scénariste par défaut ou est-ce pour vous également un vrai plaisir?

Nicolas Pitz : Les deux sont merveilleux. Pour moi, la bédé, c'est d'abord une histoire et ensuite un dessin.

Samba BD : Quelles sont les dernières BDs que vous avez lues? Quelles sont celles qui vous ont plu?

Nicolas Pitz : Je viens de lire "Princesse des Glaces" de "Léonie Bischoff" et d'"Olivier Bocquet", J'ai passé un véritable bon moment. Le dernier "Last man" et "les enquêtes d'Andrew Barrymore" de "Valambois"  le furent aussi. 

Samba BD : Quels sont vos futurs projets ?

Nicolas Pitz : Je travaille actuellement sur une aventure en 3 tomes au Congo et sur la jeunesse de Marie Curie.

 

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD. Remerciements à Nicolas Pitz pour sa bienveillante collaboration.

 

Interview Nicolas Pitz, Les jardins du congo, La boîte à bulles, 08/2013

Page de la nouvelle série de Nicolas Pitz intitulée "Brume", une aventure en 3 tomes.

  

LES JARDINS DU CONGO.

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013Dessin &- Scénario : Nicolas Pitz

Editions La boîte à bulles

Collection « Hors champ »

Sortie : 01/08/2013

144 pages

Prix conseillé : 21,00 €

ISBN : 9782849531761

Roman graphique, Historique, Congo, Colonisation, 2e guerre mondiale

 

Résumé (de l’éditeur) :   1940, les Allemands envahissent une Belgique neutre, sans véritable défense. Durant l’Occupation, comme de nombreux autres jeunes de Chimay, Yvon veut échapper aux camps de travail : il décide de se cacher dans la forêt. Hélas, les occupants ne quittent pas les lieux. Les semaines passent, puis les mois et les années… Au total, ce sont quatre interminables années qu’il va passer dans les bois à lutter contre la peur, la faim et la folie…Lorsqu’il peut enfin sortir de son refuge, Yvon éprouve un besoin vital de changer d’air pour effacer ses cauchemars et se donner l’occasion de démarrer de plain pied sa vie d’adulte. Il prend donc le premier bateau en partance pour le Congo, la colonie belge si pleine de promesses.

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013

Mon avis : Il y a parfois des rencontres non programmées, improbables, lors d’un salon BD (à Seraing 2014), qui font que je m’intéresse à un album que je n’aurait probablement pas lu en d’autres circonstances. D’abord, Samba BD n’a pas de contact particulier avec « la boîte à bulles ». Ensuite, je suis peu porté en général vers cette production alternative, loin des grands courants des éditeurs bien installés. C’est plutôt un album pour Monsieur William, notre chroniqueur branché « petites maisons alternatives ». Cela n’empêche pas parfois d’y trouver des petites pépites, des premiers albums, des jeunes dessinateurs pleins de talents et avec une foi dans leur (futur) parcours BD pouvant déplacer des montagnes. C’est le cas de Nicolas Pitz qui a son job de professeur pendant la journée et qui fait de la BD une fois son boulot terminé.

Son album, « les jardins du Congo », m’a attiré. Le Congo belge, cela me parle, même si je n’y suis jamais allé. Mais, pendant toute mon enfance, j’ai entendu parler de membres de ma famille, de connaissances proches qui y ont vécu. J’entendais parler surtout de mon oncle Georges, médecin à Kinshasa. Comme Nicolas Pitz attendait le chaland, j’en ai profité pour acheter l’album et le faire dédicacer. La discussion s’est vite engagée fort sympathiquement…

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013

En ouvrant l’album, directement, c’est le graphisme qui saute aux yeux. Ce n’est pas du beau dessin réaliste bien léché mais plutôt un dessin simple, dépouillé avec un style. Un style qui est encore hésitant, avec des imprécisions, et qui doit s’affirmer mais il y a un style intéressant. Ce style me fait un peu penser à un mixte entre Brüno et Kerascoët.

