26/10/2017

Là où naît la brume

là où nait la brume, gaultier, perrissin, galopin, rue de sèvres, chronique sociale, terre neuve, voyage, dépression, introspection, 08/2017,5/10là où nait la brume, gaultier, perrissin, galopin, rue de sèvres, chronique sociale, terre neuve, voyage, dépression, introspection, 08/2017,5/10Scénario : Christian Perrissin
Dessin : Christophe Gaultier
Éditeur : Rue de Sèvres
72 pages
Date de sortie :  août 2017
Genre : chronique sociale

 

 

 

Présentation de l'éditeur

Un road movie intimiste, dans lequel Josh affronte son passé et finit par se trouver lui-même. Josh, petite trentaine baroudeuse et tatoué, a récemment quitté la marine. Sac au dos, il trace sa route à travers la campagne de l’île de Terre-Neuve. Le climat y est rugueux, comme la vie sur place. Il part à la recherche de son père qui s'y est installé et a disparu, à défaut d’affronter ses fantômes. à moins que Ruthie-Jane, qui semble plus douée pour la vie que lui, ne le pousse à se rechercher lui-même. Mais les brumes sont tenaces en Terre-Neuve, et la route toujours tentante.

 

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Mon avis

De la grisaille de Fécamp au froid glacial de Terre-neuve, le ton brumeux de ce récit intiatique crépusculaire, et un peu glauque, ne quitte pas un instant les pages et finit par nous foutre le moral à zéro !

On éprouve peu voire pas de sympathie ni empathie pour ce personnage dont on dirait qu'il se complait dans sa dérive. Pas facile il est vrai de grandir et se construire sereinement quand vous avez eu un père qui vous a appris à nager à coup de rame dans la gueule ! La poisse est tombée sur Josh quasiment dès le berceau, et même peut-être avant. Josh trouvera ce qu'il cherche, et même ce qu'il ne cherche pas. Mais au final il restera le même, enfermé dans sa tristesse et se refusant le droit d'accéder au bonheur. Enfin, c'est comme ça que j'interprète ce voyage introspectif qui laisse assez peu de place à l'espoir.

Le dessin charbonneux de Christophe Gaultier contribue a enfoncer le lecteur dans une déprimante mélancolie. Tout est triste, lourd, pesant, sombre, humide et froid. De ce point de vue, on peut dire qu'il est bien raccord avec le récit. Toujours est-il que la lumière a vraiment du mal à entrer dans cet album et l'horizon semble obstinément bouché.

 

Sinon, le scénario est bien construit, bien équilibré, les séquences s'enchainent bien, la lecture n'est pas déplaisante, bien que très rapide, mais l'invitation au voyage habituelle chez Perrissin ne donne ici qu'une envie, celle de rester chez soi et de ne voir personne.

Un conseil quand même : si vous êtes dépressifs ou d'humeur maussade, n'ouvrez pas ce livre.

 

Loubrun

 

 

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30/03/2017

Nam-Bok

nam bok,grand nord,pirogue,civilisation,voyage,retour,vie sauvage,tribusnam bok,grand nord,pirogue,civilisation,voyage,retour,vie sauvage,tribusScénario : Thierry Martin (adapté d'une nouvelle de Jack London)
Dessin : Thierry Martin
Éditeur : Futuropolis 
104 pages
Date de sortie : 06/04/2017
Genre : Conte philosophique 

 

 

Présentation de l'éditeur


nam bok,grand nord,pirogue,civilisation,voyage,retour,vie sauvage, tribus, progrès, Thierry MartinNam-bok vit dans le Grand Nord, dans une tribu totalement isolée. Un jour, partant à la chasse au phoque dans sa bidarka - son canoë -, il se perd dans l'immensité de l'océan. Des mois, des années plus tard, il réapparaît, au grand étonnement des siens qui le croyaient mort. Il se met à raconter ce qu'il a vécu et découvert au cours de son voyage : les "grands canoës énormes" qu'on appelle "goélettes", et qui peuvent aller "contre le vent", ou les vapeurs qui sont en fer mais ne coulent pas. Il raconte comment, emporté par une lame jusqu'à un rivage, il fut recueilli par une famille qui le nourrit et lui donna ce qu'on appelle de l'argent. Il raconte encore comment il a été conduit, à travers tout le pays, par un monstre de fer, nourri avec des pierres et de l'eau et crachant du feu. Il raconte enfin comment il est arrivé à un village, "le plus grand de tous", où "les toits des maisons montaient jusqu'aux étoiles"... Le retour de Nam-bok pourrait-il bien annoncer l'arrivée du progrès, un progrès aux effets pervers ? Quoi qu'il en soit, les membres de sa tribu ne croient en rien ce que raconte Nam-bok, et finiront par le rejeter.

  

 

Mon avis

 

J’étais bien embêté quand j’ai dû remplir la ligne « Genre » un peu plus haut. Mais je crois que, finalement, conte philosophique s’applique pas mal. En effet, l’histoire de Nam-Bok, ce pêcheur membre d’une tribu isolée d'un Grand Nord qui pourrait être canadien, groenlandais ou russe, que l’on croyait mort et qui revient après des années d’absence, est bien de celles qui nous donnent à réfléchir. En effet, si sa volonté de transmettre un récit détaillé de ses aventures et de toutes ces choses inouïes qu’il a vues a, semble-t-il, pour but louable d’ouvrir l’esprit des autres membres de sa tribu, on ne peut s’empêcher de craindre les effets potentiellement pervers d’une éventuelle « arrivée » d’une forme de progrès technique et/ou technologique en ces terres reculées et préservées.

