14/09/2016

De rien

COUV.jpgPlancheS_52670.jpgAuteur : Geoffroy Monde
Éditeur : Delcourt
158 pages
Parution : 8 juin 2016

Genre :
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Vous ruminez depuis plus d'une heure dans la salle d'attente de votre médecin ou dans un train où tout le monde tire une tronche de six pieds de long.
Vous-même vous sentez d'humeur anthracite.

Qu'à cela ne tienne : sortez donc cet album de votre besace et trébuchez sans retenue dans le Monde de Geoffroy : à coup sûr, il aura sur vous l'effet d'un gaz hilarant. Je l'ai testé chez mon généraliste, mes éclats de rire ont mis tous les patients en joie.

Voyez ci-dessous :

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Le décor est planté.

En piste, des tas de gens passablement dérangés ; mais aussi quelques génies sortis de leurs lampes, ainsi que Dieu et le Diable, tout-à-fait dépités par la débilité des souhaits que les gens leur expriment ; un ours, des joggers courant avec des cuillères à soupe ou des tournevis qui font "cling gling cling gling" dans leurs poches, et Jackie Chan.
Improbable à souhait.

Trois ou quatre historiettes sont un peu moins désopilantes que les autres mais globalement le spectacle est fou, inattendu, et offre des moments d'anthologie, comme "La bibliothèque", où c'est à celui qui dira "chut !" le plus fort. (Si celui là ne vous plaît pas vous choisirez le vôtre, il y en aura forcément un.)

J'avais adoré Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro, j'ai retrouvé là un délire de la même veine, à ceci près qu'il ne faut chercher dans "De rien" aucune charge féroce contre la société, mais le simple plaisir de poser son cerveau et de passer un bon moment dans le non-sens avant de retourner jouer aux grandes personnes dans le monde réel, assommant et supposément sensé.

Se côtoient deux types de dessin :
- précis et fouillé comme la piste qu'aurait laissée un attelage de seize mouches aux pattes prolongées d'une pointe BIC® Grip Permanent Ultra Fine, pour les pages d'introduction ;

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- simple et dépouillé comme un appartement après le passage des huissiers en charge de la saisie de l'ensemble des biens meubles de son propriétaire, pour le corps des historiettes.

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Pour terminer, je ne trouve pas mieux que cette explication de texte empruntée à l'auteur lui-même, artiste complet, philosophe, et beau garçon de surcroît :

En présentant des scènes d'un burlesque prononcé, d'un ridicule plat et d'une idiotie obstinée, je détourne simplement l'impuissance désolante de nos vies face au réel, en jeu d'une égale inconséquence.

 

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Virgule

 

16/06/2016

Le mystère du monde quantique

le mystère du monde quantique,thibault damour,mathieu burniat,dargaud,einsteinle mystère du monde quantique,thibault damour,mathieu burniat,dargaud,einsteinScénario : Thibault Damour
& Mathieu Burniat

Dessin : Mathieu Burniat
Éditeur : Dargaud
158 pages
Sortie : mars 2016
Genre : vulgarisation scientifique poétisée

 

 

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Fruit d'une collaboration de plusieurs années entre un physicien théoricien, membre de l'Académie des Sciences, et un auteur de BD, cet ouvrage se donne pour objectif de faire découvrir, comprendre et apprécier les arcanes de la physique quantique au lecteur lambda, d'une façon didactique et onirique.

Etonnant... Une météorite !

Au commencement, Bob, le journaliste à la houpette, et Rick, son chien blanc qui parle (toute ressemblance avec des personnages ayant existé ne saurait être fortuite...) ont marché sur la lune. Il arrive malheur au chien, qui se retrouve empaillé sur la cheminée de son maître, inconsolable jusqu'à ce que le chien, tout empaillé qu'il est, se remette à parler...
Invité au 25ème congrès Solvay sur la théorie quantique, Bob, bercé par le jargon ésotérique des physiciens qui échangent sur les perturbations cosmologiques, l'état du vide et les fluctuations de densité, s'enfonce tellement dans son fauteuil qu'il finit par passer à travers et se retrouver dans une dimension parallèle.