Le scénario est bien construit et s’inspire de la vie d’Yvon Hardy, le grand père maternel de  l’auteur. En fin d’album, 3 pages de photos, intitulées « Souvenirs du Congo », témoignent de la vie au Congo à l’époque de la colonisation belge. L’histoire se divise en trois parties. La première partie parle des années 1940-1945 et de la seconde guerre mondiale à Chimay en Belgique. La deuxième partie est consacrée au Congo. C’est la partie centrale du récit. La troisième partie concerne la décolonisation et le retour en Belgique. Nicolas Pitz nous raconte une histoire de famille qui se mêle à l’histoire de la Belgique, avec ses « non-dits », ses silences, une communication défaillante entre membres de la famille. Au final, Nicolas Pitz se pose des questions sur le comportement de sa famille au Congo, une sorte de culpabilisation est même sous-jacente dans la narration de l’auteur.

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013

J’ai bien aime lire ce type d’album qui raconte la vie d’un « colonial » belge depuis ses origines à Chimay, jusqu’à son retour avec au final une deuxième carrière professionnelle en Belgique, mais toujours avec cette « nostalgie » du bon temps au Congo. Un jeune talent à suivre.

 

Dessin :             6,5/10

Scénario :           7,5/10

Moyenne :           7,0/10

 

Liens vers le site de l’éditeur : ICI.

Liens vers le blog de Nicolas Pitz : ICI.

 

Capitol

 

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013

 

26/02/2014

LE MUSEE INSOLITE DE LIMUL GOMA - Tome 2: Le massacre.

Le Massacre, le musée insolite de limul Goma, boîte à bulles, Hureau, 01/2013Le Massacre, le musée insolite de limul Goma, boîte à bulles, Hureau, 01/2013Dessin &- Scénario : Simon Hureau

Editions La boîte à bulles

Collection « Hors champ »

Sortie : 01/01/2013

56 pages

Prix conseillé : 14,00 €

ISBN : 9782849531525

Aventure, Historique, Cambodge, enquête, humour noir.

 

Résumé (de l’éditeur) :   Simon met aux enchères un « massacre » (trophée de chasse) trouvé par son amie Louise dans des affaires léguées à son grand-père par un ami cambodgien. La mise en vente de ce massacre déclenche les hostilités entre deux collectionneurs qui s’arrachent l’antiquité à des sommes astronomiques. Le vainqueur, le collectionneur Limul Goma invite Simon à passer le voir. Il lui explique que le trophée est celui d’un kouprey, animal mythique cambodgien dont la race est aujourd’hui éteinte.

Le Massacre, le musée insolite de limul Goma, boîte à bulles, Hureau, 01/2013

Mon avis : Lors de la sortie de « Crève saucisse » (voir la chronique sur Samba BD : ICI.) de Simon Hureau et Rabaté chez Futuropolis, j’avais reçu un communiqué de presse consacré à l’album intitulé « Le massacre », paru à « La boîte à bulles ».Vu mon coup de cœur pour l’album « Crève saucisse », j’avais gardé ce document sous le coude au cas où je pourrai me procurer l’album. L’actualité éditoriale, les (trop) nombreuses sorties, ont fait que j’ai complètement oublié ce « massacre ». A l’occasion du Salon BD de Seraing, je tombe sur l’album en question et je l’achète directement, espérant retrouver le plaisir de lecture de « Crève saucisse ».Hureau sera-t-il à la hauteur de Rabaté au niveau du scénario ? Bien m’en a pris ! C’est pour moi une nouvelle surprise, une découverte. Je m’en veux même un peu de le découvrir avec retard…Mon petit doigt me dit d’ailleurs que je vais me mettre en chasse pour me procurer les autres albums de Hureau déjà parus.

Le massacre, Le musée insolite de limul goma, Hureau, boîte à bulles, 01/2013

En réalité, « Le massacre » est le 2eme volume d’une série baptisée « Le musée insolite de Limul Goma ». Ce sont des histoires construites autour d’un personnage récurrent, un fantasque collectionneur appelé Limul Goma. Le premier tome est intitulé « Hautes-Oeuvres » publié aussi à « La boîte à bulles ».