 

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D’un autre côté, qui sommes-nous pour juger de ce qui est bon pour certains peuples ou certaines peuplades et ce qui ne l’est pas ? D’autant que les raisons pour lesquelles les membres de la tribu finissent par rejeter Nam-Bok ne sont pas uniquement liées à la crainte des équilibres rompus. C’est avant tout l’ignorance et la peur de l’inconnu qui poussent ses habitants à refuser d’admettre une réalité non conforme à leur vision d’un monde étriqué.

 

« Les choses reprennent leur équilibre et tout est conforme à la loi »

 

Alors, qui a raison ? Nam-Bok et son envie d’accession au progrès pour les membres de son village natal ? Ou bien le conseil du village qui choisit de l’expulser afin que « Les choses reprennent leur équilibre et tout [soit] conforme à la loi » ? En tout cas, c’est bien là une question philosophique.

 

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nam bok,grand nord,pirogue,civilisation,voyage,retour,vie sauvage, tribus, progrès, Thierry MartinQuant à la dimension conte, Thierry Martin nous la fait vivre à travers ses dessins aux lignes et couleurs épurées, aux aplats profonds, dans une ambiance de huis-clos (on est sur une île, dans un tout petit village). On notera d’ailleurs que le dessin semble s’effacer, en quelque sorte, pour toutes les parties de dialogue entre les villageois et Nam-Bok, un peu comme si l’auteur nous incitait à nous concentrer sur la problématique de cette opposition entre son personnage principal et les membres de la tribu. En revanche, les cases et pages illustrant la confrontation de Nam-Bok avec « Le monde moderne » sont plus détaillées, plus grandioses. Elles traduisent ainsi l’extraordinaire impression qu’elles ont dû laisser sur le jeune pêcheur.

 

 

 

 

Le résultat, c'est une BD agréable qui se lit assez vite (malgré les 104 pages) tout en imprégnant le lecteur des problématiques liées au progrès, à la civilisation et au partage du savoir.

  

 

 

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 Odradek

 

 

 

 

 


 

08/04/2016

Rimbaud, l'explorateur maudit

Rimbaud l'explorateur maudit.jpgRimbaud l'explorateur maudit_pl.jpgScénario : Philippe Thirault
Dessin : Thomas Verguet
Éditeur : Glénat
48 pages
Sortie : mars 2016
Genre : biographie, Histoire

 

 

Présentation de l'éditeur

On connait Rimbaud le poète. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’à l’âge de 29 ans, il partit seul étudier une région dangereuse et inexplorée de l’Éthiopie. Ce travail fut publié par la Société de Géographie française. C’est sur les traces de ce Rimbaud « l’explorateur » que part Valentin Bracq, son ami d’enfance. En 1892, il arrive à Harar dans l’ancienne maison de l’auteur. Rimbaud est déjà mort de la gangrène. Valentin va alors mener une véritable enquête, et revivre le voyage de son ami en Abyssinie comme si c’était le sien.

 

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Mon avis

On pourrait se poser la question quant à la présence du poète tourmenté dans la belle collection Explora dont l’objectif est de nous plonger "au cœur de la véritable histoire des grands explorateurs et de leurs expéditions extraordinaires." Rimbaud est plus évocateur de poésie que de voyages. Quoique, les écrivains, et les poètes en particulier ont cette faculté de nous faire voyager à travers les mots qu'ils couchent sur le papier.

Rimbaud ne déroge pas à la règle et ses vers qui comptent parmi les plus beaux que la poésie nous ait offerts sont à eux seuls une invitation au voyage ou tout simplement à l'évasion. Et d'évasion, il en aura été question durant toute la vie du poète, comme nous l'explique Christian Clot dans les huit pages du dossier historique en fin d'album.

Brillant et impétueux écrivain introduit très jeune dans le gotha littéraire parisien, Rimbaud s'est vite ennuyé et son tempérament explosif et violent a fini par lui faire perdre de nombreuses amitiés. Ajoutant à cela sa relation tumultueuse avec Verlaine, il n'en fallait guère plus pour le pousser à prendre le large et sombrer dans une fuite en avant irréversible.

Philippe Thirault choisit de nous raconter à sa façon la période "écrivain / voyageur / commerçant / trafiquant" de Rimbaud. Durant 10 ans il arpenta la région méconnue à l'époque entre Aden et Harar dans un pays qui s’appelait alors l'Abyssinie.

L'option narrative choisie par Thirault ne permet malheureusement pas de prendre la mesure de la folie douce et du génie qui animait l’écrivain. En lançant sur ses traces un ami chargé de récupérer ses effets personnels, on a l'impression d'assister à une enquête et de n'être que spectateurs des faits évoqués, un peu comme des badauds flânant d'un œil distrait devant de belles vitrines animées. Le dossier historique en fin d'album nous en apprend plus et est finalement beaucoup plus intéressant que la BD

Le dessin est assuré par Thomas Verguet. Son trait fin expressif et épuré agrémenté de couleurs aux tonalités chaudes et douces donne des planches agréables à l’œil dans lesquelles il est bon de s'évader.

L'exercice de la biographie romancée est difficile, d'autant quand il s'agit d'une figure du patrimoine littéraire dont on veut montrer une facette peu connue. Ici, l'exercice n'est ni raté ni désagréable, mais on a un léger goût d'inachevé et ce sentiment que les pistes explorées par les auteurs ne l'ont pas été jusqu'au bout.

 

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Loubrun

 





 

 

 

19/04/2015

PETIT-FILS D'ALGERIE.