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Là, il rencontre Max Planck en train de faire des crêpes sous un arbre. C'est l'initiateur de la théorie quantique, grâce à sa découverte de la constante h dont il n'a lui-même pas clairement saisi le rôle exact dans la physique (c'est vous dire si c'est limpide). Il explique la constante h à Bob à partir du feu de bois sur lequel il fait cuire les crêpes, des morceaux de sucre, et de petites billes figurant des oscillateurs dotés d'une plus ou moins grande fréquence, qui font "dzoïng dzooiiing". Bob a compris. Moi, pas. Mais j'ai trouvé ça très rigolo.

Puis, le h se matérialise et Bob part à sa poursuite à travers le temps et l'espace où il rencontrera tous les savants qui se sont penchés sur la question, parmi lesquels Einstein pour ne citer que le plus connu, et qui exposeront chacun leurs avancées sur le sujet...

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Pour ce qui est de l'aspect didactique de l'album, je n'ai pas été du tout réceptive : je n'ai toujours fichtrement rien compris au sujet. Ça m'a rappelé un dîner chez mon beau-frère, où l'on est ingénieur de père en fils, et où l'on peut entendre des conversations qui commencent par : "Supposons une matrice diagonalisable..." Dans pareil cas, je ne me bile pas, j'en profite pour me resservir une part de gratin savoyard.

L'aspect onirique et le dessin (noir et blanc de pleine lune, subtilement parsemé de taches de couleur pour la poésie ou pour souligner une explication scientifique...) m'ont en revanche fait passer un agréable moment à rêvasser, comme quand en classe de 5ème, en sciences physiques, alors que nous découvrions l'infiniment petit et l'infiniment grand, les molécules, les protons, les neutrons et les électrons, j'avais longuement observé le radiateur en fonte de la salle en imaginant que, peut-être, les atomes qui le composaient étaient des reproductions microscopiques de notre univers, et qu'il s'y trouvait des civilisations entières, à moins que nous ne vivions nous-mêmes dans un radiateur macrocosmique...

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Le bonheur occidental

le bonheur occidental,berberian,fluide glacial,éditions audiele bonheur occidental,berberian,fluide glacial,éditions audieAuteur : Charles Berberian
Éditeur : Fluide Glacial
96 pages
Sortie : 18 mai 2016
Genre : Chronique sociale, Humour

 

 

 

Eh bien... Voilà un album qui me laisse de marbre, et très morose.

Cela n'engage que moi et je ne suis certainement pas la mieux à même de porter un jugement de valeur sur le travail de l'auteur, qui n'est pas né de la dernière pluie et mêle ici ses états d'âme aux problèmes du vaste monde. Seulement, il s'adresse aux grandes personnes qui s'intéressent à l'actualité politique, sociale, économique, et y comprennent (ou croient y comprendre) quelque chose, et la prennent très au sérieux, quoi qu'elles fassent mine de la tourner en dérision.

Forcément, ces grandes personnes ne peuvent courir qu'après un bonheur prêt-à-porter, un peu étriqué, qui passe régulièrement de mode, et qui aura des contours formatés à l'image de celui que nous vendent les médias, la société de consommation et de loisirs, et leurs élus tantôt déguisés en responsables dans leurs costumes-cravates, tantôt mis à nus dans leur pitoyable médiocrité.
Et quand elles arrivent à en attraper un fragment, boum ! le péril oriental les pulvérise...

Pas de quoi rire.

A la question : "Et le bonheur dans tout cela ? Est-il possible ici en Occident ?"
Berberian répond : "Qui sait ? Comme j'essaie de le montrer dans l'épisode appelé "La vie de bohème", le bonheur c'est d'être assis à une terrasse, se balader dans les rues, sans avoir conscience que tout peut basculer dans l'horreur, comme ce fut le cas en novembre à Paris. Mais pour certains, le bonheur peut parfaitement être assimilé à la possession d'un iPhone ou d'un ordinateur. Et pour d'autres, le bonheur c'est prendre conscience qu'il n'y a pas eu de guerre en Europe depuis la deuxième guerre mondiale. Ce qui ramène au constat terrible que ce sont "les autres" qui font aujourd'hui la guerre à notre place. Et que celle-ci finit également par arriver sur notre sol, par le biais du terrorisme. Bref, ce n'est pas simple à définir, le bonheur."