Le massacre, Le musée insolite de limul goma, Hureau, boîte à bulles, 01/2013

Hureau a séjourné au Cambodge et connaît bien le pays. Il s’en est inspiré par le bief de la Grande Histoire (le passé Khmer, l’indépendance du Cambodge, et la prise du pouvoir par les Khmers rouges de Pol Pot) pour nous faire vivre une véritable enquête sur l’origine d’un massacre, un trophée de chasse d’un Kouprey, animal mythique cambodgien dont la race est aujourd’hui éteinte). L’objet atteint des sommets dans une obscure salle de vente publique de province. De suite, des questions se posent : Que représente cet objet ? Pourquoi a-t-il tant de valeur ? Quel mystère se cache derrière un objet à première vue banal ? Démarre alors un récit enlevé, débridé, avec une base autour de personnages réels (dont le sanguinaire Pol Pot), teinté d’un humour noir. Les nombreux rebondissements m’ont captivés. Hureau se met également en scène lui-même dans la BD, comme narrateur.

Le massacre, Le musée insolite de limul goma, Hureau, boîte à bulles, 01/2013

 A l’arrivée, un album très réussi dans le style « divertissement » de la meilleure facture. Des albums que celui-là, j’en redemande ! Par cette chronique, je répare une injustice, celle d’être passé complètement à côté d’un tel album. Le problème, c’est que le marché est inondé d’albums mièvres et ineptes qui ne font qu’encombrer les librairies et empêchent les bons albums d’émerger et de connaître un vrai succès en librairie, plutôt qu’un succès d’estime.

Le massacre, Le musée insolite de limul goma, Hureau, boîte à bulles, 01/2013

« Le massacre » de Simon Hureau vaut plus qu’une simple séance de rattrapage ! Il est à la fois un bon dessinateur et un excellent scénariste. Excellent !

 

Dessin :             7,5/10

Scénario :           8,5/10

Moyenne :           8,0/10

 

Liens vers le site de l’éditeur : ICI.

 

Capitol

 

Le massacre, Le musée insolite de Limul Goma, Hureau, La boîte à bullles, 01/2013

 

24/02/2014

LES METIERS SECRETS DE LA BANDE DESSINEE.

les métiers de la bande dessinée, la boite à Bulles, Reuzé, Coudray, 01/2013les métiers de la bande dessinée, la boite à Bulles, Reuzé, Coudray, 01/2013Dessin : Emmanuel Reuzé - Scénario : Jean-Luc Coudray

Editions La boite à bulles

Collection Contre-pied

Sortie : 01/01/2013

56 pages

Prix conseillé : 1,00 €

ISBN : 9782849531655

Humour, édition, BD.

 

Résumé (de l’éditeur) :   Et si le meilleur moyen de parler de la BD, c’était de passer par le détour de métiers imaginaires ? De “placeur de bulles ” à “peintre en marge” en passant par le « testeur de gag » ou le « fabricant de monstres », ce sont 28 métiers inventés, humoristiques, avec lesquels Jean-Luc Coudray traite la BD par des entrées jamais encore explorées.
Les illustrations d’Emmanuel Reuzé ajoutent une autorité institutionnelle et une froideur administrative qui ancrent l’humour du livre dans une réalité palpable. L’humour des textes et des dessins se cautionne d’un sérieux poussé jusqu’à l’absurde.

 

Mon avis : C’est en me rendant Salon BD de Seraing en ce mois de février 2014, que je suis tombé sur cet album, au détour d’un couloir, sur un étal spécialisé dans les petits éditeurs et plus particulièrement « la boite à bulles ». Première caractéristique de l’album de petite dimension (17X22 cms), souple, 56 pages, c’est son prix symbolique : 1 euro ! Cet album a été sorti à l’occasion des 10 ans de la création de la maison d’édition, en 2013. Cet album fait partie de la collection « contre-pied », la collection dédiée à l’humour noir, décalé ou absurde.