Petit-fils d'Algérie, Alessandra, Casterman, 9/10, voyage, Histoire, famille, algérie, racines, 04/2015Petit-fils d'Algérie, Alessandra, Casterman, 9/10, voyage, Histoire, famille, algérie, racines, 04/2015Dessin & scénario: Joël Alessandra

Sortie : 15/04/2015

Editions Casterman

128 pages – Cartonné

Voyage, Histoire, famille, Algérie, racines.

 

 

 

Résumé (de l’éditeur): La famille de Joël Alessandra est originaire d’Italie. Au début du XXe  siècle, elle a quitté la misère pour l’Eden que représentait l’Algérie, un morceau de la France où tout était à construire. À l’aune de ce que l’histoire a retenu des ‘colons’, Joël se pose une question légitime. Ses grands-parents étaient-ils des exploiteurs, des racistes, des esclavagistes ? Étaient-ils proches de l’OAS ? Ils ont tout quitté du jour au lendemain, ruminant à jamais une rancœur profonde et légitime contre ce pays, ses habitants et bien sûr De Gaulle. En 2013, armé de son passeport et d’un visa (et accompagné de l’ « indispensable» guide sur place), Joël se rend pour la première fois à Constantine, ville de sa famille. Il est prêt à affronter ses craintes et ses doutes. Ce livre retrace son parcours… semblable à celui de milliers de familles.

Petit-fils d'Algérie, Alessandra, Casterman, 9/10, voyage, Histoire, famille, algérie, racines, 04/2015

 

«Joël, les tiens étaient tout sauf racistes !   Ils parlaient couramment arabe! Ils aimaient l’Algérie, ils aimaient les algériens ! »

 

 

Mon avis : En mars 2014, j’avais eu un coup de cœur pour l’album de Joël Alessandra intitulé « Errance en mer rouge ». Cet album a remporté des prix et a été très bien accueilli par le public et la critique. Joël Alessandra avait répondu à notre demande d’interview. Je vous renvoie vers les liens en fin de chronique pour mémoire ou découverte de cet album et de son auteur.

Petit-fils d'Algérie, Alessandra, Casterman, 9/10, voyage, Histoire, famille, algérie, racines, 04/2015

En ce mois d’avril 2015, Joël Alessandra, né à Marseille en 1967 et domicilié près d’Uzès dans le Gard, nous propose à nouveau d’effectuer un voyage, une immersion en Algérie. Mais ce n’est pas n’importe quel voyage ! En effet, il part sur les traces de son père, de son grand-père, de sa famille qui y ont vécu entre le début du XXe siècle et l’indépendance de l’Algérie. La famille Alessandra est d’origine italienne, naturalisée française en Algérie française, puis forcée de tout quitter pour s’installer en France. Ce sont ce qu’on appelle des « pieds noirs ». C’est donc un voyage physique mais aussi et surtout mental, émotionnel que nous propose Joël Alessandra. Que va-t-il découvrir sur sa famille ? A-t-elle laissé des traces, des souvenirs ? La famille Alessandra s’y est-elle bien comportée ? C’est donc dans l’inconnu, le doute et l’appréhension, que l’auteur va nous livrer dans cet album le récit détaillé de son périple algérien. Il est non seulement le dessinateur mais aussi le voyageur, le narrateur, le « reporter » sur le terrain.

Petit-fils d'Algérie, Alessandra, Casterman, 9/10, voyage, Histoire, famille, algérie, racines, 04/2015

Au niveau du dessin, il assure un maximum. Comme pour « Errance en mer rouge », il mélange les planches de BD classiques à d’autres plus libres dans la construction. Viennent en plus  se greffer des photos de famille, d’immeubles, des cartes postales, des papiers officiels, un ticket d’avion, des reproductions de son carnet de croquis,... C’est vraiment l’album type de voyage au départ. Les mises en couleur directes sont aussi un atout dans la réalisation de cet album. Le seul petit bémol (mais vraiment petit) c’est parfois l’expressivité des visages qui manque un peu de « peps » mais ce n’est que quantité négligeable dans l’ensemble.

Petit-fils d'Algérie, Alessandra, Casterman, 9/10, voyage, Histoire, famille, algérie, racines, 04/2015

Mais « le truc » de Joël Alessandra, c’est le scénario. Cette touche hors du commun pour sortir du voyage commun pour rentrer dans une vraie aventure avec ses incertitudes, ses zones d’ombres et de lumières. Ici, c’est sa propre histoire familiale qui le centre d’intérêt du voyage en Algérie. Retrouver ses racines, ses ancêtres, découvrir quelles furent leurs œuvres et leurs vie en Algérie. Est-ce qu’ils s’y sont bien comportés? Etaient-ils bien intégrés? Ce sont les grandes questions que se posait l’auteur au moment de son départ de France. Au fil de l’album, on suit l’auteur dans sa démarche, son approche personnelle, dans la confusion de ses sentiments. Avec en fin de compte, une délivrance et un réconfort pour l’auteur qui va découvrir sur place, de visu, ce qu’il avait entrevu dans des documents familiaux. Les Alessandra ont été des travailleurs acharnés, des bâtisseurs dont la ville de Constantine se souvient encore. C’est très fort et très bien raconté avec délicatesse et le recul suffisant.

Petit-fils d'Algérie, Alessandra, Casterman, 9/10, voyage, Histoire, famille, algérie, racines, 04/2015

On découvre également la ville de Constantine et l’Algérie en elle-même avec ses sites archéologiques de qualité dont celui de Djemila, époustouflant. Cet album est également un magnifique plaidoyer pour le tourisme algérien…

Petit-fils d'Algérie, Alessandra, Casterman, 9/10, voyage, Histoire, famille, algérie, racines, 04/2015

Cet album m’a vraiment touché ! C’est plein de découvertes mais aussi de sentiments. Joël Alessandra nous communique ses émotions profondes. C’est exceptionnel et émouvant.