En règle générale, chez Fluide Glacial, on est plutôt dans le genre grosse poilade.
Là, pas du tout.
Et j'ai trouvé le dessin aussi morne que le propos.

Mais encore une fois, cela n'engage que moi.
D'autres ont aimé, ou aimeront.

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14/06/2016

Tout conte fée

tout conte fée,bandini,camou,casterman,conte de fée,psychanalyse des contes de fées,bruno bettelheim,humour subversif,père noël,petit chaperon rougetout conte fée,bandini,camou,casterman,conte de fée,psychanalyse des contes de fées,bruno bettelheim,humour subversif,père noël,petit chaperon rougeScénario : Lionel Camou
Dessin : Bandini
Éditeur : Casterman
144 pages
Sortie : 13 avril 2016
Genre : humour

 

 

Paris, le 24 novembre 1915

Le père Noël (lui-même), Jéso (fils de Fernand Dedieu), et un pauvre gars qui voulait mettre fin à ses jours quelques heures plus tôt, se sont rencontrés nuitamment sur le toit de l'immeuble (très fréquenté par ailleurs).
Ils discutent maintenant politique et religion en buvant force coups de rouge dans l'appartement du vieux.

"Messieurs, Messieurs ! (...)
Les lecteurs vont se lever les uns après les autres et quitter la BD. (...)
Sans compter que demain la critique va démolir cet ouvrage."

De fait, chez Bodoï, ils n'ont pas aimé... "très vite, l’album lasse, par une accumulation de calembours et de dialogues grotesques", disent-ils.
Ça se respecte...

Mais moi je ne l'ai pas quittée, la BD, je l'ai dévorée en riant à gorge déployée, jusqu'à la fin, déjà deux fois, et j'y reviendrai !
On est dans la subversion absolue et dans le délire total, toutes les soupapes ont sauté, c'est jubilatoire !
Oui les calembours, les jeux de mots, les situations absurdes et surréalistes s'accumulent, oui c'est divinement grotesque, mais qui a dit qu'il fallait prendre tout ça au premier degré, au deuxième, ou même au troisième ?

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Le décor, la lumière, les teintes et l'ambiance dominantes, ce sont celles des univers de Jean-Pierre Jeunet, Delikatessen ou Amélie Poulain notamment.

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L'idée, c'est un trou béant dans la frontière entre le réel et les contes de fées. Et ça circule joyeusement, dans les deux sens... De toutes les façons possibles... Dans ce contexte, deux policiers névrosés (tous les personnages le sont, comme dans les contes de fées, et comme dans la vraie vie) mènent l'enquête sur le meurtre de Roger Ronimo, l'Indien, et la disparition de la petite Laura Chapon, celle qui "porte des galettes et des putains de confitures à une vioque qui ne pense qu'à se faire troncher par les frères Wolf"...

Et vous n'imaginez pas tous les personnages que l'on rencontre et qui se rencontrent et que vous reconnaîtrez en vous disant : "Tiens ? Qu'est-ce qu'il fout là, celui-là ?", les passages d'un monde à l'autre et les changements d'univers graphiques qui vont avec, le tout agrémenté des interventions perspicaces du policier et de l'agent ventriloque des services secrets, qui analysent d'un air dégagé les situations au fur et à mesure en citant la Psychanalyse des Contes de Fées de Bruno Bettelheim.
(NB - Si ces passages vous gonflent, vous n'êtes pas obligés de les lire en entier, comme chez Bodoï. Et ça passe très bien.)

Non, vous ne pouvez pas imaginer, et je ne vous raconterai rien.

Lisez l'album ! C'est un antidépresseur, un anxiolytique et un euphorisant réunis !