Qu’est ce que je risque pour 1 euro ? Rien…Si ce n’est de me déchaîner  par une chronique assassine sur une grosse merde…Ce genre de chronique qui m’arrive une fois tous les 5 ans. Mais même à 1 euro, cela ne vaudrait pas la peine de râler pour si peu. Par contre, certains éditeurs sortent des trucs nuls, mal ficelés et mièvres à des prix de nababs. Parfois, cela frise l’escroquerie…

Passé cette petite digression,  qu’est ce que cela donne à la lecture ? D’abord le lecteur a droit à une préface de Lewis Trondheim. Une courte préface décalée de 7 lignes "à 1 euro" (il ne s’est pas trop foulé Lewis !) dans laquelle ce grand maître de la BD s’offusque de constater que quelques petits métiers de la BD ont été oubliés dans cet album fort improbable, comme ramasseur de chiures de gomme ou ajusteur de piles de BD en grande surface ! Il a raison en plus…

Emmanuel Reuzé nous fait découvrir des petits métiers méconnus mais très importants dans le processus de création d’une bande dessinée, ces petites mains que le lecteur, que vous êtes, ignore. Je vous donne des exemples : Les dessinateurs chargés de reproduire à la main 5000 albums, les dénoueurs de situations inextricables, le placeur de bulles, le testeur de gags, le lecteur professionnel, l’évaluateur du prix, le complexificateur de scénario, le lecteur idéal, le plagieur professionnel, le vérificateur de moralité, et bien d’autres…Suivent des descriptions du métier en question dans ses turpitudes, ses zones d’ombres,…

Jean-Luc Coudray illustre ces métiers  improbables à la manière des encyclopédistes, avec rigueur et parfois de manière désuète, à la manière des livres de Jules Vernes où se croisent la terrible vérité de tous les jours et les mystères ténébreux de la création.

Ce petit album vaut bien son euro et je vous le conseille chaudement. L’humour est caustique et met parfois le doigt sur certains comportements de monde de la bande dessinée. On y trouve même comme métiers le scénariste et le coloristes. Comme quoi parfois même un livre humoristique peut faire passer un message aux éditeurs. J’ai bien aimé cet exercice décalé !

 

Dessin :             7,0/10

Scénario :           8,0/10

Moyenne :           7,5/10

 

Liens vers le site de l’éditeur : ICI.

 

Capitol

 

les métiers de la bande dessinée, la boite à Bulles, Reuzé, Coudray, 01/2013

 

26/01/2012

A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge


9782849531303_cg.jpg9782849531303_2.jpgAu cinéma, en télé et en BD, les œuvres post-Katrina sont déjà présentes depuis quelques temps. A.D. fait partie de celles-là. 

 

29 aout 2005, l’ouragan Katrina frappe la Louisiane. A.D. retrace cette catastrophe via les témoignages de sept habitants de La Nouvelle-Orléans, Denise, Leo, Michelle, Kwame, le docteur Brobson, Abbas et Darnell. Voici donc une histoire chorale sur fond de drame humain et de catastrophe naturelle.

 

 

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« Il m’a semblé important de raconter l’histoire du point de vue d’un panel de personnes réelles ayant vécu l’ouragan, aux profils variés : riches ou pauvres, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, gays ou hétéros, hommes ou femmes. »

Extrait de la postface de Josh Neufeld


 

L’Amérique panse encore les plaies d’un des drames les plus profonds de son histoire. C’est dans ce contexte de mécanisme de deuil bien entamé mais pas encore terminé qu’A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge sort dans une version traduite de l’anglais aux éditions La boîte à bulles. L’auteur américain Josh Neufeld nous fait partager ces sept destins qu’il a rassemblés grâce à son intervention comme volontaire de la Croix-Rouge sur les lieux de cette catastrophe.