Oui, Joël, ta famille en Algérie, c’étaient des gens bien. Tu peux être très fier d’eux! Et tout est dit… Merci pour ce partage sans égal.

 

 

 a08-3e78906.gifDessin

 

a09-3e78912.gifScénario

 

a09-3e78912.gifMoyenne

 

 

 

Lien vers la fiche technique de l’album « Petit-fils d’Algérie » chez Casterman: ICI.

Lien vers la chronique de l’album « Errance en mer rouge » sur Samba BD : ICI.

Liens vers l’interview de Joël Alessandra (en 2014) sur Samba BD : ICI.

 

 

Capitol.

 

Petit-fils d'Algérie, Alessandra, Casterman, 9/10, voyage, Histoire, famille, algérie, racines, 04/2015

 

 

 

06/01/2015

Va'a - Une saison aux Tuamotu

va'a,une saison aux tuamotu,flao,troub's,futuropolis,voyage,polynésie,pacifique,traditions,pirogue,voile,îles,610,112014va'a,une saison aux tuamotu,flao,troub's,futuropolis,voyage,polynésie,pacifique,traditions,pirogue,voile,îles,610,112014Scénario et dessin : Benjamin Flao, Troub's

Éditeur : Futuropolis

160 pages

date de sortie : novembre 2014

 

genre : carnet de voyage

 

 

"on ne nait plus et on ne meurt plus sur cette île"

 

Cet album aux parfums exotiques est le fruit d'une histoire de copains. Flao et Troubs suivent au printemps 2014 une mission scientifique dans les iles Tuomatu en Polynésie Française, pour relancer la fabrication des Va'a Motu, les embarcations traditionnelles de Polynésie. Faute de moyens financiers suffisants, la mission prendra rapidement l'eau. Les deux copains ne renoncent pas et décident de rester sur place et de fabriquer eux-mêmes une pirogue à voile en suivant le modèle ancestral. Partant de rien et vivant au rythme de la nature, leur projet les poussent à la rencontre des habitants de l'atoll évoquant le passé et l'avenir de ce petit bout de terre posé au milieu du pacifique, dont l'histoire à été profondément chamboulée dans les années 60 par l'argent du nucléaire.

 

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Écrit et dessiné à quatre mains, cet album nous emmène très loin de chez nous et nous plonge dans une torpeur équatoriale qui semble avoir eu raison des deux dessinateurs voyageurs. Cette mission qui s'annonçait des plus intéressantes se transforme en vacances entre potes ou la nonchalance semble être de rigueur. Plutôt qu'un carnet de voyage, nous avons là un journal de vacances dans lequel finalement nous n'apprenons pas grand que nous ne sachions déjà. Comme partout ailleurs, les jeunes générations quittent leur village pour aller étudier, et n'y reviennent pas. Comme partout ailleurs le progrès technique à eu raison des traditions ancestrales. L'arrivée du moteur à essence en 1965 a tout changé. Symbole du monde moderne, il a fait entrer de plain pied les atolls polynésiens dans une autre dimension. Le prix a payer pour une vie moins pénible, en a été l'oubli des traditions, de leur transmission et l'effacement progressif des racines. Ici plus qu'ailleurs, l'argent du nucléaire a pervertit l'âme des habitants qui - selon leurs dires – ne manquaient de rien pour vivre. Enfin, comme souvent dans les beaux endroits de la planète, le tourisme de masse est autant salvateur que destructeur.

 

Tout cela est raconté de manière un peu désinvolte au gré des rencontres que font les auteurs en quête de matériaux pour construire leur bateau. Ils y arriveront quasiment, d'ailleurs. Non pas à faire une pirogue traditionnelle, mais à force de récupérations, ils réussiront à naviguer sur les eaux transparentes du lagon. C'est ce qui vaudra d'ailleurs le plus beau dessin de l'album sur une double page. A la vue de cette double page, on regrette que tout l'album ne soit pas du même acabit.

 

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Le dessin à quatre mains donne un résultat trop hétérogène voire hétéroclite où de superbes planches en côtoient d'autres aux traits grossiers ou juste esquissés. Graphiquement, cet album est bancal, comme un Va'a Motu – cette pirogue à voile à un balancier – qui serait mal conçu.

 

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Si je me suis volontiers laissé porté par le rythme dépaysant du soleil et des vents tropicaux qui émanent de cet album, et si j'ai été séduit par la narration touffue et jamais ennuyeuse, je reste déçu par cette lecture qui laisse un gout d'inachevé et qui donne l'impression de n'avoir qu'effleuré le sujet.

 

Au final, on ne peut que souhaiter que le projet initial aboutisse et force les habitants à renouer avec leurs traditions pour empêcher qu'elles ne sombrent les abîmes du Pacifique.

 

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Loubrun

 

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25/11/2014

LA LUNE EST BLANCHE.

Le lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014.La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014Dessin, couleurs & scénario : Emmanuel Lepage

Lettre à Marité & photographies : François Lepage

Editions Futuropolis

Sortie : 16/10/2014

256 pages –cartonné

Prix conseillé : 29,00 €

ISBN : 9782754810289

Aventure, Antarctique, reportage, voyage.