 

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07/06/2016

Lovely Fridays - Tome 1

lovely fridays,arina tanemura,tonkam,shojo,978-2-7560-7847-2lovely fridays,arina tanemura,tonkam,shojo,978-2-7560-7847-2Auteure : Arina Tanemura
Éditeur : Tonkam
192 pages quand même mine de rien
Sortie : 9 mars 2016
Genre : shojo

 

 

Tachibana, seize ans, est en première année de lycée (en France, c'est la seconde).
Elle est raide dingue de Serizawa, dix-sept ans, qui est en deuxième année (en France, c'est la première). (Non, parce que, chez nous on compte à l'envers, à partir de la 6ème. D'ailleurs si on inclut la Terminale, ça fait sept ans en tout. Ça ne colle pas. Moi, ça m'a toujours chiffonnée.)

Le vendredi Tachibana s'occupe du CDI du lycée, et Serizawa, l'air dégagé, vient ce jour-là emprunter des livres, d'où le titre Rhâaa Lovely Fridays.

Jusque là, ça roulait bien. Mais c'est qu'il y a l'autre petit trublion, là, Nekota, dont je n'ai pas réussi à déterminer quel âge il avait ni dans quelle classe il était ; ce qui est sûr c'est qu'il est plus jeune que Tachibana, qu'il est raide dingue d'elle, jaloux comme un phacochère, méchant comme un troupeau de gnous, et envahissant comme un essaim de guêpes sur le raisin mûr.

Nous avons donc là un triangle amoureux isocèle, car Nekota n'est pas raide dingue de Serizawa, ni inversement.

Je ne sais pas comment vont s'appeler les tomes suivants. Fucking Saturdays et Bloody Sundays, peut-être.  Et en vérité je me désintéresse pas mal de la question.

Prenons un moment pour relever les sponsors de l'événement :
Mos Burger, chaîne de Fast Food japonaise ;
Les chocolats Godiva, on a même le prix du coffret : 2 100 yens (soit 15 euros), ce qui ne nous avance pas à grand chose car on ne sait pas combien de grammes il contient ;
La Fraise Chocolat Blanc de Rokkatei ;
La Glace Häggen Dasz "Chocolate Chip" ;
Et enfin, le Seiyoken, célèbre restaurant de cuisine française fondé en 1872.

On se goberge. Ça fait toujours ça à se mettre sous la dent, parce que pour ce qui est de la gaudriole, on repassera.

En revanche, cet ouvrage est à lui seul un remarquable traité sur l'exploration électrophysiologique diagnostique de la tachycardie.

La petite Tachibana, elle démarre au quart de tour. Que Serizawa ou Nekota bougent la paupière (qu'ils ont très haute, pour couvrir leurs conséquents globes oculaires), et  les  tours-minute  défraient  la  chronique :

"Quand les palpitations sont poussées au max, ça provoque un court-jus dans mon love-circuit et mon coeur fait boum".

Exactement le syndrome de Bouveret.

Qu'elle boive un grand verre d'eau glacée, ça marche très bien pour stopper net les palpitations.

J'en sais quelque chose.

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Virgule

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- Ce genre d'histoires, on le connaît par coeur...
- Ouais. Et on n'en a rien à battre.

06/06/2016

L'herbe folle

l'herbe folle,maryse & jean françois charles,maryse charles,jean françois charles,glénat,hippie,beaux arts,le train bleu,paris,larzac,chèvres,amour libre,flower power,1968l'herbe folle,maryse & jean françois charles,maryse charles,jean françois charles,glénat,hippie,beaux arts,le train bleu,paris,larzac,chèvres,amour libre,flower power,1968Scénario : Maryse Charles
Dessin : Jean-François Charles
Éditeur : Glénat
128 pages
Sortie : 6 avril 2016
Genre : roman graphique

 

 

Chronique des années hippies dans la France des années 70

Entre deux trains, une vie...

"Paris, gare de Lyon, restaurant "Le Train Bleu".