 

A.D. débute sur un véritable scénario catastrophe annoncé sur différents médias. Le timing des évènements et des images d’apocalypse crée une réelle tension. Malheureusement, l’auteur n’a pu la conserver jusqu’à la fin de son album. Le point de vue bascule en plein récit, ce qui était une catastrophe naturelle devient un drame humain. On passe des éléments qui se déchainent à une foule de personnes qui attendent dans un stade que les autorités les prennent en charge. Soit Josh Neufeld nous fait vivre les événements vu de l’extérieur jusqu’au bout (double page de l’ouragan, des rues entières qui se font dévaster, des maisons qui se font emporter,…),  soit il nous propose une histoire humaine à vivre de l’intérieur qui suit ces sept témoins privilégiés mais il choisit de ne pas trancher entre les deux. On peut regretter ce choix (ou ce non choix) car le récit perd en rythme et en intensité. 

 

 

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Au delà de la catastrophe naturelle et du drame humain, Josh Neufeld dénonce l’incompétence des autorités face aux évènements.


 

La réussite d’A.D. réside dans son dessin et son choix de couleurs. Un dessin très plat et figé qui contraste très bien avec la profondeur du drame qui se joue. Les couleurs, quant à elles, sont réduites à différentes bichromies qui ont une dominante jaune, verte, bleue,… Ce n’est pas sans rappeler ces films du début de l’histoire du cinéma dont les pellicules noir et blanc étaient teintées de différentes couleurs selon les différentes séquences. Cela donnait des ambiances très différentes suivant les couleurs.

 

Le + : Un album qui nous fait découvrir certains éléments qu’on ignorait peut-être encore sur Katrina. Le dessin et les couleurs de Josh Neufeld sont une belle surprise et créent un objet très graphique.

 

Le- : Le point du vue hésitant de l’auteur fait retomber une tension qu’il avait rapidement et très habilement mise en place.

 

Infos en vrac:

One-shoot

Dessin et scénario : Josh Neufeld

Editions : La boite à bulles

Prix : 18 euros

Parution : décembre 2011

 

www.la-boite-a-bulles.com


Cette critique est également présente sur le site Myboox


Monsieur William

22/08/2010

L'immeuble d'en face T1-3.

immeuble_1.jpgImmeuble d'en face (L')3.jpgAuteur:Vanyda.
Editeur: La boite à bulles (contre jour).
Résumé de l’éditeur :
Au 1er étage de L'Immeuble d'en face réside une mère célibataire et enceinte. Au second, un couple entre deux âges. Et au troisième un couple de jeunes amoureux, Claire et Louis. Un immeuble comme tant d'autres avec ses croisements dans l'escalier, sa solidarité et ses petites histoires, amoureuses ou douloureuses. Des tranches de vie pleines de justesse et de fraîcheur.

Mon avis :

Oui, c’est un immeuble comme les autres, oui les habitants sont comme beaucoup d’autres. Les couples sont comme ceux que l’on croise tous les jours sans lever la tête et Béatrice, la mère célibataire du 1er est une mère comme beaucoup d’autres. Que tout cela est banal me direz-vous !
Et bien détrompez-vous.
Vanyda, jeune auteur prodige, nous conte la vie quotidienne de ces habitants avec un talent incroyable. Sous sa plume, les personnages prennent une dimension savoureuse, les histoires sont bourrées de tendresse et de délicatesse, et on se surprend à se passionner pour leurs amours, leurs envies et leurs emmerdes. L’auteur semble s’amuser à faire évoluer les rapports entre les personnages tout au long de la série et cela se sent. Ils sont d’abord indifférents mais les aléas de la vie font qu’ils vont apprendre à s’entraider et nous voyons leurs relations nettement évoluer.
Aidée par des dessins dynamiques et expressifs au style manga et une narration parfaitement maitrisée, les 3 tomes se dévorent avec délectation. Vanyda utilise toute une palette de cadrages et de découpages démontrant sa dextérité également dans ce domaine.
Vous l‘aurez compris, c’est mon coup de coeur du moment et j’espère une chose : C’est que Vanyda nous concocte un nouveau chapitre. Sais-t-on jamais.... En attendant, retenez bien son prénom car cette fille à quelque chose de rare.

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Immeuble d'en face (L'.jpg
DIGNUS.