 

Résumé (de l’éditeur) : « L’Antarctique. Le sixième continent. 14 millions de kilomètres carrés. Un dôme de glace enchâssé dans un socle rocheux. Le continent le plus sec, le plus froid, le plus difficile d’accès. Le continent des superlatifs. Le monde des extrêmes. »En 2011, Yves Frenot, directeur de l’Institut polaire français, invite Emmanuel Lepage et son frère François, photographe, à intégrer une mission scientifique sur la base française antarctique Dumont d’Urville, en Terre-Adélie. Le but ? Réaliser un livre qui témoignerait du travail des savants. Yves Frenot leur propose, en outre, de participer, comme chauffeurs, au raid de ravitaillement de la station Concordia, située au cœur du continent de glace à 1 200 km de Dumont d’Urville. Le Raid, comme on l’appelle, c’est LA grande aventure polaire ! Pour les deux frères, ce serait l’aventure de leur vie, mais rien ne se passera comme prévu !

 

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« Nous ne sommes pas seulement témoins mais devenons partie prenante d’une mission polaire. »

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014Mon avis : Emmanuel Lepage est connu de tous les amateurs « éclairés » de la bande dessinée. Il s’est spécialisé depuis quelques années sur la BD reportage. Un style de bande dessinée qui demande de la précision dans le dessin et de la rigueur, mais aussi de l’investissement personnel en allant vivre l’aventure directement sur le terrain. Il aime raconter ses voyages, ses aventures mais ses terrains de jeu ne sont pas communs. Ces deux derniers albums en date sont « Voyage aux îles de la Désolation » paru en 2011 chez Futuropolis et «Un printemps à Tchernobyl » paru chez le même éditeur en 2012. Ces albums ont remportés de nombreux prix. Ils sont exceptionnels. Si vous ne les avez pas lus et que vous aimez la BD reportage, il est temps de combler vos grosses lacunes…A noter également qu’un coffret intitulé « Australes » réunit « Voyage aux îles de la Désolation » et « La Lune est blanche », deux récits du monde au bout du monde. Le coffret est vendu à 59€, prix officiel. Mais celui qui aime, ne compte pas,  surtout en période de fin d’année et des cadeaux !

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

Avec ce nouvel album, Emmanuel Lepage, en collaboration avec son frère François, photographe, s’embarque pour un raid en Antarctique. Le volumineux album dont il est question ici est le récit de leur aventure, depuis les préparatifs jusqu’au raid en lui-même dans les grandes étendues polaires. L’histoire de la conquête de l’Antarctique est également contée par le détail. Les frères Lepage nous raconte un long voyage, très loin de nos contrées, mais il s’agit aussi d’une sorte de voyage immobile, un cheminement mental où les deux hommes ont eu le temps de réfléchir, de penser, d’échanger leurs impressions tout en retenue. Dans un milieu hostile avec le froid polaire, ils vont devoir se fondre dans une équipe, respecter des règles de vie et de sécurité, éviter les dangers de l’isolement, la mort dans le silence des glaces. Je vais citer ici ce que François Lepage écrit à sa femme : « Nous glissons sans bruit sur le miroir d’une autre réalité, accrochés au bastingage comme à un rêve, sidérés, immobiles dans la beauté des choses. Les icebergs sont comme les dômes d’une ville engloutie. On vient de nous tendre la clé d’un monde inaccessible et lointain. D’une nature gigantesque et confidentielle. »

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

L’album de 256 pages est une vraie brique qu’on ne lit pas en 10 minutes. Cet album vaut son prix car il est volumineux et très bien réalisé. Il mêle le dessin agréablement réalisé d’Emmanuel Lepage et les photos de François Lepage. Le dessin bénéficie de la place prépondérante mais j’ai apprécié ce mélange intelligent entre le dessin et la photo. L’un ne phagocyte pas l’autre. Par moment, il se mélange de façon harmonieuse. Parfois, la frontière est ténue, tellement le réalisme est surprenant, tellement les couleurs, quand il y en a, sont proches voire identiques. A un moment donné, je me suis dit : photo ou dessin ? Le travail des couleurs est essentiel. la majorité est en monochrome, tendance sépia. Emmanuel Lepage distille les couleurs de page en page, parcimonieusement comme si celles-ci étaient essentielles dans un univers principalement dominé par le blanc.

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

Le scénario raconte par le détail toutes les péripéties de ce voyage. On y découvre les préparatifs, le report du départ, l’attente, le confinement sur le bateau, le blocage dans les glaces à 100 kilomètres de la base, les programmes qui doivent être revus suite aux retards subis, la remise en cause du raid en lui-même, le voyage initiatique vers Concordia,…Pas mal de séquences où il ne se passe rien mais où le mental fonctionne à plein. Des séquences historiques permettent très judicieusement de rythmer le récit. De la haute voltige et une leçon de scénario.

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

A noter  qu’un concours, sans obligation d’achat, est organisé par l’éditeur Futuropolis dans le cadre de la sortie du livre. Ce concours se termine le 31 décembre 2014. Vous pouvez gagner un séjour de 17 jours en Patagonie (lien vers le concours : ICI).

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

Avec cet album, les frères Lepage (et surtout Emmanuel) ont encore visé juste. Il s’agit vraiment d’un témoignage de première main sur une expérience hors norme que peu de gens ont la joie de vivre. C’est également le résultat d’une complicité de tous les instants entre deux frères. Si vous aimez la bande dessinée tirée de la réalité, vous ne pouvez pas passer à côté de cet album incontournable qui va encore truster des prix à la pelle et sera dans le classement des meilleures Bds de 2014 !