Pierre, la soixantaine, a rendez-vous avec Rose, une Anglaise, qui voudrait en savoir plus concernant ses parents qu'elle a perdus et qui étaient des amis de Pierre lorsqu'ils étaient tous les trois étudiants aux Beaux Arts. Les souvenirs affluent : cette époque "Peace and Love" quand ils voulaient refaire le monde, l'Auvergne où Theda et Gilles, les parents de Rose, étaient partis faire du fromage de chèvre dans une petite ferme perdue des alpages.

Il y aura tout ce que Pierre pourra confier à Rose et tout ce qu'il devra taire."

 

M'ouais... Pas dupe la belle Rose, elle en sait plus qu'il n'osera lui en dire...
Et, sagaces que nous sommes, nous nous doutons bien aussi du fin mot de l'histoire tant il se voit comme le joint au milieu des lèvres, -encore que des doutes puissent subsister et qu'une glaçante surprise nous soit réservée dans une chapelle ardente...-

Mais plus que la destination, c'est le voyage qu'il faut apprécier ici.

Vous aurez envie de monter le volume de votre chaîne hi fi au maximum pour écouter Dark Side of the Moon, d'ouvrir les fenêtres, d'aller courir pieds nus sur l'herbe dans le jardin en jetant vos vêtements dans les arbres, et d'inviter vos voisins à fumer les hortensias !
(Car l'hortensia, voyez-vous, est réputé produire les mêmes effets que le chanvre. Il y en a de grands massifs partout, et c'est légal. C'est drôlement pratique.)

 

Quant à Theda Barrow, la maman de Rose...   Rhâaa !   Quelle belle femme ! Elle traverse l'album nue ou en mini-jupe, parfois bottée "jusques en haut des cuisses, et c'est comme un calice à sa beauté" (Merci à Serge & Brigitte).

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L'atelier des Beaux-Arts avec ses modèles complaisamment représentés et les potaches d'artistes qui le fréquentent, le Paris et la province de ces années où nos parents pensaient refaire le monde, comme tout le monde, pour s'apercevoir quelques années plus tard que c'est le monde qui les avait refaits... Comme si vous y étiez, avec le style vestimentaire, les graffitis, les véhicules, les couleurs, les affiches de cinéma et le vent de liberté de l'époque qui vous souffle au visage même si vous êtes trop jeune pour l'avoir connu et n'en êtes qu'un fruit déjà mûr...

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Et en un mot : les aquarelles de Jean-François Charles !!!
(Ça fait six mots, je vous l'accorde.)

Ne vous arrêtez pas aux pavés battus par la pluie de la première page.

Sous les pavés, des lumières, des images...

Magnifiques. Chaudes. Sensuelles. Mates. Fleuries.
Avec juste ce qu'il faut de frimas, parce que les auteurs n'aiment pas les fins trop tristes.

 

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Virgule

 

 

 

 

26/05/2016

J'ai tué Marat

9782749307893.jpgtitle-1459721248.jpgScénario : Laurent Frédéric Bollée
Dessin : Olivier Martin
Éditeur : Vents d'Ouest
56 pages
Parution : 30 mars 2016
Genre : Historique

 

 

Marat, c'est le gars qui est célèbre pour avoir calanché dans une baignoire parce que la petite Corday a eu idée de venir affûter son couteau de cuisine entre ses côtes.

Tout le monde a en tête cette image :

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Non ? Eh ben vous l'aurez, maintenant.

Dans ce temps-là, vu qu'on pouvait pas prendre de photos sur les scènes de crime, on faisait venir des peintres.

Là, vous m'excuserez du peu, c'est quand même David qui s'y est collé.

"Peindre vrai et juste du premier coup", il disait. J'ai mes sources.

Moi, je dis qu'il s'est bien foutu de notre gueule.

Parce que dans la BD, on voit très bien comment ça c'est passé en vrai.

Tiens :

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Dans le mille !

Et après :

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Admirez au passage les abdos de l'intéressé. A faire se pâmer la Donzelle. S'ils avaient pas été planqués sous l'écritoire, le cours de l'Histoire aurait peut-être pas été ce qu'il est. Ce que j'en dis.