 

La lune est blanche, Lepage, Futuropolis, 10/2014

 

 

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Capitol

 

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13/05/2014

Le captivé

le captivé,dabitch,durieux,futuropolis,folie,psychiatrie,médecine,voyage,chronique sociale,052014,8.510le captivé,dabitch,durieux,futuropolis,folie,psychiatrie,médecine,voyage,chronique sociale,052014,8.510Scénario : Christophe Dabitch

Dessin : Christian Durieux

Editeur : Futuropolis

120 pages

date de sortie : mai 2014

genre : chronique sociale et historique

 

 

En 1886, Albert Dadas vit à Bordeaux et est atteint d'un mal étrange qui le pousse à partir loin de chez lui sans raison apparente. C'est la "folie du fugueur". La simple évocation d'un lieu, une image, une situation peut lui faire quitter les lieux sans même qu'il s'en rende véritablement compte. La seule chose qu'il puisse expliquer, c'est que « Tout d’un coup, j’ai très chaud, j’ai des suées, j’ai mal à la tête. Il faut que je marche absolument et après je ne me souviens de rien »… Les "réveils" sont très durs et le sympathique Albert est tellement en souffrance, qu'il finit par consulter un psychiatre. Le jeune médecin Philippe Tissier, en fera le sujet de sa thèse et fera tout pour le soigner, allant même à l'encontre des théories et pratiques de l'époque.

 

Comme nous le rappelle le dossier à la fin du livre, cette histoire que nous racontent Christophe Dabitch (Abdallahi, la colonne, Jeronimus) et Christian Durieux (les gens honnêtes) est une histoire vraie. Albert Dadas a parcouru des milliers de kilomètres à pied à travers la France, l'Europe et même l'Afrique du nord. Lorsque ses crises prenaient fin, soit il rentrait chez lui, soit il continuait sciemment son voyage en se débrouillant pour vivre. Souvent pris comme un vagabond, ses voyages se terminaient fréquemment en prison ou en hôpital.

 

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Cette histoire est fascinante et touchante ; on est véritablement pris d'empathie pour Albert qui est prisonnier de ce mal curieux, et l'on se réjouit qu'un jeune médecin le prenne sous son aile et cherche à vraiment comprendre les mécanismes de la maladie, plutôt que de céder à la facilité des thèses médicales à la mode, à une époque ou la folie et l'aliénation devenaient des domaines de recherche et d'expérimentation.

Le choix narratif de Christophe Dabitch est judicieux. Il évite le piège de la description encyclopédique d'une maladie psychiatrique, en montrant sobrement le suivi médical entrecoupé des escapades d'Albert et des témoignages de personnes ayant croisé sa route. Du consul de France à Alger au professeur en médecine en passant par le colonel de régiment, chacun apporte son point de vue et sa propre théorie sur le sujet. Tissier veut percer les mystères de ce mal et se doit de recueillir le plus d'information possible. Il parviendra d'ailleurs à soigner ou tout au moins atténuer un temps les envies de fugues de Dadas.

Christian Durieux illustre d'un trait fin et délicat cette histoire sensible, invitant à encore plus d'empathie envers cet homme qui semble perdu.

 

Le captivé raconte l'histoire de personnages hors normes où se cache derrière un récit clinique de médecin, une invitation au voyage et à la liberté.

 

Ma note : 8,5/10

Loubrun

 

Grâce aux éditions Futuropolis et à Samba BD

 

VOUS POUVEZ GAGNER CET ALBUM !

 

il vous suffit de laisser un commentaire à la suite de cette chronique.

Un tirage au sort désignera l'heureux gagnant.

 

Ensuite, un chroniqueur prendra ses jambes à son cou pour vous livrer directement l'album chez vous. Cool (A moins que nous déléguions cette mission à La Poste ...)

 

le concours est ouvert jusqu'au 31 mai à minuit

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24/04/2014

NARCISSE - Tome 1/3: Mémoires d'outre-monde.

capitol,narcisse,chanouga,paquet,cabestan,910,nautisme,aventure,voyage,voiliers,042014capitol,narcisse,chanouga,paquet,cabestan,910,nautisme,aventure,voyage,voiliers,042014Dessin & scénario : Chanouga

Editions Paquet

Collection Cabestan

Sortie : 23/04/2014

64 pages

Prix conseillé : 14,50 €

ISBN : 9782888906360

Nautisme, aventure, voyage, voiliers.

 

Résumé (de l’éditeur) : Inspiré de l'histoire vraie de Narcisse Pelletier, jeune mousse vendéen qui, à la suite du naufrage de son navire, vivra une longue parenthèse de 17 années chez les «sauvages» du Cap Flattery (Extrême Nord Australien).
Ce premier tome est celui de l’apprentissage. Celui d'un enfant dont le désir de devenir marin va le conduire à s'embarquer pour un périple de deux ans, brusquement interrompu par un naufrage sur des rivages océaniens peuplés de cannibales. Il ignore que cette tragédie marque le début d’une nouvelle vie…

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014


Mon avis : Cela bouge beaucoup chez l’éditeur Paquet ! Voici une nouvelle collection quiNarcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014 commence, la collection « Cabestan » ! Je vous rappelle que le cabestan est un treuil à axe vertical, employé  sur les bateaux pour toutes les manœuvres exigeant de gros efforts. Nous sommes donc de plain pied dans le domaine de la navigation à voile, de la marine. Dans cet album plus particulièrement, ce sont les grands voiliers qui ont sillonnés les mers au 19e siècle qui sont au centre de l’attention.

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

 

Pour ce premier tome dans une nouvelle collection, Paquet a fait appel à Chanouga qui a déjà fait paraître chez le même éditeur « De profundis » en 2011 qui a obtenu un beau succès. Un album qui aurait pu déjà faire partie de cette nouvelle collection. 

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

 

Dès l’ouverture de l’album, on retrouve cette « patte » propre à Chanouga, un dessin qui peut paraître par moment un peu inachevé mais cela fait partie du style graphique de l’auteur. En comparaison avec son album précédent « De profundis », on remarque une progression remarquable du dessin qui devient plus précis, plus affirmé, plus détaillé mais aussi plus sensible. Dès que l’on rentre de plein pied dans l’univers marin, les cases s’agrandissent, les casent s’assemblent, se juxtaposent. Le résultat est remarquable et vaut qu’on s’y intéresse de près. Une force de conviction et d’évocation incroyable se retrouve dans les images. C’est une ode au départ, au voyage. Les atmosphères sont très bien rendues. Par exemple, la scène du bateau dans le brouillard, dans la purée de pois, est d’une criante vérité. J’ai vécu ce type d’expérience en voilier lors de la traversée de la manche où vous ne voyez rien mais vous entendez tous les bruits qui sont amplifiés. Pincement de cœur… La colorisation de l’auteur est toute en nuance et de bon aloi.

 

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

 

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014Chanouga est également son propre scénariste. Cette série en trois tomes s’inspire de faits véridiques, de l’histoire de Narcisse Pelletier, jeune marin vendéen au milieu du XIXe siècle. L’auteur a découvert Narcisse par hasard en chinant sur une brocante où il a acheté un vieux numéro de la revue « Histoire de mer ». Il y découvre une photographie d’un personnage atypique, blanc au torse nu scarifié, aux oreilles et au nez percés. Chagouna s’entiche du personnage et commence des recherches, rassembles des documents rares relatifs à ce mystérieux personnage. De ce puzzle incomplet, il va tenter de reconstituer son histoire, en remplissant les blancs, les « vides ». Chagouna est un grand amateur de la littérature de voyage, de Conrad, Stevenson, Melville, London,…Nous voilà donc embarqué avec un curieux personnage...Ce premier tome raconte le cheminement de Narcisse vers son rêve, partir au large sur toutes les mers du globe. Mais la vie n’est pas pavée que de bonnes intentions et comporte beaucoup de péripéties, pas toujours amusantes.

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

A noter qu’un dossier avec cartes maritimes et photos d’archives complète l’album et replace le récit dans son contexte, dans la réalité du XIXe siècle.

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

 

Amateur de voile et de l’univers maritime, cet album m’a captivé. J’ai été enthousiasmé par le côté graphique du travail mais aussi par l’originalité du sujet et le traitement du scénario. C’est un album que je recommande pour tous ceux qui veulent faire un formidable voyage maritime, graphique et littéraire…

 

Dessin :            9,0/10

Scénario :          9,0/10

Moyenne :          9,0/10

 

Liens vers le site de l’éditeur Paquet : ICI.

 

Capitol

Narcisse, Chanouga, Paquet, Cabestan, 04/2014

18/03/2014

ERRANCE EN MER ROUGE.

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014Dessin  & scénario : Joël Alessandra

Editions Casterman

Sortie : 12/03/2014

120 pages couleurs

Prix conseillé : 22,50 €

ISBN : 9782203070856

Roman graphique, voyage, piraterie, Golfe d’Aden, Somalie, Djibouti, Mer Rouge.

 

Résumé (de l’éditeur) : Pour essayer de se distraire du souvenir lancinant de son épouse récemment décédée, Tom, un enseignant en arts plastiques dans la quarantaine, accepte un nouveau poste à Djibouti. Là, face au détroit de Bab-El-Mandeb - « la Porte des larmes » - qui a tant fasciné des générations d’artistes de toutes origines, Tom soudain submergé par des ambiances et des sensations nouvelles cesse peu à peu de se cramponner à son chagrin et se laisse happer par cet environnement inédit. Ses interventions bénévoles pour enseigner des rudiments de dessin aux orphelinats locaux et surtout sa rencontre avec Fred, un baroudeur excessif et illuminé installé de longue date à Djibouti, vont achever de le guérir de sa neurasthénie. Rapprochés par leur passion pour les grands écrivains de l’ailleurs comme Henry de Monfreid, le sulfureux vétéran de l’aventure en mer Rouge, ces deux hommes que tout semble opposer sympathisent. Et Tom se laisse convaincre d’accompagner Fred, trafiquant à ses heures, dans l’une de ses sorties pas vraiment légales en mer... 

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014

 

Mon avis : Cet album est d’abord un objet magnifique avec une couverture cartonnée de qualité, un papier épais et de qualité, un traitement des couleurs extraordinaire. Il commence par la préface de Guillaume de Monfreid, petit-fils du mythique voyageur, aventurier, écrivain et contrebandier, Henry de Monfreid. Cette préface met l’album de Joël Alessandra dans le contexte. D’abord, il nous parle d’un retour à l’année 1917 avec l’évocation d’une période révolue, mais où sont passés tous les grands aventuriers de l’époque qui ont nourri tout un imaginaire de la Mer rouge et une immense littérature de qualité. Ensuite, il nous convie à faire le parallèle avec la réalité actuelle.

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014

Vient ensuite le début de l’histoire, classique qui nous raconte la vie de Tom, enseignant en arts plastiques, qui vient de perdre sa femme et qui accepte un poste à Djibouti pour faire son deuil. Bien vite la bande dessinée fait place à des planches qui ressemblent plus à un carnet de voyage avec des cartes, des photos, un billet d’avion, des croquis de paysage, de bâtiments vus à Djibouti, de personnages rencontrés dans la rue,…Bref, cela sent le voyage bien en phase avec la population locale, loin des clichés des tour-opérateurs et des voyages en groupe en car.