 

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Vous voyez le topo.

Alors maintenant, je vous remets le David :

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Faut quand même pas nous prendre pour des lapins de six semaines.

 

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Virgule

 

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- On l'a perdue, cette fois, la Virgule, non ?
- Ouais. Complètement barrée.

 

12/05/2016

Morgane

morgane,delcourt,mirages,kansara,fert,arthur,graal,legende arthurienne,merlin,klimt,mary blairmorgane,delcourt,mirages,kansara,fert,arthur,graal,legende arthurienne,merlin,klimt,mary blairScénario : Simon Kansara
Dessin : Stéphane Fert
Éditeur : Delcourt - Mirages
144 pages
sortie : 6 avril 2016
genre : légende arthurienne revisitée

 

 A travers les yeux de Morgane, sorcière rebelle et insoumise, dans une interprétation très personnelle de la légende arthurienne par le duo Kansara-Fert, redécouvrez le cycle du Graal et de la mythologie celte !

 Ne craignez pas de vous aventurer sous les frondaisons maléfiques du Val Sans Retour, et d’y croiser le fourbe Merlin inculquant sa magie à celle qui dépassera un jour le maître…

 Arrêtez-vous aux abords du château de Tintagel, et voyez quelle promesse Morgane fit, enfant, à son père, et quels enchantements l’en éloigneront pour finalement mieux l’en rapprocher…

 Considérez au passage la délectable bêtise des chevaliers de la table ronde, qui n’est pas sans faire penser à certains de leurs descendants dans la série Kaamelott…

 On peut avoir beaucoup de mal à pénétrer les sous-bois ténébreux  de cette aventure au graphisme étrange, et craindre d’y perdre le sens commun.

 Lorsque la magie finit, assez rapidement d’ailleurs, par faire son effet,  on est toutefois précipité dans un kaléidoscope de couleurs  à nulles autres pareilles  dont,  même des plus froides, émanent de troublantes vibrations.

 Une mention spéciale pour le traitement burlesque et le délire façon vaudeville des amours incestueuses de Morgane avec son frère, adultères de Guenièvre avec Lancelot, improbables des uns avec des autres et réciproquement, enfin, pas tout-à-fait,  les apparences sont trompeuses…

 Tant d’influences artistiques se conjuguent par ailleurs, dans cet ouvrage, qu’un grand nombre de pages ou de vignettes sont un hommage magnifique à Klimt, Mary Blair, Gauguin, Matisse, Cézanne, et d’autres.

 « Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha… » (55 fois "ha", en page 7, quand Arthur rit, recomptez vous-même), cela m’a semblé constituer une citation propre à ne rien déflorer de l’histoire.

  Esthétique et épanouissante lecture !

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Virgule

 

 * * *

 Le saviez-vous ?

Le mot morganatique a plusieurs acceptions en langue française.
On en retiendra une ici :

  • L'effet morganatique un phénomène optique aussi connu sous le nom de Fata Morgana ;
    Une Fata Morgana est un phénomène optique qui résulte d'une combinaison de mirages (perturbations des rayons lumineux au passage à travers un gradient thermique dans l'atmosphère).
    Les Fata Morgana sont assez rares mais ont lieu plus couramment dans certaines régions, notamment dans le golfe de Botnie, dans la mer Baltique, dans la baie de la Table (Le Cap, Afrique du Sud) et dans les régions polaires, mais aussi dans le détroit de Messine.

Origine du nom

C'est au Moyen Âge que ce phénomène a été rapporté pour la première fois, par des croisés qui, naviguant dans la mer Méditerranée, affirmaient avoir aperçu de fantastiques châteaux se refléter dans la brume près du détroit de Messine (entre l'Italie et la Sicile). Ils attribuèrent ce phénomène à la Fée Morgane (d'où le nom de Fata Morgana, « Fée Morgane » en italien, adopté par la suite), qui, d'après la légende arthurienne, avait le pouvoir d'élever des palais au-dessus des flots et d'agir sur le vent.



04/05/2016

Saudade

saudade.jpgsaudade02.jpgAuteur : Fortu
Éditeur : Delcourt - Collection Shampooing
160 pages

Sortie : 30 mars 2016
Genre : Chronique sociale - Nouvelles graphiques

 

 

Si vous arrivez à vous représenter ce que peut éprouver une ancre marine qui se serait fortuitement éprise d'un drone de passage, vous êtes mûr pour vous plonger dans Saudade et goûter la quintessence de sa douce amertume.

Si vous hébergez en votre âme tourmentée ce cancer de la joie de vivre qu'est la dépression, doublez vos doses de pastilles magiques avant de le lire, ou fuyez.

Saudade, c'est ce mot portugais parmi les plus difficiles à traduire, situé quelque part entre la mélancolie et la nostalgie, stigmate de l'exil, compagnon du temps des regrets, du manque ou des remords, empreinte persistante des amours anciennes ou impossibles et des amitiés perdues.
Les images sont jolies, sans doute, mais leurs effets sont douloureux...

Fortu, sur son blog, est plutôt d'humeur rieuse en temps normal.

Qu'est ce qui lui a pris de nous livrer ces sombres saynettes, parfois autobiographiques avec l'histoire de son père ayant fui la misère du Portugal en 1965, et constatant des années plus tard qu'il ne se sent plus vraiment Portugais ni tout à fait Français ; perte ou absence d'un enfant, précipice abyssal de la retraite, incommunicabilité, déliquescence des racines, vocation contrariée...

J'ai été partagée entre l'envie de faire un câlin à l'auteur pour le consoler de la bonne dose de saudade qu'il doit renfermer pour être capable d'exprimer ainsi, à travers son dessin lisse et désincarné, toutes ces situations sans issue d'une façon à la fois aussi glaciale et aussi touchante, et celle de lui asséner un grand coup sur la tête avec son livre, pour avoir attisé quelques unes de mes émotions personnelles les plus négatives.

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Virgule

 

15/04/2016

Le bâtard des étoiles - Tome 1 - Le regard des autres

Couv_271801.jpgalbum-page-large-28881.jpgScénario : Raoul Cauvin
Dessin : Curd Ridel
Éditeur : Sandawe.com
48 pages

Sortie : 2 mars 2016
Genre : Humour

 

 

 " - Vous êtes cons, les Terriens.

- Pour une fois, je suis tout à fait d'accord avec vous !"

 

On ne présente plus le papa de Natacha, de Cédric, de Pierre Tombal, de L'agent 212, des Psys, des Femmes en blanc et des Tuniques bleues. Il devait s'ennuyer, car pour ses 77 ans il agrandit encore la famille, et cette fois c'est un Bâtard...

C'est-à-dire que Bernadette Collins, avec son petit nez retroussé, ses grands yeux verts et sa coiffure blonde d'un autre temps, dès qu'elle roule la nuit dans la campagne, un de ses pneus éclate. Et dès qu'elle change une roue, il lui arrive un truc hors du commun.

La première fois, c'est un extra-terrestre qui la met enceinte (allez raconter ça aux flics du coin, ils vont vous croire !) ; la deuxième fois elle rencontre le père et se fait enlever le fils, "crénomdîdjî" (en français dans le texte) !

Entretemps elle incarne l'amour inconditionnel d'une mère pour son enfant et se confronte au regard des autres, l'éternel problème...

Le voyeurisme de la télé-réalité, la course à l'audimat, la cupidité de scientifiques en mal de reconnaissance (pour ne citer qu'eux) et la dictature de la normalité sont allègrement taclés au long de cette aventure rebondissante, menée tambour battant, animée de dialogues et de gags savoureux, et habillée d'un dessin tonique et expressif qui lui va comme un gant à trois doigts !

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La question subsidiaire est : Pourquoi Raoul Cauvin a-t-il eu recours au financement participatif pour faire éditer cette série ? Peut-être pour le plaisir de vivre une expérience du troisième type ?

 

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