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014

Au gré de ses pérégrinations, Tom va faire la connaissance de Fred, un baroudeur, installé à Djibouti. Il va lui faire découvrir la littérature d’Henry de Monfreid. De fil en aiguille, Tom découvre vite que Tom trafique en Mer Rouge, parfois au péril de sa vie. Il va décider de le suivre pour vivre une aventure dangereuse et hors norme à la manière D’Henry de Monfreid.

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014Il s’agit donc ici d’un documentaire-fiction dessiné et scénarisé de maîtresse façon par Joël Alessandra. Son dessin est de très bonne facture, un dessin académique qu’il a réussi à adapter en fonction du tempo de la narration. Il se fait précis quand il s’agit de décrire par le détail le décor (bâtiments, habillements des personnages, armes, etc…) et plus évasif lorsqu’il s’agit uniquement de faire passer des ressentis, des sentiments. J’ai beaucoup aimé cette approche graphique. Les couleurs sont vives, faites probablement à l’aquarelle (cela y ressemble très fort…), et donnent du « peps » au dessin.

Le scénario est très bien construit. Cela débute comme un simple voyage d’agrément et cela se termine dans la fureur, l’action. J’ai bien aimé ce « crescendo » dans la narration. L’auteur, en seconde partie de l’histoire, nous parle en réalité de la problématique du piratage des bateaux dans le golfe d’Aden, en Mer Rouge. Il explique la problématique et le modus operandi de bandes d’anciens pêcheurs, très violents, pour qui le prix de la vie a peu de valeur et qui peuvent se faire immensément riches en très peu de temps. L’auteur soulève comme justification à ce phénomène le fait que des sociétés occidentales sont venues piller leurs fonds marins, polluer ceux-ci avec des déchets en tous genres, dont des déchets radioactifs. Ces faits sont avérés mais peuvent-ils justifier tant de violence? C’est surtout une région très instable politiquement, peu contrôlée, dont profitent des bandes mafieuses.

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014

Dans les dernières pages du livre, l’auteur explique ce qui l’a amené à se lancer dans ce récit et nous explique son voyage sur place et ses rencontres.

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014

 

J’aime beaucoup les albums qui permettent à la fois de découvrir une partie du monde (la Mer Rouge), une problématique (le piratage en mer), une histoire bien racontée. Ici, les éléments susceptibles de me plairent sont réunis dans un même album et fonctionnent à plein régime. Cet album me fait un peu penser aux derniers albums d’Emmanuel Lepage (Un printemps à Tchernobyl, Voyages aux îles de la désolation). Errance en Mer Rouge est vraiment pour moi un « coup de cœur ». Je vous le recommande chaudement !

 

Dessin :            9,0/10

Scénario :          9,0/10

Moyenne :          9,0/10

 

Liens vers le site de l’éditeur : ICI.

 

Capitol

 

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014

Errance en Mer Rouge, Alessandra, Casterman, 03/2014

 

22/10/2013

QUELQUES PAS VERS LA LUMIERE -Tome 5: Le Livre de la vie.

Couv_190903.jpgPlancheA_190903.jpgDessin & scénario : Bruno Marchand

Editions Quadrants

Collection Astrolabe

Sortie : 01/08/2013

48 pages

Prix conseillé : 14,30 €

ISBN : 9782302025691

Aventure, voyage.

 

Résumé (de l’éditeur): 1959 : Marianne a retrouvé dans les archives familiales une enveloppe jamais décachetée contenant les cristaux. Le simple fait de les tenir dans ses mains provoque soudain de curieuses réminiscences d’un passé mystérieux, les puissants souvenirs d’un esprit inconnu… Leur curiosité piquée au vif, Marianne et Peter Banning sautent dans un avion à destination de Moscou, leur premier indice, pour faire la lumière sur cet étrange phénomène.

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Mon avis : Cet album était attendu car le lecteur assidu de la série allait enfin connaître la suite et la fin de ce deuxième cycle. Les cristaux n’ont pas encore livré leurs secrets. Marianne et Peter ne lâchent pas l’affaire malgré leur déconvenue en Russie. Bruno Marchand nous raconte dans le détail leur recherche qui va aboutir à une fin inattendue mais morale.

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Le scénario retrace des faits qui se sont déroulés en 1959. Il fait appel à une fiction scientifique qui mène aussi le lecteur vers le mental, la psychologie, les possibilités inconnues du cerveau humain. Tout cela dans un contexte de « guerre froide ».

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Il en profite pour nous faire visiter le Mont Saint-Michel ou la ville de Londres, magnifiquement dessinés. Bruno Marchand a le chic pour nous dessiner dans les moindres détails les lieux parcourus par les deux personnages principaux. En plus, le domaine maritime y est décrit de façon très précise et extraordinaire. Rien à redire, c’est parfaitement bien rendu. Le dessin est dans le style « ligne claire », le trait est dépouillé pour les personnages mais très détaillé et très précis pour les décors, les navires, les avions, les automobiles. C’est le point fort de l’album.

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Au final, la lecture a été très agréable. J’ai relu les tomes 4 et 5 dans la foulée, histoire de me remémorer tous les détails de l’intrigue. Cette série reste une des mes préférées. Que c’est bien mené, que du plaisir !

 

Graphisme :      9.0/10

Scénario :        8.0/10

Moyenne :        8.5/10

 

Capitol.

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